lundi, 15 mai 2017

Caraval, de Stephanie Garber.

Caraval

L'ouvrage:
Depuis qu'elle a dix ans, Scarlett écrit à Légende, le maître du jeu Caraval. Elle souhaite que le jeu soit organisé sur Trizda, l'île dont son père est le gouverneur. Sa grand-mère lui ayant raconté la féerie de Caraval, elle rêve d'y participer. À dix-sept ans, elle reçoit enfin une invitation. Le jeu ne se fera pas sur son île, mais elle peut y participer. Tella, la soeur de Scarlett, est ravie. Seulement, les deux jeunes filles ne peuvent pas quitter Trizda: leur père les y retient, et n'hésite pas à leur faire payer le moindre écart.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce livre. L'histoire pourrait être banale s'il n'y avait pas le monde enchanté de Caraval. À la fois plein d'objets magiques qui font rêver et de chausse-trappes, cet endroit ambigu provoque envie et peur. L'auteur parvient très bien à faire cohabiter ces deux impressions contradictoires. Par exemple, plus elle joue (Attention, Caraval n'est qu'un jeu, rien n'y est vrai...) plus Scarlett découvre des choses peu reluisantes. Tout cela dans une ambiance de fête foraine où on trouve des choses comme du cidre qui accroît la perception, des salles qui s'adaptent à l'humeur, etc. Sans parler des rétributions que demandent les vendeurs ou ceux qui donnent une information permettant d'avancer dans le jeu. Pour moi, cette ambiance à la fois terrible et festive fait la force du roman. De plus, j'aime beaucoup les éléments magiques imaginés par Stephanie Garber.

Dès que le jeu commence, le lecteur ne sait pas trop ce qu'il doit croire. On a beau être prévenu (deux fois) que rien n'est vrai, le doute persiste. L'auteur dit, dans une interview en fin d'ouvrage, qu'elle-même n'a pas tout de suite décidé ce qui était vrai ou non. J'ai aimé ne pas savoir (sauf à la fin) ce qu'il fallait prendre pour acquis. Cela faisait que je me méfiais de tout le monde. Cela ne m'a pas empêchée d'apprécier certains rebondissements que j'avais pressentis. L'auteur a quand même su me surprendre, notamment avec la découverte de la présence de certains personnages.
Il n'y a pas de temps morts. Certaines scènes tiennent le lecteur en haleine. Je pense par exemple à ce qui arrive quand Scarlett achète deux nouveaux vêtements.

Le jeu fait évoluer notre héroïne. Elle se découvre capable d'accomplir beaucoup de choses au nom de l'amour sororal. Elle est peut-être un peu trop parfaite, mais cela ne m'a pas dérangée. J'ai moins aimé Tella, mais c'est sûrement parce qu'on la voit peu, et pour une autre raison que je ne dévoilerai pas ici. La fin laisse entrevoir une suite de laquelle Tella sera l'héroïne. Dans l'interview, Stephanie Garber confirme qu'il y aura bien une suite.

L'histoire d'amour est un peu trop convenue. Elle reste crédible selon la théorie qui veut que lorsqu'on vit des choses éprouvantes à deux, on se rapproche, mais pour moi, elle est quand même trop rapide.

Éditeur français: Bayard Jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Soler pour les éditions Macmillan.
J'aime bien cette comédienne que j'ai découverte dans «Les chroniques lunaires». Ici, je trouve qu'elle a amélioré un point qui m'agaçait: elle modifie moins sa voix pour les rôles masculins.

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jeudi, 30 mars 2017

Les geôliers, de Serge Brussolo.

Les Geôliers

L'ouvrage:
Jillian Caine est scénariste. Elle est plutôt sur le déclin. C'est alors que le cinéaste Dieter Jürgen (réputé pour faire des films extrêmes) la recrute pour écrire le scénario retraçant une partie de la vie de Debbie Fevertown. Quinze ans auparavant, celle-ci a assassiné son mari et ses fils avant de prendre la fuite. Apparemment, elle pensait qu'ils étaient des extraterrestres, venu répandre le mal.

