jeudi, 23 mars 2017

The children, d'Ann Leary.

The children

L'ouvrage:
Lake Side, maison de la famille Whitman, dans le Connecticut. Joan et sa fille, Charlotte, y habitent. Sally, fille aînée de Joan, y fait quelques séjours. Everett Haystings est leur voisin. Il vit sur la propriété des Whitman en échange de menus travaux. Lake Side appartenait à Witt Whitman, aujourd'hui décédé. Joan est sa seconde épouse. Perry et Spin sont les fils que Witt a eus d'un premier mariage.
C'est un tournant de l'histoire de ces gens que nous raconte Charlotte. Spin vient de rencontrer Laurel, et parle mariage. Il va la présenter à ses proches. C'est au cours de leur séjour à Lake Side que cette famille, en apparence unie, va connaître quelques secousses...

Critique:
Après avoir apprécié «Outtakes from a marriage», j'ai été contente d'avoir l'occasion de lire «The children», que j'ai d'ailleurs préféré.

Ann Leary joue avec son lecteur. Elle rappelle qu'il ne faut pas forcément croire tout ce qu'on nous dit et nous montre. L'exemple que je peux donner sans dévoiler l'intrigue est celui de Charlotte. Elle est attachante, équilibrée, lucide quant à elle-même et ses failles. Cependant, elle ment. Elle a créé un blog où elle s'invente une vie. Ses lecteurs la croient inconditionnellement. Pourtant, ils n'ont aucune preuve de ce qu'elle avance. C'est criant de vérité, mais rien n'est prouvé. C'est d'ailleurs faux.

D'un autre côté, Sally finit par avoir une certitude concernant tout autre chose. Sally étant d'humeur instable, ayant des tendances paranoïdes, et affirmant ce qu'elle pense avec force exagérations, il est difficile au lecteur et aux Whitman de la prendre au sérieux. Là encore, Ann Leary pose habilement la question des apparences. Pourquoi croire une personne davantage qu'une autre? Parfois, calme et pondération ne sont que façade, alors que hurlements et affirmations délirantes émanent d'une personne que son hypersensibilité empêche d'être posée.

La famille Whitman pensait mener une vie tranquille, mais le séjour de Spin et Laurel remettra tout en question. Certains ont un point de vue différent sur certains événements. Des faits n'ont pas été vécus de la même manière par tous. Si le lecteur se range forcément du côté de ceux qui ne veulent pas nuire, il comprend le point de vue de la personne manipulée. Elle n'a pas forcément réagi comme il fallait à l'époque, et c'est ce qui a construit le terreau que la personne manipulatrice a tout de suite su exploiter. Donc à la base, la famille n'était pas bâtie sur des fondations extrêmement solides. Davantage de communication aurait pu empêcher ce que Charlotte conte aujourd'hui. C'est rassurant parce que cela veut dire qu'aussi forte que soit la personne manipulatrice, elle n'aurait pas eu de prises si les fondations avaient été solides. La manipulation m'effraie, mais ses limites sont visibles: s'il n'y a pas de failles, le manipulateur se cassera les dents.
Je n'ai pas pu m'empêcher de comparer ce roman à «Ma meilleure ennemie». Pour moi, Ann Leary joue beaucoup plus finement que Paula Daly. Dans «The children», tout est réaliste, je n'ai rien à redire, alors que Paula Daly avait dû créer des invraisemblances pour faire passer certaines choses.

La façon de raconter de Charlotte peut être un peu déroutante, car au début, elle louvoie entre passé et présent. Plus tard, elle raconte un événement marquant, mais de manière un peu brouillonne. Après coup, je trouve que l'auteur a bien fait, car elle l'a raconté tel qu'il a été vécu, et non avec la «froideur» de celle qui l'a «digéré». Les émotions ressenties alors par les protagonistes (du moins par Charlotte) nous sont données de manière brute, ce qui est beaucoup plus fort et intéressant que si le récit avait été fait de façon chronologique et précise. D'une manière générale, tout est bien agencé, rien n'est tiré par les cheveux. La fin est en demi-teinte. J'aurais aimé que certaines choses se passent autrement, mais ce qu'a imaginé l'auteur est bien plus réaliste.

