Conduite en état Livresque

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Mes mains errent sur le clavier de la vie
En vain
Perdues dans l'infini
Sugar

lundi 29 mars 2010

lundi
29
mars 2010

Jack Swyteck, tome 1: Le pardon, de James Grippando.

L'ouvrage:
Harry Swyteck est gouverneur de Floride. Son fils, Jack, est avocat. Il défend des criminels.
Les relations entre Jack et Harry ne sont pas très bonnes. Elles vont se dégrader le jour où Jack vient demander la grâce du gouverneur pour l'un de ses clients. Il a la preuve de son innocence (il a rencontré le vrai meurtrier qui lui a prouvé qu'il était l'assassin), mais ne peut porter cela devant la cour, car l'homme ne se dénoncera pas, ne voulant pas être arrêté. Harry prend le parti de croire que son naïf fils a été abusé, et refuse de grâcier Raoul Fernandez.
L'histoire ne fait que commencer...

Critique:
C'est le tome 1 de la série où apparaît Jack Swyteck.

Le roman contient tous les ingrédients qui devraient en faire un bon polar: suspense, rebondissements, procédures judiciaires, un tueur qui laisse sa marque, amour, trahisons, vengeances, passé douloureux, personnages blessés... Pourtant, je n'ai pas vraiment adhéré. On dirait que tous ces éléments ont été accolés ensemble sans âme, sans que l'auteur y mette sa patte. Même le combat entre Jack et son agresseur semble surfait. L'auteur a pris les codes du polar, et s'y est conformé, comme s'il rangeait ses tiroirs.

En plus, certains personnages et certaines situations ne sont pas très crédibles.
Ce pauvre Jack est légèrement benêt. Le lecteur est d'abord septique quant à la facilité déconcertante avec laquelle Jina le met dans son lit. Ils n'ont jamais été très amis, et soudain, elle arrive à le faire boire, et il se laisse prendre à son truc vieux comme le monde: «Tu ne peux pas partir ivre. Je dormirai dans l'autre chambre.» Rappelons que Jack côtoie des meurtriers, et sait qu'il en a un à ses trousses...
Lorsque le meurtrier l'accuse d'être le responsable de l'exécution de Raoul Fernandez, Jack manque totalement de psychologie. On ne lui demande pas de rejeter la faute sur son père, mais il lui suffisait de dire à l'autre: «C'est toi le responsable: sans preuves à emporter devant la cour, je ne pouvais rien faire. La seule façon de sauver Raoul, c'était d'arrêter le véritable assassin.» Le tueur serait peut-être devenu fou de rage qu'on ose le blâmer, aurait peut-être sangloté lamentablement en reconnaissant la pertinence de l'argument, cela aurait été à l'auteur de décider. Mais il était évident que Jack aurait dû lui dire cela.

Cindy aussi est un peu bétasse: le lecteur devine très vite que Gina n'est qu'une amie de pacotille, alors que Cindy la dit sa meilleure amie. En effet, lorsque les deux jeunes femmes se croient en danger, Gina ne pense qu'à sauver sa peau. Cela nous prépare à sa future trahison, et on n'en est pas surpris. Par contre, son revirement est assez improbable. Encore un personnage pas très crédible...

Le livre est un peu rattrapé grâce à la justesse de l'analyse et des situations décrivant les relations entre Jack et son père. Ici, même si la chose se retrouve dans d'autres livres, on sent que l'auteur prend part à ce qu'il écrit.

Malgré cette critique plutôt négative, je lirai au moins le tome 2, car je me demande si Jack ne va pas se bonifier à mesure qu'il évoluera. En outre, ce roman est le premier qu'a écrit James Grippando. Peut-être que les autres me plairont un peu plus... La suite à la prochaine chronique.

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jeudi 25 mars 2010

jeudi
25
mars 2010

On s'y fera, de Zoyâ Pirzâd.

On s'y fera

L'ouvrage:
Arezou Sarem est responsable d'une agence immobilière. Elle est secondée dans son travail par son amie, Shirine.
D'autre part, Arezou élève seule Ayeh, sa fille de dix-neuf ans, et s'occupe également de faire les quatre volontés de sa mère.

Ce jour-là, elle fait visiter un énième appartement à un client qu'elle juge difficile. C'est alors qu'un incident survient, et le portable d'Arezou est brisé. Cela sera à l'origine d'un enchaînement de faits qui forcera Arezou à remettre certaines choses en question.

