Conduite en état Livresque

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Elle s'occupait de l'intendance de sa mère et combinait une incroyable connaissance des produits alimentaires à un esprit pratique et rigoureux. Elle plongeait le doigt dans le beurre, goûtait les fromages avec le bout d'un couteau, palpait les raisins secs, croquait les biscuits, discutait des crus de Bourgogne, et disséquait la composition des soupes.
Henry Handal Richardson dans "Les chemins de raison".

lundi 31 janvier 2011

lundi
31
janvier 2011

Chroniques de prétoire, de Michèle Bernard-Requin.

Chroniques de prétoire

L'ouvrage:
Ce recueil rassemble des anecdotes de tous types arrivées à l'occasion d'affaires, de plaidoiries... mettant en scène le système judiciaire.

Critique:
Ces anecdotes sont plaisantes à lire. Vous trouverez des histoires drôles («L'arbre à épices»), des loufoques («Sa dernière plaidoirie»), des tristes («Les chaussures de Charlot»), des absurdes («La protection terroriste»), des graves («Le juré récusé»)... Aucune histoire ne laissera le lecteur indifférent. Elles représentent assez bien les faiblesses, les travers, la bêtise («Le juré et le journaliste»), les incertitudes des hommes. Certains se révèlent probes, d'autres détestables («Le regard»), d'autres très fins... Malheureusement, quelques histoires montrent également l'impuissance et les limites du système judiciaire. On découvre aussi comment des avocats savent sur quelle corde appuyer pour obtenir ce qu'ils veulent de certains juges, ou connaissent leurs manies, et savent en jouer («Le bon conseil», «Le décoré»).

D'autre part, chaque chapitre débute par une courte présentation, et le livre est terminé par un glossaire. Cela en apprend davantage sur les rouages du système judiciaire au lecteur. Je savais certaines choses, mais d'autres m'étaient inconnues.
Par exemple, j'ignorais l'ampleur de la charge de travail de certains magistrats, et je ne peux que comprendre l'attitude de celui dont «Le réveil en sursaut» raconte l'histoire.

L'avant-propos est un peu décevant, car l'auteur, sûrement pour qu'on ne puisse rien lui reprocher, dit que ces anecdotes sont vraies, mais qu'elles ne sont pas vraies, tout en étant vraies. ;-) J'exagère, mais j'ai trouvé ça un peu pénible.

Voici une liste totalement subjective de mes anecdotes préférées:
«L'avoinée»
«Un juré trop parfait»
«Le réverbère»
«La comédienne»
«Le grand défenseur»
«La bague»
«Le bizutage»

Note: Je sais que cela pourrait m'arriver, mais je n'aimerais pas être juré: trop de responsabilité!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Les carnets de l'info dans le cadre de l'opération Masse-critique, organisée par Babelio.

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lundi 4 octobre 2010

lundi
4
octobre 2010

Marley et moi, de John Grogan.

Marley et moi

L'ouvrage:
John et Jenny sont fraîchement mariés. Tous deux adorent les chiens. Ils veulent commencer à fonder une famille en adoptant un chiot. Leur choix se porte sur un labrador retriver qu'ils appellent Marley. John nous raconte ici l'histoire de Marley.

Critique:
Ce livre est une ode, un hommage à Marley. Quoi de mieux pour parler d'un animal aimé et se souvenir de lui que de raconter son histoire, et la faire partager à d'autres amoureux des animaux?
Le livre n'est certainement pas mièvre ou complaisant. Il ne dépeint pas Marley comme le meilleur chien du monde. Ses «défauts» et les dégâts qu'il faisait sont exposés, et l'auteur confesse que parfois, sa femme et lui ont failli perdre patience. Jenny a même été jusqu'à songer à se séparer de Marley, ce qui, paradoxalement, a rapproché John et le chien. Le livre raconte donc les joies et les peines occasionnées par Marley à ses maîtres. C'était un chien attendrissant, dévoué (je suis convaincue qu'il a fini par se laisser quelque peu dresser par dévouement, et parce qu'il sentait qu'il était sur la sellette), et qui pouvait se montrer exaspérant lorsque la fantaisie lui prenait de voler quelque chose pour l'engloutir, d'éventrer un coussin, etc.
Un amoureux des animaux comprendra sans peine l'attachement indéfectible qui lia la famille Grogan à Marley. Comment ne pas s'attacher à cette tornade d'amour?
Nous faisant passer du rire aux larmes, par des scènes tour à tour cocasses (l'histoire du collier, ou les aventures de Marley la star de cinéma, ou encore Marley à la plage), et émouvantes, John Grogan livre Marley à son lecteur, afin de le faire exister dans d'autres coeurs, de montrer au monde tout ce qu'il a donné aux Grogan.

