Conduite en état Livresque

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Il paraît que les maniaques sont sujets à des haines subites si on les empêche de satisfaire leurs envies.
Claude Cattaert dans "La partie de billard électrique".

lundi 30 novembre 2009

lundi
30
novembre 2009

Black bazar, d'Alain Mabanckou.

L'ouvrage:
Le personnage principal dont nous ne connaissons que le surnom (Fessologue), est kongolais. Il nous raconte ici sa vie en France: ses amours, ses voisins, ses amis, ses habitudes... Sa femme l'a quitté pour l'Hybride, son voisin a des idées arrêtées sur tout et tous, ses amis lui tiennent de longs discours. Et lui, il écrit.

Critique:
La première qualité de ce livre, c'est l'amusement qu'il engendre chez son lecteur. L'auteur aborde plusieurs sujets, dont certains sont graves, mais la façon dont il les exploite fait que le lecteur ne cesse de sourire.

D'abord, la caricature domine. Dans un entretien accordé aux éditions Audiolib, Alain Mabanckou explique qu'il a fait exprès de faire de la caricature, car à son avis, elle est plus percutante. Il a tout à fait raison! D'une manière générale, on retient mieux quelque chose qui nous fait rire. De plus, certains thèmes ont été plusieurs fois abordés dans d'autres livres. Il est donc plus frappant de découvrir un personnage comme le voisin de Fessologue, qui est aussi raciste qu'il est possible de l'être, et qui ne sait même pas pourquoi il l'est, par les exemples apportés par l'auteur, plutôt que de lire des récriminations sur ce personnage de la part de Fessologue. A propos du racisme de ce voisin (surnommé monsieur Hypocrate par Fessologue), il faut noter qu'Alain Mabanckou exploite intelligemment l'idée, car Hypocrate est Antillais, et ne supporte pas les Africains. Le racisme n'est donc pas uniquement une question de couleur. Alain Mabanckou met d'ailleurs l'accent là-dessus dans l'entretien qui suit la version audio de l'ouvrage.
De même, la situation que vit Fessologue avec son ex-femme est assez caricaturale.
L'auteur choisit donc des situations devenues malheureusement banales, et nous les expose en leur donnant un nouveau souffle grâce à la caricature. Cette caricature fait aussi qu'on ne se moque pas de Fessologue qu'on pourrait considérer comme un sombre idiot, notamment à cause de sa crédulité quant à Couleur d'origine. On le plaint plutôt que de se moquer, et on rit de sa façon de dire les choses plutôt que de lui.
En général, la caricature est désastreuse pour un roman, mais ici, elle est employée à dessein, et donc, admirablement maîtrisée. De ce fait, elle atteint parfaitement son but: tourner les préjugés en ridicul, entre autres.

D'autre part, tous les personnages ne sont connus que par un surnom qu'on leur donne: l'arabe du coin (un commerçant en face de chez Fessologue), Couleur d'origine (l'ex-femme de Fessologue parce que sa peau est très noire), l'Hybride...
Quant à Fessologue, ses amis le surnomment ainsi, car il peut avoir une idée de la personnalité des gens en regardant... leurs fesses. Là aussi, il y a caricature: en général, les gens se font une idée de leurs semblables en observant leurs traits, leurs expressions... ici, ce sont les derrières qui sont expressifs, de l'avis de Fessologue. Et étant donné qu'il s'est trompé quant à Couleur d'Origine, cela le décrédibilise, et par là même, ceux qui pensent se faire une idée des gens en les observant quelques minutes.

Vous l'aurez compris, je vous recommande ce livre où l'humour, exploité de manière ingénieuse, domine.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Paul Borne pour les éditions Audiolib.
Dans l'entretien précédemment cité, Alain Mabanckou explique que c'est lui qui a souhaité que Paul Borne enregistre son roman. A mon avis, son choix est judicieux. Je connaissais Paul Borne en tant que comédien de doublage, je sais maintenant qu'il est aussi talentueux lorsqu'il fait du doublage que lorsqu'il lit à voix haute.

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lundi 23 novembre 2009

lundi
23
novembre 2009

Les fabuleuses aventures d'un indien malchanceux qui devint milliardaire, de Vikas Swarup.

Note: je n'ai pas trouvé l'orthographe de tous les noms propres que j'ai cités, et bien sûr, ils n'ont pas été épelés pendant l'enregistrement...