Critique:
La première raison pour laquelle je suis contente d'avoir lu ce roman, c'est qu'il nous plonge au coeur de la culture persane: coutumes, nourriture, etc. Cela me fait prendre conscience du fait qu'il n'existe pas assez d'ouvrages d'autres cultures que la culture anglo-saxone. Est-ce un défaut de ce qui sort en audio (tant au niveau des éditeurs audio que des bibliothèques pour lesquelles lisent des bénévoles)? En tout cas, j'aimerais bien pouvoir lire des ouvrages de divers pays.

D'autre part, Zoyâ Pirzâd sait parfaitement entraîner le lecteur dans son sillage, et lui faire partager la vie, les sentiments de ses personnages. Le personnage d'Arezou est bien sûr le plus complet. Elle est d'abord très courageuse. Elle a osé se débarrasser d'un mariage qui ne lui convenait pas, elle élève seule sa fille, travaille, malgré le mépris de sa mère pour sa vie de femme active. Elle fait tout cela en dépit de la réprobation de sa mère et de certaines couches de la société.
Elle semble porter sa mère à bouts de bras. Celle-ci enchaîne les caprices, et ne perd pas une occasion de montrer à Arezou qu'elle ne l'aime pas vraiment. Arezou ne relève jamais ces preuves de désamour, préférant le non-dit qui maintient un semblant d'équilibre et d'entente entre elle et sa mère, plutôt que de provoquer une dispute irréversible. Pourtant, elle évolue, car à la fin, alors que sa mère déverse sur sa tête un flot d'injustice, de jalousie mal placée, et d'arguments viles, Arezou se révolte, et démontre, par une seule anecdote, percutante et terrifiante, que sa mère a toujours fait peu de cas d'elle. C'est d'ailleurs ce que le lecteur et Arezou constatent tout au long du roman. Il semblerait même que consciemment ou non, la mère d'Arezou monte Ayeh contre elle, prenant, par exemple, toujours le parti de la jeune fille contre Arezou.

Ayeh est plus complexe qu'il n'y paraîtrait. Elle est superficielle par certains côtés: elle voit son père deux fois par an, et jure ses grands dieux qu'elle serait plus heureuse avec lui qu'avec sa mère. En cela, elle semble inconséquente et écervelée.
Lorsque sa mère annonce la nouvelle qui bouleversera tous le monde, Ayeh lui reproche en vrac beaucoup de choses, dont certaines qu'elle ne comprend même pas (on le voit lorsqu'elle ne peut pas terminer son raisonnement), mais doivent lui avoir été serinées par sa grand-mère.
Elle ne comprend pas que sa mère est prisonnière d'une gangue, tente de faire au mieux, et qu'elle a le droit d'être heureuse.
Pourtant, parfois, certaines réflexions, certains raisonnements d'Ayeh sont pertinents. Par exemple, lorsqu'elle essaie de tirer un jeune homme d'un mauvais pas, et qu'Arezou prend cela pour la danse de la femelle en rut. C'est avec ce genre de situations qu'on voit que mère et fille ne se comprennent pas, et que ce n'est pas toujours de la faute de l'une ou de l'autre, même si Ayeh a souvent des remarques et des attitudes de peste.

Le personnage de Shirine aussi semble superficiel. Elle ne peut pas se réjouir sincèrement pour son amie lorsque celle-ci entrevoit la possibilité d'un nouveau bonheur. Elle ne sait que faire des remarques désagréables, appliquant à Arezou sa propre déconvenue, schématisant la situation. Or, elle est incapable ce se réjouir. Sa blessure est trop profonde.

Outre les personnages, je pense que certaines choses, qui chiffonnent mon esprit d'occidentale, font partie de la culture iranienne, par exemple, cette façon que tout le monde a de faire faire toutes les corvées à Naïm. Il est là pour ça, me direz-vous. Oui, mais par exemple, lorsqu'Arezou et Ayeh arrivent chez la mère d'Arezou après avoir fait des courses, Arezou suggère qu'elles pourraient porter leur chargement à l'intérieur. Ayeh et sa grand-mère se récrient, et c'est Naïm qui fait tout le travail. Idem quand Ayeh rentre, fatiguée de l'université, c'est Naïm qui va lui acheter un hamburger. Elle ne pourrait pas y aller elle-même?! Je pense que c'est dans la culture iraniemne, mais aussi que c'est dans le caractère d'Ayeh de se faire servir. Elle semble assez indolente et capricieuse. Je me suis souvent dit qu'Arezou devrait la laisser aller vivre chez son père, comme elle le désire: ainsi, elle cesserait peut-être de l'idolâtrer, et reconnaîtrait ce qu'accomplit sa mère.

