Conduite en état Livresque

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Quand je riais avec elle, on aurait pu me faire avaler toute une bassine de poison.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

lundi 18 janvier 2010

lundi
18
janvier 2010

Le rideau déchiré, de Jodi Picoult.

L'ouvrage:
Cordélia Hopkins vit entourée de son père (Andrew), de sa fille de cinq ans (Sophie), de son fiancé (Eric), et de son meilleur ami (Fitz). Son métier consiste à rechercher, en compagnie de sa chienne, Gretta, les personnes disparues.

Un jour, tout ce qu'elle a construit vole en éclat: son père est arrêté pour le kidnapping d'une certaine Bethany Matthiews. Il aurait fait cela vingt-huit ans auparavant, alors que l'enfant avait quatre ans. Lorsque Délia, atterrée, lui demande qui donc est cette bethany Matthiews, il lui répond que c'est elle.

Critique:
En général, Jodi Picoult arrive à écrire des romans qui explorent les sentiments, les raisons d'agir, les motivations de chaque personnage. Elle fait cela sans pour autant tomber dans le livre à l'eau de rose, mièvre à souhait. C'est une qualité.
Ici, si elle parvient à peu près à le faire, certaines choses m'ont ennuyée et agacée. D'abord, elle traîne beaucoup. Elle prend le temps de parler de la vie de ses personnages afin que le lecteur les cerne, se fasse une idée d'eux. C'est louable, mais dans ce roman, c'est trop long.
Ce qui donne aussi un effet de longueur, c'est le fait que certaines choses sont prévisibles. Lorsqu'on connaît Andrew, on se doute bien qu'il a enlevé sa fille parce que quelque chose clochait. Jodi Picoult met assez longtemps à nous dévoiler la raison la plus évidente, puis encore plus longtemps à nous en dévoiler une autre à laquelle j'avais pensé.
D'autre part, lorsqu'on lit que Délia, Eric, et Fitz sont inséparables depuis l'enfance, on se doute bien que c'est un triangle amoureux, et même si lire la façon dont tout est arrivé et dont cela se passe dans le présent a certains aspects intéressants, c'est plutôt laborieux. (Attention, ne lisez pas la phrase suivante si vous n'avez pas lu le roman.) En plus, la réaction de Délia (se jeter dans les bras de Fitz parce qu'elle a été, une fois de plus, déçue par Eric), est un cliché, ce qui m'a déçue de la part d'un auteur qui tente de les éviter. Et puis, c'est agaçant, ce personnage qui veut à tout prix un enfant. Les personnages de Jodi Picoult sont souvent dévoués corps et âmes à leurs enfants, ils vivent pour en avoir. C'est un peu pénible, à la longue.

Malgré le soin qu'apporte l'auteur quant à ses personnages, je ne les ai pas trouvés très convaincants, excepté deux: Andrew et Eric. Le personnage d'Andrew est complexe et creusé. On comprend ses motivations, on a de la compassion parce qu'il tente de se sacrifier en voulant taire les raisons principales de l'enlèvement, et on le comprend aussi lorsque son instinct de conservation prend le dessus, et qu'il avoue tout.
Ensuite, on suit son parcours en prison: il découvre un univers qui lui est totalement inconnu, et le lecteur sait tout de suite qu'il ne pourra s'y adapter. Il en est trop éloigné. Andrew finira, lui aussi, par se rendre à l'évidence.

Le personnage d'Eric est également intéressant: il tente de se construire, mais doute, et doit combattre son addiction. Si on comprend tout à fait que quelqu'un soit rejeté afin que son addiction ne puisse blesser et nuire à ses proches, on comprend également le combat de cette personne contre ladite addiction. C'est ce genre de chose qui, habituellement, fait que les romans de Jodi Picoult sont bons: ils ne sont pas manichéens.
On me dira donc qu'il faudrait appliquer ce beau discours à Elise. Bien sûr. Mais Eric s'est ressaisi avant Elise, Sophie n'a jamais pâti de l'addiction de son père.