L'ouvrage:
Ram Mohamad Thomas a gagné un milliard à un jeu télévisé. Seulement, on refuse de lui donner son dû. D'abord, cela ruinerait la production qui n'avait pas prévu de gagnants. Ensuite, on pense que le jeune garçon a triché. On n'arrive pas à imaginer qu'un simple serveur, à l'enfance pauvre et mouvementée, ait réellement eu la culture nécessaire pour répondre aux questions du jeu. Un garçon qui na reçu aucune instruction, sauf celle de la vie...

Alors, on le torture. On compte bien le faire avouer.
Mais soudain, comme dans un rêve, une jeune avocate surgit, et fait cesser les tortures. Elle emmène le jeune garçon chez elle, et lui demande de lui raconter comment il a pu gagner. Après avoir lancé sa pièce porte-bonheur, il se décide à raconter. C'est sa jeune vie qu'il nous livre.

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. D'abord parce qu'il est une note d'espoir. Un jeune garçon pauvre, méritant, courageux, qui a connu plus d'épreuves que de joie, parvient à gagner une grosse somme grâce à la chance! Car la plupart des réponses, c'est à l'école de la vie qu'il les a apprises. Par exemple, il sait que Pluton est la plus petite planète du système solaire grâce à l'un de ses voisins. Ces coïncidences peuvent paraître grosses, mais l'auteur a finement tissé son histoire, et rien n'est incongru.

C'est un livre riche en événements, en leçons de courage, en personnages intéressants, en rebondissements... On découvre un jeune garçon que les épreuves ont aguerri, rendu fort et malin au lieu de le briser, un garçon qui, malgré les coups durs, sait profiter des étincelles de bonheur, et ne laisse pas place à l'aigreur, qui sait tirer des leçons de ce qu'il a vécu, qui sait être généreux avec ceux qui le méritent, un garçon épris de justice. Oui, car savez-vous quelle est la véritable raison pour laquelle Ram a participé à ce jeu télévisé? Pour l'argent?...
L'auteur sait évoquer les coups du sort du personnage sans en faire quelque chose de mièvre ou de mélodramatique.
Il sait nous faire entrer dans la vie de son personnage principal, et on ne pourra pas poser le livre tant qu'on ne l'aura pas fini. (Je sais de quoi je parle: j'ai passé une semi-nuit blanche pour le terminer.) On est très souvent ému, notamment lorsque Ram et son ami doivent fuir, lorsque Ram décide de sauver Gaudilla coûte que coûte, lorsqu'un jeune enfant que l'on croit attardé (mais qui, en fait, a trop souffert), meurt dans l'indifférence générale, lorsqu'on constate la détresse d'une grande actrice déchue qui ne l'accepte pas et qui fait les mauvais choix, et bien sûr quand Karim trouve le moyen d'éliminer deux problèmes à la fois!

Je n'adresserai que trois petits reproches à ce livre. Le premier est un semi-reproche. Étant donné que Rahm doit raconter sa vie en fonction des questions du jeu, les événements ne sont pas racontés de manière chronologique. Cela perturbe et embrouille un peu. Mais si la chronologie avait été respectée, cela n'aurait pas été crédible.
Ensuite, je me suis un peu ennuyée pendant l'histoire du soldat. La fin de ce chapitre rattrape un peu l'ennui, car là encore, on découvre qu'il ne faut pas se fier aux apparences.
Enfin, à la fin, Ram nous explique comment toute l'histoire s'est terminée pour tous les personnages. Mais il ne nous dit pas s'il a revu le professeur d'anglais. Le connaissant, on aurait pu penser qu'il aurait voulu le retrouver pour le remercier, et lui expliquer... Est-ce un oubli de l'auteur?

Malgré mon pinaillage, je vous recommande vivement ce livre avec lequel on passe un très bon moment.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Vincent Lavieuville pour la Bibliothèque Braille Romande.
C'est le deuxième roman que je lis enregistré par ce lecteur. Là encore, il montre un grand talent, interprétant sans surjouer. Par exemple, à un moment, Ram discute avec un homme saoul. Vincent Lavieuville réussit à merveille à imiter un homme saoul sans surjouer. C'est comme ça pour tous les personnages qu'il interprète. Bravo à lui!
Je trouve extrêmement regrettable que le lexique ait été enregistré en fin d'ouvrage. Il aurait été plus commode et logique que les définitions fussent enregistrées au fur et à mesure que les mots se présentaient dans le roman.

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lundi 16 novembre 2009

lundi
16
novembre 2009

Sacrés Américains, de Ted Stanger.