Le titre est très bien trouvé, non seulement parce que les enfants de Joan et Whitt sont au centre des faits, mais aussi à cause de la référence à «Have you checked the children?», phrase tirée du film «Terreur sur la ligne» («When a stranger calls»). J'ai souri, car c'est le deuxième roman que je lis évoquant ce film. Cela me donne envie de le regarder. Après recherche, j'ai constaté qu'il date de 1979, et qu'un remake en a été fait en 2006. Je compte regarder celui de 1979, l'original. Cependant, je pense que j'en ai entendu parler dans mes lectures grâce au remake qui, apparemment, a beaucoup plu aux États-Unis, davantage que l'original, si j'ai bien compris.

Remarque annexe:
Éluciderez-vous l'énigme de monsieur Propre? Quant à moi, je n'ai rien deviné avant que l'auteur ne le décide. La solution de cette énigme ne laissera pas le lecteur indifférent...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Gretchen Mol pour les éditions Macmillan.
J'ai découvert Gretchen Mol avec ce roman. Je l'ai tout de suite appréciée. Elle ne modifie pas sa voix à outrance pour les différents personnages, ce qui m'a ravie, surtout à l'heure où beaucoup le font. Son jeu est naturel. Je l'entendrai à nouveau avec grand plaisir!

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lundi, 20 février 2017

Imperfect birds, d'Anne Lamott.

Imperfect birds

L'ouvrage:
Elizabeth est une ancienne alcoolique. À présent, sa fille, Rosie a dix-sept ans et son comportement inquiète Elizabeth et James, son mari. Bientôt, ils la soupçonnent de se droguer...

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce roman. Il montre jusqu'à quel point un être qu'on aime peut nous décevoir, jusqu'où on est obligé d'aller.. Si Elizabeth semble parfois trop molle face à Rosie, il est aisé de la comprendre. Elle se débat entre sa culpabilité (son passé contient de grosses erreurs), son besoin de croire qu'elle peut avoir confiance en sa fille, et le fait qu'elle se sous-estime. Rosie sait d'ailleurs où appuyer pour manipuler sa mère. D'un autre côté, l'adolescente n'est pas uniquement la pénible qui fait des esclandres pour rien et tente toutes sortes de drogues. Parfois, on entrevoit que sa duplicité la heurte, mais qu'elle ne se sent pas assez forte pour arrêter la machine infernale. Rosie met mal à l'aise, car elle va loin dans la dissimulation et la manipulation, mais on sent qu'elle est prise dans une tourmente qui la dépasse.
James semble plus dur, mais tout au long de la période des atermoiements d'Elizabeth, on sait que c'est lui qui a raison. Il veut prendre le taureau par les cornes, causer un mal pour un bien, réveiller Rosie.

À partir du moment où Elizabeth décide de se faire confiance, elle franchit une étape, et elle aussi va très loin. Elle fait des choses dont je ne l'aurais pas crue capable, surtout que Rosie se moque d'elle et tente de la tourner en ridicule concernant l'une d'elles. Pendant ce calvaire qu'endure la famille, Anne Lamott rappelle, par de petites phrases, de petits faits, que ses membres s'aiment profondément. C'est justement ce qui apporte une dimension tragique à cette histoire. Ils s'aiment, et ne peuvent s'empêcher de se faire mal. Leur complexité est très bien exposée. Si Rosie fait des choses qui paraissent extrêmes, on peut espérer, au long du roman, qu'elle se rendra pleinement compte de la portée de ses actes. Anne Lamott évoque également, par bribes, des personnes qui, apparemment, ne s'en sortiront jamais. Je pense notamment à l'anecdote du tampax...

Remarque annexe:
J'aime beaucoup la comparaison que fait James lorsqu'il veut décrire l'addiction. Il dit que c'est comme danser avec un gorille de quatre-cents kilos. Au départ, cela prête à rire, mais l'image est très parlante.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Susan Denaker pour les éditions Books on tape.

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jeudi, 16 février 2017

Voici venir les rêveurs, d'Imbolo Mbue.