Il me semble aussi que l'attitude de la mère d'Arezou, si elle tient à son caractère, et au fait qu'elle n'a jamais vraiment tenu à sa fille, peut représenter des valeurs passées.

La fin me laisse perplexe. Elle laisse entrevoir une évolution de la part d'un personnage. Mais on ne peut pas spéculer sur ce qui va se passer, car on a trop peu d'indices. Elle est tout de même positive, à mon avis, parce que Shirine fait un pas, et la seule chose qu'elle dit, même si c'est une indication ténue, est positive, même si elle prépare un point final.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie Lourizi pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi 22 mars 2010

lundi
22
mars 2010

Amitiés mortelles, de Ben Elton.

Amitiés mortelles

L'ouvrage:
Londres.
Edward Newson, jeune inspecteur de police, se voit confier une enquête délicate. Des personnes sont retrouvées tuées de manière extrêmement sadiques. Le tueur n'a pas le même modus operendi pour commettre ses meurtres. Les victimes ne semblent avoir aucune connaissance commune. Pourtant, un lien s'établit entre elles... un lien ténu, mais indiscutable.

Critique:
Plusieurs choses font que ce roman policier sort des sentiers battus.
D'abord, le lien qui unit les victimes: tous ces gens sont détestables depuis leur plus jeune âge. Le lecteur se demande plusieurs fois, au cours de la lecture du roman, s'il a vraiment envie que l'assassin soit attrapé. Surtout quand on voit les dégâts psychologiques qu'ont causé ses victimes à leurs victimes. Ça nous fait donc réfléchir sur la notion de justice, et rien n'est manichéen.

Ensuite, ce roman ne se contente pas d'une intrigue policière. C'est un portrait assez féroce d'une certaine société. Les anciens camarades de lycée de Newson et lui-même se retrouvent, et on voit que la plupart sont toujours aussi superficiels. Ils ne seront jamais du même monde que tel ou tel qu'ils méprisaient avant, et qu'ils continuent de mépriser, malgré le vernis des bonnes manières. Christine ne se repent pas vraiment d'avoir été une peste jusqu'au bout; Newson ne se repent pas d'avoir été un crétin; celui qui se repent, on peut, par la suite, douter de sa sincérité, étant donné ce qu'il expliquera à Newson. C'est assez choquant de constater que tous ces gens n'ont pas évolué, qu'ils restent englués dans leur bêtise, dans leur catégorisation de tout et de tous, dans leur égocentrisme. Même Newson, qui semble pourtant sensé, a des réactions assez discutables.

Ensuite, le roman montre bien quels dégâts peut faire l'amour lorsqu'il est donné à la mauvaise personne. Dès que Newson parle à Christine, il se transforme en abruti, fat, et piétine certaines valeurs. Tout ça pour quelqu'un qui en vaut si peu la peine. Bien sûr, cet «amour» qu'il éprouve pour Christine est artificiel, il le sait lui-même.
Natacha aussi fait des choses insensées par amour. Elle s'accroche à une relation qui ne lui convient pas, qui lui apporte, la plupart du temps, de la souffrance. pourtant, c'est quelqu'un d'intelligent, qui a de la jugeote pour tout, sauf pour cela. Les arguments qu'elle avance au cours de ses altercations à ce sujet avec Newson sont assez choquants, car elle reste confinée dans un raisonnement, sans vouloir accepter un autre point de vue. Là encore, on me dira qu'au fond, Natacha savait que cette relation était destructrice. Il est amusant de noter qu'en français, le diminutif qu'emploie le petit ami de Natacha pour s'adresser à elle résume à lui seul tout ce qu'il pense d'elle et comment il la voit, même s'il est épelé différemment des noms communs. Bien sûr, ce n'est pas fait exprès, puisqu'en anglais, ça ne veut pas dire la même chose.
Le personnage d'Helen est intéressant. Il fait passer le lecteur par tout un tas de sentiments: compassion, dégoût, admiration, sympathie, horreur...

