Conduite en état Livresque

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(...) la peur nourrit l'inertie, (...)
Michael Connelly dans "Darling Lilly".

lundi 10 août 2009

lundi
10
août 2009

Maman, pourquoi tu manges pas?: Mon combat contre l'anorexie, de Marie Dupont.

L'ouvrage:
Marie pèse 39 kilos. Après maintes exhortations à manger émanant de sa famille, de son médecin, il faut l'hospitaliser, car sa santé est en danger. Elle n'aura pas le droit de revoir sa famille tant qu'elle n'aura pas repris quelques kilos.
La mort dans l'âme, elle se résout à grossir pour pouvoir revoir les siens.

Critique:
Ce livre est à lire. D'abord, on s'instruit. Je savais certaines choses sur l'anorexie, sur la façon de réagir des malades, mais Marie Dupont m'en a appris d'autres. La narratrice commence par agir comme il est logique qu'elle réagisse: elle se sent flouée, et la seule raison pour laquelle elle tente de manger est qu'elle veut revoir son mari et ses enfants. Elle commence donc par agir pour de mauvaises raisons.
Puis, elle réfléchit, elle se penche sur son passé, décortique les raisons qui créèrent ce mal être en elle. Elle se rappelle son enfance, les incompréhensions entre ses parents et elle, le souci permanent que se faisaient les parents pour leur autre fille... Elle ne dénigre pas ses parents, elle ne met pas tout sur leur dos. Elle fait état des difficultés que chacun eut à se comprendre. Elle explique ensuite comment elle a réagi à ce mal être. Certains dépriment, ont des maux inexpliqués, elle n'a plus pu manger...
Marie a donc une démarche positive. Au lieu de se refermer sur elle-même, et de maudire ceux qui l'empêchent de voir sa famille, elle tente de jouer le jeu en mangeant, et elle fait tout pour comprendre son mal, afin de mieux le combattre.

En outre, si Marie a pu se laisser entraîner dans cette spirale, elle n'a pas perdu de vue que c'est une destruction. En effet, elle raconte un épisode où le lecteur peut constater sa lucidité: la fois où sa fille refuse de se nourrir.

Je dois avouer que je n'ai pas pu m'empêcher de saliver en lisant que Marie avait un croissant tous les matins. J'ai honte, car je sais que c'est une tentative pour redonner à Marie le goût (si j'ose dire) de manger. En outre, choisir ses menus en fonction de ses goûts (ou du moins, ceux qu'elle avait avant), lui renvoie immanquablement son mal en pleine figure lorsqu'elle n'arrive même pas à toucher à ses plats, ou qu'elle en mange peu.

On assiste donc à l'évolution d'une femme qui, malgré son abattement, se révèle forte. La narratrice fait preuve de courage et de force de caractère. Cette volonté est une note d'espoir pour ceux qui doutent. Je vous conseille ce livre qui vous laissera un sentiment positif.

Éditeur: Philippe Rey.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Gillet pour la Ligue Braille.

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samedi 8 août 2009

samedi
8
août 2009

L'éclat du diamant, de John Marcus.

L'ouvrage:
L'équipe de Franck Meunier, lui-même sous les ordres du commissaire Jean Delajoie, doit mener l'enquête sur l'assassinat du journaliste Frédéric Carloni.
Au fur et à mesure de leur avancée, ils découvrent que les choses sont plus compliquées: le frère de Frédéric et sa petite amie ont disparu, ainsi qu'une autre journaliste. Autour d'eux, les cadavres s'accumulent, les gens s'évaporent...
Et quelle est cette histoire de diamant?

Critique:
Ce livre a des inconvénients qui sont à la fois des avantages: ses digressions. Il est d'abord long à démarrer. Ensuite, les digressions sont très nombreuses, et souvent, l'enquête est en pause à cause d'elles. Ça donne un effet d'extrême lenteur. On a l'impression que l'enquête piétine, qu'elle n'avance pas assez vite, qu'elle est toujours détournée par les multiples apartés.

Cependant, ces longueurs ont des avantages. Elles sont d'abord très instructives: histoire des supermarchés, façon de faire de la publicité, façon de contrôler l'audimat, les coulisses et les rouages du milieu policier, etc. Tout cela est très intéressant, et enrichit la culture générale du lecteur moyen.
Ensuite, beaucoup de digressions sont amusantes.
Il y a tout de même des longueurs plus pesantes que d'autres: par exemple quand l'équipe se retrouve autour d'un repas pour faire le point. Là, ça traîne pour traîner, et c'est plus lourd.
En fait, pendant ma lecture, j'ai souvent soupiré à cause des digressions, mais après avoir refermé le livre, j'ai été contente d'avoir appris tout cela. La lecture est donc un peu laborieuse, mais le livre nous apporte quelque chose. Les digressions nous apportent, finalement, plus que l'intrigue policière, et c'est ce qui, au départ, est déstabilisant. En effet, j'ai trouvé l'enquête un peu lente. Elle est morcelée à cause des digressions, mais on a aussi la sensation que ce qu'apprennent les enquêteurs au fur et à mesure n'est pas très passionnant, voire très téléphoné. C'est à la fin que tout prend sens, et que le lecteur approuve la façon dont l'auteur a tourné son dénouement.

Outre les digressions qui font rire, et malgré les meurtres à répétition, l'humour est omniprésent tout au long du livre: répliques, situations... Parfois, il n'est pas très fin, mais drôle quand même. Par exemple, lorsque monsieur Laplume téléphone, et que tout un tas d'idées idiotes en rapport avec ce nom viennent en tête de celui qui lui répond, comme se chantonner «Gentille alouette».
Il y a aussi une scène hilarante: celle de la Boule et de son costume. Ici, il y a un comique de situation, mais les répliques aussi sont savoureuses.
Ces anecdotes ne sont que des exemples parmi tant d'autres. Je pense que l'auteur serait plus à l'aise dans l'écriture d'un roman humoristique que dans celle d'un polar. Il pourrait tout aussi bien, voire mieux, insérer des digressions à thématiques sociales dans un roman humoristique.

