Conduite en état Livresque

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L'angoisse et l'absurdité sont les deux mamelles du monde.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

jeudi 25 février 2010

jeudi
25
février 2010

Mauvaise fille, de Justine Lévy.

L'ouvrage:
Alice va mourir d'un cancer. Sa fille, Louise, ne peut se résoudre à lui dire au revoir. D'autant qu'elle est enceinte, et voudrait que sa mère reste encore un peu...

Critique:
Voilà un livre qui ne souffre d'aucune longueur. Voici un texte coup de poing, dans un style percutant. Louise nous fait entrer à grand fracas dans sa vie, dans son intimité, nous fait partager ses peurs, sa détresse... Le lecteur la connaît mieux que son mari qu'elle aime pourtant, mais à qui elle ne parvient pas à se confier. Ce personnage complexe, et pourtant si facile à comprendre ne pourra pas laisser le lecteur indifférent. Elle a eu une mauvaise mère, et se reproche d'être une mauvaise fille. Elle blâme sa mère pour des petits riens, tout en faisant partager ce qui est important au lecteur (le fait d'avoir été délaissée), mais elle aime sa mère. Elle raconte comment elle tentait de lui faire plaisir lorsqu'elle était enfant, comment elle se rapproche d'elle et l'aide au long de sa maladie.
Les relations mère-fille sont très bien décrites, racontées à coups d'événements éloquents, de crises de nerfs, de phrases choc mettant à nu la complexité des rapports entre une mère dont la fibre s'est réveillée bien tard, et une fille qui éprouve de très forts sentiments pour sa mère, qui comble ses manques en faisant de petits mensonges idiots, qui intériorise ses angoisses (angoisses tout à fait légitimes). Une fille qui tente de soigner le mal par le mal: j'ai une crise d'angoisse, je prends cinq Dolipranes; j'ai peur de craquer à l'enterrement de ma mère, je prends huit Prozac, et je fume, même si ça fait mal au bébé... Une fille perdue, entourée, mais seule avec ses peurs, se refermant dessus, ne souhaitant pas les montrer, car elle montrerait ses faiblesses, elle montrerait, pense-t-elle, qu'elle n'est pas aimable. Au lieu de ça, elle tente de faire plaisir en étant toujours polie es agréable... et parfois, elle craque, et fait des caprices pour des détails.
Bref, ce personnage est captivant.

Le thème de la vie qui en remplace une autre est également très bien abordé. Tout comme Louise, je trouve absurde ce qu'on lui dit: pourquoi faut-il se résigner en se disant que c'est comme ça? Parce que sinon, on n'avance pas, bien sûr, mais tout n'est pas aussi simple. Quel déchirement de donner la vie au moment où l'on doit faire son deuil! Justine Lévy expose très bien l'ironie et la cruauté d'une telle situation.

Vous aurez compris que ce livre n'est pas gai. Il touchera le lecteur, car il sonne juste, et que n'importe qui s'identifiera aux personnages et aux situations qu'ils vivent. Malgré cette gravité, cette douleur qu'étale Louise, il y a quelques notes d'humour, des moments contrastant avec l'ambiance générale, comme par exemple le coup de fil du père de Louise et la discussion autour du prénom de l'enfant, ou les lubies de la mère quant à telle ou telle chose. Ce sont des pauses détendantes, mais en plus, cela renforce le réalisme. En effet, c'est ça, la vie: des joies, des peines, tout cela entremêlé.

Lorsque Louise évoque la reconversion de sa mère (manger bio, faire attention à sa santé), elle tourne cela en dérision. Cela m'a fait sourire, car j'ai moi-même une mère qui fait ce qu'elle croit être le mieux pour sa santé, et préconise tout un tas de choses. Quant à moi, je ne sais pas. Je sais les choses basiques: le gras et le sucre ne sont pas bons pour la santé, mais après... tout un tas de théories contradictoires courent sur tout un tas de produits, et je ne sais trop quoi penser.

