Conduite en état Livresque

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Contrairement à la croyance générale, l'opposé de l'amour n'est pas la haine, mais l'indifférence.
Otto Penzler dans "Meurtres et passions".

mardi 2 octobre 2007

mardi
2
octobre 2007

A la recherche de Peter Pan, de Cosey

A la recherche de Peter Pan
Nous sommes en hiver, dans les Alpes valaisannes, en 1930. Melvin Z. Woodworth, jeune écrivain britannique côté, vient passer quelques jours dans le village d'Ardolaz afin d'y puiser de l'inspiration pour un nouvel ouvrage, et rendre hommage également à son demi-frère, Dragan, mort il y a quelques années dans ce même endroit.
Son arrivée est paisible, et la vie au village semble s'écouler tranquillement. A l'exception de deux gendarmes, qu'il croise souvent : ils sont à la recherche d'un certain Baptistin, un faux-monnayeur qui sévit dans le coin.
Mais le glacier, au dessus du village, menace de s'effronder.... Faut-il évacuer la population ?
Et quelle est cette jeune femme que Melvin a vu se baigner nue dans un lac ? Et qui joue au piano les compositions de son frère, la nuit, dans le grand hôtel ?

Cette bande dessinée, bien que portant en son titre le nom de Peter Pan, et y faisant référence par des citations au seing de l'histoire, n'a toutefois pas de lien direct avec ce personnage (ne vous attendez donc pas à voir surgir Wendy et la fée clochette!), mais porte sur la recherche de l'identité et du passé, qui sont essentiels afin de pouvoir écrire l'avenir, et donner de l'inspiration à l'écrivain.
Le récit se déroule tranquillement : de grands espaces, de la neige, quelques cadrages serrés, Cosey nous raconte une histoire volontairement lente, qui prend son temps, à l'image de la nature endormie.
Cette BD tient plus d'un livre d'ambiance que d'un scenario fouillé à proprement parler. En effet, on n'apprend pas grand chose sur la complexité des personnages, sur leur histoire ou leurs rêves, mais on comprend la quête de Melvin, et on s'attache à ce personnage tranquille.
Certains passages sont un peu longs parfois : il ne faut pas s'attendre à un livre plein de rebondissements, je le répète, on se glisse dans cette histoire comme dans un paysage montagneux d'hiver. Un récit simple donc, parfois un peu naif même, mais dans lequel on prend plaisir à s'imiscer.

Extrait:

A la recherche de Peter Pan_extrait

mardi 12 juin 2007

mardi
12
juin 2007

Quartier Lointain, de Jirô Taniguchi

Quartier Lointain
Hiroshi Nakahara, un homme d'une cinquantaine d'années, vient de passer une agréable soirée (bien arrosée) en compagnie de ses collègues. Il est tard, et l'homme décide de rentrer chez lui rejoindre sa famille. Il s'endort dans le train, qu'il pense être celui du retour vers les siens. Or, il s'est trompé de voie, et en se réveillant il se rend compte qu'il se dirige vers la ville qui l'a vu grandir, Kurayoshi...
Lui qui ne pensait jamais devoir y remettre les pieds va voir son destin chamboulé. Une fois sur place, Hiroshi ne désire qu'une seule chose : s'en aller au plus vite, et rentrer chez lui. Seulement voilà, le prochain train n'arrive que dans quelques heures...
Il se décide donc à arpenter la ville afin de voir ce qui a changé depuis son départ, s'il reconnaîtra les quartiers, les maisons... Mais tout a changé, il ne reste rien de la ville de ses souvenirs. Il continue à marcher, et ses pas le portent vers le cimetière où a été enterrée sa mère.
Il s'arrête donc quelques instants, afin de se recueillir sur sa tombe, se souvenir d'elle, et notamment du départ de son père quand il était jeune, départ qu'il n'a jamais vraiment compris ni pardonné... Hiroshi ferme les yeux afin de songer à son passé...

Quelques instants plus tard, lorsqu'il se réveille, il n'en croit pas ses yeux. Hiroshi est dans la peau d'un jeune homme de 14 ans, qui est en réalité lui-même. Mais que s'est-il passé ? Est-ce un retour vers le passé ? Un rêve ? Une sorte de vortex qui l'aurait plongé dans un monde parallèle ? Et que faire pour redevenir "lui-même" ?
Cette aventure va lui permettre de redécouvrir son village d'époque, sa vie d'adolescent, et aussi et surtout sa vie familiale de l'époque. Et tenter comprendre pourquoi son père est parti... Mais a-t-on le droit de modifier son passé ? Et peut-on empêcher son père de partir ?




