Conduite en état Livresque

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Ce n'était pas fuir les problèmes que de les éviter, c'était se conduire de manière raisonnable.
Philippe Djian dans "Maudit manège".

lundi 28 décembre 2009

lundi
28
décembre 2009

El Bronx, de Jérôme Charyn.

L'ouvrage:
Isaac est maire de New York. Il combat la corruption et la misère. Il a fondé une association (Merlin) spécialement pour les enfants. Il a déjà réussi à remettre certains garnements dans le droit chemin.

A présent, il souhaite intégrer un enfant précis aux merlinois. Il s'agit d'Aliocha, douze ans. Le garçon fait partie du gang des Bouffons, dirigé par son frère de dix-neuf ans, Paul, qui est actuellement en prison. La spécialité d'Aliocha, c'est la peinture. Il se charge de décorer les murs de la ville avec les épitaphes qu'on lui commande pour des frères de gang.

Critique:
L'auteur décrit ici un univers dans lequel on a peur de pénétrer: l'univers des gangs, de leurs règles, des policiers corrompus, des hommes haut placés avides de pouvoir, des riches qui pensent pouvoir tout acheter... En général, je n'aime pas la description d'un tel univers. Mais Jérôme Charyn ne se consente pas d'aligner les clichés et la violence. Ses personnages ne sont pas uniquement des brutes épaisses qui ne réfléchissent qu'avec leurs poings, et dont le maître mot est «vengeance». Non!
Le personnage de David, par exemple, n'est pas seulement un chef de gang. C'est un passionné d'avions. Le fait qu'il ait une passion le rend plus humain.
Aliocha force l'admiration. C'est un garçon que la vie a poussé à grandir très vite, et il ne tourne pas mal, comme on pourrait le croire d'un enfant livré à lui-même. Il a une conscience, du savoir-vivre, etc.

En outre, l'auteur créé des situations terribles, mais amusantes à la fois. Par exemple, la première fois qu'Aliocha est contraint de se rendre chez Isaac, le lecteur sourit. D'abord parce qu'Aliocha y va à reculons et en pestant, et ensuite parce qu'on assiste à la rencontre de deux mondes, rencontre à laquelle l'auteur nous a préparés depuis le début. C'est aussi un peu cliché, mais on excuse l'auteur, car l'histoire qui naît de cette rencontre est plaisante à lire. En plus, il évite le cliché du garçon des rues et de la fille de riches, égoïste qui ne connaît que les joies de la vie. En effet, Marianna n'est pas du tout un personnage cliché.

L'histoire de Fantomas a le même effet: l'auteur nous l'annonce de manière à nous effrayer, puis il détruit cette peur par la suite, ce qui fait qu'on en rit.

D'après ce que j'ai compris en lisant les titres des romans du même auteur, ce livre ne serait pas le premier où apparaît Isaac. Si vous en savez plus, n'hésitez pas à me le dire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne Grillet pour la Bibliothèque Braille Romande.

Acheter « El Bronx » sur Amazon

lundi 21 décembre 2009

lundi
21
décembre 2009

La peau de Sharon, de Ken Wood (sous le pseudonyme de Marc Lamunière).

L'ouvrage:
George et Sharon Slater se sont mariés par intérêt. Il est avocat, et a besoin d'une belle femme ayant des manières à montrer dans les dîners mondains; elle est carriériste. Seulement, Sharon s'est vite rendue compte que quelque chose n'allait pas. Après qu'elle a refusé les jeux sexuels sado-maso de George, sa vie se transforme en cauchemar. Elle retrouve, par exemple, une de ses barbies d'enfant couverte de sang, son écureuil préféré mort dans sa chambre... Lorsqu'elle montre cela à son mari, il ouvre de grands yeux, et nie avoir organisé ces mises en scène. Il insinue que c'est elle. Elle est sûre que George la manipule, tente de la faire passer pour une folle. Elle pressent qu'il va la tuer, et faire passer sa mort pour un suicide. Sharon doit sauver sa peau. Elle s'en va.

Critique:
Ce thriller est percutant par plusieurs côtés. D'abord, le lecteur nage complètement. Il suit Sharon qui s'en va, puis ne comprend plus rien. Pourquoi est-elle suivie? Il comprend bien que ses poursuivants ne lui veulent pas de bien, mais il ne comprend pas pourquoi tant de monde s'acharne sur elle. Car ses poursuivants se multiplient, et parmi ceux qui souhaitent sa mort, nous rencontrons des politiciens...
Le lecteur est perplexe, car quand il retrouve Sharon, et découvre ses pensées et le récit de sa vie passée, il n'y a rien concernant ces politiciens. De ce fait, il est impossible au lecteur d'assembler les morceaux du puzzle. Cette tactique de l'auteur est très ingénieuse. Je me suis même demandée s'il n'avait pas écrit n'importe quoi juste pour nous embrouiller! ;-) Rassurez-vous, tout s'explique!