Critique:
Je suis passée par deux phases lors de ma lecture de ce roman. Au début, je trouvais que Brussolo en faisait trop, surenchérissant dans le spectaculaire. Ça ne m'incitait pas vraiment à continuer, car j'avais l'impression qu'il faisait tout comme ces auteurs que je n'aime pas: du spectaculaire, du macabre à foison, etc. L'idée de montrer qu'on ne pouvait pas trancher entre les différentes interprétations de ce qui est arrivé à Dipton est intéressante, mais s'essouffle vite, à mon avis.
En outre, il me semblait retrouver un écho de «La maison des murmures», et pour moi, certaines ficelles n'avaient pas à être à nouveau exploitées. Les personnages m'agaçaient. J'avais envie de leur dire qu'ils étaient tous idiots de s'être engagés là-dedans, sachant que cela pouvait être dangereux.

À partir d'une certaine découverte concernant Dieter, les choses ont changé pour moi. D'abord, j'ai trouvé que cette découverte montrait le début sous un nouvel angle, et que tout prenait sens. À partir de ce moment, j'ai retrouvé le Brussolo extrêmement créatif que j'affectionne. Si j'ai retrouvé des échos de ses autres romans (notamment «Le carnaval de fer»), cela a été avec plaisir, parce que l'idée n'est absolument pas exploitée de la même façon. Parmi toutes les inventions loufoques dont regorge ce roman (surtout la deuxième partie), j'ai une tendresse particulière pour ce que j'appelle «l'eau vivante». J'ai également beaucoup apprécié les premières conséquences engendrées par la régénération de Dieter.

Encore une fois, Brussolo invente des péripéties et des éléments extrêmes qui font passer les personnages par toutes les phases de l'horreur, mais qui, parfois, font rire le lecteur. Ici, par exemple, j'ai plutôt ri de voir ce qui arrive aux monstres morts après un combat sanglant, ou même lorsque certains mangent des morceaux de leurs congénères pendant qu'ils sont eux-mêmes mangés.
Dans la partie que j'ai moins aimée, j'ai quand même ri grâce à Miranda. C'est tellement commun de montrer une femme qui tente de perdre du poids, Brussolo a préféré parodier cela en montrant le contraire. Cela m'a beaucoup amusée.

Jill n'est pas vraiment intéressante. Souvent, les héros brussoliens sont mous, mais quelque chose les démarque. Pour moi, Jill est quelconque. Je lui préfère l'homme-hérisson.

Je me suis doutée qu'à la fin, un élément montrerait que les choses ne sont pas finies, mais je n'avais pas deviné quel serait cet élément. Je pensais que cela m'agacerait, mais finalement, non...

Éditeur: Folio.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

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jeudi, 25 août 2016

Neverwhere, de Neil Gaiman.

Neverwhere

L'ouvrage:
Alors qu'il se rend à un dîner, Richard Mayhew est arrêté par une jeune fille qui le supplie de l'aider. Elle semble grièvement blessée, et refuse d'être conduite à l'hôpital. Richard l'emmène chez lui. C'est à partir de ce moment que d'étranges événements vont se produire dans la vie de notre héros.

Critique:
Comment écrire une chronique qui soit à la hauteur de ce roman? Il est assez épais et ne souffre d'aucune lenteur. J'ai d'ailleurs apprécié que l'auteur prenne le temps de planter le décor, d'expliquer ce qui arrive à Richard, de montrer ce que cela lui fait, etc. Ensuite, le lecteur est précipité d'une aventure à l'autre. Énigmes, épreuves, quêtes, rencontres de personnes dont on ne sait pas toujours si on peut s'y fier... Ce monde où on «parle aux rats», où un personnage excentrique raconte des blagues aux oiseaux (mais pas seulement), où on a affaire au marquis de Carabas... ce monde où fantastique et merveilleux se côtoient (selon qu'on se place du point de vue de Richard ou des autres), tout cela rappelle le conte. Mais un conte initiatique, parfois cruel, exempt d'amours mièvres, et traversé de pointes d'humour.
Quant à la fin, elle est conforme à ce que je souhaitais. Elle est peut-être un peu attendue, mais j'aurais été déçue qu'elle soit autre.

