Conduite en état Livresque

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Il y avait des moments où le silence entre deux personnes pouvait avoir la pureté d'un diamant.
Philippe Djian dans "37,2 le matin".

lundi 28 septembre 2009

lundi
28
septembre 2009

Kafka sur le rivage, d'Haruki Murakami.

L'ouvrage:
Le jeune Kafka (Kafka n'est pas son véritable prénom, mais celui qu'il a choisi), décide de s'en aller de chez son père. Le jour de ses quinze ans, il s'en va. Il tente de se construire une vie, mais ce n'est pas simple, car il est en fuite. Il se rend quotidiennement dans une salle de sport afin de sauvegarder sa forme physique, et passe le reste de ses journées dans une bibliothèque à dévorer des ouvrages. Mais sa provision monétaire s'amenuise, et il se demande où il va bien pouvoir vivre lorsqu'il ne pourra plus payer l'hôtel.

Parallèlement, le lecteur découvre une curieuse histoire arrivée quelques cinquante ans plus tôt. Une troupe d'enfants et leur institutrice étaient allés ramasser des champignons. Et c'est au milieu de la forêt qu'une espèce de lourd sommeil s'empara des enfants. On ne sut jamais ce qui leur était arrivé. Ils se réveillèrent tous au bout de quelques heures, et ne semblèrent garder aucune séquelle de leur mésaventure, sauf un. Le petit Nakata s'éveilla bien plus tard que les autres, et demeura incapable d'apprendre à lire, à compter, etc.

Critique:
Au départ, j'ai été captivée par ce livre. Cet enfant qui ne peut plus vivre avec son père, qui part à la conquête du monde, mais aussi à la recherche de sa mère et de sa soeur qui sont comme une plaie dans son coeur. Ce garçon qui semble assez mûr pour son âge, même si le départ prématuré de sa mère et de sa soeur l'a marqué à jamais, et l'a empêché de grandir tout à fait. Ce garçon s'en remettant à sa voix intérieure qui lui donne toujours de bons conseils, les aventures qu'il vit, tout cela m'a plu. Il semble être prisonnier d'une inextricable toile qui le mènera inévitablement à commettre meurtre et inceste. Il est, en fait, victime d'un bourrage de crâne en règles, et malgré tout son bon sens, il est sûr qu'il n'échappera pas à ce destin tragique. Ce parfum de tragédie grecque modernisée m'a également plu, car l'auteur l'insère savamment dans le déroulement de son histoire.

D'autre part, Kafka rencontre des personnages intéressants: l'homme qui ne pourra jamais être à l'aise dans son corps, et qui tente de faire du mieux possible pour profiter des plaisirs de la vie, la mystérieuse demoiselle dont la vie s'est arrêtée à l'âge de vingt ans, et que l'arrivée de Kafka va, en quelque sorte, réveiller... C'est avec cette demoiselle que la tragédie grecque ressurgit, et là encore, elle va bien avec le décor et les personnages, même si c'est un peu gros.
Le personnage de Sakura est également intéressant. Tous ces personnages sont riches et mystérieux. Ils nous prennent dans un tourbillon où tous nos repères nous sont ôtés. On ne saura jamais vraimemt toute la vérité sur eux. Leur identité est toujours floue...

En outre, l'histoire de Nakata est passionnante. On ne sait pas exactement ce qui lui est arrivé dans sa petite enfance. Ensuite, on ne sait pas vraiment si le meurtre s'est réellement passé comme il l'a vécu. On ne met pas en doute la parole de Nakata, mais le fait que cela ce soit passé ainsi. Lui aussi est mystérieux, et pas seulement à cause du flou qui le nimbe, mais aussi à cause de ses étranges pouvoirs. Nakata est comme une espèce de guérisseur: il guérit la terre et les hommes de leurs maux et plaies, quitte à supprimer les indésirables...