Je me doutais bien, en empruntant ce livre, que je tomberais sur une histoire pleine d'émotions et de chaleur. Quand on raconte l'histoire d'un animal, on a souvent des sentiments positifs à faire passer.
J'ai suivi ces aventures avec d'autant plus d'intérêt que je suis très sensible lorsqu'il s'agit d'animaux, car, à mon avis, les animaux sont toujours authentiques, ne dissimulent rien (si ce n'est dans leurs gueule ;-) ). J'ai partagé l'agacement amusé de John et Jenny ne pouvant dresser leur chien, leur joie lorsqu'il chahutait avec eux ou leur faisait des câlins, leur émerveillement en voyant Marley agir avec leurs enfants, et le désarroi de John quand Jenny a pensé s'en séparer. J'ai pensé, comme lui, que malgré les désagréments que causait Marley, c'était un être vivant, pas un objet dont on se débarrassait lorsqu'il devenait encombrant. Impression renforcée par ce que dit John lorsqu'il regarde les petites annonces. Il y a trop de gens qui acquièrent un animal sans penser qu'il grandira, qu'il peut faire des dégâts, et qu'il peut mourir de chagrin si on l'abandonne. (Je sais, il ne faut pas faire d'anthropomorphisme, mais comment appeler cette douleur qui fait que certains animaux n'ont plus goût à rien, et se laissent mourir si on les abandonne?)
J'ai également compris tout l'amour que John et Jenny portaient à leur chien, et qui les a poussés à faire certaines choses dont se moqueront les insensibles.

J'avoue avoir sottement pensé (le pouvoir de l'auto-persuasion...), que l'auteur ne nous raconterait pas la fin. Mais son but était de nous faire partager toute la vie de Marley, et même sa fin. Cette fin bouleversera le lecteur. D'ailleurs, l'auteur ne pouvait parler de Marley sans évoquer l'extraordinaire volonté dont il a fait preuve, vers la fin de sa vie. Bien sûr, le lecteur ne pourra s'empêcher d'évoquer un animal qu'il a beaucoup aimé, et que certaines anecdotes lui rappelleront.

Ce livre ne pourra laisser personne indifférent. J'ai l'impression que ma chronique ne donne pas assez envie de le lire, qu'elle est impuissante à dire à quel point ce témoignage vaut la peine... alors, croyez-moi sur parole, et lisez-le!

Éditeur: Jean-Claude Lattès.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lisiane Ledent pour la Ligue Braille.

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jeudi 30 septembre 2010

jeudi
30
septembre 2010

La prison de glace, de Jerri Nielsen.

La prison de glace

L'ouvrage:
Jerri Nielsen est médecin. Sa vie privée n'est pas réussie: elle a divorcé d'un mari violent, qui, pour se venger, a monté leurs enfants contre elle, et en a obtenu la garde. Jerri est déchirée, mais elle ne souhaite pas jouer le jeu de son ex-mari, et ne veut pas que ses enfants souffrent encore plus. Donc, elle les laisse agir comme ils l'entendent, et lorsqu'ils refusent de la voir, elle se résigne, tout en espérant que plus tard, ils comprendront.

Jerri est désireuse d'aider les autres. Elle décide donc d'être médecin au Pôle Nord.
C'est ainsi que son aventure commence.

Critique:
Ce livre nous montre une femme courageuse, qui tente de tirer le meilleur de la vie, et qui, surtout, a pour devise de ne jamais se laisser abattre. Elle explique d'ailleurs que cette force de caractère lui a été insufflée par ses parents, par leur éducation et leur façon de réagir aux coups durs.
Donc, la personne de Jerri Nielsen force l'admiration.