Le monde dans lequel notre héros est bien obligé de se rendre est décrit et exploré avec minutie. On y rencontre des personnalités captivantes, des peuples étranges, et une foule d'éléments propres à immerger le lecteur dans cette Londres d'en bas. Certains éléments peuvent être vus à plusieurs niveaux. Par exemple, la première fois que Richard se rend au marché flottant, j'ai été fascinée par la description de tout ce qu'il y voit. J'ai ri de certaines incongruités, comme le rayon des détritus. Bien sûr, nous sommes dans un monde étrange, mais il ne faut pas oublier que ceux qui s'y retrouvent sont ceux qui, pour une raison X ou Y, sont tombés dans des failles, des personnes qui souffrent, n'ont pas vraiment d'endroits où aller. On peut donc imaginer que celui qui vend des détritus n'a pas grand-chose pour subsister.
D'une manière générale, ce roman invite à l'ouverture d'esprit. En expliquant de manière «raisonnable» des situations qui paraissent parfois saugrenues.

Son parcours dans ce monde et les péripéties qu'il y vivra changeront Richard. Le lecteur s'identifiera facilement à lui. Parachuté dans un univers dont il ignore les codes (il aurait sûrement été châtié si les Parle-aux-rats l'avaient vu balancer sa télécommande sur l'un de ceux qu'ils admirent et respectent), il traverse des épreuves dont lui-même se serait cru incapable de triompher. Celle de la clé est sûrement la plus périlleuse. Là encore, on peut la voir comme une simple épreuve dont il faut triompher ou comme une invitation à améliorer (si on le peut) ce qui ne va pas dans la vie.

Les deux tueurs (monsieur Croup et monsieur Vandemar) ne laisseront pas le lecteur indifférent. Bien sûr, ce sont des «méchants», mais ils feront également sourire. Monsieur Vandemar, la grosse brute qui mangent des animaux crus voire vivants, qui ne comprend pas toujours le sens figuré, qui révèle des choses qui devaient rester cachées parce qu'il veut avoir son tour de parole... Nos deux compères se désolant que leur employeur ose, sans scrupules, leur demander de ne pas trop abîmer, voire de protéger des gens, alors que leur «métier» est de tuer... Tout cela prête à sourire, même si ces deux personnages sont synonymes de danger.

Je ne peux pas trop en dire pour ne pas trop en dévoiler. C'est assez frustrant, car ce roman est très riche, foisonnant, fouillé, abouti. Il y aurait encore énormément de choses à écrire...

Je n'ai pas eu le texte dans sa langue originale entre les mains. Je ne sais donc pas si certaines lourdeurs stylistiques sont dues à la traduction ou si elles sont du fait de Neil Gaiman. Par exemple, plusieurs fois, un prénom est répété, alors qu'il pourrait être remplacé par «il» ou «elle». Si c'est voulu par l'auteur, c'est ainsi. Si ce sont des maladresses de traduction, c'est vraiment dommage, car cela trahit le texte original.
D'autre part, Londres étant une ville, et «ville» étant du genre féminin, le traducteur a choisi de dire «la Londres d'en haut» et «la Londres d'en bas». Mais à un moment, il écrit «le Londres». Il aurait dû garder le genre choisi au départ. Ayant lu ce roman en audio, je n'exclus pas que le «le» soit une erreur de la lectrice.

L'édition que j'ai lue comporte une introduction où Neil Gaiman explique la genèse et l'évolution de «Neverwhere». Outre que c'est très intéressant, on y apprend que le roman a connu plusieurs versions, et que celle comportant l'introduction expliquant cela est la plus aboutie aux yeux de l'auteur. De ce fait, il vaut mieux lire cette version.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Miserez pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Outre une voix très agréable, Élodie Miserez a un jeu très naturel. Elle donne de subtiles nuances à sa voix pour interpréter les différents personnages. Je n'aime pas cela, en général, mais elle le fait très bien. Peut-être aurait-elle dû jouer un tout petit peu plus. Par exemple, lorsqu'elle dit une réplique sur un ton neutre, puis «hurla Chasseur», c'est un peu anachronique... Néanmoins, je pense qu'elle a dû tenter de jongler: il fallait jouer, mais pas trop... cela n'est pas toujours facile...
Quant à sa prononciation des noms anglophones (ce sur quoi je pinaille beaucoup), elle m'a plu. Elle n'est absolument pas affectée. Il y a bien certains noms que la lectrice prononce à l'anglophone (comme Mayhew), mais je ne sais pas trop de quelle autre manière elle aurait pu les prononcer. Là encore, elle n'avait pas la partie facile et s'en est bien sortie.

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lundi, 28 mars 2016

Les dames blanches, de Pierre Bordage.