Tout ce mystère dont l'auteur entoure ses personnages est intéressant, car le lecteur peut échafauder plusieurs thèses, et ça le force à ouvrir son esprit, à accepter différentes choses, comme par exemple, la capacité de Nakata à «remettre les os et les muscles en place», et à faire pleuvoir des sangsues et des sardines, ou l'aspect amusant qui fait qu'il peut dormir au moins trente-six heures d'affilée.

Cependant, j'ai trouvé la fin trop délirante. L'auteur tient ses personnages et ses intrigues, et au bout d'un moment, on dirait qu'il ne sait pas trop comment terminer tout cela. Alors, il fait quelque chose d'encore plus étrange, mais peut-être un peu trop. C'est bien dommage. Je trouve que la fin détruit le charme et la beauté du reste du roman. J'ai donc, au final, été assez déçue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

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mardi 22 septembre 2009

mardi
22
septembre 2009

Tout est sous contrôle, de Hugh Laurie.

L'ouvrage:
Thomas Lang, trente-six ans, ancien militaire, n'accepte pas toutes les missions qu'on lui confie. Par exemple, lorsqu'on lui demande de tuer Alexander Woolf, il refuse. Mieux, il tente de prévenir l'homme qu'on en a après lui. Mais tout se complique lorsqu'il amoche sérieusement celui qu'il suppose être le tueur, et rencontre Sarah. Le voilà embarqué dans une aventure qu'il n'est pas près d'oublier.

Critique:
Il est triste de penser que si Hugh Laurie n'avait pas été très connu grâce à «docteur House», les lecteurs seraient passés à côté de ce thriller, sorti bien avant que le personnage de Gregory House soit créé, mais plébiscité grâce à lui.

Hugh Laurie exploite certaines vieilles ficelles du polar qu'il tord et détourne à sa guise pour le plus grand intérêt du lecteur, l'empêchant de tomber dans l'ennui.
Il y a d'abord sa narration hors du commun. En général, dans un roman policier, les passages narratifs sont là pour donner des explications ou, soyons honnêtes, pour faire du remplissage. On voit venir de très loin les passages destinés au remplissage. Ici, aucun remplissage, car les passages narratifs, quand ils ne font pas avancer l'intrigue, font rire le lecteur, ou le font réfléchir. Ce sont des passages humoristiques, ou graves, mais écrits de manière amusante, traversés d'éclairs de poésie, et de passages surréalistes. Par exemple, à un moment, Thomas nous apprend que n'ayant pas accès à sa montre, il peut se fier à sa vessie pour savoir combien de temps s'est écoulé. Puis il soupire que de nos jours, les vessies sont moins fiables que celles d'avant... Il nous fait également remarquer que lorsqu'on l'arrête, on lui prend sa montre... sûrement pour éviter qu'il se pende avec le bracelet. Le roman fourmille de phrases de ce style, ce qui est rafraîchissant et divertissant. Ça change des narrations «tranquilles».
Rien que cela fait de ce livre un roman qui sort de l'ordinaire.

Si ce livre est remarquable grâce à l'humour omniprésent, cela ne fait pas de son intrigue une histoire banale et sans surprises. Certains auteurs usent d'humour ou d'autres stratagèmes pour cacher une intrigue médiocre. Ici, ce n'est pas le cas. Rien que le début étonne le lecteur: ce personnage assez intègre pour refuser une grosse somme d'argent, et qui, en plus, va prévenir la victime... L'auteur ne s'arrête pas là. Tout au long du thriller, nous allons de rebondissement en rebondissement. Certains sont évidents... une fois qu'on les a lus! On se dit que bien sûr, cela n'a pu arriver que de telle manière, qu'on aurait pu y penser plus tôt... oui, mais on n'y a pas pensé. Et malgré le côté caustique des réflexions de l'auteur, nous découvrons des personnages pas si drôles, dont un devra vivre avec ce que son égoïsme l'a poussé à faire.
Outre les rebondissements, on ne devine pas comment l'histoire va se terminer. Elle n'est pas prévisible.