En outre, tous les ingrédients du thriller y sont: mystère, suspense, personnages effrayants, situations terrifiantes, violence, tueurs sans états d'âme... Ce roman foisonne de rebondissements tous bien agencés qui font que le lecteur, en plus d'être perdu, n'a pas le temps de souffler. Bon, il y a aussi quelques longueurs, mais elles passent bien. Il est vrai qu'au bout d'un moment, on en a un peu assez que Sharon soit tout le temps poursuivie, mais l'auteur sait se renouveler juste au moment où le lecteur trouve qu'il commence à s'essouffler.
Quant à la violence, ces meurtres gratuits, ces carnages... j'ai trouvé pue c'étais des éléments inutiles. Pourquoi ne laissent-ils pas les gens après les avoir interrogés? Mais là encore, l'auteur ajoute un élément qui donne un sens à ces violences, et qui resserre le piège autour de Sharon. De multiples situations font que Sharon est cernée de tous côtés. Par exemple, elle aurait pu éviter le shérif dictateur, il aurait suffi qu'elle s'arrêtât dans une autre ville... Donc, au long de l'intrigue, l'auteur créé de nouvelles embûches qui renforcent la complexité du roman.

Les personnages sont intéressants. Leur psychologie est creusée, surtout celle de Sharon. Elle n'est pas simplement une gentille personne à qui tout le monde en veut. Elle a aussi ses zones d'ombre, ses failles... elle a même un douloureux secret...
George, Pam, Lil, Ruth... tous ces personnages sont intéressants, mais je n'en dirai pas plus, à vous de les découvrir!

En général, dans un roman, les chapitres ont une taille à peu près égale. Là encore, l'auteur sort des sentiers battus: certains chapitres de ce thriller sont très courts, et d'autres très longs. Ce n'est pas un reproche, c'est une bonne chose, car ce petit détail contribue aussi à dérouter le lecteur en le sortant de la routine.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Edgar Raeber pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « La peau de Sharon » sur Amazon

lundi 14 décembre 2009

lundi
14
décembre 2009

Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi?, de Michel Drucker.

L'ouvrage:
Michel Drucker nous raconte son enfance, comment il devint homme de télévision...

Critique:
Je crois être dans le cas de beaucoup de Français: j'aime bien Michel Drucker. Ses émissions sont agréables, il est bienveillant. C'est d'ailleurs ce que certains lui reprochent: il aime tout le monde. Il profite de ce livre pour, entre autres, remettre les choses à leur place à ce sujet: il n'aime pas tout le monde. Il explique bien que dans son métier, comme partout, il y a des gens détestables. Mais lui préfère se concentrer sur ceux qui, pour lui, valent la peine qu'on parle d'eux grâce à leurs qualités. Les autres, il les traite par l'indifférence, et n'en parle pas.

Il nous parle bien sûr de son père, médecin de campagne aimé et respecté. Il explique les incompréhensions qui tissèrent leurs vies. Il montre bien que son père n'était pas un mauvais homme, mais qu'il tenait absolument à ce que ses enfants réussissent dans la vie, et qu'il ne s'y est pas toujours pris ce la bonne manière.
Cette partie est très intéressante, car on découvre l'enfant qu'était Michel Drucker, sa famille, etc.

Ensuite, Michel Drucker nous raconte comment il fit ses premiers pas à la télévision, et certaines anecdotes relatives à ses émissions. Cela m'a d'autant plus intéressée que j'ai découvert les coulisses, j'ai appris certaines choses. En outre, je ne connaissais pas les débuts de Michel Drucker.

Il évoque pour nous des personnages inoubliables comme Léon Zitrone. Mais aussi la femme de Léon Zitrone dont l'humour ne manquera pas de toucher le lecteur.
Il rend aussi hommage à des gens comme Pierre Desproges.
Il évoque des moments assez tendus de «Champs-Elysées», comme le scandale que provoqua l'apparition des Nuls dans l'émission; ou encore celui provoqué par Gainsbourg s'adressant très crûment à Whitney Houston en direct... (Je n'avais pas connaissance de ces deux épisodes, étant trop jeune.)
Il parle aussi des deux passages de Bernadette Chirac dans «Vivement dimanche». Pour moi qui oublie de regarder la télé (je me dis souvent que je devrais regarder les émissions comme «Vivement dimanche», mais je n'ai pas le réflexe), ça a été quelque chose d'inédit. Et puis, il nous a montré le côté humain des époux Chirac.
On ne peut s'empêcher de sourire lorsque Michel Drucker parle de certaines de ses admiratrices.
L'histoire de son mariage (discret, comme lui), m'a particulièrement touchée... certains sauront pourquoi... Je comprends et approuve sa discrétion.