Ensuite, l'auteur décrit la vie au Pôle Nord. Il est toujours intéressant de découvrir une autre façon de vivre, et des choses qu'on ne soupçonnerait pas. L'auteur nous explique les méfaits de l'altitude et du froid sur notre organisme, entre autres.
Des personnes isolées dans des conditions difficiles se révèlent extraordinaires, étant solidaires, et ne faiblissant pas malgré le fait qu'elles sont loin de chez elles, et que leurs conditions de vie sont draconniennes. Elles arrivent à en rire: nous avons certains échanges de mails et certaines scènes assez savoureux.

La solidarité est encore mieux montrée lorsque le couperet s'abat sur Jerri. C'est là qu'on assiste à quelque chose de bouleversant. Chacun épaule Jerri de son mieux. Je garde surtout en mémoire les précautions prises pour assurer la liaison téléphonique et vidéo avec les Etats-Unis, mais cette solidarité se retrouve à maintes reprises.

Je reprocherai tout de même quelques longueurs. C'est d'autant plus dommage que les thèmes abordés sont importants. A cause de ces longueurs, ils sont quelque peu dilués, et on se prend, parfois, à s'ennuyer.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Manuella Bezzi pour la Bibliothèque Braille Romande.
Je vais paraître pinailleuse, mais j'ai eu beaucoup de mal à supporter que la lectrice prononce «soye» ou «Voye» pour «soit» ou «voie».

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mardi 14 septembre 2010

mardi
14
septembre 2010

Le grand n'importe quoi, de Jean-Pierre Marielle.

Le grand n'importe quoi

L'ouvrage:
Jean-Pierre Marielle partage ses souvenirs avec le lecteur.

Critique:
Il me semble que depuis quelques années, les livres-souvenirs d'acteurs et animateurs fleurissent. J'en lis peu. J'ai été interpellée par le livre de Jean-Pierre Marielle parce que je ne le connais que de nom. À ma décharge, je suis plutôt férue de comédiens de doublage. J'ai donc voulu en savoir plus sur ce comédien.

J'ai découvert un livre divertissant, drôle, et tendre. L'acteur évoque des anecdotes savoureuses à force de loufoqueries. Par ces historiettes, il dévoile certains pans de son caractère et de ceux de ses amis, parmi lesquels on trouve Françoise Fabian, Jean-Paul Belmondo, Claude Berry, Gérard Depardieu, et bien d'autres. Le lecteur aura souvent le sourire à l'évocation de partie de franche rigolade entre ces joyeux lurons, et à la lecture des blagues que certains firent.
Il est également sympathique de voir comment certaines amitiés ont débuté. Par exemple, celle entre Jean-Pierre Marielle et Albert Camus.

Jean-Pierre Marielle parle avec tendresse de sa famille et de son enfance. Parmi les anecdotes cocasses, je ne parlerai que de l'épisode où un ami et lui burent une bouteille de vin à deux, et où il rentra en disant à sa grand-mère: «Je suis infirme des jambes».
Le livre est émaillé de phrases amusantes de ce genre. Par exemple, le comédien confie: «Si je n'avais pas été comédien, j'aurais probablement fait clochard siffleur.» Il fait rire son lecteur avec lui, mais également de lui, par exemple, lorsqu'il évoque son émerveillement enfantin à l'idée que sa soeur a épousé un comte.

Par petites touches, le comédien dévoile quelques aspects de sa personnalité: il aime collectionner les écrits personnels d'auteurs (Céline, Flaubert, etc); il pense qu'il a de la chance d'être comédien; il sait que ses colères peuvent lui causer du tort... Il reconnaît ses échecs, comme sa prestation dans «Oncle Vania», texte qu'il aimait trop, ne pouvant prendre le recul nécessaire pour bien le jouer.
Avec gravité, il donne quelques films dans lesquels il n'a pas joué, mais se retrouve.
J'ai bien aimé sa façon de parler du rapport entre le comédien et le metteur en scène.