Les autres personnages m'ont plutôt agacée. J'ai trouvé Délia trop entière: elle en veut à mort à son père sans chercher à comprendre; puis elle en veut à mort à sa mère...
Fitz ne m'a pas vraiment convaincue non plus. Pourtant, son personnage n'est pas manichéen, il est ouvert, mais il m'a semblé surfait.
Elise ne m'a pas convaincue non plus, surtout parce qu'elle s'est soigné après que sa fille a été enlevée, et non pendant qu'elle en avait la garde.

Outre certains personnages, le passage sur les souvenirs est intéressant. Je savais que les souvenirs pouvaient être traîtres, mais pas à ce point. En tout cas, à la fin, c'est à nous de choisir. Délia se souvient-elle vraiment? Andrew a-t-il vraiment vu ce qu'il pense avoir vu? Une chose nous permettrait de trancher: la réponse d'Andrew à la dernière question de Délia, réponse qui fait surgir un autre souvenir dans sa mémoire, souvenir sur lequel Andrew et Délia sont d'accord. À cause de cela, on peut penser que les souvenirs de Délia sont vrais, et qu'Andrew a réellement vu ce qu'il pense avoir vu. Cependant, le doute plane.

Comme dans au moins deux romans de Jodi Picoult, il y a un procès. Il est toujours intéressant de lire des joutes entre avocats, de voir comment les avocats font dire ce qu'ils veulent aux fait. Ici, mon intérêt a été ravivé par le procès où on retrouve toutes ces ficelles.

J'ai été gênée par le fait que le texte soit au présent. En général, je n'aime pas les romans écrits au présent.

Éditeur français: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Recorded books.
La distribution est:
Julia Gibson: Cordélia Hopkins
Jonathan Davis: Eric
Jimmy Jenner: Andrew Hopkins
Robert Ramirez: Fitz
Sharon Washington: Elise Vasquez
Comme dans d'autres romans de Jodi Picoult, celui-ci est à plusieurs voix. Les éditions Recorded Books ont eu la bonne idée de donner une voix à chaque personnage. Seulement, il aurait été intéressant de pousser l'idée jusqu'au bout, et de ne pas seulement faire lire les passages de Délia par Julia Gibson, par exemple. Il aurait été encore mieux que dans les passages narrés par Délia, lorsqu'Eric ou Fitz parle, ce soit Jonathan Davis ou Robert Ramirez qui prenne la parole. C'est ainsi que font les éditions VDB et je trouve cela plus logique. Là, les éditions Recorded Books ont fait les choses à moitié. Je suppose qu'il était trop contraignant de réunir tout le monde pour les dialogues, tant au niveau financier que temporel, et qu'il était plus facile que chacun lût ses passages, passages qui ont ensuite, été assemblés par les monteurs des éditions Recorded Books. D'ailleurs, les éditions VDB ne font pas faire un personnage par une seule personne, et là encore, ce doit être par manque de finances et de temps. Chaque procédé a donc sa faille.

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jeudi 14 janvier 2010

jeudi
14
janvier 2010

Renégats, de David Gemmell.

L'ouvrage:
L'ordre des chevaliers de la Gabala a été créé pour combattre le mal. Ce sont des chevaliers triés sur le volet, qui, en plus de leur adresse et de leur force au combat, ont hérité d'armes magiques. Le sorcier Olater leur a ouvert le portail entre les deux mondes, et ils sont partis affronter le mal... sauf Mananan. Au dernier moment, celui-ci a reculé.
Aucun chevalier n'est revenu, et Mananan, prisonnier de son armure et de son heaume, erre dans la forêt à la recherche d'Olater, le seul capable de le délivrer.

Quelque chose de dangereux se prépare. D'étranges créatures colossales hantent la forêt, tuant et dévorant tous ceux qu'elles y trouvent.
De mystérieux chevaliers rouges, apparemment commandés par le roi, font régner la terreur. Ils disent combattre le mal, mais ils propagent la peur.

Pour échapper au diktat royal, des gens quittent les villes, et fuient dans toutes les directions. C'est ainsi que plusieurs personnages de Makta se retrouveront au coeur de la forêt.

