jeudi, 20 avril 2017

Celle qui sentait venir l'orage, d'Yves Grevet.

Celle qui sentait venir l'orage

L'ouvrage:
Italie, 1897.
Frida est adolescente. Ses parents ont été pendus pour crimes de sang, et certains aimeraient également exécuter leur fille. Avec la complicité des parents de son amie Isabella, elle fuit son petit village, et trouve refuge chez le docteur Grüber. Elle comprend vite que ce séjour ne sera pas de tout repos...

Critique:
On m'avait dit du bien de la série «Méto». Ma lecture de «Celle qui sentait venir l'orage» renforce mon désir de lire cette série. Malheureusement pour moi, si elle existe en audio, c'est lue par une voix de synthèse. Outre que je n'aime pas ce mode de lecture pour un roman, je trouve qu'il existe des voix de synthèse plus performantes que celle qui a été utilisée.

Yves Grevet aborde certains thèmes de manière juste. On pourrait trouver exagéré cet acharnement sur la famille de Frida, pourtant, étant donné le contexte, cela se comprend. Le père de la jeune fille était différent des autres. Il alimentait donc superstitions et rumeurs. On sait bien que les préjugés se nourrissent d'eux-mêmes et du peu de crédit qu'y apportent d'autres personnes tout aussi bornées. L'auteur montre bien les conséquences de cela. Outre ce qui arrive aux parents de Frida, la jeune fille raconte son passé dans un pensionnat religieux. Entre fanatisme et superstition, je vous laisse imaginer ce qu'elle a vécu. Ajoutons à cela que ses «camarades», sûres de leur impunité, entraînées par l'effet de groupe, le mimétisme, etc, n'étaient pas en reste.

D'autre part, Yves Grevet rappelle que dans ces années, certaines théories (que nous jugeons loufoques aujourd'hui) avaient cours: celles de la physiognomonie. Il y avait des profils d'hommes dits normaux et d'hommes dits délinquants. Par exemple, une mâchoire carrée, des cheveux implantés bas, etc. J'ai beaucoup aimé la démonstration que finit par faire Mauricio quant à cela. Ces théories arriérées et subjectives sont assez effrayantes. De plus, certains «savants» de l'époque semblent intolérants, fermés... Bien sûr, l'auteur a inventé ce cas, mais il s'est basé sur des théories existantes. Il est déstabilisant de voir, à la lecture du rapport du docteur Grüber, que celui-ci met ses observations au service de sa théorie qui est également celle de son ami: il ne veut pas imaginer qu'elle puisse être fausse, et ne laisse aucune place à une autre interprétation que celle qu'il souhaite.

Quant à l'intrigue, elle ne souffre d'aucun temps mort. Le lecteur ne devine pas grand-chose avant que l'auteur ne le décide. On passe d'épreuve en rebondissement, on respire au rythme de Frida...
À un moment, l'écrivain utilise une ficelle employée dans certains romans. Cette ficelle nécessite des explications. L'auteur doit la rendre vraisemblable. Il est un aspect de cette vraisemblance sur lequel beaucoup ne s'attardent pas, ce qui m'agace toujours. Ici, Yves Grevet le gomme complètement, mais il est un peu moins blâmable que certains de ses confrères, car la jeunesse de Frida peut en partie expliquer qu'il ne s'y attache pas. J'aurais quand même aimé qu'il trouve quelque chose... ne serait-ce, justement, que l'explication de la jeunesse de l'adolescente.

Frida et ses amis sont attachants. La jeune fille réfléchit davantage que certains de ses contemporains, les épreuves et ses observations lui ayant forgé le caractère et donné l'esprit critique.

Éditeur: Syros.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Monique Dechamps pour la Ligue Braille.

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lundi, 17 avril 2017

The translation of love, de Lynne Kutsukake.

The translation of love

L'ouvrage:
Tokyo, 1947.
Après avoir vécu au Canada, puis avoir été internés dans un camp pendant la guerre, Aya Shimamura et son père choisissent de retourner au Japon. Ce n'est pas facile pour la fillette qui n'a connu que le pays d'adoption de son père. À l'école, elle se retrouve assise à côté de Fumi Tanaka. Celle-ci est préoccupée, car sa soeur, Suniko, qui travaille dans un bar, n'a pas donné signe de vie depuis un moment.
Condo, le professeur de la classe d'Aya et Fumi, arrondit ses fins de mois en traduisant des lettres de l'anglais vers le japonais et vice versa.
Matsumoto, lui, fait partie de ceux qui traduisent en anglais les monceaux de courrier que reçoit le général MacArthur.