Les dames blanches

L'ouvrage:
D'étranges bulles blanches apparaissent un peu partout sur Terre. Elles attirent des enfants de moins de quatre ans. Ils entrent en elles, et on ne les revoit plus. On se rend uite compte qu'il est impossible de les faire exploser ou de les ouvrir...

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Certains diront que ce qu'on finit par savoir quant à la présence des bulles est un thème ressassé. Cela ne m'a pas dérangée pour plusieurs raisons. D'abord, c'est préparé tout au long du roman. Ensuite, les romanciers ont beau répéter cette vérité concernant l'humanité, elle n'en prend pas de la graine, donc autant le lui assener jusqu'à ce qu'elle l'écoute. Enfin, là n'est pas le plus important dans ce roman. C'était nécessaire, car il fallait bien que l'auteur explique la présence des bulles, mais pour moi, ce n'est pas la raison principale pour laquelle il faut lire ce roman.

Pierre Bordage explore minutieusement les conséquences de l'apparition d'un phénomène que l'homme ne peut maîtriser, et qui, en plus, est perturbateur. Les bulles «enlèvent» des enfants, et anéantissent les nouvelles (et même les moins récentes, comme le téléphone fixe) technologies. L'homme réagit en tentant de se défendre, d'éradiquer ce phénomène en apparence destructeur. Cela se comprend. Comme l'ont montré d'autres romanciers, on a tendance à vouloir détruire ce qui semble être une menace. En outre, ici, si certains pensent qu'on s'y prend mal, ils ne parviennent pas à trouver comment communiquer avec les bulles (rebaptisées les dames blanches). S'il est logique de vouloir se défendre, si on comprend les premières réactions des hommes, la suite est assez effrayante. L'homme pervertit tout, et il ne dérogera pas à cette règle. Une idée ignoble s'impose afin d'anéantir les dames blanches, et malgré son peu d'efficacité, elle est maintenue justement parce que c'est la seule qui a quelque peu fonctionné. Seulement, elle entraîne des décisions et des lois iniques, des actes barbares... Il sera impossible à un lecteur averti de dire que l'auteur exagère. L'homme s'est déjà rendu coupable de choses de ce genre, comme le font d'ailleurs remarquer certains personnages. C'est en cela que le livre est magistralement pensé: tout ce qui est décrit est vraisemblable.

Certains personnages (Camille, Jason) connaissent une sorte de parcours initiatique. Ils se heurtent à des épreuves, à des souffrances qui les font réfléchir. Ils sont ouverts (surtout Camille), mais se fourvoient, puis reviennent sur leurs erreurs, les analysent. Je ne sais pas comment je réagirais si quelque chose de ce genre arrivait, mais en tant que lectrice extérieure, je suis passée par les mêmes phases que Camille. Il y a quand même eu un moment où j'ai pensé qu'il fallait laisser les bulles où elles étaient sans s'en occuper, et tenter de s'adapter. Certes, cela aurait peut-être été envisagé si les dames blanches n'attiraient pas certains enfants...

Heureusement, Camille et Basile (ceux qui essaient de comprendre) ne ressemblent pas à de doux dingues. Ils n'acceptent pas tout avec résignation. Ils cherchent à comprendre. L'auteur oppose (entre autres) Camille et Catel afin de montrer comment chacun réagit, comment chacun concilie son caractère, son ressenti, sa sensibilité, son adaptation à de terribles situations... Les réactions des uns et des autres sont un bon échantillon de la manière dont la population prendrait les choses.

Par une intrigue et des personnages solides, Pierre Bordage invite son lecteur à réfléchir, à tenter de faire au mieux, de communiquer, d'être plus à l'écoute, de prendre et de donner le bonheur le plus possible. D'autres l'ont fait, mais ce roman m'a davantage parlé que d'autres. D'abord parce que Pierre Bordage assortit cela d'exemples criants de vérité. Ensuite parce que je n'ai pu m'empêcher de comparer certaines réactions avec celles de personnes de mon entourage. L'auteur incite à se montrer plus fort moralement que les personnes bloquées et bornées, à ne pas se résigner à la méchanceté, mais à la combattre intelligemment, sans précipitation, sans se laisser dominer par ceux qui pensent avoir un ascendant. Il invite son lecteur à avoir confiance en lui-même, en ses sensations, à aller à l'essentiel. En tout cas, c'est ce que j'ai ressenti.