Critique:
J'ai rarement l'occasion de lire des ouvrages de fantasy, et du coup, je ne sais toujours pas si j'apprécie le genre ou pas. Je n'ai pas aimé le cycle des princes d'ambre, de Roger Zelazny (je n'ai même pas pu finir le tome 1), et il paraît que c'est un incontournable du genre. Mon mari, qui s'y connaît mieux que moi en fantasy, m'a rassurée, après avoir essayé de le lire: il a lu des ouvrages qui l'ont bien plus passionné.

J'ai beaucoup aimé ce roman. D'abord, l'auteur sait nous plonger très vite dans son monde et dans les intrigues de ses personnages. On se retrouve aisément immergé dans l'univers que David Gemmell créé. Univers qui contient assez de repères pour qu'on puisse s'y retrouver, et assez de nouveauté par rapport à ce qu'on connaît pour nous dépayser, nous faire penser à autre chose. On ne met pas 10 pages à découvrir les règles et les spécificités d'un monde qui nous est totalement inconnu. L'auteur a su mêler connu et inconnu, ce qui fait qu'on se divertit.

Les personnages sont sympathiques et attachants. Là encore, ils ne sont pas de parfaits héros qui ne pensent et ne fomt que le bien. Ils seraient peu crédibles. Ils sont complexes. Le lecteur comprend leurs motivations, même s'il lui arrive de soupirer d'exaspération à cause de l'entêtement de certains.

Lentement, David Gemmell tisse une toile inextricable autour de ses personnages et de son lecteur. Cette forêt, théâtre de tous les moments importants du roman est fascinante. Elle est comme un vaste huis-clos. Ce contraste est une partie de ce qui captive le lecteur. En outre, la forêt est un lieu symbolique, qui tient souvent une place importante dans les romans de fantasy. Enfin, pour quelqu'un d'un peu imaginatif, une forêt, c'est mystérieux, c'est justement l'endroit où se croisent le bien et le mal.

Certaines choses m'ont déplu, mais je dois reconnaître qu'elles apportent force et crédibilité au roman. (Attention, passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.)
J'ai bien sûr été attristée de la mort d'Olater. Mais c'est ce qui a permis à Lamfada de devenir l'armurier.
J'ai trouvé qu'il y avait trop de morts de personnages sympathiques, mais cela apporte plus de crédibilité.

L'affrontement bien et mal est assez bien expliqué dans le roman. D'abord lorsque deux personnages s'entretiennent à ce sujet, mais aussi lorsque Mananan finit par découvrir le monde de l'autre côté du portail. Polus et lui s'affrontent et chacun expose son point de vue. Ils ne peuvent pas se comprendre. Bien sûr, le lecteur donnera raison à Mananan, mais les arguments de Polus quant au monde auquel il n'appartient plus sont intéressants.

Je me suis un peu ennuyée à partir du chapitre 15, car je trouvais que tout devenait prévisible. Depuis le début du roman, j'étais tenue en haleine, et soudain, tout se précisait, et on sait ce qui va se passer. Alors, on attend que l'auteur nous le raconte, mais on est beaucoup moins impatient de continuer sa lecture.
Néanmoins, ce genre de chose arrive beaucoup dans les romans de fantasy, me semble-t-il. Donc ma critique à ce sujet vient peut-être du fait que certains aspects du genre me plaisent moins.

Malgré certains points qui m'ont déplu, je recommande vivement ce livre, qui, à mon avis, vous fera passer d'agréables moments.

Éditeur: Mnémos.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Judith Repond pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une voix basse et sobre. J'ai aimé son interprétation de ce roman. Elle a préféré ne pas se risquer à trop en faire, mais parfois, a tenté quelques intonations plus vives. Sa narration est très bonne, et sa manière d'interpréter, si elle est plutôt sobre, ne tombe absolument pas dans le monotone. Je lirai donc avec plaisir d'autres livres enregistrés par elle.

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lundi 11 janvier 2010

lundi
11
janvier 2010

Le jeu de l'ange, de Carlos Ruiz Zafon.

