Conduite en état Livresque

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

On n'a pas le temps de jouer trente-six rôles dans la vie.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

lundi 26 octobre 2009

lundi
26
octobre 2009

Un matin sur la terre, de Christian Signol.

L'ouvrage:
11 novembre 1918. Trois soldats, Pierre Desforêts, Jean Pelletier, et Ludovic Rouvière, sont au fond d'une tranchée. Ils savent que la guerre est finie, et attendent que cela soit officiel pour pouvoir sortir. Ils ont froid et faim. Ils partagent leur temps entre conversation et souvenirs.
Le lecteur suit également leurs épouses: Juliette, Marie, et Louise. Elles aussi vivent cette matinée dans leurs souvenirs.

Critique:
Il y a un moment que je trouve les romans de Christian Signol moins passionnants. Je ne me serais pas intéressée à celui-ci s'il n'avait été lu par des comédiens que j'apprécie (pour les éditions VDB. Je n'ai d'ailleurs pas été déçue de leur prestation. Yves Mugler a fait trois voix différentes pour les trois soldats. Il fait cela très bien, sans surjouer, sans fioritures. De plus, les voix qu'il donne à ces personnages leur vont.
J'ai été heureuse d'entendre Frédérique Ribes qu'on entend vraiment trop peu, à mon avis.
Quant à Jean-Marc Galéra, je connais sa voix et ses interprétations depuis longtemps, et là encore, il a su jouer avec sensibilité, et sans surinterpréter.

Pour en revenir au livre à proprement parler, il ne m'a pas plu. On est censé entrer dans la peau des personnages par le biais de leurs souvenirs, et à la lecture de la façon dont ils ont vécu la guerre. Bien sûr, on compatit à leur souffrance due à la guerre. Les hommes sont arrachés à leurs univers, plongés dans un cauchemar dont ils ne connaissent pas la fin. Les femmes doivent supporter la séparation, la privation, etc. Normalement, ces thèmes sont passionnants: on revit la période à travers ce qu'ont vécu ou auraient pu vivre les personnages. Seulement, ici, l'auteur ne m'a pas convaincue. Pour moi, les personnages qu'il a créés sont trop plats. Ils sont tous généreux, ils ont tous une grande force de caractère... C'est honorable, mais il semble qu'ils soient interchangeables. D'ailleurs, je me suis surprise à les confondre! A un moment, j'entends quelque chose comme: «Son père était dur et autoritaire.», et je pense: «Euh... mais c'est sa mère qui est comme ça, son père, il est sympa... Ah! Zut, c'est pas le père de Ludovic qui est sympa, c'est celui de Pierre!» On dirait que ces personnages ont été brossés à très grands traits, et sont peu caractérisés: Jean a peur que Marie se fasse violer, Ludovic est très fort...

D'autre part, sans être maniaque, j'aime qu'il y ait une certaine chronologie. Ici, tous les souvenirs sont mélangés! Ils pensent à leur mariage, puis à leur rencontre, puis à une permission pendant la guerre, etc. Tout cela donne une impression de travail brouillon, bâclé.

En bref, je ne vous conseille pas ce livre.

Acheter « Un matin sur la terre » en poche sur Amazon

Acheter « Un matin sur la terre » en broché sur Amazon

lundi 19 octobre 2009

lundi
19
octobre 2009

La vengeance de Bogis, de Jacques Pince.

L'ouvrage:
Fin du douzième siècle.
Bogis est serf.
Un jour, alors qu'il rentre chez lui, il voit des hommes à cheval enlever sa fille. Il ne peut rien faire pour la sauver. Quelques mois plus tard, sa femme meurt de chagrin.
Affligé et révolté, Bogis décide qu'il ne peut pas laisser ces crimes impunis. Il retrouvera sa filles et ses ravisseurs. La seule indication qu'il a est que l'un d'eux est balafré: il a une grande cicatrice sur le visage.

Critique:
Ce livre nous plonge au coeur du Moyen-Age: ses moeurs, sa société. L'auteur a renforcé cette immersion de son lecteur en insérant des mots et des expressions employés à cette époque. Le décor est donc bien planté, et tout au long du roman, cet aspect est bien décrit. Le lecteur qui serait rebuté par les documentaires sur le Moyen-Age pourra en apprendre plus tout en se divertissant grâce à ce roman.