Chaque chapitre a pour titre le nom d'un personnage. J'ai trouvé un peu dommage que certains titres soient un peu mal amenés... Bien sûr, la personne à l'honneur est évoquée dans le chapitre à son prénom, mais certains le sont trop peu pour mériter un chapitre. L'auteur n'aurait peut-être pas dû s'imposer un prénom différent par chapitre.

Éditeur: l'Atalante.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Maurer pour la Bibliothèque Sonore Romande.
La lectrice a très bien interprété ce roman. J'avais peur qu'elle soit trop sobre, car la BSR prône (trop à mon goût) la sobriété, ce qui m'a détournée de certains lecteurs qui, pour moi, le sont trop. Karine Maurer a mis de la vie et de la conviction dans son interprétation,sans tomber dans le surjeu. J'ai aimé passer ce moment avec sa voix et sa lecture.
Comme je pinaille toujours, je dirai que je trouve dommage qu'une prononciation à l'anglaise soit devenue presque automatique pour certains prénoms. En effet, je sais que beaucoup prononcent le prénom Jason Djésoeune. Certains trouvent ridicule une prononciation à la française. Pourtant, je pense qu'ici, c'est ce qu'il aurait fallu faire. Jason n'a pas été appelé ainsi à cause des séries télévisées, mais (comme beaucoup de personnages de ce roman) à cause de la référence mythologique. C'est la même chose pour Charon que la lectrice a prononcé comme le prénom anglophone Sharon. Or, ici, c'est la référence à celui qui fait traverser le Styx.

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jeudi, 31 décembre 2015

Blitz, tome 2: All clear, de Connie Willis.

Blitz, tome 2: All clear

L'ouvrage:
Mike, Polly et Mérope se sont aperçus que quelque chose se détraquait dans le continuum temporel, puisque leurs fenêtres de saut ne s'ouvrent plus. Ils sont persuadés d'avoir influé sur le cours de l'histoire, et ne savent pas comment réparer. Ensemble, ils vont chercher comment retourner en 2060.

Critique:
Je ne sais pas pourquoi «Blitz» a été coupé en deux tomes. La réponse doit se trouver entre épaisseur du roman et histoire de gros sous. En tout cas, il faut lire «Blitz» comme si c'était un seul livre.

La quête des personnages peut paraître lente. Quant à moi, je ne me suis pas ennuyée. D'abord, Connie Willis continue de dépeindre avec beaucoup de détails, la vie à l'époque du blitz. Cela m'a beaucoup intéressée. J'ai trouvé que les personnages étaient un peu plus épais que dans le tome 1... En outre, je m'imaginais à leur place.
Polly m'a un peu agacée, car on a l'impression qu'elle croit tout savoir, qu'elle veut tout maîtriser, et pense à en être la seule capable. Elle est toujours réticente à partager ses opinions avec les autres quant à leur situation, sous prétexte que cela leur fera mal. J'ai l'impression qu'elle voit Mérope comme une petite gourde. Michael est un peu comme ça, mais moins... Quant à Mérope, elle peut paraître un peu perdue et facilement déstabilisée, vite apeurée, mais on le serait à moins.
On finit par apprécier les terribles Hodbin. C'est voulu...

Il y a quand même des choses que j'ai trouvées lentes. Par exemple, les passages avec Ernest. Ils ont une raison d'être, tant historique qu'au niveau de l'intrigue, mais je les ai trouvés trop nombreux et trop lents.
L'auteur délaye aussi les choses lorsque Dunworthy se rend compte de ce qui arrive, et tente d'aller chercher ses historiens. On attend plusieurs chapitres avant de voir ce qu'il devient... Pareil lorsque Colin se rend au musée de la guerre... C'est fait exprès pour faire durer le suspense, mais c'est un peu artificiel. Au long du roman, il y a d'autres choses de ce genre. C'est un peu agaçant. En outre, certaines sont peu crédibles... Par exemple, la manière dont Daphné et Sir Godfrey retardent le moment de livrer des informations cruciales. Ils ne le font pas exprès, mais ils voient bien (surtout Godfrey) que c'est urgent... La manière dont l'auteur s'y prend pour retarder le moment où on relie Mary au reste est également assez grosse...