Enfin, ce roman contient une assez bonne dose d'humour: comique de situation (par exemple, la scène de baise (il n'y a pas d'autres mots) le jour où Helen se rend chez Newson est à la fois écoeurante et amusante), comique de mots...

Seul hic: j'ai deviné assez rapidement qui était l'assassin.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sibylle Blanc pour la Bibliothèque Braille Romande.
Sibylle Blanc est une lectrice enjouée et dynamique. Elle a très bien su interpréter ce roman, surtout les moments amusants. Elle a quelque peu changé sa voix pour certains personnages, mais elle l'a fait de manière subtile et intelligente. Ça a apporté un plus au roman, car ce n'était pas du cabotinage. On sent qu'elle prend part à ce qu'elle lit, qu'elle y met tout son coeur avec habileté et talent, qu'elle joue à merveille. Bref, bravo!!!

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jeudi 18 mars 2010

jeudi
18
mars 2010

La poursuite du bonheur, de Douglas Kennedy.

La poursuite du bonheur

L'ouvrage:
C'est l'enterrement de Dorothy Malone. Parmi les personnes présentes, sa fille, Kate, remarque une dame âgée qu'elle ne connaît pas. Puis elle l'oublie.
Le lendemain, la femme se manifeste par une lettre puis des coups de fil. Elle veut apprendre quelque chose à Kate. Celle-ci refuse. Alors, Sara Smythe (c'est le nom de la femme), lui envoie un album de photos. Des photos de Kate, de ses parents, de son frère, de son fils. Kate, indignée, se précipite chez cette femme qui l'effraie. C'est alors que Sara lui remet un manuscrit en lui disant que Jack Malone, le père de Kate, a été l'homme de sa vie.
Rentrée chez elle, Kate s'attaque au manuscrit. Elle va connaître la douloureuse histoire de sa famille.

Critique:
À travers l'histoire de personnages complexes, Douglas Kennedy analyse parfaitement, une fois de plus, la psychologie, les circonstances, les choix qui déterminent le tour de la vie de chacun. Dans un livre très poignant (cela faisait très longtemps que je n'avais pas pleuré en lisant un roman), écrit d'une plume incisive, bannissant toute mièvrerie, explorant sans complaisance les sentiments de chacun, Douglas Kennedy signe ici un roman qui ne pourra laisser personne indifférent. Les amateurs de sagas familiales où rien n'est manichéen seront comblés. C'est un livre qui fait réfléchir, qui force le lecteur à se poser des questions dérangeantes. On peut blâmer tel ou tel personnage, mais qu'aurions-nous fait à leur place? Je me suis souvent surprise à penser: «Mais voyons, Truc, c'est pas comme ça qu'il fallait agir! Mais tu aurais pu faire comme ci ou comme ça!» Puis, tout de suite après: «Oui, mais qu'est-ce que j'aurais fait à la place de Truc?»

Le parallèle entre la situation de Kate et celle de Jack est intéressant. Jack s'est enferré dans un mariage malheureux par devoir et lâcheté, alors que Kate et Matt ont préféré divorcer, malgré leur enfant. Ici, tout est une question d'époque et de personnalité. À l'époque de Jack, et quand on était, comme lui, catholique croyant, on fait son devoir. À l'époque de Kate, les moeurs sont un peu plus évoluées, on ne se sacrifie pas par devoir. Qui en sera le plus heureux? Au final, je pense que c'est Kate. Son fils est triste que ses parents soient séparés, mais n'y aurait-il pas eu plus de dégâts s'ils étaient restés à se disputer, à s'aigrir petit à petit?
Quant à Jack, il agit par devoir, mais son coeur le pousse quand même à tromper sa femme. N'aurait-il pas été plus droit, finalement, et en tout cas moins hypocrite, s'il l'avait quittée?

Autre chose m'a interpellée: cet amour indéfectible, cette entente parfaite qu'on trouve entre les frères et les soeurs de la première génération, et l'incompréhension entre le frère et la soeur de la génération suivante.