Voici venir les rêveurs

L'ouvrage:
Jende Jonga a réussi à quitter le Cameroun pour travailler en Amérique. Il espère pouvoir obtenir des papiers, travailler sérieusement, avoir une bonne situation, et être heureux avec sa femme (Neni) et leur fils (Liomi). Lorsqu'il parvient à décrocher l'emploi de chauffeur de Clark Edwards (banquier pour une entreprise de Wall Street), il pense que la chance lui sourit enfin.

Critique:
Ce livre rappelle, à travers tous ses personnages, que chacun voit les choses avec ses paramètres. Jende et Neni croient dur comme fer au rêve américain. Vince, qui y est né et que l'attitude de son père a aguerri, voit davantage ce qui sonne faux. Chacun a sa vérité, et aucune n'est fausse. Cindy m'a un peu agacée, parce que si je l'ai comprise, j'ai trouvé qu'elle ne savait que se lamenter. Certains de ses griefs sont justifiés, notamment le fait que Clark ne soit pas assez disponible pour ses enfants. D'autre part, on comprend son mal être lorsqu'elle se dévoile un peu à Neni. Certes, mais chacun a sa part de souffrance. Cindy reproche à Clark de ne pas s'occuper des enfants, mais c'est elle qui réagit le moins bien à la décision de Vince. Elle se montre généreuse avec Jende et Neni, mais elle peut également être absolument injuste consciemment.

Au début, on pourrait penser que cela va être cliché: les pauvres veulent une vie dorée, et les riches se paient le luxe d'être dépressifs. Seulement, ce n'est pas si simple. Vince, par exemple, n'est pas un jeune écervelé qui tourne en rond et se fiche de tous.

Certains évoluent d'une manière inattendue. Jende et Neni finissent par ne pas aller dans le même sens. Neni a une idée en tête et ne veut pas en démordre. Elle est tellement obnubilée par cela qu'elle envisage des solutions extrêmes, et en met même une en pratique. Je ne peux pas dire comment j'aurais réagi à sa place, mais son attitude m'a déplu. Elle ne parvient pas à voir la réalité en face. À un moment, Jende lui explique certaines choses, et elle ne veut pas les entendre. Elle tient à son raisonnement et ne veut pas en sortir. Jende fait un travail sur lui-même, rationalise, et veut saisir les bonnes choses qui peuvent l'être au lieu de courir après des chimères. Il faut avoir une grande force de caractère pour passer ce cap. En effet, si Neni m'exaspère, je comprends qu'elle ait du mal à accepter, qu'elle soit prête à sacrifier certaines choses. Seulement, elle ne sait même pas si ses sacrifices auraient des conséquences positives. À côté de cela, Fatou aimerait avoir l'opportunité qu'a son amie. Là encore, l'auteur montre que chacun réagit en fonction de son vécu et des circonstances. Pour Fatou, c'est une opportunité, une chance; pour Neni, c'est un malheur.

Clark évolue également. Il était sympathique, mais ensuite, il semble avoir tiré une leçon des épreuves vécues, et s'assouplit, revoit ses priorités.

Si l'histoire et la psychologie des personnages m'ont plu, j'ai également apprécié le décor. Imbolo Mbue décrit une ville où la vie n'est pas simple, elle parle du communautarisme, des préjugés (pas forcément méchants) que certains ont... Par exemple, Jende en a assez des personnes qui mélangent tous les pays d'Afrique, et pour qui le Cameroun, c'est comme le Sénégal. J'aime bien la manière dont il réplique, sur les conseils de son cousin Winston.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Chatelet.
Je pense qu'il n'est pas facile de lire ce roman à voix haute en le jouant, mais sans le surjouer. Lorsque Jende et Neni s'emportent, par exemple, entre ce qu'ils disent et la manière dont ils le disent, il n'est pas simple d'être à la fois vivant et naturel. Julien Chatelet s'en sort très bien, à mon avis. De plus, il ne fait pas d'horribles voix (qui seraient peu crédibles) pour les rôles féminins. C'est un comédien que je retrouve avec plaisir sur les livres audio.

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lundi, 13 février 2017

Guerre et paix, livre 4, de Léon Tolstoï.

Guerre et paix T4

L'ouvrage:
Les combats continuent. Certains personnages dont nous avons suivi l'évolution s'y trouvent à nouveau impliqués.