Accessoirement, j'approuve totalement le ras-le-bol de Louise quand elle constate qu'il n'y en a que pour le bébé. Bien sûr, elle exagère, et les autres s'inquiètent pour elle, mais lorsqu'une femme est enceinte, on fait attention à elle surtout parce qu'elle est enceinte, et parfois, on a l'impression qu'elle passe au second plan.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marielle Ostrowski.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Marielle Ostrowski a une voix très agréable, douce, fraîche, chaleureuse. En outre, elle a parfaitement lu ce roman, prêtant à merveille sa voix au personnage de Louise.

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lundi 22 février 2010

lundi
22
février 2010

Shutter island, de Dennis Lehane.

L'ouvrage:
Sur Shutter Island, une île au large de Boston, se trouve l'hôpital psychiatrique d'Asheclife où sont internés des patients dangereux: des gens qui ont commis des atrocités.
C'est ici qu'en septembre 1954, Teddy Daniels et Chuck Aule, doivent mener l'enquête: une patiente, Rachel Solando (dont le crime est d'avoir noyé ses trois enfants), a disparu.

Critique:
Ce que je n'aime pas, c'est les livres prévisibles. Eh bien, celui-là ne l'est absolument pas. Dès le départ, le lecteur est complètement perdu. Il ne sait pas où va l'auteur, où il veut en venir... C'est une très bonne chose. On n'est pas du tout dans un polar classique où on prévoit presque chaque coup.
Au début, l'auteur nous présente une histoire cousue de fil blanc: une patiente a disparu d'un endroit plus sécurisé qu'Alcatraz, personne ne l'a vue passer... Mais le lecteur ne peut pas pester après cette intrigue simpliste et invraisemblable parce que les personnages eux-mêmes remarquent cette mise en scène, et pensent, à l'instar du lecteur, que tout cela est orchestré pour cacher autre chose.
Ensuite, le lecteur avance dans le noir. L'auteur le manipule à sa guise. L'ambiance oppressante, l'atmosphère pesante, ces secrets que l'on devine, tout cela contribue à plonger le lecteur dans le flou.
L'auteur nous rappelle que malheureusement, le genre d'expérience dont il est question dans le roman a été fort pratiqué dans les années 50, et était très prisé... ce réalisme contribue à faire frissonner le lecteur.
En filigrane, on retrouve le thème des horreurs que les américains firent subir aux japonais. Ce petit rappel historique n'est pas inintéressant.

Que dire de la fin? Elle est déroutante, et on ne la comprend pas forcément au premier abord. Deux hypothèses contradictoires se superposent. la plus vraisemblable me déçoit, car elle est trop conventionnelle. Et si c'est bien cette hypothèse la bonne, cela signifie qu'il y a quelques incohérences, dont une au début. En outre, à quel moment exactement commence le chapitre 25? Il commence à la fin de la tempête, d'accord, mais certaines choses ne sont pas claires. Que fait-on de certains événements arrivés pendant ladite tempête?
J'aimerais dire d'autres choses sur la fin: montrer les forces et les faiblesses des deux théories, voire de certaines variantes, car en fait, certaines choses prennent sens selon l'une ou l'autre théorie, et d'autres deviennent incohérentes. On ne peut pas dire que tout va dans le même sens, chaque théorie a ses failles, et c'est ce qui est, à mon avis, l'une des faiblesses du roman. L'auteur parvient à tisser autour de son lecteur, une toile inextricable... mais elle est si inextricable qu'il y met des indices qu'il ne peut expliquer de manière satisfaisante selon qu'on choisisse l'une ou l'autre des théories. Je m'arrêterai là, car j'en dévoilerais trop.

Les personnages sont attachants, surtout Teddy qui ne peut oublier sa femme, malgré le temps. Les rêves de Teddy sont fascinants. Là encore, l'auteur a su transcrire ce qui se passe quand on rêve: événements décousus, invraisemblables, ou au contraire, cohérents, et à la trame narrative bien organisée, mais «racontant» parfois des histoires rocambolesques.