Outre les dilemmes engendrés chez certains personnages par la chasse aux sorcières, Douglas Kennedy fait ressurgir ce pan de l'histoire, et le fait très intelligemment. Cet auteur qui n'hésite pas à critiquer les mauvais côtés de son pays, se montre, là encore, précis dans ses attaques contre ce moment peu glorieux pour les États-Unis. Il nous rappelle le comportement pitoyable et cruel du gouvernement. Il nous rappelle à quel point la peur peut être dévastatrice si on n'essaie pas de la neutraliser, si on se laisse submerger par elle, si on la laisse tout régenter. Douglas Kennedy fait ça très bien en mettant en avant le comportement infantile et dépourvu de raisonnement du FBI et d'autres.
À côté de cela, certains personnages sortent des poncifs sur les Français (ceux-ci ne sauraient pas préparer de la bonne nourriture, et accepteraient l'adultère avec bonhommie), et ne se disent pas que leur façon de faire n'est peut-être pas la meilleure.

Le personnage de Jack est sûrement le plus complexe. Kate le juge d'ailleurs d'une manière trop arbitraire. Bien sûr, elle est déstabilisée par le contraste entre le père de contes de fées que lui a inventé Dorothy et le vrai Jack qu'elle découvre brutalement au fil des pages de Sara. C'est Meg qui analyse le mieux Jack. Il a été faible et lâche, mais il a tenté de faire de son mieux. Il a fait certains choix malheureux, mais il n'a jamais pensé à mal. Ce qu'il a fait au moment où la chasse aux sorcières menaçait de le broyer est méprisable, mais c'est lui qui l'a le plus payé. Si Sara en a été dévastée, c'est Jack qui en a payé le prix fort. Sara a fini par se relever, elle. Au final, le lecteur blâme et plaint Jack à la fois.

Le personnage de Sara est également complexe. Elle fait certains choix, mais dépend aussi des choix d'autres. C'est une femme au caractère bien trempé, qui fait face, affronte vaillamment les coups du sort, à l'instar de beaucoup de personnages féminins des romans de Douglas Kennedy. Elle aurait sûrement fait des choix plus appropriés que Jack et Dorothy quant au mariage, mais qu'en aurait-il été lors de la chasse aux sorcières? Elle ne voit que le gouffre qui s'est ouvert sous ses pieds, mais ne cherche pas à comprendre Jack, ne sachant que le blâmer. Elle dit que si, elle le comprend, mais qu'elle est aveuglée par sa colère et sa douleur. Le lecteur peut comprendre cela. Cependant, une personne fine comme Sara, même submergée par la souffrance, aurait dû remettre certaines choses en question. Là encore, qu'aurait-on fait à sa place? Il est impossible de le dire.
En outre, en ce qui concerne son histoire avec George, Sara s'obstine dans une erreur, malgré ce que lui disent son frère et sa raison. Elle est donc parfois agaçante à faire la morale aux autres, alors qu'elle aussi peut faire preuve d'entêtement, tout en sachant qu'elle fait le mauvais choix.
Tout comme pour Jack, le lecteur prend Sara en pitié, et réprouve certains de ses actes.

Je n'ai pas vraiment apprécié le personnage de Dorothy, car elle aussi est faible, encore plus que Jack. Elle préfère se consumer de haine et de frustration plutôt que de laisser partir un homme qu'elle n'aime pas, juste par peur de la solitude, et par jalousie du bonheur que connaîtrait Jack.
Pourtant, Dorothy fait tout pour que ses enfants aient une vie à l'abri des tracasseries financières, et pour qu'ils se réconcilient (je crois le raisonnement de Kate juste). Malgré son amertume, elle sait se montrer capable d'amour et d'abnégation.

Les Grey, personnages qui traversent la vie de Sara, sont également très bien analysés. Madame Grey pourrait être un personnage un peu cliché, mais je la trouve, au contraire, très réaliste. Malheureusement, des femmes castratrices, manipulatrices, voulant tout contrôler, cela existe, et on en trouve plus fréquemment que ce que l'on pourrait croire.

On pourrait s'étonner que je ne crie pas au scandale quant à ce coup de foudre, puisque je rejette ce genre de cliché. Bien sûr, j'ai trouvé que le coup de foudre n'était pas crédible, mais étant donnée la suite du roman, l'histoire d'amour aurait pu s'épanouir.