L'ouvrage:
David Martin adore les livres depuis son enfance. À l'âge de dix-sept ans, il commence à écrire pour le journal où il travaillait comme grouillot, depuis son enfance. C'est ainsi qu'il commence sa carrière d'écrivain. Il suscitera haine, jalousie, mais aussi admiration et sympathie.
Il a peu d'amis, mais ils sont précieux, surtout le libraire, monsieur Sempere. David est amoureux sans espoir de Cristina, la fille du chauffeur de son ami, Pedro Vidal.

Un jour, David reçoit un message d'un mystérieux correspondant, Andréas Corelli. Celui-ci lui assure qu'il aimerait que David écrivît un livre pour ses éditions.

Critique:
Ce livre est d'abord une ode à l'écriture et à la lecture. Tout ce qui se rapporte à ces activités est très bien décrit, très bien raconté. Les difficultés de l'écrivain à concilier ce qu'on lui demande, ce qu'il peut écrire, ce qu'il voudrait écrire... la jalousie des gens envers celui qui a du succès, car il écrit mieux qu'eux et est plus jeune; et surtout, l'amour de l'écriture, de la lecture, et de l'objet livre.
On retrouve aussi le thème du nègre. Et là encore, on découvre, si on ne le savait déjà, toute l'hypocrisie des gens. Ici, ils acclament le soi-disant livre de Pedro Vidal qui est riche et puissant, et dénigrent celui de David qui n'a que son talent. Ce thème est très bien exploité.

Le livre démarre lentement. Cependant, on ne s'ennuie pas. On prend plaisir à suivre les pas de ce jeune garçon sympathique, et à entrer dans le monde dont il nous ouvre les portes. En outre, on ne sait pas ce qui va se passer. Pour moi, un roman dont on ne peut prévoir la suite est bon.
L'ouvrage est long (plus de quinze heures en audio), et pourtant, aucune longueur n'est à déplorer. Les gros livres souffrent souvent de longueurs. Ils pourraient être amputés d'une centaine de pages sans que cela perturbe le bon déroulement de l'intrigue. Ici, rien n'est trop long, rien n'est pesant: l'histoire est fluide, l'attention du lecteur est sans cesse attirée, il est toujours captivé.
La première surprise que l'auteur fait à son lecteur est celle d'une intrigue à suspense. En effet, au départ, rien ne laisse présager cela. Petit à petit, l'auteur entraîne son personnage et le lecteur dans un piège inextricable dont il semble impossible de se tirer. On me rétorquera que c'est comme ça dans tous les polars. Peut-être, mais ici, c'est beaucoup plus subtile. On ne voit pas vraiment les coups venir, et on n'a aucune idée de la façon dont David se tirera de cette situation. Dans beaucoup de romans policiers, les ficelles sont très grosses, et on sait que le sauveur arrivera au dernier moment pour secourir la personne en détresse.
Lorsque l'intrigue est lancée dans le suspense, on n'arrête plus sa course. Le lecteur se retrouve pris dans un tourbillon de sensations et de rebondissements. Il y a quelques ficelles un peu grosses (le policier acheté, celui qui se fait passer pour un autre), mais elles sont bien amenées, et on ne les voit pas venir.

Malgré ses côtés sombres, ce livre contient une bonne dose d'humour représenté par des personnages (Isabella, Basilio et son collègue), et aussi par certaines situations.

J'ai été un peu déçue par la fin. Elle n'est pas bâclée. On voit bien que l'auteur l'a soigneusement préparée, et a semé quelques indices au long du livre. Mais je la trouve trop facile.
(Attention, la fin du paragraphe dévoile certaines choses.)
On ne sait pas vraiment pourquoi Andréas, et plus tard, David, connaissent le sort de Dorian Gray. On ne sait pas trop non plus comment Andréas a fait pour faire renaître ou revivre ou pour recréer Cristina.
En outre, il y a une incohérence. Si Diego a sacrifié le véritable Ricardo Salvador et s'est fait passer pour lui, il faut que ce soit après que l'enquête sur son décès a commencé. Or, si elle a commencé, c'est qu'il y a bien eu quelqu'un qui est mort, quelqu'un qu'on a dû faire passer pour Diego... Peut-être ce quelqu'un est-il Jacquot, comme le suppose David, mais il me semble que ce n'est pas très clair.
En outre, autre chose est un peu gros: la façon dont David parvient à se débarrasser de tous ceux qui veulent se saisir de lui ou le tuer. On dirait un peu Superman, ce n'est pas très crédible.