Petit à petit, la théorie qu'échafaudent nos personnages glisse, et on se retrouve avec une théorie contraire. Les deux cohabitent pendant un instant, puis l'une l'emporte. Personnellement, je préfère celle qu'a choisie Connie Willis. Je me souviens avoir pesté après certains (comme Stephen King) qui arrivaient à une conclusion que je trouve frileuse. Elle est peut-être plus «confortable» pour les esprits rationnels, mais elle enferme trop les choses, je trouve. Dans un livre de science-fiction ou de fantastique, pourquoi ne pas s'autoriser à penser à une autre réalité? C'est justement parce qu'elle n'existera jamais, et que nous le savons, qu'elle peut être admise dans un roman de cet acabit.

En cherchant l'orthographe de noms sur le net, je suis tombée sur une chronique négative du tome 1 suivie de commentaires. La plupart étaient dépréciateurs. Du coup, j'ai comparé ces ressentis avec le mien. Je n'ai pas lu beaucoup d'autres romans de ce genre. Ces personnes semblaient en avoir lu davantage que moi. Cependant, «Blitz» était comparé à un roman de Priest, au détriment de «Blitz». Je n'ai pas lu ce roman, mais je me souviens m'être ennuyée, et n'avoir pas fini «Le monde inverti», de Priest. Certains ont également comparé avec Philip K Dick. J'ai lu peu d'ouvrages de cet auteur, mais effectivement, les deux styles sont totalement différents, Philip K Dick étant bien plus concis que Connie Willis, son style étant plus direct. On peut d'ailleurs (contrairement à ce que pensent certains) apprécier les deux, ce qui est mon cas. Ensuite, il était dit que les dialogues de «Blitz» étaient très mauvais. Je les ai trouvés vivants... Parfois, ils contribuent à la lenteur du roman, c'est vrai. Il était également dit que les personnages étaient peu épais. Je les ai trouvés assez crédibles, mais en effet, ils auraient peut-être mérité d'être davantage creusés. Il semble que Connie Willis se soit davantage attardée sur la description de la vie à l'époque, et sur celle de ce qui se passe avec le continuum temporel. Beaucoup de commentateurs ont dit que ça ne démarrait jamais. Je les ai trouvés durs... Un commentateur a dit qu'il suffisait que les historiens aient un portable, et puissent l'utiliser pour que le tour soit joué. Je n'y avais pas pensé, parce qu'il me semble qu'il est admis qu'on ne peut pas apporter des objets dans une période où ils n'ont pas encore été inventés. Cependant, l'auteur aurait peut-être pu le dire... Stephen King le fait dans «22/11/63». Il était également dit qu'il valait mieux lire «Sans parler du chien». Je ne demande pas mieux, mais je souhaiterais lire «Le grand livre» avant, et il a été enregistré par une lectrice dont je n'apprécie pas le jeu. Espérons qu'une association le fera enregistrer... par une personne et non à la voix de synthèse.

Afficher Je dévoile une partie de la fin.Masquer Je dévoile une partie de la fin.

Je suis apparemment passée à côté d'un élément. À la fin, Polly comprend quelque chose à propos de Colin, et se dit que c'est pour ça qu'il savait que Mérope ne rentrait pas, et que c'était pour ça que Mérope l'avait appelé «mon cher enfant». Colin sait que Mérope ne rentre pas parce qu'il a rencontré Binnie en 1995, et que celle-ci leur a dit où les trouver en 1941. Et elle leur a également dit que Mérope ne rentrerait pas. Il semble que Polly ait compris autre chose. Qu'a-t-elle compris?

Éditeur: Bragelonne.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cécile Guérin pour l'association Valentin Haüy.
Là encore, j'ai apprécié la lecture de Cécile Guérin. Je ne sais pas si elle a eu des remarques, mais à un moment, elle prononce Djonatane pour Jonathan, alors que dans le tome 1, elle disait Jonathan. Puis, elle ne doit pas être à l'aise, car elle dit Djonathan, puis Jonathan.
De plus, lorsque les personnages jouent «La belle au bois dormant», elle indique les citations (les paroles de la pièce) en disant «entre guillemets». J'ai déjà expliqué pourquoi, à mon avis, il était dommage de faire ainsi. Cependant, là encore, je me demande si la lectrice n'aurait pas eu des remarques, des demandes pour qu'elle le fasse, car elle ne le fait qu'à ce moment-là, alors qu'il y a beaucoup d'autres passages avec des citations, notamment lorsque sir Godfrey parle.

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