En effet, l'intrigue est aussi bien menée que le décor est bien planté. C'est une espèce de roman d'aventures: le parcours d'un homme qui, a priori, n'aurait pas pu sortir de sa condition, et que la vie a poussé à en sortir.
Par la suite, toutes les aventures, les rebondissements du roman le rendent intéressant. Par ailleurs, les événements sont une note d'espoir. Malgré la rudesse de ce monde et de cette société, certains s'en sortent à force de persévérance.
Il y a bien un moment où je me suis un peu ennuyée (celui du siège du château), car j'ai trouvé cela un peu long, mais cet élément va bien avec l'intrigue et le décor.

Malheureusement, je n'ai pas aimé la fin. On me dira qu'elle va mieux au roman qu'une autre. Une fin différente aurait peut-être été invraisemblable. Bogis et sa fille ont déjà eu plus de chance que ce que le lecteur aurait pu penser au début du roman. Donc, même si je n'ai pas aimé cette fin, que je l'ai trouvée terriblement ironique et malvenue, je pense qu'elle ne détonne pas dans le roman. Donc, mon avis est totalement subjectif, et un autre lecteur ne pensera pas comme moi.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Epaillard pour les éditions la Croix des Landes.
L'éditeur audio a su insérer la signification des mots d'une autre époque dans le roman. Lorsque l'un de ces mots apparaît, le lecteur marque une petite pause juste après, donne la signification en prenant le ton de voix approprié, marque une nouvelle minuscule pause, et reprend la lecture du texte. Je trouve cela bien fait, et tellement plus simple et pratique que ce que font certaines bibliothèques bénévoles!!! Ils nous précisent: "note", font des blancs de cinq secondes (beaucoup trop long), et ensuite, disent: "fin de la note", puis: "Reprise de la lecture du texte". En faisant cela, ils agacent le lecteur, et renforcent le cliché comme quoi personne aveugle est égale à personne stupide. Certains font les choses de manière encore moins pratique en indiquant la signification des mots en fin d'ouvrage!!!

Acheter « La vengeance de Bogis » en audio sur Amazon

Acheter « La vengeance de Bogis » en broché sur Amazon

lundi 12 octobre 2009

lundi
12
octobre 2009

Les assassins sont parmi nous, de pierre Bellemare.

L'ouvrage:
Pierre Bellemare a rassemblé ici des histoires, des faits divers relatant comment monsieur ou madame tout le monde bascule, et devient un assassin.

Critique:
En général, j'aime bien les histoires rassemblées par Pierre Bellemare. D'abord, c'est bien écrit, bien raconté. Ensuite, ces histoires sont toujours surprenantes.

Ici, c'est un peu différent. C'est toujours bien écrit et plaisant à lire. Mais le titre de ces deux tomes nous disent qu'un thème a été choisi. On sait déjà qu'on ne trouvera aucune histoire légère.
Ensuite, au cas où nous ne le saurions pas, ces histoires nous montrent toute la bêtise, tout l'égoïsme, toute la fourberie, toute la méchanceté dont certains humains peuvent faire preuve. Ça fait froid dans le dos. Des meurtres idiots pour des raisons futiles: voilà ce que nous raconte ici Pierre Bellemare.

Malgré quelques histoires un peu moins troublantes, elles sont toutes captivantes. Certaines sont assez impressionnantes: celle de Marika et de son intuition, celle des camarades à l'assaut du désert, celle de la jeune et jolie Rachel, celle de la déséquilibrée Clémentine... et tant d'autres. Ces histoires ne manqueront pas de laisser une impression dérangeante... On oscille entre l'écoeurement de découvrir les côtés les plus sordides de l'humanité et le «plaisir» de lire de bonnes histoires. Le côté voyeur du lecteur est peut-être aussi un peu stimulé.

Je vous recommande donc cette série comportant deux tomes.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claude Thys pour la Ligue Braille.
En général, les histoires de Pierre Bellemare ne sont réellement agréables, ne prennent vraiment toute leur saveur que lues par Pierre Bellemare. Cependant, Claude Thys a su interpréter ces histoires de manière à ce qu'on ne regrette pas trop qu'elles ne soient pas lues par Pierre Bellemare.

Acheter « Les assassins sont parmi nous » intégrale, sur Amazon

lundi 5 octobre 2009

lundi
5
octobre 2009

No kid, de Corine Maier.

L'ouvrage:
Dans ce petit livre, Corinne Maier détaille quarante raisons de ne pas avoir d'enfants.

Critique:
Je connaissais Corinne Maier, car on a beaucoup parlé de son «Bonjour Paresse». Je ne l'ai pas lu, mais j'avais entendu dire qu'elle dénonçait sans complaisance les travers de l'entreprise pour laquelle elle travaillait.