Les personnages sont assez fouillés. Même ceux que j'appelle les «méchants» ont une certaine logique et des motivations explicables. Cela ne les excuse pas, mais au moins, ce ne sont pas des personnages brossés à grands traits grossiers. Certains (Diego et Andréas) me rappellent des personnages de Brussolo: ils sont capables de tout pour obtenir ce qu'ils veulent, ils sont aveuglés par leur obsession.
Les femmes n'ont pas le beau rôle. À part Isabella, elles sont soit perfides soit cruches. Irène est les deux à la fois, la mère de David aussi (on ne comprend pas trop ses actes), et le pompon revient à Cristina. On se demande plusieurs fois ce que David lui trouve! Elle fait tout le temps des simagrées. D'abord, elle fait semblant de ne pas aimer David, puis elle l'aime mais ne veut pas être heureuse avec lui (au nom de la compassion et de la reconnaissance qu'elle éprouve pour Pedro), ce qui est tout à fait stupide; puis elle se rend compte qu'elle ne va pas pouvoir vivre avec un homme qu'elle n'aime pas (il fallait être bête pour penser que ça se passerait autrement). Quant à la suite, je ne la dévoile pas, mais elle montre encore que Cristina n'est pas très intéressante, et qu'on a plutôt envie de lui donner des claques ou de se moquer d'elle, au choix. Elle me fait penser à une de ces jeunes filles des siècles passés qui ne connaissaient rien à la vie parce qu'elles sortaient du couvent où elles avaient été éduqués à être de bonnes épouses, à être idiotes et à se taire, et qui s'évanouissaient à la moindre occasion.

Je préfère de très loin Isabella. C'est la seule femme réellement positive du roman, même si elle se montre désagréable avec ses parents qui ne le méritent pas. Elle et monsieur Sempere sont un rayon de soleil parmi tous ces personnages sombres et froids. Elle est drôle, pétillante, a du caractère, elle sait ce qu'elle veut, et ne se laisse pas faire ou posséder par de belles paroles. (J'ai d'ailleurs été surprise qu'elle tombe aussi facilement dans le piège que lui tend David.) J'aurais préféré que ce soit elle que David aime. Elle était plus faite pour lui que la fade Cristina. D'ailleurs, elle le sait. C'est aussi quelqu'un d'idéaliste: ce qui lui arrive à la fin montre, comme elle le dit elle-même, qu'elle n'a pas de place dans ce monde.

Le personnage de Pedro est également intéressant. Son amitié pour David n'est pas totalement désintéressée. C'est une amitié coupable. Il tente de se racheter. Son amitié finit par être sincère, mais il ne peut s'empêcher de prendre à David ce qu'il a de plus cher au monde... deux fois, même si la première fois, il ne le fait pas exprès. Il construit son bonheur sur le malheur d'autres, sans vraiment vouloir les peiner, mais en sachant qu'il le fait, et cela ne lui réussit pas.

En bref, j'ai adoré ce roman, mais la fin a un peu tempéré mon enthousiasme.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Frédéric Meaux pour les éditions Audiolib.
J'avais aimé la prestation de Frédéric Meaux pour «Enfant 44». Dans cet enregistrement, son talent ne se dément pas. Il me semble même qu'il a osé plus de choses que dans «Enfant 44». Son interprétation sensible, toujours juste (en un mot: magistrale), est une composante de la magie qui m'a emprisonnée dans ce roman. Le talent de l'auteur allié à celui du narrateur font de cette lecture un très beau souvenir. Et en plus, il n'a pas tenté de prononcer les noms en mettant un terrible accent espagnol! Bravo!

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jeudi 7 janvier 2010

jeudi
7
janvier 2010

Mon père est femme de ménage, de Saphia Azzeddine.

