Conduite en état Livresque

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Tout ce qui vaut vraiment la peine ici bas, ça s'apprend sur le tas.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

lundi 7 janvier 2008

lundi
7
janvier 2008

C'était au milieu du siècle, d'Armand Maillard.

L'ouvrage:
Armand Maillard rassemble ici certains souvenirs de son enfance et de son adolescence, dans un petit village de Suisse Romande où il a vécu de 1936 à 1951.

Critique:
Ces souvenirs montrent la vie quotidienne d'un petit village. Armand Maillard a tenu à mettre l'accent sur certaines personnes, par exemple, Gustave, de qui il raconte l'histoire. Ce récit montre à quel point les mentalités étaient rétrogrades: Gustave était méprisé parce qu'il était un enfant illégitime. Mais ce récit nous montre également un personnage intelligent, courageux, admirable.
Armand s'attarde également sur Petit Jean, la mémoire des villages alentours. Il fait cela pour ne pas qu'on oublie que ce genre de personnes a existé.
La démarche est la même lorsqu'il évoque les colporteurs.

Certains souvenirs sont à la fois drôles et attendrissants: l'achat de la vache, ce qui se passa lorsqu'Armand ramena la jument Fanny, Armand fumant un cigare, les enfants au catéchisme, etc.
L'un de ces souvenirs est un peu triste: celui du lard blanc.
D'autres sont vraiment amusants: "La Lucie", "La capitulation", etc.
L'auteur rappelle aussi certains mots, certaines expressions employés dans son village, et sûrement ceux des alentours.

Un livre qui fait souvent sourire, parfois rire, qui émeut. Des souvenirs qui font passer par tout un tas de sentiments. Des récits frais dont l'auteur nous demande de ne pas oublier ce qui a été.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Arlette Bratschi pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 26 novembre 2007

lundi
26
novembre 2007

Dieu ne m'a pas parlé, d'Anne Pontillé.

L'ouvrage:
Anne a trois soeurs.
Leur mère répète souvent que puisqu'elle n'a pas eu de fils qui aurait pu être prêtre, elle aurait une fille religieuse. Anne taquine souvent sa soeur, Geneviève, sûre que si l'une des quatre soeurs devait prendre l'habit, ce serait elle.

Vers l'âge de quinze ans, Anne se pose beaucoup de questions sur Dieu, sur Jésus. Un prêtre compréhensif lui répond, et ces conversations sont bénéfiques pour la jeune fille.
Plus tard, Anne se sent appelée par Dieu. Elle décide de lui dédier sa vie. Elle sera religieuse.

Critique:
Le livre d'Anne Pontillé soulève beaucoup de questions. D'abord, on voit comment une jeune fille influencée par son entourage, en vient à choisir une voie qui ne l'attire pas réellement. Quand je dis "influencée", je veux dire qu'Anne a cru voir certains signes de sa vocation dans ce qu'on lui disait. Ca a renforcé son impression qu'elle était appelée par Dieu.

Anne nous raconte comment elle se débat entre sa volonté, son coeur, son corps, ses aspirations... Elle vit un véritable calvaire. Attention, elle ne dit pas que la vie religieuse est un calvaire, elle dit que c'en a été un pour elle qui n'avait pas la vocation, et qui n'admettait pas qu'elle ne l'avait pas.

Se pose aussi une question: est-on vraiment plus proche de Dieu en s'infligeant toutes les privations décrites par Anne? Une personne qui tuera ses désirs, même en ayant la vocation, ne sera-t-elle pas éternellement frustrée? Et cette frustration, au lieu de la rapprocher de Dieu, ne fera-t-elle pas de cette personne une mécanique aigrie? Anne supportait mal cela parce qu'elle n'avait pas la vocation. Qu'en est-il de ceux qui l'ont? Ne faudrait-il pas que moins de règles strictes régissent leur vie? Une personne épanouie ne sera-t-elle pas plus à même de se rapprocher de Dieu? Une personne qui a la vocation ne trahira pas cette vocation en aimant certains plaisirs terrestres (je ne parle pas uniquement de l'acte sexuel).