Critique:
Tout comme la troisième partie, ce dernier pan de «Guerre et paix» est davantage axé sur la campagne de Russie. Tolstoï montre surtout les hommes qui vont au combat. S'il ya encore des passages ayant trait au point de vue des dirigeants, nous partageons surtout le quotidien des soldats. Ce quotidien que, selon Tolstoï, les historiens dédaignent trop facilement. Ce quotidien qui montre d'autant mieux l'absurdité des guerres. Des circonstances, des effets de groupes, poussent certains à mal agir... Des personnages que nous côtoyons depuis le début sortent grandis de cela. Je pense surtout à Pierre, qui était déjà un personnage ouvert, mais qui ne se rendait pas compte de tout ce qui se passait autour de lui, se laissait submerger par son manque de confiance en lui, etc. Ce qu'il vit lui fait faire la part des choses, lui donne de l'assurance tout en accroissant son humilité.

Petia, que nous avions, jusque-là connu dans le cocon protecteur de sa famille, se confronte volontairement aux combats. Je n'ai pas trop aimé son attitude. Il voulait absolument se battre, ne prenant pas la mesure de ce qu'il risquait, un peu comme son frère dans la première partie. Bien sûr, il était patriote, et voulait participer à l'Histoire, mais il me paraissait un peu fanfaron...

J'ai souri parce que cette partie s'ouvre, à l'instar de la première, sur une soirée chez Anna Pavlovna, soirée pendant laquelle on cancane joyeusement. C'est amusant, mais également assez perturbant, parce que ces gens sont si peu empathiques qu'ils ne peuvent imaginer ce qu'est la guerre.

Du côté de ceux qui ne guerroient pas, on assiste à ce que j'appelle une «alliance inattendue». Deux personnages qui ne s'appréciaient pas vraiment, à cause de malentendus et d'incompréhensions, finissent par apprendre à mieux se connaître parce qu'un événement les réunit. Je n'aurais pas cru ce rapprochement possible, surtout parce que les caractères de ces deux femmes sont opposés.

Ayant parlé de Nicolas dans les trois chroniques précédentes, je dois donner mon opinion sur lui après avoir fini le roman. Il m'a encore agacée, mais son évolution est positive.

Je ne sais pas trop quoi penser de Sonia. Devant reconnaissance aux Rostov, elle n'est pas vraiment libre de ses mouvements. Étant humble, ne pouvant se résoudre à se révolter, acceptant même d'être prise en grippe par la comtesse, elle paraît à la fois courageuse et insipide. Son abnégation est compréhensible, mais elle exaspère. Certains auront peut-être envie de la secouer. Pour moi, la compassion l'a emporté, d'autant plus qu'il faut replacer les choses dans leur contexte.

Le roman est émaillé d'incursions de l'auteur qui donne son opinion, pas seulement sur les médecins (pour reprendre l'exemple donné dans ma chronique de la troisième partie), mais aussi sur les raisons pour lesquelles tels événements arrivent, sur les personnages historiques, le libre arbitre, la part que chacun prend à tel ou tel événement, etc. Si ces «pensées» m'ont plu, j'ai eu davantage de mal à me concentrer dessus que lorsque je retrouvais les personnages. La deuxième partie de l'épilogue est uniquement constituée de ces considérations.

J'ai aimé que la première partie de l'épilogue nous dise ce que deviennent les personnages. L'auteur l'explique, et prend le temps de décrire leur vie.

D'après Wikipédia, il y aurait eu plusieurs versions de ce roman. Si c'est vrai, je serais curieuse de connaître les différences entre chacune. En tout cas, ce roman mêlant l'Histoire à la vie de la Russie (plusieurs classes sociales sont évoquées), et abordant divers thèmes de façons variées, le tout en un style recherché, est assurément le portrait d'une époque, tout en étant actuel.

Service presse des éditions Sixtrid.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Herson-Macarel.
Le roman est structuré en chapitres et sous-chapitres. L'éditeur audio a respecté la structure, mais les numéros des chapitres et des sous-chapitres ne sont pas annoncés. Le dernier sous-chapitre de chaque chapitre se termine par une musique. Cet éditeur a toujours fait ainsi. En bonne maniaque, je ne comprends pas trop pourquoi il a choisi de ne pas dire les numéros des chapitres. D'autre part, au début du livre 1, la première partie et son titre sont donnés. Par la suite, les parties ne sont pas annoncées. Je trouve dommage qu'elles ne l'aient pas été. Si l'éditeur préférait ne pas les annoncer, pourquoi indiquer la première?...