L'ouvrage:
Paul est en quatrième. Il est amoureux de Priscilla. Il observe le monde autour de lui, et porte un jugement sur tout ce qu'il voit, jugement qu'il veut nuancé. Sa soeur passe des concours pour être miss. Sa mère est paralysée, et passe ses journées devant la télé. Son père est femme de ménage, souvent de nuit. Le vendredi soir, Paul n'a pas école, alors, il va aider son père.

Critique:
Voilà un petit roman agréable à lire, et qui, en plus, fait réfléchir. Il est agréable parce que l'auteur, par le biais de son personnage, a choisi un moyen infaillible d'intéresser et d'interpeller son lecteur: le faire rire. Les remarques de Paul, la façon dont il les exprime, et la justesse desdites remarques, tout cela fait que le lecteur prend part à l'histoire que nous raconte Paul.
Car cette histoire est banale et triste. La famille de Paul connaît un sort peu enviable. La mère se laisse complètement aller du fait de sa paralysie, la soeur a un petit pois dans la tête, et le farcit de balivernes, et le père ne cesse de travailler pour gagner une misère. Paul pose un regard à la fois amusé, déçu, et protecteur sur cette famille. Il la sait à la dérive, mais tente de la reconstruire en forçant les discussions, même si elles sont un peu bébêtes. En outre, ce qu'il ressent pour son père est complexe et terriblement réaliste. Il est conscient du fait que la vie de son père est terne et rude. Il l'aime pour tout le mal qu'il se donne. Mais il a du mal à admirer quelqu'un qui gagne sa vie en faisant des ménages. Cela peut se comprendre: c'est un adolescent, et à son âge, le paraître compte beaucoup. Pourtant, il combat ce sentiment qui fait qu'il voit son père comme inférieur...
Pour moi, le père de Paul est admirable. Quelqu'un qui fait des ménages au lieu de se laisser abattre, au lieu de pleurer sur son sort, qui tient à donner toutes les chances de réussir à son fils, qui se saigne aux quatre veines, est admirable. Et Paul, au fond de lui, le sait bien. La preuve est l'impossibilité dans laquelle il est d'avouer son échec scolaire.

Cette histoire pourrait facilement tomber dans le misérabilisme. Et pourtant, non. Guidée par son narrateur, elle prend toute sa force. Bien sûr, le lecteur se rend compte de la situation, et voit les larmes sous le rire. Mais le rire sauve tout, et fait de ce roman un roman à part. Le narrateur, très mûr par certains côtés, et immature par d'autres, abreuve son lecteur de remarques pertinentes, et même si certains de ses jugements semblent un peu hâtifs et un peu simplistes, on ne peut s'empêcher de penser que son regard est, finalement, assez juste. Sauf une fois (la fois où il se dit qu'il aimerait être musulman). Et là, lui-même s'étonne d'avoir méjugé la situation.
Il prend la vie comme elle vient, et tente de tirer parti des bonnes choses.

Et puis, il y a aussi du rire qui, en plus de cacher la tristesse, montre l'hypocrisie de certains adultes. Je pense surtout à la scène où Paul se fait punir parce qu'il dit à un de ses camarades de classe qu'il pue. Il ne fait que constater.
On rit beaucoup aussi à l'évocation d'une autre camarade de classe de Paul (celle à qui il demande son nom de famille). Mais là encore, une fois gratté le vernis du rire, on ne voit qu'une personne qui ne sait que répondre à ce qu'elle croit être des attaques par la violence.

Le livre est construit ainsi: on rit beaucoup de certaines scènes et situations, mais cela fait qu'elles marquent plus que si on nous les avait dépeintes dans leur terrible simplicité. C'est pour cela qu'à mon avis, ce livre est un très bon roman. Et puis, la toute fin (la dernière phrase), nous fait rire sans réserve!

Éditeur: Léo Sheer.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lorenza Eder pour la Bibliothèque Braille Romande.
Une fois de plus, Lorenza Eder a très bien su interpréter ce roman, avec naturel, vivacité, et talent. Ce fut un plaisir d'écouter sa lecture vivante. Bravo à elle!