Tout ce monde se croise et se rencontre dans le Tokyo d'après-guerre.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce roman. D'abord, Lynne Kutsukake m'a appris des choses concernant le contexte historique. Je ne me souvenais plus pendant combien de temps les États-Unis avaient occupé le Japon après la guerre. L'auteur raconte des situations difficiles. Par exemple, à l'école, Aya est montrée du doigt parce que c'est une rapatriée. Son père est déconsidéré. Certains GI se comportent en colons, abusant des femmes, et piétinant la culture japonaise. Des bébés sangs mêlés sont sacrifiés... Décrivant une ville sans cesse en mouvement, les aspirations et les actes de certains, Lynne Kutsukake brosse un tableau vivant et coloré de cette société. À travers l'histoire de ses personnages, elle montre les répercussions de la victoire américaine sur le Japon.

Les personnages sont attachants. C'est sûrement Fumi que j'ai le moins appréciée. J'ai compris sa douleur, mais elle n'est jamais très sympathique. Lorsqu'elle songe à se faire une amie d'Aya, elle pense tout de suite à se servir d'elle en tant que réceptacle de sa détresse. Elle ne semble jamais se préoccuper des états d'âme d'Aya. Elle a parfois des éclairs de gentillesse, et semble plus ouverte après leur grosse dispute, mais elle m'a très souvent agacée. Je lui ai préféré Aya. Perdue, ne sachant à qui confier son mal être, elle a éveillé ma compassion. Elle est davantage à plaindre que Fumi.

Suniko est sympathique. Elle tente de faire au mieux. À l'inverse d'autres, ce n'est pas de gaieté de coeur qu'elle fait ce genre de travail et se coupe de sa famille. Par la suite, elle vit des choses qui la mettent à l'épreuve. Elle réagit toujours avec courage.

Je ne parlerai pas de tous les personnages, mais chacun est travaillé, crédible, intéressant.

L'intrigue est bien menée. Une sorte de complicité se tisse entre l'auteur et le lecteur, notamment lorsqu'elle fait se rencontrer des personnages qui ne savent pas qu'ils sont liés, alors que le lecteur le sait. Il n'y a pas de temps morts, ni d'incohérences. Certains diront peut-être que ça se termine trop bien. Je ne pense pas. D'abord, tout ne finit pas bien: le père d'Aya, par exemple, continuera un travail mal payé et peu épanouissant pour lui. Ensuite, il est logique que ces personnages tentent de faire au mieux, connaissant leur caractère, et donc il est normal qu'ils fassent de bonnes choses.

Le petit reproche que j'adresserais est à la quatrième de couverture. Elle ne parle presque que de Fumi et Aya. De ce fait, j'ai pensé que le thème principal du roman était une amitié entre deux enfants. Or, cela fait partie du canevas, mais c'est une chose parmi d'autres. Au début, cela m'a un peu déroutée, mais j'ai trouvé que le roman était bien plus riche que ce à quoi je m'attendais, donc cela a été une bonne surprise.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nancy Wu pour les éditions Blackstone audio
J'ai apprécié l'interprétation de Nancy Wu. Elle modifie un peu sa voix pour les hommes, mais cela reste naturel, car c'est léger. D'autre part, j'ai été ravie qu'elle ne fasse pas une chose qui est à la fois affectée et fausse. Ce roman est écrit en anglais. Parfois, certains personnages se parlent en japonais. Leurs paroles sont écrites en anglais de manière conventionnelle. On sait qu'ils discutent en japonais, mais il serait laborieux d'avoir le texte en japonais et la traduction en anglais. Lorsque ce cas de figure se produit, certains lecteurs donnent un accent aux personnages. (C'est le cas de Mark Bramhall dans «Gardens of water», d'Allan Drew.) Nancy Wu ne le fait heureusement pas. J'ai été soulagée, car c'est très laborieux pour moi d'écouter des livres où on fait des accents. De plus, il aurait été faux de faire ainsi, car les personnages s'expriment dans leur langue, ils n'ont donc pas d'accent.

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59 lectures

lundi, 10 avril 2017

What was mine, d'Helen Klein Ross.

What was mine

L'ouvrage:
Lucy Wakefield n'a pas pu avoir d'enfants. Son obsession était telle que son couple n'y a pas résisté.
Un jour, à Ikéa, elle tombe sur un bébé (elle saura plus tard que l'enfant s'appelle Natalie Featherstone) dont la mère s'est éloignée. Elle l'enlève.