Ce livre m'a touchée pour plusieurs raisons. D'abord, Anne sait trouver les mots qui font que son récit marquera les mémoires.
De plus, elle nous décrit un milieu que nous ne connaissons pas forcément très bien, surtout moi qui suis athée. Nous découvrons grâce à elle que certains clichés existent bel et bien, mais que comme tous les clichés, ils ne sont pas les uniques représentatifs de la religion catholique. Anne rencontre des gens étroits d'esprit, mais aussi d'autres très ouverts, notamment Pierre, grâce à qui elle renaîtra.
Enfin, ce livre m'a touchée de manière plus personnelle. Certains lecteurs auront peut-être envie de dire: "Pfff! Elle n'avait qu'à pas prononcer ses voeux définitivement. Elle a eu le temps du noviciat pour se rendre compte que cette vie n'était pas pour elle." Soit. Seulement, elle n'a pas pu. Je me reconnais un peu en elle. Récemment, une personne m'a dit deux ou trois fois: "On ne t'a pas mis un couteau sous la gorge pour que tu passes le CAPES!" Eh bien, moralement, si. On n'a certes pas mis un couteau sous la gorge d'Anne pour qu'elle soit religieuse, et elle n'a pas eu le même cheminement que moi, mais il n'en reste pas moins que consciemment ou non, nous avons agi contre notre volonté.

Anne est une battante. Malgré toutes les épreuves qu'elle a connues, elle s'est relevée, et elle a su, par la suite, prendre la vie du bon côté. Bravo à elle!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Marie Scaramuzzi pour la Bibliothèque Braille Romande.

lundi 19 novembre 2007

lundi
19
novembre 2007

Fugitive, de Sousan Azadi.

L'ouvrage:
Sousan est la fille d'un puissant iranien. Elle nous raconte d'abord son enfance et son adolescence. Elle est allée faire ses études aux Etats-Unis, et même si sa famille et l'ambiance de son pays lui ont beaucoup manqué à ce moment-là, cela lui a montré d'autres façons de voir.

Lorsque la révolution éclate, et que le shah est détrôné, puis remplacé par l'ayatollah Khomeini, tout bascule pour Sousan. Elle est détestée des révolutionnaire, car elle est nantie. Le Commité la poursuit... l'étau se resserre...

Critique:
Ce témoignage est à lire pour qu'on n'oublie pas ce qui a eu lieu, ce qu'ont pu subir certaines personnes. Sousan entremêle son histoire personnelle à celle de son pays. Cela nous montre diverses formes d'oppression, d'humiliation.

La jeune femme a profondément aimé son premier mari. Cependant, celui-ci agit en jeôlier envers elle. Il se dit ouvert d'esprit, et pourtant...
Ensuite, Sousan est traquée de tous les côtés: sa belle-famille, le Commité... Elle devra s'humilier, renoncer à des choses qu'elle aimait pour sauvegarder sa vie.

J'ai eu un peu de mal à entrer dans le roman, car je n'aime pas trop la structure. En effet, Sousan débute son histoire au moment où elle quitte l'Iran. Et ensuite, elle raconte son histoire depuis le début. Ce désagrément passé, j'ai dévoré le livre. C'est un témoignage bouleversant. Il nous montre une femme courageuse, qui voit peu à peu son pays devenir une dictature, sa vie devenir un cauchemar. Une jeune femme qui finit par se résoudre à quitter ses racines, abandonner ce qui a fait d'elle ce qu'elle est. Une femme, qui en plus, a dû faire de nombreuses concessions, qui savait que si elle ne faisait pas tout cela, elle serait broyée par le système de son pays.

Lorsque Sousan est aux Etats-Unis, lorsque son mari la surveille de près, le lecteur est indigné. Mais l'indignation fera place à l'horreur. A partir du moment où l'ayatollah Khomeini prend le pouvoir, le lecteur passe son temps à redouter la suite. Sousan ne le laisse pas souffler. Elle enchaîne les péripéties terrifiantes. A peine se sent-elle sortie d'affaire qu'un autre mauvais pas l'attend. Le lecteur est précipité dans ce récit haletant, et n'a d'autres solutions que de continuer.
Plusieurs scènes sont marquantes. Je ne donnerai qu'un exemple parmi tant d'autres: la perquisition du Commité chez Sousan. Mis à part des films, des revues, et d'autres choses, est posée, bien en évidence sur la console de l'entrée, une lettre. Cette lettre, si elle est lue par les hommes venus fouiller, est une condamnation à mort, Sousan en est sûre. Sousan veut d'abord la faire disparaître, puis s'avise que sa disparition après que les hommes l'ont vue sans y faire attention éveillerait les soupçons... Nous partageons sa tension au cours de cette scène, et de bien d'autres.