Bref, ce livre est à lire. On en découvre un peu plus sur l'homme qu'est Michel Drucker, et cela renforce l'admiration qu'on lui porte. Il souligne qu'il est loin d'avoir raconté tout ce qu'il avait à dire. J'espère donc qu'il renouvellera l'expérience. Je lirai ses livres suivants avec grand plaisir.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rose-Marie Fischweiler pour la Ligue Braille.
La lectrice bénévole a très bien interprété ce livre. S'il sortait dans le commerce, il serait vraiment judicieux qu'il soit lu par Michel Drucker lui-même.

Acheter « Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi? » sur Amazon

lundi 7 décembre 2009

lundi
7
décembre 2009

Moka, de Tatiana de Rosnay.

L'ouvrage:
Un mercredi après-midi comme les autres. Le téléphone sonne chez Andrew et Justine Wright. On apprend à Justine que son fils de treize ans, Malcolm, a été renversé par une voiture, et qu'il y a eu délit de fuite. L'adolescent est dans le coma.
C'est alors que l'angoisse commence pour la famille Wright.

Critique:
Voilà un livre très riche. L'auteur décrit très bien la souffrance ressentie par cette famille dont l'avenir bascule du jour au lendemain. Chacun exprime sa détresse d'une manière différente, et chacun a parfois du mal à comprendre les actes ou l'inertie des autres. On ressent très bien l'oppression qu'engendre cette situation.
Il y a un contraste saisissant entre l'horreur que vit la famille Wright et le quotidien des uns et des autres. C'est exprimé notamment par la scène où on décide de mettre Justine dans le secret des dieux, et de lui faire sentir le parfum dont elle doit traduire le texte publicitaire. Les deux personnes qui se chargent de cela sont ridicules, mais c'est accentué par ce que le lecteur sait quant au séisme qui vient de secouer la famille Wright. C'est une critique de la futilité de certaines personnes: ils illustrent et prônent la société de consommation dans tout son artifice.

En parallèle, Justine nous raconte son quotidien avant que cela arrive: on découvre une famille soudée, mais qui cache certaines blessures. Là encore, c'est très réaliste.
Tatiana de Rosnay a su donner de l'épaisseur à ses personnages. Ce qu'ils vivent fait qu'on découvre leur psychologie. Les parents de Justine ont l'air d'être caricaturaux, mais en fait, ils sont criants de vérité. Il existe des personnes de ce genre.
Malcolm n'est pas décrit comme la caricature de l'adolescents. (J'ai malheureusement vu ça chez d'autres auteurs.) Il est décrit comme une vraie personne avec ses goûts, sa sensibilité, son humour, etc.

Plus tard, nous découvrons Eva et sa vie, et là encore, l'auteur sait nous plonger, en quelques pages, dans l'univers d'une autre famille... L'histoire de ce livre est banale, mais elle se différencie par ses personnages bien campés, le style sobre et sans fioritures inutiles, et cette façon que l'auteur a de décrire si bien les sentiments et les situations, de tout analyser, d'explorer sans pitié les plaies et les douleurs causées par la vie et les hommes.

La narratrice, Justine, est traductrice. J'ai particulièrement apprécié la façon dont ce métier est dépeint dans le roman. Je me doutais de certaines choses, mais j'en ai appris.

J'ai du mal à croire que l'aversion des Français pour les Anglais et vice versa soit à ce point poussée... Enfin, je fais confiance à l'auteur, puisqu'elle a su aborder les autres thèmes de manière intelligente et fine...

Le seul petit reproche que je pourrais faire, c'est qu'il y a une longueur au moment où Justine se rend chez Eva. Le lecteur devine assez vite ce qui s'est réellement passé, et trouve le temps un peu long en attendant qu'Eva le devine. J'avais même deviné quelque chose lorsque Justine voit le mari d'Eva en pleine conversation téléphonique (avec son portable), la première fois qu'elle va chez le couple.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman, mais j'aurais peur de trop en dévoiler. Je vais donc m'arrêter là, malgré ma frustration.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lorenza Eder pour la Bibliothèque Braille Romande.
Elle a remarquablement interprété ce roman. Etant donné le sujet qui fait que les personnages sont à fleur de peau, il aurait été très facile de trop en faire, d'être mièvre, gnan gnan, mélodramatique... Lorenza Eder a brillamment évité ces écueils, et a su transcrire les sentiments décrits par l'auteur. J'ai particulièrement aimé (mais ce n'est qu'un exemple), le «Vous ne vous êtes même pas arrêtés.» d'Eva qu'elle a dit avec mépris et tristesse.

Acheter « Moka » sur Amazon