Critique:
La façon dont l'auteur aborde le thème ne pourra pas laisser le lecteur indifférent. Le scénario rappelle un peu «Un enfant à soi». Cependant, j'ai été plus sévère envers Lucy qu'envers Jennifer. Si elle a élevé l'enfant (qu'elle a rebaptisée Mia) du mieux qu'elle a pu, si elle n'a jamais eu de mauvaises intentions envers elle, au départ, elle l'a enlevée pour satisfaire un désir égoïste. Elle l'a arrachée à des parents qui n'étaient pas parfaits, mais qui étaient normaux. D'ailleurs, elle ne savait rien d'eux. Pour moi, elle ne paie pas assez pour ce qu'elle a fait. Certes, elle paie et tire peut-être des leçons de ses déboires, mais pour moi, ce n'est pas assez. Tout au long du roman, elle se cherche des excuses. Il y a bien un moment où elle se rend compte que Marilyn (la vraie mère de l'enfant) a simplement eu un moment d'inattention, et qu'elle n'était pas forcément une mauvaise mère, mais cela ne l'empêche pas de continuer sa vie comme si de rien n'était. Je n'ai pas réussi à éprouver de la sympathie envers Lucy. Lorsqu'elle pensait que son but a toujours été d'élever un enfant, et pas de le maltraiter, et que donc, cela vaut mieux pour Mia que d'avoir été enlevée par un pédophile, j'avais envie de dire: «Il ne manquerait plus que ça! Bientôt, il faudra remercier Lucy en lui baisant les pieds pour cet enlèvement!»

Le roman est raconté de plusieurs points de vue. Helen Klein Ross a fait quelque chose que j'ai beaucoup apprécié: elle a fait en sorte que plusieurs s'expriment sur le sujet. Par exemple, la soeur de Lucy, lorsqu'elle apprend les faits, est choquée, et explique en quoi Lucy n'est qu'une sale égoïste qui ne supporte pas qu'on ne cède pas à ses caprices. C'est un peu comme ça que je vois Lucy. Pour moi, elle n'est pas vraiment dévouée à sa «fille», mais plutôt au fait que son secret ne puisse jamais être découvert. Ensuite, on a le point de vue de Wendy qui a vécu quelque chose de traumatisant, et qui, de ce fait, comprend Lucy. Comme je n'aime pas Lucy, et que je ne lui accorde pas les circonstances atténuantes, je ne vois pas trop en quoi ce que Wendy a été forcée de faire peut l'amener à comprendre Lucy. Je pense que c'est dans le sens où parfois, on commet de mauvaises actions contre son gré. C'est ce qui est arrivé à Wendy, mais certainement pas à Lucy!
Quant à la réaction des autres personnages, je la comprends. Je ne l'approuve pas forcément, mais je la comprends, car d'autres paramètres entrent en jeu.

J'aurais aimé que certaines choses soient davantage développées. Je ne peux pas dire lesquelles, car j'en dévoilerais trop sur l'intrigue... Ce roman m'est d'ailleurs assez dur à chroniquer, car j'aimerais parler d'éléments qui me forceraient à divulguer des moments clés de l'intrigue. En tout cas, si je n'ai pas aimé Lucy, si certaines choses peuvent paraître assez grosses (la scène de la clé est tellement surréaliste qu'elle en est comique), le thème est délicat, et c'est un livre (notamment les réactions des différents personnages) dont il serait très intéressant de discuter.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Simon and Schuster Audio La distribution est:
Amanda Carlin: Lucy
Cassandra Campbell: Marilyn
Rebekkah Ross: Mia
Jonathan Todd Ross: Tom, Warren, Grant...
Julia Whelan: Wendy, Sheryl...
Je trouve dommage que Julia Whelan ait pris des voix si caricaturales pour ses rôles. Sheryl a l'air d'une pauvre vieille aigrie, l'accent de Wendy est exagéré, etc. Elle a sûrement fait cela parce qu'elle souhaitait que les auditeurs différencient bien ses rôles, mais j'ai trouvé cela plutôt horrible. Je préfère le parti qu'a pris Jonathan Todd Ross: il garde la même voix, tout en mettant le ton approprié. Julia Whelan tente bien de le mettre, mais c'est gâché par les différentes voix qu'elle prend.
Je connais bien Cassandra Campbell que j'aime beaucoup, même s'il lui arrive d'être un peu trop sobre.
Je connais peu Amanda Carlin, mais je pense que je l'entendrai à nouveau avec plaisir.
Quant à Rebekkah Ross, j'ai un peu de mal avec sa voix... En outre, elle la modifie pour faire les rôles masculins, ce qui, pour moi, n'arrange rien.

