lundi 15 mars 2010
Deux doigts de mensonge, de Ruth Rendell.
Par La Livrophile, Dans la rubrique Romans policiers, thrillers, suspense

L'ouvrage:
Kerstin Kvist est suédoise.
En mai de cette année-là, elle se rend à Londres afin de suivre son petit ami. Une amie lui trouve du travail chez les Cosway. La maison est habitée par madame Julia Cosway (plus de quatre-vingts ans), et ses cinq enfants: Ida, Winnifred, Ella, Zorra (qui est indépendante, et vient de temps en temps voir sa famille), et John. Kerstin devra s'occuper de John, trente-neuf ans, qui, lui dit-on, est schizophrène.
Critique:
Pour moi, Ruth Rendell est capable du meilleur comme du pire. Ici, le roman est réussie. Elle nous plonge à merveille dans une ambiance étouffante, suffocante, et pourtant, son talent fait qu'on n'a surtout pas envie de poser le livre, et de laisser les personnages à leurs malheurs.
Ces cinq femmes ne savent que se déchirer. Elles ont accumulé rancoeur et aigreur les unes envers les autres. Le roman est un très bel exemple d'une famille sans amour, sans communication. Julia est une mère castratrice. Elle communique ses sentiments et ses façons de penser négatives à ses filles.
Le pire est tout de même la façon dont elle traite John. Fort des observations de Kerstin, le lecteur devine que John n'est pas schizophrène. Il met un nom sur ce qu'il a bien avant Kerstin, grâce aux symptômes qu'elle décrit. On est tout de même choqué que la mère de John, sans savoir ce qu'il a, réagisse de manière si négative. Elle répond à ses actes par de l'autorité, engendrée par la peur, certes, mais elle n'essaie jamais de comprendre. Son cher docteur Lombard lui a dit ça, alors c'est ça. Bien sûr, il est médecin, et elle l'aime, deux bonnes raisons pour le croire, mais une mère ayant un instinct maternel essaiera toujours d'en savoir plus.
Le lecteur est assez surpris que Julia ait pu faire preuve d'amour. Son amour, tout comme celui qu'éprouvera Ella, brouillera son jugement. L'amour est censé épanouir une femme. Ici, il fait le contraire. Ella et Ida souffrent, Julia devient égoïste et se ferme à tous surtout à ses enfants... quant à Winifred, si elle est épanouie, on ne peut pas dire que l'amour la rende positive.
Kerstin est le personnage qui va tout bouleverser, l'élément perturbateur. Elle cherche à comprendre, à secouer les préjugés et idées reçues engendrés par la peur et l'égoïsme. Elle est une bouffée d'aire frais qui assainit un peu l'atmosphère viciée de la maison. C'est le personnage sympathique qui vient du dehors, et qui va tout changer, consciemment ou non. John verra en elle une alliée, il sentira qu'elle ne le voit ni comme un objet ni comme un monstre. Bien sûr, Julia la rejettera, comme elle fait de tous ceux qui osent suggérer qu'elle aurait peut-être tort.
Tous ces personnages sont passionnants, car même si la plupart sont détestables, leur psychologie est intéressante. Leur entêtement, leur refus de se remettre en question rappellent tant de gens qu'on côtoie tous les jours...!
L'intrigue est lente, mais cette lenteur est plutôt un point positif. En général, je n'aime pas les romans trop lents. Ici, cela va bien avec les personnages et leurs caractères. En outre, c'est crédible. Kerstin ne va pas tout voir, tout découvrir dès son arrivée, ce serait invraisemblable.
J'ai trouvé certaines choses un peu grosses: l'obstination d'Ella dans son erreur alors qu'elle sait que c'est une erreur. On me dira que bon nombre de personnes amoureuses sont ainsi...
J'ai trouvé très grosse la rencontre de Marc et d'Anna.
Également le fait qu'Eric ne s'aperçoive de rien...
mais dans l'ensemble, j'ai pris plaisir à la lecture de ce roman.
Éditeur: éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.


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