L'ouvrage:
Ted Stanger est Américain. Il nous brosse ici le portrait de ses concitoyens.

Critique:
Il va de soi que ce livre se veut avant tout humoristique. Ted Stanger n'est pas là pour cracher fiéleusement sur ses concitoyens. Il n'y a aucune amertume, aucune aigreur dans son ouvrage. Les critiques qu'il formule le sont toujours sur un ton amusant. Son livre se veut divertissant.
Ensuite, même si ce qu'il dit est vrai, son but n'est pas d'attaquer son pays. Il a d'ailleurs récidivé avec «Sacrés fonctionnaires» et «Sacrés français». Son but est d'observer les comportements, et de les décrire avec verve et drôlerie. Il a commencé par les Américains, car c'est ceux qu'il connaît le mieux. En outre, il se garde bien de tomber dans la caricature, n'évoquant que des histoires vécues, des éléments vus, des faits avérés.

Force nous est de constater que la plupart des dires de Ted Stanger dépeignent la réalité. Par exemple, l'amour de beaucoup de citoyens pour le fast food est certain. L'exemple choisi par l'auteur est hilarant: celui de son ami, Morris. Ce chapitre est d'ailleurs l'un de mes préférés. Morris adore les sandwiches des fast food, mais apparemment, il aime ce qui se fait de plus détestable. Il est également amusant de lire la définition du fruit selon Morris.
Bien sûr, le contrepoids est donné avec le «personnage» de la femme de Morris, l'auteur montre par là que tous les Américains ne sont pas comme son ami.
On rit beaucoup aussi lorsqu'il raconte son séjour chez des amis qui tiennent absolument à lui faire la cuisine...

Ted Stanger évoque avec le même brio l'importance de plusieurs choses dans la culture américaine: le shopping, la voiture, la religion... Il nous parle aussi de la politique. Grâce à lui, j'ai enfin compris comment étaient comptabilisés les votes aux Etats-Unis.

Ayant vécu aux Etats-Unis, ayant une tante américaine, et donc de la famille là-bas, j'ai pu me rendre compte que Ted Stanger n'exagérait pas. Il y a juste une chose dans laquelle je n'ai pas reconnu une expérience que j'aurais vécue. C'est la leçon d'Américain que nous donne l'auteur. Peut-être que cette façon de parler (ponctuer ses phrases d'un mot précis qui n'y a rien à voir, par exemple), n'a cours que dans certains états. En effet, le pays étant immense, l'auteur ne peut pas faire le tour de la façon de parler de chaque région de chaque état. Affaire à creuser. ;-)

En bref, je vous conseille ce livre qu'il faut prendre pour ce qu'il est: un divertissement.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Zino Davidoff pour la Bibliothèque Braille Romande.
Je suis toujours contente de lire un ouvrage enregistré par ce lecteur. D'abord parce qu'il semble avoir une prédilection pour les livres amusants («Un bon cru», «Le calligraphe de Voltaire», «Haute fidélité», «Féeries dans l'île», etc), et ensuite parce qu'il sait très bien les interpréter. Il a un ton assez sobre, et sait apporter les nuances voulues pour exprimer la drôlerie de manière fine sans en faire trop.

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lundi 9 novembre 2009

lundi
9
novembre 2009

Celebration, de Fern Michaels.

L'ouvrage:
Voilà vingt ans que Christine est mariée à Logan Kelly. Leur mariage lui semble parfait: ils ont trois enfants, et s'aiment comme au premier jour.

Après avoir passé vingt ans dans l'armée, Logan doit se retirer. Le couple décide que Christine et les enfants iront l'attendre dans la maison des Summers, les parents de Christine. La maison lui appartient depuis leur mors. Logan les y rejoindra un mois plus tard, le jour de Noël.
Noël arrive, mais Logan ne se montre pas. Les enfants finissent par laisser voir qu'ils en sont ravis. De plus, le banquier de Christine lui explique que Logan a retiré tout l'argent du couple, argent qui était principalement celui de Christine. Elle est la seule à déplorer l'abandon de Logan, la seule à garder de lui des souvenirs heureux.

Critique:
C'est le premier livre de Fern Michaels que je lis. Etant donné qu'elle en a écrit près de cent, il est à prévoir que certains de ses romans sont moins bons. Celui-là est du genre de ceux de Danielle Steel. Il est peut-être un peu moins dur à passer, car les choses sont un peu mieux amenées.
Le personnage de Christine évolue.
Il y a des épisodes imprévus et amusants, comme celui où le chauffage tombe en panne, et où il faut abriter plus de soixante chiens dans la maison.