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jeudi, 6 avril 2017

Toute ma vie sera mensonge, d'Henri Troyat.

Toute ma vie sera mensonge

L'ouvrage:
Paris, 1943. Armand et Constance tiennent le restaurant la Poivrière. Ayant de bonnes relations avec les Allemands, ils ne manquent de rien, et on peut faire bombance dans leur restaurant. Vincent (dix-sept ans) et Valérie (vingt-deux ans), les enfants d'Armand, en profitent. Cependant, cette situation oppresse Vincent qui a mauvaise conscience. Afin de se détacher un peu du restaurant, il va vivre chez sa soeur pour une durée indéterminée.

Critique:
Comme dans les autres romans de lui que j'ai lus, Henri Troyat plonge son lecteur dans une histoire, en peu de pages. Il fait cela simplement, avec des mots vrais, une écriture toujours juste, sans fioritures, d'un style précis. Ici, il emporte des personnages quelconques dans la tourmente de la deuxième guerre mondiale. Chacun réagit différemment. Vincent est sûrement le plus intéressant. D'abord, c'est le narrateur, donc c'est celui que l'auteur analyse le plus. Ensuite, c'est justement ses pensées et ses actes qui le rendent captivant aux yeux du lecteur. Il ressemble, je pense, à la plupart d'entre nous. Il déplore le copinage de ses parents avec les Allemands, mais profite des avantages que cela apporte. Il soutient la Résistance et pense même à en être, mais n'en a finalement pas le courage. Il comprend que tout est une question de hasard: il a la chance de faire partie du peuple élu, alors que son ami, Michel Cohen, non. Mais surtout, Vincent adore sa soeur, d'un amour entier et possessif. À un moment, la vie le place devant un choix, et il agit guidé par ce sentiment, sans vraiment penser à autre chose qu'à la conséquence immédiate. À partir de là, on se demande comment Henri Troyat terminera son livre. De multiples choix s'offraient à lui. Finalement, la fin qu'il a choisie est la meilleure. On imagine très bien comment passeront les années... (Je ne peux pas en dire plus.)

Valérie est également un personnage intéressant. À un moment, Vincent, par jalousie, dit qu'elle est devenue plus responsable pour de mauvaises raisons. Malgré son dépit, je pense qu'il a raison. En effet, au départ, Valérie est plutôt insouciante. Elle profite des bonnes choses sans sembler s'inquiéter de ceux qui souffrent et des moyens par lesquels elle peut bénéficier de tout cela. Ensuite, elle voit les choses de manière plus lucide, mais aurait-elle fini par les voir ainsi seule?

Depuis quelque temps, les romans se déroulant à cette période m'agacent un peu, car certains auteurs semblent aborder ce thème grave et délicat comme on surfe sur une vague. Ils en font trop, en écrivent des tonnes, et cela ne prend pas, du moins avec moi. Henri Troyat a vécu cette période. De plus, sa finesse, la justesse de son écriture, son brillant esprit d'analyse font que le sujet est très bien abordé.

Un roman très bien écrit (ce qui n'étonnera personne), des personnages très bien analysés.

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Dominique Van Wijngaerden pour la Ligue Braille.

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jeudi, 23 mars 2017

The children, d'Ann Leary.

The children

L'ouvrage:
Lake Side, maison de la famille Whitman, dans le Connecticut. Joan et sa fille, Charlotte, y habitent. Sally, fille aînée de Joan, y fait quelques séjours. Everett Haystings est leur voisin. Il vit sur la propriété des Whitman en échange de menus travaux. Lake Side appartenait à Witt Whitman, aujourd'hui décédé. Joan est sa seconde épouse. Perry et Spin sont les fils que Witt a eus d'un premier mariage.
C'est un tournant de l'histoire de ces gens que nous raconte Charlotte. Spin vient de rencontrer Laurel, et parle mariage. Il va la présenter à ses proches. C'est au cours de leur séjour à Lake Side que cette famille, en apparence unie, va connaître quelques secousses...

Critique:
Après avoir apprécié «Outtakes from a marriage», j'ai été contente d'avoir l'occasion de lire «The children», que j'ai d'ailleurs préféré.