En général, dans les thrillers, on retrouve une dose massive de violence, de sang, de spectaculaire. Je suis convaincue que c'est encore du remplissage, et qu'on n'en a pas besoin. Dans ce roman, nous rencontrons certes de la violence, mais le personnage ne fait que raconter les faits. Hugh Laurie n'a pas ajouté des tonnes de sang et de brutalité inutiles. En outre, c'est atténué par l'humour dont fait preuve l'auteur pendant qu'il expose les faits.

L'histoire d'amour apparente que l'auteur montre bien du doigt, étale pour que le lecteur pense qu'elle est la seule du roman est téléphonée. Soit, mais Thomas en convient lui-même. Et c'est là que l'auteur tire une carte de sa manche, évitant par là même de tomber dans l'écueil qui m'agace généralement dans les livres, et qui est d'une banalité et d'un ennui consternants. J'aurais dû me douter que Hugh Laurie ne se contenterait pas de ce genre de cliché idiot.

Le personnage de Thomas est de ceux qu'on n'oublie pas. On suppose que l'auteur y a mis beaucoup de lui-même. La lecture de ce roman montre à quel point Hugh Laurie laisse son empreinte dans la série «Docteur House». On dirait que House a été créé à l'image de son interprète. Il va plus loin que le narrateur du roman dans le cynisme et l'humour grinçant, mais on ne peut s'empêcher de rapprocher les deux personnages, et de constater que les deux ont cette ressemblance inimitable.

Ce livre audio m'a été offert par les éditions Audiolib. Il a été enregistré par Féodor Atkine.
Un livre enregistré par Féodor Atkine, c'est, pour moi, un événement! Je le connais surtout en tant que comédien de doublage (il est, entre autres, la voix française de Hugh Laurie dans «Docteur House»), mais je sais qu'il a d'autres cordes à son arc. Son interprétation ne m'a pas déçue. Il aurait été étonnant qu'il surjouât, mît un ton inapproprié. De ce côté, mes attentes ont été comblées: il a parfaitement su transcrire le style de l'auteur. J'espère que malgré son emploi du temps chargé (voir ce qui est écrit au dos du livre audio, et sur la présentation qu'en fait le site de l'éditeur), il enregistrera d'autres romans. ... J'ai malheureusement été très désagréablement surprise de l'entendre prononcer tous les noms anglophones avec un accent anglais! Même «Sarah»! J'étais sûre qu'il ne le ferait pas, puisque lorsqu'il fait du doublage, il ne les prononce pas ainsi. A mon sens, ce n'est pas naturel du tout, c'est même snob. Or, un livre enregistré se veut le plus naturel possible. L'interprétation de Féodor Atkine est justement très naturelle, et il gâche tout avec sa prononciation des noms anglophones. Cette prononciation est-elle une exigence de l'éditeur audio, ou Féodor Atkine a-t-il pensé que les lecteurs préfèreraient que ce soit ainsi? Peut-être, en effet, que je suis la seule à trouver cela horrible et anti-naturel.

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lundi 21 septembre 2009

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21
septembre 2009

La mariée mise à nu, de Nikki Gemmell.

L'ouvrage:
Une jeune femme disparaît. Tout donne à penser qu'elle s'est enfuie. Elle a laissé, dans son ordinateur, un manuscrit racontant une période de sa vie.

Critique:
Mon avis est mitigé quant à ce livre. L'histoire est très prévisible: une femme découvre (ou croit) que son mari la trompe (et il faut voir avec qui, c'est le cliché par excellence), elle se fâche, finit par prendre un amant, et c'est avec lui qu'elle découvre le summum du plaisir physique. L'histoire attendue nous montre des personnages peu épais auxquels on ne croit pas réellement. Il y a bien un rebondissement, entre le mari et l'amant, mais je n'ai pas été convaincue. Idem pour l'explication qu'elle finit par obtenir de son mari. L'histoire est donc poussive.
En outre, on ne sait pas vraiment pourquoi l'héroïne s'en va. Est-elle éternellement insatisfaite, comme elle le laisse supposer à un moment? Ce n'est peut-être pas si important, mais ce flou ne m'a pas plu.