N'hésitez pas à me faire part de vos théories quant à la fin: il suffira que les personnes n'ayant pas lu le roman ne lisent pas les commentaires.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Antoine Tomé.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'avais beaucoup aimé la prestation d'Antoine Tomé dans «Monster». J'ai été ravie de le retrouver sur «Shutter island». Il me semble que la qualité de son interprétation s'est améliorée. Par exemple, lorsqu'il fait des voix féminines, son jeu est moins affecté. D'une manière générale, sa narration, sa façon de jouer les personnages portent le livre, et contribuent à l'engouement du lecteur. En plus, il ne force pas les accents, et prononce les noms anglophones de manière naturelle.
J'espère qu'il continuera d'enregistrer des livres.

Edit: Des amoureuses de la lecture et moi avons une discussion très intéressante sur la fin du livre ici.

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jeudi 18 février 2010

jeudi
18
février 2010

Charlie n'est pas rentrée, de Nicci French.

L'ouvrage:
C'est bientôt Noël.
C'est également l'anniversaire de Nina Landry.
Ce jour-là va être assez mouvementé, car elle part en vacances avec ses deux enfants, Charlie et Jackson, et son petit ami, Christian. Tout semble jouer contre elle: sa voiture a besoin d'une réparation, sa fille (Charlie) lui a organisé une fête d'anniversaire surprise, et pour couronner le tout, ladite fille n'est pas rentrée à la maison, après une nuit chez une amie. Elle avait pourtant promis qu'elle serait là à temps pour faire ses valises avant le départ. Après avoir laissé plusieurs messages exaspérés sur le répondeur du portable de Charlie, Nina commence à s'inquiéter, et prévient la police.

Critique:
Le livre démarre un peu doucement, mais j'ai apprécié cette lenteur. Les auteurs plantent bien le décor, prennent le temps de nous présenter les personnages. On entre dans la vie de Nina et de ses enfants, et on y prend plaisir.

Par la force des choses, Nina doit faire intrusion dans la vie privée de Charlie, et elle découvre des pans entiers de la vie de sa fille. C'est assez difficile, car elle viole l'intimité de Charlie par nécessité, et découvre des choses qui font qu'elle la cernera mieux, et qu'elle pourra la sauver.

C'est une histoire assez banale, mais les auteurs savent nous la rendre intéressante voire palpitante. Ils construisent peu à peu le puzzle de la vie de Charlie, nous concédant par ci par là une information qui permet de retracer ses actes, mais aussi de la connaître.

Les personnages sont globalement sympathiques. On comprend l'angoisse de Nina, les motivations et les sentiments de Charlie, et bien sûr, on éprouve de la compassion envers Jackson qui ne sait pas trop où est sa place, ne pouvant pas faire grand-chose pour aider, qui réclame de l'attention parce que tout le monde s'inquiète pour sa soeur, et qui s'inquiète aussi.
De ce point de vue, les auteurs sont toujours aussi fins: ils analysent bien la psychologie des personnages.

Les auteurs nous envoient sur une fausse piste, mais ils ne le font pas avec de gros sabots, comme certains autres. En outre, ils ne nous promènent pas sur cette fausse piste pendant des pages et des pages. Donc, ils font juste ce qu'il faut pour que le lecteur et Nina soupçonnent quelque chose, mais ne nous laissent pas nous enferrer et nous ennuyer.

Je ne ferai que deux reproches à ce roman.
Là encore, on retrouve une police molle, se moquant presque des inquiétudes de Nina, et finalement, préférant la suspecter au lieu de l'aider. Ça devient un peu lassant. Outre que cela fait passer les policiers pour des fantoches payés à ne rien faire, si ce n'est à palabrer interminablement, cela n'est pas très crédible. On comprend qu'une mère angoissée fera tout ce qui est en son pouvoir pour retrouver sa fille, mais de là à être plus futée et plus débrouillarde que la police, police qui, en plus d'être inerte, refuse d'être aidée par le commun des mortels, c'est-à-dire Nina. Cette ficelle devient de plus en plus insupportable, car elle est éculée. Il serait bon que les auteurs changent un peu, et qu'accessoirement, ils cessent de dépeindre la police comme inutile, bornée, et méprisante. Je n'ai pas d'amitié particulière pour la police, mais ce refus systématique d'aider les victimes que l'on retrouve chez Nicci French rend les auteurs de moins en moins crédibles.