Mais bien sûr, il y a des clichés, le premier étant l'histoire d'amour, assez attendue malgré la difficulté qu'a Christine à se détacher de Logan.
Les personnages sont soit très gentils soit très méchants. Logan n'a aucune motivation qui le rendrait complexe: il est avare, égoïste, cupide, coureur... En plus, toute la famille aime les chiens, sauf Logan. Aimer les chiens est-il un signe de gentillesse et de générosité? Au contraire, ne pas les aimer fait-il du personnage quelqu'un qui n'a aucun respect, aucune valeur morale?

Par ailleurs, lorsque Logan revient (je ne pense pas vous dévoiler énormément de choses en disant ça, tant l'histoire est prévisible), il est évident que quelqu'un aurait dû vérifier ses affirmations. personne ne le fait, et on se traîne péniblement jusqu'au moment où Steven fait le rapprochement. D'ailleurs, cette façon de découvrir la vérité est tirée par les cheveux. On dirait que dans le monde, il n'y a que les personnages de ce livre, et donc, ils vont fatalement se croiser. ;-)

Autre chose m'a déplu: les années sont trop morcelées. C'est-à-dire qu'on voit les personnages en 1973, puis en 1987, puis en 1991, etc. Je trouve que tous ces sauts dans le temps accentuent le côté superficiel des personnages et de l'histoire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laural Merlington pour les éditions Brilliance audio.
Laural Merlington a une voix agréable, et met le ton approprié. En outre, même si elle prend une voix plus grave pour les rôles masculins, elle n'exagère pas sa voix, elle fait ça de manière à peu près naturelle, elle ne force pas.

lundi 2 novembre 2009

lundi
2
novembre 2009

La nuit dernière au quinzième siècle, de Didier van Cauwelaert.

L'ouvrage:
Jean-Luc Talbot vit avec Corinne et son fils adolescent, Julien. Il est contrôleur des impôts. Dans la petite ville où il vit, les superstitions sont profondément ancrées en chacun. Son collègue, Raphaël Martinez, lui conseille tout un tas de précautions afin de se garder contre le mauvais sort.

Un jour, après une dénonciation, les deux collègues vont contrôler l'entreprise Picard qui a ses quartiers au château de Grénant. C'est alors que les ennuis commencent...

Critique:
Une fois de plus, Didier Van Cauwelaert s'essaie au surnaturel. Pour moi, ce n'est pas vraiment réussi. Bien sûr, on retrouve des façons de faire qui sont la signature de l'auteur, et qui plaisent bien: le couple un peu atypique, des répliques humoristiques, des personnages attachants (notamment Julien, même si c'est un personnage secondaire). Seulement, l'intrigue principale, cette histoire de vies antérieures, ne prend pas. Les théories sont intéressantes: mieux agir dans sa vie antérieure pour avoir une meilleure vie future, changer le passé avec son imagination, l'esprit d'un enfant cherchant à s'incarner, la transmission d'éléments par écriture automatique, etc. Seulement, tout cela a été utilisé et réutilisé maintes fois. Didier Van Cauwelaert écrit beaucoup, et peut-être devient-il une sorte de produit commercial: son éditeur lui demande tant de livres par an. En tout cas, on dirait qu'il ne savait pas de quoi il pourrait bien parler, et qu'il a choisi un thème déjà abondamment traité, et sur lequel il n'a fait que broder autour des théories déjà existantes. Il n'a rien apporté de plus.
D'autre part, cette histoire d'amour par-delà les siècles ne m'a pas convaincue du tout. Et puis, tromper quelqu'un qu'on est censé aimer, même avec quelqu'un qu'on est supposé avoir aimé dans une autre vie, c'est tout de même une infidélité.

Les thèmes et théories abordés l'ont tellement été que l'auteur aurait pu se rattraper en imaginant que tout cela était un complot, et que ça n'avait rien à voir avec le surnaturel. Le narrateur l'envisage, d'ailleurs. Cela aurait peut-être donné plus de force au roman, et aurait montré comment on avait su se servir de thèmes faisant partie de la connaissance commune. Ça aurait donné un petit parfum de renouveau à tout cela.

Bref, je ne pense pas que ce livre vaille le détour. Je l'ai fini pour savoir la fin, et parce que j'aime bien le lecteur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Lavigne pour les éditions VDB.

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