Quartier lointain est un très beau manga, à l'opposé de ce que l'on peut avoir en tête comme idée du genre. Le trait est simple, les détails nombreux (parfois à s'y perdre un peu), et l'auteur utilise le noir et blanc afin de se plonger dans cette histoire intemporelle.
Le personnage principal est profond et riche : le fait qu'Hiroshi soit un adulte dans la peau d'un adolescent lui permet d'analyser et de répondre aux situations de façon surprenante, entre enfant et homme. Son esprit passe d'un âge à l'autre, connaissant l'avenir afin de mieux comprendre le passé, et surprenant ses connaissances par ses remarques étonnantes de maturité pour un jeune ado !
Certes, la mécanique, issue du style fantastique, n'a rien de très originale, mais la façon qu'a l'auteur d'exploiter cette histoire revêt une nostalgie et ambiance tout à fait particulières. La possibilité pour ce cinquantenaire, aux regrets nombreux, de pouvoir revivre sa vie adolescente est une sorte de seconde chance, afin de voir et sentir les événements différemment. De plus, son histoire se trouve ainsi mise en parallèle avec celle de son père, cet homme qu'il n'a jamais vraiment compris : il se rend compte qu'il fait vivre la même chose à sa famille, de laquelle il se détache progressivement.

Bref, un manga que je vous conseille, même si vous n'êtes pas adepte du style, et qui saura vous toucher, vous émouvoir, et vous surprendre... (heu enfin du moins je l'espère! :) )

extrait :
Quartier Lointain

mardi 5 juin 2007

mardi
5
juin 2007

Le retour à la terre, de Manu Larcenet et JY Ferri

Cette semaine, encore une série de B.D. !
Le Retour à la terre

Manu et Mariette habitent Juvisy, en banlieue parisienne, depuis toujours.
Enfin jusqu'à ce qu'ils décident de partir vivre à la campagne : plus précisément aux Ravenelles, une bourgade de moins de 90 habitants.
Au début, il faut s'adapter à cette nouvelle vie à la campagne, ce qui n'est pas aisé pour nos deux banlieusards endurcis... En effet, pas facile de comprendre le patois du coin, de s'habituer à ses nouveaux voisins, et de ne plus entendre le bruit du périph... Même le chat a peur des oiseaux, c'est dire !
Tandis que Mariette s'habitue assez facilement, peu à peu Manu commence à parler quelques mots de patois, à côtoyer un ermite du coin plutôt bizarre et philosophe à qui il raconte ses rêves peuplés de sanglier... Bref, à se faire à cette nouvelle vie au grand air.

Cette BD est vraiment rafraîchissante : déjà le format choisi privilégie les histoires courtes d'une demi-page (qui se suivent souvent), ce qui rend la lecture aérée et percutante. Les thèmes abordés, bien que tournant autour de la vie de l'auteur, sont assez vastes, et chacun peut se retrouver dans les angoisses de Manu, qui a le don de les raconter de façon totalement surréaliste. Chaque phrase fait mouche, et les dessins sont très expressifs (bien que le trait soit relativement simple).
Mais, au-delà de narrer de façon marrante les déboires de deux banlieusards à la campagne, cette série évoque des sujets plus profonds telle la recherche de l'identité (merci l'ermite, sorte de psy plutôt loufoque), la maturité (et l'évolution de Manu, éternel ado), la parentalité, le tout emprunt d'une grande poésie.
Même si vous n'envisagez pas de quitter la ville pour la campagne, je vous conseille vivement de jeter un oeil (puis l'autre) à cette belle série !

Récapitulatif des tomes :
Tome 1 - La Vraie vie
Tome 2 - Les Projets
Tome 3 - Le Vaste monde
Tome 4 - Le Déluge

Et l'extrait :
Le Retour à la terre

mardi 29 mai 2007

mardi
29
mai 2007

Monsieur Jean, de Dupuy et Berberian

Monsieur Jean
Aujourd'hui je vais vous parler non pas d'une BD, mais d'une série de 7 tomes (pour le moment du moins).

Monsieur Jean est un écrivain trentenaire, angoissé, torturé, attachant, à la relation souvent immature avec les femmes, et totalement haineuse avec sa concierge. Son meilleur ami, Félix, est ce que l'on pourrait communément appeler un "loser". Monsieur Jean vit sa vie, en se posant beaucoup de questions. Au fil des tomes on le voit mûrir, s'apaiser, se chercher, et se trouver peu à peu.
Son histoire est banale, mais il vit un quotidien qu'il réinvente souvent grâce à son imagination débordante. On passe alors de la réalité à un rêve tordu, qui lui permet de dédramatiser la situation présente.
Je n'en dirai pas plus volontairement afin de ne pas révéler l'évolution entre les différents tomes, mais les titres vous permettront de comprendre qu'il arrivera enfin à trouver un "certain équilibre" au fil des ans qui passent.