La fin souffre de quelques longueurs. Par exemple, Nina refuse d'être soignée tant qu'elle ne sait pas comment va Charlie, elle le répète sur des pages et des pages, et les médecins, presque aussi benêts que les policiers, qui lui parlent comme si elle était idiote, et ne veulent pas qu'elle voie sa fille. C'est un peu lourd, à la longue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Flosnik pour les éditions Brilliance audio.
Comme vous l'aurez compris si vous cliquez sur le lien, j'ai lu ce roman en anglais. J'ai été un peu gênée par l'accent anglais d'Anne Flosnik, moi qui préfère l'accent américain, mais elle lit très bien, même si elle force un peu pour les voix d'hommes. Donc, j'ai vite surmonté ma gêne.

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lundi 15 février 2010

lundi
15
février 2010

Le chant de la dune, de Lorraine Fouchet.

L'ouvrage:
Zoé Stéphan a trente ans. Elle est médecin. Elle doit épouser Antoine, le 2 janvier. Mais peu de temps avant Noël, Antoine rompt avec elle pour une autre.
Peu après, Zoé se rend chez un patient où elle découvre un livre parlant du désert. Dans son désarroi, elle y voit un signe. Ce livre l'attire, le désert l'attire. Elle fait ce qu'elle n'aurait jamais fait auparavant: prendre quelques jours pour aller les passer dans le désert avec un groupe de touristes, dans un voyage organisé. Elle n'est pas au bout de ses surprises...

Critique:
Malgré certaines ficelles un peu grosses, j'avais bien aimé «Le bateau du matin». Ici, on retrouve un parfum de ce roman: un médecin, des destins qui se croisent, une histoire d'amour, et l'île de Groix. Pourtant, je n'ai pas été aussi captivée que par «Le bateau du matin». J'ai trouvé que certaines choses passaient moins bien. D'abord, parce qu'on en devine beaucoup.
(Attention: la fin du paragraphe dévoile certains pans de l'histoire, ne la lisez pas si vous n'avez pas lu le roman.)
On voit très vite que Zoé et John vont se mettre ensemble. Ce coup de foudre est d'ailleurs très gros. Oh là là! Zoé et John ont tous ces points communs: ils ont emmené les mêmes livres, ils aiment la même musique, ils ramassent des marrons, et ouvrent la bouche quand il neige: ça y est, ils sont faits pour s'entendre!
Dès que Zoé comprend qui sont les deux français, on se demande de suite si Zoé ne serait pas la fille d'Alex, et Zoé met du temps à commencer à se le demander.
On devine que Marie souffre un très grand mal-être.
On sait que John et Zoé vont tous les deux dîner dans le restaurant dans le noir avant que Zoé ne le découvre.
On devine que Zoé et John vont se retrouver, à la fin.
Il est un peu gros, en outre, que Zoé et John se rencontrent alors que leurs parents se sont connus.

Les personnages ne sont pas très creusés. John réagit bêtement, et rejette Zoé pour quelque chose que ses parents auraient fait alors qu'il l'aime... donc le fait que ses parents aient fait ci ou ça change un sentiment qu'il éprouve déjà... Ce rejet, c'est juste du remplissage.
Zoé n'est pas vraiment épaisse non plus... Elle est sympathique, on comprend sa souffrance, mais bon... elle pense qu'elle doit résister à son attirance pour John après ce qu'elle a vécu: elle résiste cinq minutes. Ce n'est pas très crédible.