D'un autre côté, Nikki Gemmell est la première à écrire un roman de ce genre, et à dire la vérité quant aux rapports sexuels. En tout cas, c'est la première que je lis. (On me dira que Cyrill Collard l'avait fait dans «Les nuits fauves», mais lui parle crûment, sans expliquer comment satisfaire une femme.) Par exemple, l'héroïne du roman (dont nous ignorons le prénom), explique que la plupart des femmes ne ressentent pas (ou peu) de plaisir à la pénétration. Elles en ressentent plus grâce aux caresses buccales. C'est un exemple, mais dans tout le livre, elle décortique les relations sexuelles, et ses remarques sont assez justes. Dans combien de romans avez-vous vu le couple s'aimer passionnément, et être comblé? Nikki Gemmell montre que ce n'est pas toujours aussi lisse. Dans ces mêmes romans où les rapports sexuels sont toujours parfaits (sauf avec quelqu'un qu'on n'aime pas ;-) ), on ne nous parle pas, par exemple, des petits inconvénients finaux, puisque l'auteur ne dit jamais que le couple a besoin de nettoyer. On se demande comment ils font! Nikki Gemmell, elle, en parle normalement. Bon, je me suis quand même demandée si elle n'exagérait pas un peu le plaisir de son héroïne lorsque Gabriel lui prodigue des caresses buccales à n'en plus finir.

Malgré une histoire assez inintéressante, il faut lire ce livre. Surtout les hommes: ils y trouveront des conseils pour satisfaire une femme. Bien sûr, il y a la solution plus simple (celle que j'applique): en discuter. Mais certains sont très frileux quant à cela. Donc, si vous voulez en apprendre plus, et n'osez pas en discuter avec les principales intéressées, au lieu de lire «Mars et Vénus sous la couette», lisez «La mariée mise à nu».

Dans la postface, Nikki Gemmell explique qu'elle voulait publier ce roman anonymement. Elle n'arrivait pas à s'exprimer librement avant d'avoir décidé de ne pas le signer. On la comprend. Il faut une bonne dose de courage pour oser affronter la critique (le public peut se montrer très puritain), avec un roman qui parle de manière si réaliste de sexe. Elle explique ensuite comment son identité a été découverte par des journalistes, et comment, finalement, le public n'a pas été si fermé qu'on aurait pu le penser.
Pour ma part, je dirais que ce qui effrayait l'auteur est justement ce qui rattrape le roman à mes yeux. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hélène de Carlo pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi 14 septembre 2009

lundi
14
septembre 2009

Au coeur du mal, de Chelsea Cain.

Note: J'ai lu ce livre en anglais, et j'ignore comment le traducteur français a traduit «beauty killer», qui était le surnom que les journalistes avaient donné à Gretchen Lowell. J'ai choisi de le traduire par «l'artiste tueuse», car si j'ai bien compris, cela ne veut pas dire «La tueuse de beautés», ni «La belle tueuse» (ce qui aurait plutôt été «the beautiful killer»), même si Gretchen est très belle, mais plutôt «la tueuse qui fait du beau travail». Il me semble que c'est l'explication qui est donnée dans le livre. N'hésitez pas à m'indiquer si je me suis trompée, et à me dire comment le traducteur français a traduit «Beauty killer».

L'ouvrage:
Archie Sheridan a poursuivi l'artiste tueuse (surnom donné à Gretchen Lowell par des journalistes), pendant dix ans. Il était à la tête de la brigade qui la traquait. Et voilà qu'après s'être fait passer pour une psychiatre proposant ses services à la brigade, Gretchen Lowell le piège, et fait de lui sa deux-centième victime.
Pendant dix jours, elle le torture. Pour une mystérieuse raison, elle finira par appeler les secours, et le maintiendra en vie jusqu'à leur arrivée.
Elle est, bien sûr, arrêtée, et conduite en prison. Mais cela ne la rend pas moins nuisible. Elle exige de voir Archie tous les dimanches. C'est à lui seul qu'elle donnera, au cours de ces entretiens, l'emplacement d'un cadavre qui n'a pas été retrouvé par la police.