Dans les commentaires de la critique de "Mariée de force", certaines personnes dont moi avons mis en doute la véracité du récit "Jamais sans ma fille". On pourrait donc me dire que le récit de Sousan Azadi est peut-être faux. Mais comme il a été dit pour "Jamais sans ma fille", que ce récit soit vrai ou faux importe peu, finalement, car il décrit une réalité, il montre quelque chose qui a existé, et existe peut-être encore ailleurs. Peut-être ce genre de témoignages aidera-t-il des gens, et rien que pour cela, c'est une bonne chose.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

lundi 29 octobre 2007

lundi
29
octobre 2007

La fille d'un soldat ne pleure jamais, de Kaylie Jones.

L'ouvrage:
Chane Willis a six ans. Son père, Bill Willis, est un grand écrivain.
Après elle, sa mère ne pourra plus avoir d'enfants. Ses parents vont donc adopter un petit garçon, Benoît. Il a le même âge que Chane.

Chane nous raconte l'arrivée de Benoît, puis tous les sentiments qu'elle éprouve à avoir, soudain, un petit frère.

Critique:
Je ne savais pas trop dans quelle catégorie ranger cet ouvrage. La quatrième de couverture nous indique que c'est un roman autobiographique, révélant également que Kaylie Jones est la fille de James Jones.
Mais le livre comporte également l'avertissement que l'on trouve parfois: ce livre est un roman, tout est le fruit de l'imagination de l'auteur, toute ressemblance avec des personnages existants serait fortuite, etc.
J'en ai déduit que c'était une autobiographie romancée, et que l'auteur n'avait fait que changer les noms. Voilà pourquoi j'ai décidé de le mettre dans Autobiographies etc.

J'ai trouvé ce livre très inégal. Au début, lorsque Benoît arrive chez les Willis, Chane nous décrit si bien la scène que nous sommes avec la famille, dans le salon, et nous passons par toutes les émotions des personnages: la frustration et la colère de Chane dont l'univers s'écroule, le bonheur craintif des parents, et surtout, l'incrédulité et la peur du petit garçon.
Ensuite, on comprend Chane qui oscille entre l'amour pour ce petit garçon perdu, et la colère et la haine, parce qu'elle a l'impression qu'il a le droit de faire des choses qu'elle ne peut pas faire. Il est normal qu'au tout début, les parents, ne voulant pas brusquer Benoît, aient été un peu moins sévères. Mais Chane est jeune, et son coeur d'enfant entière souffre et saigne de ce qu'elle croit être une injustice, et qui, pour elle, signifie que ses parents l'aiment moins que le petit frère.

D'autres passages sont émouvants, et nous montre avec intelligence la vie de cette famille. Par exemple, les moments privilégiés entre Chane et son père. Mais beaucoup de passages m'ont fait sortir du livre. Je veux dire que je n'ai pas eu de mal à y entrer, mais les moments qui m'ont ennuyée ont fait que j'ai eu du mal à y rester. Il me semble que le roman traîne... Chane s'apesantit beaucoup sur ses frasques, sur l'amour malsain entre elle et sa nounou... Je ne dis pas que ce n'est pas intéressant. Ces éléments font partie de la vie de la narratrice, il est donc logique qu'elle les ait intégrés à son histoire. Seulement, ces récits m'ont plus agacée qu'attendrie.

La fin fait partie des passages qui font qu'on se replonge dans le livre. Mais après cette fin, on attend autre chose. On aimerait savoir si Billy va essayer de retrouver sa mère. (Non, je n'ai pas rebaptisé Benoît: il change de prénom pendant l'histoire.)