Les parents de Zoé sont agaçants: l'amoureux transi qui se sacrifie, qui est sûr que sa femme ne l'aime pas, mais lui l'aime tellement qu'il ferait tout pour la garder; la mère qui n'arrive pas à être une bonne mère, qui ne pense qu'à elle, qui assure qu'elle aime son mari... si elle l'aimait tant que ça, elle le lui montrerait, et peut-être le saurait-il. Et puis, dire que si elle était revenue avec lui sans qu'il ait à lutter, il l'aurait dédaignée... oui, bon, d'accord, mais là, tu peux lui montrer que tu l'aimes, ma grande, ça fait trente ans que l'histoire s'est passée, tu peux peut-être lui laisser entrevoir que tu l'aimes. Bref, tout ça n'est pas crédible non plus.
Seuls Marie et Pierre sont crédibles. Bon, si on pinaille, on trouve que c'est un peu gros que Pierre soit aussi imbuvable, mais qu'en fait, il faille gratter le vernis. Ça le rend plus crédible, soit, mais la ficelle est éculée.
La façon dont l'auteur finit par s'en sortir, en expliquant que ceci c'est passé comme ci, et que Valérie, en fait, ressent ci comme ci et ça comme ça n'est pas très crédible non plus.

Quant au fait que la dune «chante» parfois, Lorraine Fouchet l'a-t-elle inventé, ou bien est-ce vrai? J'ai du mal à y croire...

Lorsque Zoé va dîner dans le restaurant dans le noir, certaines choses sont intéressantes, mais d'autres sont un peu grosses aussi. Dans les bons côtés, il y a le moment où Zoé se rend compte qu'elle va devoir se faire une idée des gens grâce à leurs voix. Il y a tous ses tâtonnements pour manger.
Par contre, quand elle dit qu'elle se fie au poids du verre pour se servir sans rien renverser, je doute. Lorraine Fouchet a peut-être rencontré des aveugles qui y arrivent, mais rien n'est plus sûr que de mettre son doigt au bord du verre. Personnellement, je ne le fais pas, car je trouve cela peu hygiénique, mais j'ai la chance qu'on me serve, et quand je dois me servir, je me sers de petites quantités d'eau. Idem quand elle dit qu'elle a du mal à couper ses aliments: ben, sans mettre les doigts, quand on ne voit rien, ce n'est pas possible.

Allez, une dernière bizarrerie pour la route: quand Zoé lit et relit le numéro de téléphone de John, elle se met à additionner les chiffres, et trouve 7, comme les lettres de leurs prénoms réunis. Ben, pour que les chiffres soient égaux à 7, il faudrait que le numéro soit du type: 00 10 21 11 01. Je ne connais pas tous les indicatifs de Paris, mais il me semble que c'est 01 4...

Bref, un livre repose-tête, mais qui ne m'a pas convaincue. La seule raison pour laquelle je l'ai continué (j'ai failli arrêter au chapitre 11), est ses lecteurs.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Yves Mugler et Gin Candotti-Besson pour les éditions VDB.

Je crois que je n'aurais pas reconnu Gin Candotti-Besson si je n'avais su son nom. Sa voix fait partie des voix qui bercèrent mon enfance, car je possédais la collection des Raconte-moi des histoires, et elle a enregistré un conte pour cette collection: «Le puzzle de Jojo». Je me suis souvent fait la réflexion que cette lectrice était talentueuse, et que j'aimerais bien la retrouver enregistrant des romans. C'est chose faite. Espérons qu'elle va continuer. Je ne l'aurais pas reconnue, car sa voix a un peu changé, et que ça fait un moment que je n'ai pas entendu «Le puzzle de Jojo», mais je vais m'empresser de réécouter le conte pour voir si je la reconnais.

Quant à Yves Mugler, son talent ne se dément pas. Je voulais m'attarder un peu sur la prestation des comédiens, car je râle souvent quand les lecteurs tentent de faire des voix différentes aux personnages, car c'est souvent mal fait, soit caricatural, soit casse-tête, et donc, agaçant. Ici, Gin Candotti-Besson et Yves Mugler changent quelque peu leur voix pour quelques personnages, mais ils l'ont fait de manière subtile et intelligente. Ce n'était pas du tout caricatural, pas du tout casse-oreilles, ce n'était pas du surjeu. C'était donc une bonne initiative.