Deux ans après ses dix jours de captivité, alors qu'il n'a travaillé sur aucune affaire depuis celle de l'artiste tueuse, Archie est précipité dans une nouvelle affaire: des adolescentes d'environ quinze ans disparaissent, puis sont retrouvées mortes dans la boue. Elles ont été violées et étranglées.
Susan Ward, journaliste, se charge de suivre l'affaire. Elle côtoiera donc Archie, et voudra en apprendre plus sur l'affaire de l'artiste tueuse.

Critique:
L'une des forces de ce thrillers pourrait être l'emprise perverse de Gretchen sur Archie. Seulement, tout cela est bien classique: le tueur fin et rusé qui exige de ne dire ses secrets qu'à telle personne, personne qu'il sait pouvoir assujettir. Gretchen est dépeinte comme d'une intelligence rare, comme quelqu'un de manipulateur, qui trouvera la faille tout de suite... Oui, enfin, il ne faut pas s'appeler Einstein pour comprendre qu'Archie souffre du syndrome de Stockholm (merci, d'ailleurs, à l'auteur de nous en donner ici l'origine). A la place de Gretchen, qui n'en profiterait pas?
En outre, je trouve que c'est de la psychologie de bas étage. Si on a inventé un nom pour ce phénomène (le syndrome de Stockholm), c'est sûrement parce qu'il s'est produit plus d'une fois, j'en conviens. Pourtant, je trouve tout cela invraisemblable. Les violences subies par Archie, ce qu'il sait de Gretchen par ailleurs, tout cela devrait le dégoûter plutôt qu'autre chose. Le lecteur ne le plaint pas. Il a plutôt envie de le secouer, de lui botter les fesses à grands coups de savates. Archie a besoin de sa dose quotidienne de vicodine etc, et s'il n'a pas sa dose hebdomadaire de Gretchen, il ne se sent pas bien! Archie qui a quitté sa femme, qui fantasme sur Gretchen...! Pour moi, c'est trop! Chelsea Cain a poussé le bouchon trop loin, ce qui rend le tout invraisemblable, et les personnages peu épais à force d'être caricaturaux. Quant à Gretchen, elle ne nous fascine pas: elle est trop prévisible.

Quant à l'intrigue sur l'affaire de l'étrangleur des adolescentes, je l'ai également trouvée fade. C'était trop long, et même si la romancière essaie de nous accrocher lorsqu'on découvre l'étendue de l'affaire, je n'ai pas été convaincue.

A la fin de l'enregistrement, il y a une interview de Chelsea Cain. On découvre une jeune femme pétillante, qui raconte des anecdotes amusantes, et qui évoque, pour notre intérêt, la peur qu'elle a eue lorsqu'elle a fait lire le premier chapitre du roman à son club de lecture. Seulement, elle parle très peu du roman en tant que tel. La seule question que lui pose l'autre écrivain avec qui elle discute, c'est: «N'as-tu pas peur que le fait de situer ton livre à Portland (Oregon) le fasse moins vendre?» C'est une question-boutade, je pense, puisqu'il explique qu'on la lui a posée sérieusement, et que normalement, ça n'a pas d'importance. Effectivement, un livre se vendra si l'histoire est bonne, qu'il se passe en Patagonie ou à Paris. Je ne vais pas acheter un livre parce qu'il se passe dans ma ville. Il est donc dommage que le livre soit si peu évoqué dans l'interview.

Il existe un tome 2 («L'étreinte du mal»), et un tome 3 dont j'ignore le titre, mais étant donné mon sentiment, je crois que je ne les lirai pas.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Carolyn McCormick pour les éditions Macmillan.
Le jeu de la lectrice m'a plu, d'autant qu'elle ne cherche pas à prendre une voix ridicule pour les rôles masculins. Cela rend son interprétation d'autant plus naturelle.

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lundi 7 septembre 2009

lundi
7
septembre 2009

Les pêcheurs de coquillages, de Rosamunde Pilcher.