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lundi 4 janvier 2010

lundi
4
janvier 2010

Pour les yeux d'un enfant, de Richard North Patterson.

L'ouvrage:
Teresa Peralta est mariée avec Ricardo Arias depuis cinq ans. Ils ont une fille, Elena.
C'est alors qu'excédée par l'attitude de Richie (parasite manipulateur), Terry le quitte. C'est ici que son calvaire commence: Richie et Terry vont se battre pour la garde d'Elena, et Richie n'hésitera pas à manipuler l'enfant pour obtenir ce qu'il veut: de l'argent, toujours plus d'argent.

Critique:
Ce livre est très long. Je ne sais pas combien il y a de pages, mais en audio, il dure vingt-trois heures et quelques. Rassurez-vous, on ne passe pas vingt-trois heures sur le combat pour la garde d'Elena. Beaucoup d'événements se passent, justifiant la longueur du roman. Cependant, il souffre de longueurs. En plus, ces longueurs sont très balisées: description démesurée de petits détails du style: il s'assit, il prit un verre, il la regarda, etc. Ces longueurs sont donc d'autant plus exaspérantes qu'on voit gros comme une maison qu'elles sont là pour faire du remplissage.

Les personnages et les situations vécues sont très réalistes. C'est à se demander si l'auteur ne s'est pas inspiré de faits réels. Richard North Patterson nous expose les rouages du système judiciaire de manière très détaillée. J'ai déjà lu des romans dans lesquels il y avait des combats pour une garde, des enquêtes, des procès pour meurtre, mais jamais un livre rassemblant tout cela. C'est ce qui en fait un roman complet, à mon avis. Par exemple, avant le procès, nous assistons au choix des jurés, puis le procès est très détaillé: nous avons droit à des scènes comme celle du médecin légiste reconstituant la scène du meurtre d'après les indices trouvés sur le corps, la psychiatre de Richie décrivant son caractère... Tout cela est très intéressant.
En outre, l'enquête est menée normalement. On ne retrouve pas un policier teigneux qui s'acharne délibérément sur un innocent, qui n'envisage aucune autre hypothèse, qui se braque dans un raisonnement idiot. Bien sûr, les résultats des recherches finissent par incriminer quelqu'un, mais le policier ne lui en veut pas spécialement, il veut simplement mener à bien son enquête. Il peut parfois se montrer cruel, mais c'est pour pousser la personne interrogée dans ses derniers retranchements. Cela change un peu des livres où les policiers sont de doux idiots dont on se demande comment ils ont réussi dans ce métier, puisqu'ils ne veulent pas envisager d'autres hypothèses que celle à laquelle ils s'accrochent, et ce malgré les preuves ou l'absence de preuves, ou les éléments qui ne collent pas.
En bref, l'intrigue est bien menée, tout s'imbrique et s'explique à la fin.

Certains éléments sont un peu gros: le lecteur sait très bien qui abuse d'Elena, et se demande pourquoi Terry ne le devine pas tout de suite. En outre, l'une des preuves découvertes contre l'un des personnages a été laissée de manière un peu tirée par les cheveux. (Pour ceux qui ont lu le livre, je parle de ses empreintes sur le répondeur.)
En outre, le verdict auquel les jurés aboutissent semble gros au lecteur.

Je ne sais toujours pas pourquoi, mais je n'ai pas réussi à apprécier le personnage de Chris. Pourtant, c'est un personnage sympathique.
Ma sympathie allait à Terry, Elena et Carlo: personnages réalistes, qui tentent de faire au mieux, et qu'on sent intègres.
Le personnage de Richie est très intéressant, et terriblement réaliste! Quel portrait réussi!
Le personnage de Rosa m'a mise mal à l'aise. Je n'ai pas adhéré à cette femme maltraitée qui n'a su que se résigner (ce qui l'a menée, par la suite, à agir comme elle l'a fait), qui conseille à sa fille de rester avec Richie afin que le combat pour la garde d'Elena cesse... C'est un personnage sombre, qui a tiré des leçons de ses souffrances, mais ses leçons ne sont pas toujours les bonnes...

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Walsh pour la Ligue Braille.

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