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jeudi 11 février 2010

jeudi
11
février 2010

Handle with care, de Jodi Picoult.

Note: Il semblerait que ce roman ne soit pas encore sorti en français. J'ai pris le parti d'en faire quand même la critique, car Picoult étant appréciée, je pense qu'il sortira.
Je ne sais pas comment se traduit le nom de la maladie de Willow, je l'écrirai donc comme c'est écrit dans la version originale.
D'autre part, je pense que dans la traduction française, l'avocate de Charlotte s'appellerait Marine (elle s'appelle Marin), et j'écrirai Marine au long de ma critique.

L'ouvrage:
Willow est atteinte d'osteogenesis imperfecta, c'est-à-dire que ses os se brisent très facilement. Elle avait déjà des fractures à la naissance. Elle peut se casser un os en faisant n'importe quel mouvement un peu brusque.

Après une rencontre avec un avocat, Charlotte O'Keefe, la mère de Willow, décide d'intenter un procès à son obstétritienne et amie pour n'avoir pas décelé la maladie de Willow avant la dix-huitième semaine de grossesse.

Critique:
Voilà un livre qui ne pourra laisser personne indifférent, un livre qui force les gens à se poser des questions sur ce qu'ils feraient à la place des parents de Willow, et surtout, quelles seraient leurs raisons. En parcourant le net à la recherche de la bonne orthographe de certains noms, je suis tombée sur une critique de deux ou trois lignes, sans nuances, d'une libraire (si j'ai bien compris), qui dit que c'est se prendre la tête pour rien, que Willow va bien, alors pourquoi faire un procès? Malheureusement, ce livre héritera de beaucoup de jugements hâtifs de ce genre. C'est regrettable, mais c'est ainsi.

Ici, il y a plusieurs points de vue quant au procès. Charlotte est pragmatique. Et malheureusement, dans cette situation, il faut l'être. Sa raison première, c'est l'argent. Ce qui ne veut pas dire, comme certains le pensent, que Charlotte n'est qu'un rapace avide de profiter du handicap de son enfant. Non. Cela veut dire qu'elle est réaliste, et sait que l'amour ne fait pas tout. Pour une enfant souffrant d'osteogenesis imperfecta, comme pour des enfants souffrant d'autres maladies ou handicaps, il faut de l'argent. Tout est plus cher pour les soins, les traitements, les aménagements, etc. Nier cette réalité est stupide. J'ai d'ailleurs été choquée que certains parents d'enfants ayant le même mal que Willow vilipendent Charlotte, ramenant ses intentions à: elle aurait voulu pouvoir avorter, la mère indigne!
Même si la motivation de Charlotte est pécuniaire, elle s'interroge: qu'aurait-elle fait si elle avait su? Aurait-elle avorté? Elle ne peut pas apporter de réponse. Je trouve cela beaucoup plus franc et beaucoup plus réaliste que lorsque j'entends des gens se récrier: «Comment ça?! Mais chaque enfant a le droit de vivre!!!» Bien sûr. Je ne dis pas qu'il faut se faire avorter pour un oui ou pour un non, je dis que l'hypocrisie des gens me dégoûte. Il ne faut pas oublier deux choses: d'abord, que devient l'enfant s'il a besoin de soins constants, et que les parents ne peuvent plus les assumer? Ensuite, tous les parents ont-ils le courage, le temps, et l'énergie d'assumer ce que cela implique? Les hypocrites qui crient au scandale seraient peut-être les premiers à faire une dépression parce que tout ne va pas comme ils veulent.
En outre, il faut penser à l'enfant qui est souvent à l'hôpital, qui a une espérance de vie limitée, etc. Sera-t-il heureux? Et bien sûr, la société lui laissera-t-elle une place?
Je ne prends pas parti, car ces questions sont trop délicates pour pouvoir être tranchées, mais je pense qu'avant de crier au scandale, les gens devraient se renseigner sur tout ce qui joue, et sur comment faire pour que ces enfants soient le plus possible intégrés à la société. C'est justement ce que fait Jodi Picoult dans ce roman: elle ne tranche pas, mais explique toutes les nuances, comme elle s'applique à le faire, en général, dans ses romans.