Ann Leary joue avec son lecteur. Elle rappelle qu'il ne faut pas forcément croire tout ce qu'on nous dit et nous montre. L'exemple que je peux donner sans dévoiler l'intrigue est celui de Charlotte. Elle est attachante, équilibrée, lucide quant à elle-même et ses failles. Cependant, elle ment. Elle a créé un blog où elle s'invente une vie. Ses lecteurs la croient inconditionnellement. Pourtant, ils n'ont aucune preuve de ce qu'elle avance. C'est criant de vérité, mais rien n'est prouvé. C'est d'ailleurs faux.

D'un autre côté, Sally finit par avoir une certitude concernant tout autre chose. Sally étant d'humeur instable, ayant des tendances paranoïdes, et affirmant ce qu'elle pense avec force exagérations, il est difficile au lecteur et aux Whitman de la prendre au sérieux. Là encore, Ann Leary pose habilement la question des apparences. Pourquoi croire une personne davantage qu'une autre? Parfois, calme et pondération ne sont que façade, alors que hurlements et affirmations délirantes émanent d'une personne que son hypersensibilité empêche d'être posée.

La famille Whitman pensait mener une vie tranquille, mais le séjour de Spin et Laurel remettra tout en question. Certains ont un point de vue différent sur certains événements. Des faits n'ont pas été vécus de la même manière par tous. Si le lecteur se range forcément du côté de ceux qui ne veulent pas nuire, il comprend le point de vue de la personne manipulée. Elle n'a pas forcément réagi comme il fallait à l'époque, et c'est ce qui a construit le terreau que la personne manipulatrice a tout de suite su exploiter. Donc à la base, la famille n'était pas bâtie sur des fondations extrêmement solides. Davantage de communication aurait pu empêcher ce que Charlotte conte aujourd'hui. C'est rassurant parce que cela veut dire qu'aussi forte que soit la personne manipulatrice, elle n'aurait pas eu de prises si les fondations avaient été solides. La manipulation m'effraie, mais ses limites sont visibles: s'il n'y a pas de failles, le manipulateur se cassera les dents.
Je n'ai pas pu m'empêcher de comparer ce roman à «Ma meilleure ennemie». Pour moi, Ann Leary joue beaucoup plus finement que Paula Daly. Dans «The children», tout est réaliste, je n'ai rien à redire, alors que Paula Daly avait dû créer des invraisemblances pour faire passer certaines choses.

La façon de raconter de Charlotte peut être un peu déroutante, car au début, elle louvoie entre passé et présent. Plus tard, elle raconte un événement marquant, mais de manière un peu brouillonne. Après coup, je trouve que l'auteur a bien fait, car elle l'a raconté tel qu'il a été vécu, et non avec la «froideur» de celle qui l'a «digéré». Les émotions ressenties alors par les protagonistes (du moins par Charlotte) nous sont données de manière brute, ce qui est beaucoup plus fort et intéressant que si le récit avait été fait de façon chronologique et précise. D'une manière générale, tout est bien agencé, rien n'est tiré par les cheveux. La fin est en demi-teinte. J'aurais aimé que certaines choses se passent autrement, mais ce qu'a imaginé l'auteur est bien plus réaliste.

Le titre est très bien trouvé, non seulement parce que les enfants de Joan et Whitt sont au centre des faits, mais aussi à cause de la référence à «Have you checked the children?», phrase tirée du film «Terreur sur la ligne» («When a stranger calls»). J'ai souri, car c'est le deuxième roman que je lis évoquant ce film. Cela me donne envie de le regarder. Après recherche, j'ai constaté qu'il date de 1979, et qu'un remake en a été fait en 2006. Je compte regarder celui de 1979, l'original. Cependant, je pense que j'en ai entendu parler dans mes lectures grâce au remake qui, apparemment, a beaucoup plu aux États-Unis, davantage que l'original, si j'ai bien compris.

Remarque annexe:
Éluciderez-vous l'énigme de monsieur Propre? Quant à moi, je n'ai rien deviné avant que l'auteur ne le décide. La solution de cette énigme ne laissera pas le lecteur indifférent...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Gretchen Mol pour les éditions Macmillan.
J'ai découvert Gretchen Mol avec ce roman. Je l'ai tout de suite appréciée. Elle ne modifie pas sa voix à outrance pour les différents personnages, ce qui m'a ravie, surtout à l'heure où beaucoup le font. Son jeu est naturel. Je l'entendrai à nouveau avec grand plaisir!

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