Quand à «No kid», la quatrième de couverture explique que Corinne Maier ne mâche pas ses mots, dit tout haut ce que tout le monde pense, et est délicieusement politiquement incorrecte. Je m'attendais donc à quelque chose qui me plairait énormément, voire qui serait mon livre de prédilection. Eh bien, j'ai un sentiment plutôt mitigé.

Il est vrai que certaines choses dites par Corinne Maier sont jubilatoires. Par exemple, elle décrit très bien la façon dont la société soi-disant bien pensante juge les femmes qui ne veulent pas d'enfants. Elles sont presque désavouées, on ne cherche pas à les comprendre. En effet, elles ne demandent pas qu'on fasse comme elles, mais qu'on les laisse faire sans les juger. Les femmes voulant des enfants vont même jusqu'à plaindre celles qui n'en veulent pas! Elles ne sont pas à plaindre puisqu'elles ont fait un choix en toute liberté.

L'auteur décrit également très bien le ridicule de certains parents pour qui tout ce qui est leur enfant est merveilleux. Ils sont persuadés que vous pensez comme eux, et que vous êtes absolument ravis qu'ils ne parlent que de leur bébé qui a fait ceci ou cela. A part pour eux, je ne vois pas trop l'intérêt de savoir que le petit Bidule a fait son rot comme il fallait, a été sur le pot, etc. Tout cela est banal, et habituel aux bébés, on ne va donc pas s'étonner qu'ils le fassent.
J'irai même plus loin que l'auteur: un parent sera absolument sûr que vous qui n'avez rien demandé, mourez d'envie de tenir dans vos bras le petit ange, malgré le fait qu'il soit couvert de la nourriture du repas qu'il vient d'absorber. Pour le parent, le caca du petit Machin sera une oeuvre d'art. Et il sera persuadé que votre rêve le plus fou, quand vous lui téléphonez, c'est de parler au petit Machin qui va ânoner des choses incompréhensibles. Il ne leur vient pas à l'idée qu'ils sont agaçants, à pérorer et à gâtifier sur leurs enfants qui grandissent absolument normalement, et font exactement les mêmes choses que tout enfant normalement constitué.
Je pourrais donner tout un tas d'exemples de personnes extrêmement pénibles, exemple illustrant bien les assertions de Corinne Maier, et même, allant plus loin que tout ce qu'elle a pu écrire. Mais je m'arrêterai là.

Néanmoins, l'auteur tombe dans l'excès. D'abord, elle ne fait aucune nuance, expliquant que tous les travers pénibles qu'elle décrit sont ceux de tous les parents. Il aurait mieux valu qu'elle dise «certains parents». Les clichés sont à bannir, car il est sûr que tous les parents de France ne sont pas aussi benêts que ce qui est décrit.

D'autre part, elle râle après certaines choses dont l'interdiction de fumer auprès d'un enfant, car c'est mauvais pour lui. Si je demande que l'on ne fume pas auprès de moi, ce n'est pas pour embêter le monde, c'est parce que j'ai besoin de respirer, et que la cigarette me fait suffoquer. Donc, ce n'est pas uniquement la société soi-disant bien pensante qui impose de ne pas fumer, c'est aussi les gens qui ont besoin de respirer un air non empuanti de l'odeur du tabac.

Enfin, Corinne Maier refuse les catégories, les étiquettes, mais elle en fait. D'abord, elle met tous les parents dans le même sac, comme je l'ai déjà dit. En plus, sa diatribe sur l'école est assez affolante. Si elle a raison de dire que ça se passe ainsi, elle a tort de dire que cela se passe ainsi partout. Elle affirme que l'école catégorise tout, et se débarrasse sans vergogne des élèves qui ne se conforment pas, et n'entrent pas dans le moule. Il faut tout de même remettre les choses à leurs places. Un professeur a trente élèves par classe à gérer, et il n'a pas une seule classe. Certains professeurs, il est vrai, se fichent des élèves, ne voient en eux que des objets, ont une démarche anti-pédagogique, ne s'investissent pas, se font faire des arrêts maladie en veux-tu en voilà. Mais d'autres s'investissent, tentent de faire du cas par cas, et je vous prie de croire que ce n'est pas facile.
Quant aux élèves dont on se débarrasse, comment avancer et faire avancer ceux qui le veulent avec des élèves qui perturbent le cours, répondent insolemment, et ne respectent ni leurs camarades ni les adultes?
Il serait donc bon que Corinne Maier parle de ce qu'elle connaît bien, et ne fasse pas de clichés, alors qu'elle dit les rejeter.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Liliane Piéré pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Acheter « No Kid : Quarante raisons de ne pas avoir d'enfant » en poche sur Amazon

Acheter « No Kid : Quarante raisons de ne pas avoir d'enfant » en broché sur Amazon