Pendant le procès, l'avocat de la partie adverse attaque Charlotte sur des gens comme Helen Keller. J'ai été surprise que Marine ne saute pas sur l'occasion pour lui faire remarquer son erreur: Helen Keller est devenue aveugle et sourde après une maladie contractée, si mes souvenirs sont bons, à l'âge de deux ans. En tout cas, c'est arrivé après sa naissance. Peut-être est-ce une erreur de l'auteur. J'aurais tendance à penser que c'est bien cela puisque Marine n'intervient pas.

La réaction de Sean est un peu dure à comprendre. Il réagit un peu comme tous les hypocrites qui parlent sans savoir. Il dit qu'il ne remplacerait jamais sa fille, mais ce n'est pas ce qu'on lui demande. Il ne veut pas comprendre le point de vue de Charlotte, arguant qu'ils s'en sortiront très bien comme ça. Ce n'est pas réaliste du tout! Bien sûr, il pense aussi à la manière dont réagira Willow quand elle comprendra, mais justement, quelqu'un qui comprend réellement les tenants et les aboutissants a un jugement nuancé.

C'est encore une réaction d'hypocrites et d'ignorants qui fait qu'on assiste à des scènes comme l'arrestation de Sean à Disneyworld et surtout à celle de l'école où on dit à Charlotte que pour la protection de Willow, il vaut mieux qu'elle ne revienne pas. D'un côté, on méprise quelqu'un qui fait un procès à son médecin, car elle aurait pu avoir le choix d'avoir son enfant ou de se faire avorter, et de l'autre, on fait bien sentir sa différence à l'enfant en l'empêchant de vivre comme les autres, alors que la mère que tout le monde hue s'efforce de donner à sa fille la vie la plus normale possible. Les soi-disants bien pensants qui disent que c'est honteux ne sont même pas fichus de donner sa chance à Willow.

Une autre situation est très bien analysée par Jodi Picoult. Willow déteste qu'on la scrute, ce qui est tout à fait normal. La scruter, c'est lui crier sa différence. Mais à un moment du livre, elle regarde avec insistance un autre enfant. Elle fait ce qu'elle déteste qu'on lui fasse, car malheureusement, c'est dans la nature humaine. On regardera bizarrement quelqu'un ou quelque chose de différent de ce qu'on connaît.

Les personnages et les situations de ce roman sont complexes. Personne n'est à blâmer, sauf peut-être un peu Sean, qui est assez borné. La psychologie des personnages est bien sûr, très intéressante. En outre, si Amélia est forcément un peu mise de côté (et là, c'est Sean qui réagit mieux que Charlotte), elle l'est moins que les enfants bien portants de «Ma vie pour la tienne». Le personnage d'Amélia inspire la compassion du lecteur. Elle souffre de sa normalité, en quelque sorte. Elle est très attachante.
Le lecteur comprend qu'elle s'intéresse à certaimes choses qui peuvent paraître futiles au regard de ce qui se passe autour d'elle, comme le fait d'être délivrée de son appareil dentaire. Cela paraît secondaire, mais outre qu'Amélia n'est qu'une adolescente, et que malgré tout, elle a le droit à un peu d'égoïsme, c'est aussi une façon de montrer qu'elle aussi existe et a besoin qu'on fasse attention à elle.

Le personnage de Willow l'est aussi, mais contrairement aux autres, il est un peu cliché. En effet, Willow compense sa maladie ou son handicap en lisant beaucoup (elle ne peut pas aller jouer dehors et courir avec d'autres enfants), et en réfléchissant comme si elle était surdouée. Je veux bien que cette théorie de la compensation soit vraie par certains côtés, mais chez Willow, je trouve que c'est exagéré.
Il y a quand même des avantages collatéraux: Willow nous apprend des petites choses insolites et amusantes.
En outre, j'ai trouvé un peu lourd que tous les personnages s'adressent à Willow tout au long du livre. Dans une interview, l'auteur dit que c'est un plus, qu'elle pense que c'est le roman où elle pouvait faire cela, et que par extension, les personnages s'adressent directement au lecteur... je n'ai pas vraiment ressenti cela.