L'ouvrage:
Pénélope Killing vient d'avoir un infarctus. Ses enfants s'inquiètent pour sa santé. Nancy, sa fille aînée, souhaite qu'elle ait une dame de compagnie.

D'autre part, Nancy tombe, par hasard, sur l'annonce d'une vente aux enchères où on propose l'un des tableaux de son grand-père, Lawrence Stern. Elle apprend que ces toiles sont très prisées. Elle qui a des soucis d'argent, imagine déjà Pénélope vendant toutes les toiles ou esquisses de Lawrence Stern qu'elle possède, et partageant l'argent entre ses enfants.

Critique:
Rosamunde Pilcher prend le temps d'installer ses personnages, de nous dévoiler leurs pensées bonnes ou mauvaises, leurs craintes, leurs aspirations. Le roman est donc un peu lent, mais il n'y a pas de longueurs, on n'a pas envie de sauter des pages. Au contraire, ces longues descriptions de ce qui se passe dans la tête des personnages font qu'on se les approprie petit à petit, et qu'on a l'impression de les connaître, comme si on les côtoyait tous les jours.
En outre, l'auteur ne se cantonne pas à une tranche d'âge, comme c'est souvent le cas chez celles qui s'essaient à ce type de roman. Tout comme dans «September» (écrit après, mais que j'ai lu avant), on retrouve des sexagénaires, des personnes d'âge mûr, des jeunes adultes, des adolescents. La romancière arrive à nous faire ressentir pareillement les émotions de chacun d'entre eux. C'est une preuve de son talent: elle sait se glisser dans la peau de n'importe quel genre de personnages.

La plupart des personnages évoqués sont attachants. Il y a, bien sûr, des exceptions. Par exemple, Nancy est guindée, a énormément de préjugés, ce qui rend ses pensées et ses attentes superficielles. Son esprit est étriqué, ses aspirations sont égoïstes, elle ne voit que par le paraître et l'ostentation. Elle en devient presque caricaturale.
Noël aussi est assez méprisable. Sans être aussi détestable que Nancy, c'est, si on veut le résumer, un parasite. On le retrouvera d'ailleurs dans «September», où son caractère opportuniste est un peu moins marqué, et où, à la fin, il semble prendre certaines responsabilités. On dirait que Rosamunde Pilcher s'est jugée un peu sévère envers ce personnage, et a tenté de le racheter quelque peu aux yeux du lecteur dans «September».

Le roman est construit de moments du présent, et de retour en arrière: deux personnages se remémorent quelque chose, et le lecteur peut suivre leurs pensées, et donc tel pan de leur passé, ce qui permet de comprendre tel aspect de leur vie ou de leur personnalité.

J'ai tout de même deux reproches de taille à faire. Le premier renvoie à un préjugé de la société. Le personnage de Danus ne boit pas d'alcool. A chaque fois, les autres lui disent des choses du genre: «Ca ne te réussit pas?», ou «Tu es malade?». Pourquoi les gens ne peuvent-ils pas concevoir qu'on ne boive pas d'alcool parce qu'on n'aime pas ça! Pourquoi l'idée est-elle si ancrée dans la tête de chacun que quelqu'un qui ne boit pas a soit une maladie soit un problème avec l'alcool?! Cela m'insupporte au plus haut point, ressentant moi-même une grande aversion pour tout ce qui est alcoolisé. J'ai même eu droit à: «Tu bois pas d'alcool! Tu sais pas ce que tu perds.» Ben, je déteste ça, patate! Donc je perds rien!

Le deuxième reproche touchera plus de monde. Il semblerait que Rosamunde Pilcher ait eu envie de prolonger son roman, mais que son inspiration se soit quelque peu envolée. En effet, la raison pour laquelle Danus désire s'en aller, et quitter Antonia est peut-être valable, mais exposée de manière mélodramatique, avec un tas de mystères autour, des tonnes de précautions oratoires... On se croirait dans du Harlequin! Cela m'a presque dissuadé de finir le livre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Simonne Frenssen pour la Ligue Braille.

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