En conclusion, malgré certaines longueurs, le "roman" est à lire, car les sentiments des membres de cette famille les uns pour les autres sont bien décrits.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Thérèse Hayoz pour la Bibliothèque Sonore Romande.

mercredi 28 février 2007

mercredi
28
février 2007

L’Allée du Roi, de Françoise Chandernagor

LalléeduRoi

La Marquise de Maintenon a quatre-vingt-quatre ans. Elle vit retirée dans la maison royale de Saint-Cyr depuis la mort de Louis XIV, mais elle sent que ses derniers jours de vie sont arrivés. Elle décide donc de prendre la plume pour raconter à sa dernière protégée, Marie de La Tour, toute sa vie, retraçant son ascension progressive du jour de sa naissance dans une prison de Niort à son mariage secret avec le Roi Soleil.
De la campagne niortaise aux Antilles, de Paris à son mariage avec Monsieur Scarron, un poète difforme et fortement handicapé, de son veuvage à la gouvernance des bâtards de Louis XIV et la Montespan, de la Cour à son mariage avec le Roi, de la fondation de la Maison Royale de Saint-Louis à la mort de la Marquise, nous suivons toutes les étapes de la progression de celle qui fut surnommée « Madame de Maintenant ».

Une plongée passionnante dans le Royaume de France au XVIIe siècle. On traverse à la suite de l’héroïne différentes périodes et différents milieux sociaux, tout cela dépeint avec justesse et bonheur par Françoise Chandernagor. L’auteur de cette pseud’autobiographie s’est énormément appuyée sur différents textes de l’époque, les lettres et recueils de maximes ou d’éducation de Madame de Maintenon elle-même, celles de ses contemporains, tous les écrits qu’elle a pu trouver, pour nous restituer le plus précisément possible ce siècle que nous connaissons finalement fort peu, ou du moins avec beaucoup de lacunes.
L’ensemble est écrit à la première personne, dans la langue de l’époque, mêlant avec bonheur des paragraphes entiers rédigés par l’héroïne et les inventions de l’auteure, et le résultat est tellement agréable à lire qu’on se laisse emporter par cette grande fresque historique. Nous en ressortons avec l’impression d’avoir appris énormément de choses, et ce n’est finalement pas qu’une impression ! Certes, nous ne pouvons tout retenir, mais une grande partie nous reste après la lecture, et nous en savons tout de même beaucoup plus qu’en tous les cours d’histoire que nous avons eus dans notre scolarité primaire et secondaire.
Je ne peux que vous conseiller cet ouvrage, si possible dans une édition fortement augmentée des notes de l’auteur (je ne sais pas si on les trouve dans toutes les éditions), car ces notes nous apportent beaucoup de choses, non seulement sur les sources utilisées pour écrire la totalité, mais aussi sur la démarche qu’a suivie l’auteur pour ordonner son propos. Elle nous explique par exemple que tel ou tel événement ne s’est pas passé exactement ainsi, avec ces personnages, ou à tel moment de l’histoire, mais qu’elle a pris la liberté de modifier certaines circonstances pour rendre une certaine cohérence à son récit. Elle cite également les différentes versions de l’histoire sur certains points, car les historiens se battent toujours par exemple sur des dates précises, des événements… Bref, ces notes très complètes nous apportent de nouveaux éléments de compréhension du récit, de nouvelles clés, et nous donnent même envie d’aller plus loin dans notre exploration personnelle et allant lire à notre tour les écrits de Mme de Maintenon…
Ce récit a été adapté en téléfilm en deux épisodes sur la 2 il y a quelques années, avec Didier Sandre dans le rôle de Louis XIV et Dominique Blanc dans le rôle de Mme de Maintenon. Cette adaptation est assez fidèle, mais bien évidemment, pas aussi complet. Je l’avais vu quand il était passé à la télévision à l’époque, et j’avais beaucoup aimé. Certaines images me sont revenues quand je lisais l’ouvrage de Françoise Chandernagor, et à mon avis les deux se complètent agréablement, permettant de mettre des images « vivantes » sur les lieux et événements cités. Ce téléfilm est aujourd’hui disponible en DVD, et facilement trouvable sur Internet. Je ne peux que vous conseiller de le regarder avant, pendant ou après votre lecture, pour profiter pleinement de cet excellent aperçu du XVIIe siècle !