Monsieur Jean est une BD attachante. A chaque livre on retrouve le personnage comme un ami que l'on avait laissé sans prendre de nouvelles. Le mélange récurrent entre réel et réalité fait partie du charme ambiant, et les délires de Monsieur Jean ponctuent de façon originale les pages.
Dupuy & Berbérian -qui ont l'habitude d'écrire leurs BD à deux- ancrent leur héros dans un quotidien banal, et font référence aux petits et grands tracas de la vie : au cours des pages on peut par exemple assister à des manifestations contre les retraites, suivre la vie de SDF, ou encore voir avec malice la concierge tenter de faire signer une pétition dans l'immeuble afin de pouvoir continuer à distribuer le courrier elle-même.
D'ailleurs il est de bon ton de noter que les deux auteurs ont environ l'âge de Monsieur Jean, et que le livre semble parfois prendre des aspects autobiographiques, retraçant certaines angoisses personnelles de façon poétique. A ce sujet une BD hors collection (dont je vous parlerai peut être une autre fois) est sortie retraçant l'écriture d'un des albums de Monsieur Jean, et permet au lecteur de mieux comprendre l'ambiance dans laquelle les livres sont écrits, et la personnalité des auteurs. Pour résumer, je vous prédis de très bon moments en perspective, une lecture légère et poétique, qui met le sourire aux lèvres, et permet souvent de se reconnaître dans telle ou telle situation décrite.

Récapitulatif des tomes :
1- Monsieur Jean, l'amour, la concierge
2- Mes nuits les plus blanches
3- Les femmes et les enfants d'abord
4- Vivons heureux sans en avoir l'air
5- Comme s'il en pleuvait
6- Inventaire avant travaux
7- Un certain équilibre

Un extrait (tome 7) :
Monsieur Jean extrait

mardi 22 mai 2007

mardi
22
mai 2007

Persepolis, de Marjane Satrapi

Allez, j'inaugure la catégorie "Bande dessinées", je trouve que nous sommes restées trop longtemps sans, et c'est bien dommage ! Je vais donc me lancer dans un rattrapage...

Persépolis

Perspépolis est une BD en 4 tomes (à noter : une édition monovolume vient de sortir), qui relate la vie de l'auteur, Marjane Satrapi. Mais pas n'importe quelle vie : celle d'une fillette qui grandit pendant la Révolution iranienne (dans les années 70/80). On assiste à son évolution d'enfant à adulte, au milieu d'un pays tourmenté, sous le régime des Mollahs, qui font régner la terreur au sein de la population. Marjane Satrapi nous raconte au quotidien les brimades, les non sens, mais aussi les petits actes de résistance (aussi minces soient-ils), et leur répression sévère.
Dans ce contexte, l'auteur tente de continuer ses études, puis d'enseigner sans se laisser démonter, sachant que chaque geste est espionné et peut la mener à sa perte. Son récit prend fin à son départ en France.

Perspépolis est vraiment une BD profonde, qui ne peut laisser indifférent. Ceci dit, contrairement à ce que l'on pourrait imaginer, Marjane Satrapi ne sombre pas dans un récit dramatique (ce qui aurait été largement justifié!), mais dose de façon juste les espoirs, les anecdotes drôles et attendrissantes (comme lorsque la petite fille qu'elle était décide de devenir la première prophetesse), et les événements plus tragiques.
La narration de "l'intérieur" de cette période permet de mieux comprendre comment vivait et survivait la population (notamment au moment des grandes manifestations de 1979).
Pour résumer, le ton est juste, sobre, neutre. On se sent vivre auprès de l'auteur son histoire, et on la voit grandir et évoluer au sein de ce contexte politique spécifique.

Quand au dessin, lui aussi reflète le côté sobre et neutre voulu de l'auteur : elle dessine d'un trait simple et épuré, en noir et blanc. Les formes sont travaillées, et donnent une ampleur intéressante au récit car elles permettent de retranscrire de manière juste les émotions des personnages.

En conclusion, Persépolis est une BD à la fois intéressante, drôle, touchante, pertinente, et instructive. A conseiller aussi bien à tous ceux qui apprécient le genre, que ceux qui ne sont pas très BD...
Pour info, les autres ouvrages de Marjane Satrapi sont dans le même style (par exemple "Poulet aux prunes", ou encore "Broderies"... Dont je vous parlerai une autre fois).

Dernière info : un film d'animation va bientôt sortir (il est actuellement présenté à Cannes). Espérons qu'il retranscrive de manière juste le livre !

Je vous mets un extrait d'une planche de Persépolis, afin que vous puissiez mieux visualiser le style (cela me semble important pour une BD...)
persepolis_planche