Malgré tout le gâchis engendré par certains choix et circonstances, la fin est une note d'espoir. Le manuscrit de Sara a fait évoluer Kate, quoiqu'elle en dise, et elle agit de manière intelligente envers Ethan, Sara, et Charlie. Il aura fallu que son père se trompe, que sa famille connaisse des malheurs dont on ne sort pas indemne pour que la génération suivante, malgré un pessimisme exaspérant, tente de s'en sortir.
C'est une note d'espoir, oui, mais ça ne changera rien pour Jack et Éric. Il est trop tard pour eux. C'est pour cela que malgré la note d'espoir, ce roman laisse un goût d'amertume.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Une fois encore, Martine Moinat a très bien interprété ce roman. Il aurait été facile de lire certains passages sur un ton mélodramatique. Mais elle ne l'a pas fait, respectant, à mon avis, l'écriture de Douglas Kennedy.

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mardi 16 mars 2010

mardi
16
mars 2010

Docteur à tuer, de Josh Bazell.

Docteur à tuer

L'ouvrage:
Enfant, Pietro Brnwa vivait avec ses grands-parents. Un jour, ils sont assassinés. Après enquête, la police subodore que l'acte aurait été commis par des mafiosi lors de leur intronisation. Pietro n'a qu'une envie: se venger.

Des années plus tard, le voilà interne dans le pire hôpital de Manhattan. Un visage de son passé ressurgit sous la forme d'un nouveau patient. C'est alors qu'il raconte son histoire.

Critique:
Dans le résumé que j'ai lu, on nous présente Pietro comme une espèce de docteur House: cynique, caustique, drogué aux anxiolytiques, et au fond, très gentil. Ce parallèle m'a gênée, car on dirait qu'il a été fait exprès pour que celui qui aime «Docteur House», se rue sur le livre.
En outre, il m'a semblé que Josh Bazell tentait parfois d'imiter le style de Hugh Laurie, ce qui m'a également gênée.
Michael Connelly dit le plus grand bien de ce roman, également. Le roman m'a plu, mais je trouve qu'il a été desservi par la publicité. Vous me direz que la publicité est là pour nous faire acheter, et donc, elle en fera trop. Mais je suis assez rancunière lorsque mon horizon d'attente n'est pas satisfait. On nous dit que le roman est drôle et caustique: il y a quelques notes d'humour, quelques apartés, quelques façons amusantes de dire les choses, notamment lorsque Pietro évoque la médecine et la façon dont fonctionne l'hôpital où il travaille. Mais quand je lis «ce roman est drôle et caustique», je m'attends à rire tout au long du livre. Cette attente est renforcée par la vue du trailer qui, lui, est vraiment drôle. J'aurais peut-être mieux apprécié le roman si la publicité ne l'avait pas maltraité en voulant le promouvoir.

J'ai trouvé que le livre démarrait lentement. J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire.
L'intrigue est bien menée, mais certains événements sont prévisibles. À partir du moment où il fraie avec la mafia, on se doute que certaines choses arriveront. Quand un personnage dit: «Bon, là, c'est le dernier «mauvais coup» que je fais, après, je me range», dans un livre ou un film, en général, quelque chose de mal se passe lors de ce dernier coup. Donc ici, on pressent que quelque chose arrivera. C'est un exemple, mais on devine d'autres événements. Et bien sûr, lorsque Pietro a une idée folle qui le sauvera peut-être, on ne peut s'empêcher d'avoir la même réflexion amère que lui.
À part cela, le lecteur suit l'histoire avec intérêt, et est même suspendu aux lèvres de Pietro à partir du moment où l'intrigue s'emballe. C'est alors que l'auteur confronte son lecteur à un tourbillon d'émotions, de sentiments, de sensations dont il sortira meurtri. (L'épisode de l'aquarium m'a particulièrement bouleversée.)
La structure du livre est faite pour ménager le suspense: on voit le présent de Pietro, puis son passé, puis à nouveau son présent tout au long du roman. Personnellement, je n'aime pas trop ce genre de façon de faire, justement parce que je trouve que c'est une manière un peu artificielle de créer du suspense, mais cela n'engage que moi, et une fois que je suis entrée dans le roman, cela m'a moins gênée.

Le personnage de Pietro est attachant. Il reste intègre (d'une certaine manière), et bon, malgré tout. C'est un personnage extrême, aux sentiments à fleur de peau. Il attire la sympathie et la compassion du lecteur. D'un autre côté, il commet des actes qui fait que le lecteur éprouve également du dégoût pour lui, même s'il a été parachuté là-dedans par faiblesse et à cause de certaines circonstances, et s'il essaie de garder une certaine ligne de conduite.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été offert par les éditions Jean-Claude Lattès

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