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jeudi, 9 février 2017

Guerre et paix, livre 3, de Léon Tolstoï.

Guerre et paix T3

L'ouvrage:
1812. Les négociations afin d'éviter une guerre s'avèrent ardues... Les empereurs (Napoléon et Alexandre) ne parvenant pas à se mettre d'accord, elle est inévitable.

Critique:
Cette partie du roman est davantage axée sur la campagne de Russie que sur la vie des personnages. Bien sûr, on les voit, ils subissent les conséquences de la guerre, et leur vie de famille est évoquée, mais on est moins dans leur intimité que dans la deuxième partie. Au départ, les négociations ainsi que la façon vivante et précise de l'auteur de les raconter m'ont plu. Cependant, l'Histoire prenant beaucoup de place, j'ai trouvé que c'était parfois un peu long. Heureusement, le style de l'auteur et le ton toujours adéquat du lecteur ont fait que je n'ai pas décroché.

Entre les négociations des empereurs, les enjeux politiques, les stratégies, et les combats, Tolstoï explore les divers aspects de cette guerre. On voit aussi les conséquences du côté de ceux qui restent chez eux. Moscou étant sur le point de tomber aux mains de la France, certains fuient. La princesse Marie fait partie de ces gens. C'est l'occasion pour Tolstoï de montrer une révolte de paysans, et sa conclusion... rapide.
La princesse Marie m'a semblé plus sympathique dans cette partie. Elle reste trop pieuse à mon goût, mais continue à se remettre en question, et tente de faire au mieux.

Pierre fait partie de ceux qui s'illustrent par leur bravoure et une part d'inconscience. Tour à tour abattu et exalté, il se jette à corps perdu dans les événements. Son caractère à la fois tourmenté et emporté ainsi que son indécision font qu'il voudra accomplir quelque chose de très fort, mais perdra sa résolution.

Au milieu de ces graves éléments, Tolstoï nous montre un pan de la vie d'Hélène. Cette femme égoïste et ses préoccupations superficielles tranchent avec l'Histoire. Ce contraste fait d'autant mieux ressortir les atrocités dues à la guerre. D'autant que Tolstoï s'attache à prouver, par un raisonnement clair qu'il a suffi de plusieurs facteurs, dont l'entêtement d'hommes pour en arriver à cette guerre, qui aurait peut-être pu être évitée.

Natacha est plus calme dans cette partie. Elle aussi opère une grande remise en question. Elle semble plus réfléchie, même si parfois, elle va dans les extrêmes. Après l'épreuve qu'elle a vécue et dans laquelle elle s'est elle-même précipitée, la jeune femme sera moins fougueuse. Son tourment sera plus sourd, mais cela lui donne une maturité qui lui permettra de réagir de manière adéquate au danger. Parfois, on retrouve la Natacha d'avant, principalement lorsqu'elle s'interpose entre ses parents qui se disputent.

Quant à Nicolas, décidément, il ne trouve pas grâce à mes yeux. Il me paraît plat. Je lui préfère Pierre ou le prince André qui semblent avoir bien plus de personnalité. J'ai quand même été touchée lorsqu'il est mal à l'aise d'avoir fait un homme prisonnier. Il s'avoue à demi la cause de son mal être. Il est trop impliqué pour parvenir à admettre pleinement l'injustice et la bêtise de la guerre, mais il reconnaît qu'il ne se sent pas glorieux de «sa prise de guerre».

Outre ses considérations sur la guerre, Tolstoï nous fait partager son avis sur les médecins. Il le fait surtout à l'occasion de la maladie de Natacha. Dans ce cas-là, il a sûrement raison (d'autant que c'est lui qui a créé le personnage et les raisons de sa maladie). Si son jugement tranché et non dénué de fondement m'a fait sourire, je l'ai trouvé un peu sévère.

Service presse des éditions Sixtrid.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Éric Herson-Macarel.

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