Portrait d'un homme, d'une époque, de personnages gravitant autour de lui, ce petit livre est un bon divertissement, un livre de vacances. Il ne laissera pas un souvenir impérissable, mais on passe un bon moment à le lire.

Remarque annexe:
Je partage l'opinion de Jean-Pierre Marielle quant aux animaux dans les cirques.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Pierre Marielle. Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 22 septembre.

Je trouve judicieux qu'un livre de souvenirs soit enregistré par son auteur. Accessoirement, cela m'a permis de découvrir la voix de Jean-Pierre Marielle. Il a conté ce livre avec naturel, bonne humeur et sobriété. Je regrette seulement qu'il n'y ait pas d'entretien, à la suite du livre, comme ce fut le cas pour d'autres.

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mardi 6 juillet 2010

mardi
6
juillet 2010

Y sont fous le grand monde!, de Bertrand B. Leblanc.

Y sont fous le grand monde!

Note:Outre des expressions typiquement canadiennes, ce livre contient du joual. Je le précise ici, car je sais que cela peut déranger certaines personnes.

L'ouvrage:
Bertrand B. Leblanc nous conte quelques années de son enfance, années charnières de sa vie. Nous découvrons sa famille, ses amis, son école, ses jeux...

Critique:
Ce livre est à la fois grave et drôle. On découvre un enfant turbulent, plein de joie de vivre, se posant des questions sur le monde des adultes, faisant des bêtises qu'il regrette, épris de justice, adorant sa famille... un enfant ordinaire. Le lecteur ne pourra s'empêcher de sourire, voire de rire en lisant certains raisonnements fort logiques de Bertrand et de ses amis. L'exemple le plus frappant est celui de l'école et des religieuses qui perdent leur temps à sanctionner les enfants au lieu d'essayer de les comprendre. Malgré le rire, il nous laisse entrevoir l'ambiance oppressante qu'elles faisaient naître. En outre, elles accordaient de l'importance à de petites choses (la coiffure, par exemple). Une remarque de Bertrand m'a semblé particulièrement justifiée: les enfants étaient réprimandés s'ils ne connaissaient pas par coeur la vie des saints, et on n'insistait pas assez sur la grammaire... Chercher l'erreur! ;-)

Le lecteur sera également ému par la façon dont Bertrand parle de sa famille. Une famille soudée, où les enfants (surtout lui), ne peuvent s'empêcher de faire enrager les parents, mais où l'amour transparaît à chaque page.
C'est également représenté par la fermeté du père qui n'hésite pas à fesser Bertrand lorsque celui-ci est désobéissant, donne trop de fil à retordre à sa mère, ou manque de respect à quelqu'un. Comment blâmer ce père qui fait de son mieux pour que ses enfants soient bien élevés et respectueux? La seule fois où il est pris en défaut, c'est quand il gronde Bertrand parce que celui-ci a juré... la scène est très amusante.
Cette scène a son pendant. Une scène où il est impossible de rire: la scène où Bertrand avoue avoir volé des gâteaux. (Je crois que c'est une sorte de gâteaux. Il appelle ça des lunes de miel.) Ici, on sera attendri par le père et le fils.

Le lecteur fera le parallèle entre l'éducation que Bertrand reçoit à l'école, et celle de ses parents. L'école est bénéfique parce qu'elle dispense le savoir, mais ses parents lui enseignent la vie. La pédagogie des religieuses de l'école est sérieusement à revoir!

La fin est un peu plus grave que le reste. Une partie de l'insouciance de l'enfance commence déjà à disparaître, et on se doute que le narrateur fera moins de bêtises.
Il va de soi qu'il n'y a pas de temps morts...

Éditeur: Léméac.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Céline Beaudouin pour l'INCA
Céline Beaudouin a très bien interprété ce livre, sachant mettre le ton sans trop en faire. Certains lecteurs qui entendraient cette version pourraient être gênés par l'accent québécois de la lectrice, mais il suffit de faire un petit effort. Pour ma part, maintenant que je l'ai entendu lu ainsi, je n'imagine pas ce livre interprété autrement!