Le personnage de Charlotte est sûrement le plus complexe... Malgré tout ce que certains disent au long du livre, c'est sûrement elle qui aime le mieux Willow. Elle finit par mieux savoir ce qu'il faut faire que certains médecins, parce qu'elle tient à ce que sa fille souffre le moins possible. En outre, pour sa fille, elle n'hésite pas à perdre une amie et à passer pour une femme sans coeur aux yeux de ceux qui ne réfléchissent pas.
Les deux reproches que je lui ferais, c'est de ne pas avoir réagi comme il aurait fallu lorsqu'elle a su qu'Amélia était mal, et aussi, sa diatribe concernant l'aide qu'apportent les gens. Bien sûr que, comme elle le dit, ils sont bien contents d'être à leur place et pas à la sienne, bien sûr qu'ils proposent leur aide pour se donner bonne conscience, et bien sûr que tout cela est très hypocrite. Mais comme le dit Sean, certains sont sûrement sincères. Je sais bien, moi, quand quelqu'un me propose son aide, qui est sincère et qui ne l'est pas.
En outre, que dirait-elle si les gens affichaient clairement leur indifférence?
Bon, la façon dont les voisins des O'Keefe apportent leur aide est stupide, il faut bien le reconnaître!!! Le pompon revient à celle qui, ensuite, vient réclamer son plat. Elle voit bien que Charlotte a des préoccupations beaucoup plus importantes, et elle fait son caprice pour récupérer son plat, là, maintenant, tout de suite, à la seconde, comme si sa vie en dépendait. C'est plutôt ce genre de comportements qu'il faut blâmer au lieu de huer Charlotte qui fait un procès à son médecin.

Le personnage de Marine est également intéressant, car son expérience apporte une pierre à l'édifice de la nuance. Elle aussi juge Charlotte, mais elle est bien obligée de revenir sur son jugement, ou du moins, de constater que tout n'est pas tout blanc ou tout noir.
Dans l'interview sus-citée, Jodi Picoult explique qu'elle a surpris ses lecteurs avec le retournement de situation de l'histoire de Marine. Pour ma part, j'avais tout de suite compris que Marine découvrirait quelque chose de ce genre. Si on n'est pas trop bête, on s'en doute.

Que dire de la fin?... On s'attend à quelque chose de ce genre puisque l'auteur tente toujours d'écrire des romans où la fin est un retournement de situation. Je trouve qu'à force, c'est agaçant, et ça devient prévisible, ôtant toute surprise à la chose.

Je remercie ici Jodi Picoult qui m'a donné l'orthographe de deux prénoms que je ne trouvais pas.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Recorded Books. La distribution est:
Celeste Ciulla: Charlotte O'Keefe
Jessica Almasy: Amélia O'Keefe
James Colby: Sean O'Keefe
Charlotte Perry: Marine Gates
Alma Cuervo: Piper Reece
Cassandra Morris: Willow O'Keefe

Note: Voici une bibliographie de Jodi Picoult avec les titres français quand ils existent.

Songs of the humpback whale, 1992.
Harvesting the heart, 1993.
Picture perfect, 1995.
Mercy, 1996.
Keeping faith, 1999.
Plain truth, 1999. (La pure vérité.)
Salem falls, 2001. (Le cercle de Salem.)
Perfect match, 2002. (Pour que justice soit faite.)
The pact, 2003. (Le pacte.)
Second glance, 2003.
My sister's keeper, 2004. (Ma vie pour la tienne.)
Vanishing acts, 2005. (Le rideau déchiré.)
The tenth circle, 2006. (La couleur de la neige.)
Nineteen minutes, 2007.
Change of heart, 2008.
[Handle with care, 2009.
House rules, 2010.
Sing you home, 2011.
Over the moon, 2011.
Lone wolf, 2012.
Between the lines, 2012 (livre pour enfants co-écrit avec sa fille).

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