Certains personnages sont intéressants à découvrir et à suivre: Bastien, Franck, Kowiak, la Boule, et surtout Delajoie. On découvre le commissaire par petites touches, à travers ses actes, son passé, sa vie privée. D'ailleurs, l'un des éléments de sa vie privée intrigue le lecteur, et le force à l'ouverture d'esprit. En effet, on ne peut pas ranger Delajoie dans une catégorie, et c'est justement ce qui fait l'intérêt du personnage.

L'histoire d'amour qui s'ébauche me paraît un peu invraisemblable, mais elle ne fait que s'ébaucher: nous verrons bien ce qui se passe dans la suite. Oui, car il y aura sûrement une suite, étant donné qu'il y aura une «prequel» (comme on dit en anglais, je ne sais pas comment l'exprimer en français), un livre racontant quelque chose arrivé avant, et où, apparemment, nous en apprendrons plus sur les personnages.
Je pense qu'il y aura une suite parce que certaines choses restent en suspens.

Il y a un gros clin d'oeil à l'auteur de romans policiers Michael Connelly. En effet, Delajoie a rencontré Harry Bosch (inspecteur récurrent dans les romans de Connelly), lors d'un congrès à Los Angeles. Ils deviennent vite amis, et Bosch offre à Delajoie un tableau de son homonyme. C'est un peu gros que Bosch devienne ami avec quelqu'un qu'il connaît peu, mais l'auteur l'explique par le fait que Bosch reconnaît en Delajoie quelqu'un de sa trempe, quelqu'un que la souffrance et les épreuves ont changé, aguerri, mais blessé à jamais...
John Marcus a-t-il voulu insérer un personnage porte-bonheur dans son livre? Espère-t-il faire le même genre de carrière que Michael Connelly? C'est ce que nous pouvons lui souhaiter de mieux.

Voici trois petits reproches qui sont des détails:
Le nom de l'auteur fait un peu fabriqué, ça sent le pseudonyme. Je ne dis pas qu'il est mal d'avoir un pseudonyme, mais le nom sonne trop formaté, trop américanisé. J'aurai l'air très bête si c'est le vrai nom de l'auteur!
Il est un peu gros que Manda vienne du Nord de la France, et que son nom de famille soit Coron.
Quand on part souvent en déplacement, ce n'est pas la peine d'avoir un chat. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Ce livre m'a été offert par L'Autre Editions.

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lundi 3 août 2009

lundi
3
août 2009

Et on tuera tous les affreux, de Boris Vian.

L'ouvrage:
Rocky Beyley vit à Los Angeles. Il a dix-neuf ans et demi, et s'est fixé pour but de ne pas avoir de relations sexuelles avant l'âge de vingt ans. Il est beau et tout en muscles, et toutes les filles lui tournent autour.

Ce soir-là, il est dans un bar avec des amis (Gary, Mona, sunday Love, etc). A un moment, il va prendre l'air. Un copain lui propose une cigarette. Après en avoir tiré quelques bouffées, il s'évanouit.
Plus tard, il se réveille dans une chambre inconnue, complètement nu. Une très belle jeune fille dans la même tenue entre, et tente de lui faire oublier sa résolution. Rocky résiste. Il finit donc par avoir affaire à des hommes qui «s'amusent» à lui faire subir des chocs électriques, puis le relâchent.
Tout pourrait en rester là, mais les choses se compliquent lorsqu'un homme ayant pris part à son agression est retrouvé mort dans une cabine téléphonique non loin du bar où il avait commencé la soirée. Rocky et Gary se lancent dans l'enquête.

Critique:
Ce n'est pas très facile pour moi de chroniquer un livre de Boris Vian, car à mon avis, c'est un grand. J'ai passé mon enfance à l'écouter chanter, mon adolescence à apprécier «L'écume des jours» et «L'herbe rouge», et à découvrir l'horreur d'une vengeance aveugle dans «J'irai cracher sur vos tombes». J'ai donc l'impression qu'une chroniqueuse amateur comme moi ne pourra être que maladroite devant ce grand auteur. Je vais tout de même essayer en espérant que de là où il est, il ne m'en voudra pas trop.

Pour moi, ce livre a au moins deux niveaux de lecture. D'abord, on peut le prendre comme un amusement. Tout au long du roman, on rit grâce à diverses situations imaginées par l'auteur, et aussi grâce à plusieurs répliques et réflexions savoureuses de Rocky et de ses comparses. L'histoire en elle-même est très amusante. Elle débute de manière cocasse, et se poursuit de la même façon. Ensuite, l'auteur nous laisse supposer quelque chose de terrible, puis les rebondissements qu'il nous propose nous font rire au lieu de nous effrayer.
Le sommum est atteint à la fin, après la petite expérience à laquelle se livrent Rocky et Mike.

Quant au second niveau de lecture, je me demande si l'auteur ne prend pas un malin plaisir à se moquer de plusieurs choses. D'abord, il critique le côté superficiel de chacun de nous, en inventant un docteur qui s'arrête aux apparences, un personnage principal beau comme un dieu et qui est également (une fois révélé) une bête de sexe. Tout cela est caricatural. La caricature est bien sûr là exprès, car poussée à l'extrême.
Les jeunes filles ne se préoccupant pas de la beauté accentuent la critique. Ces jeunes filles ne connaissent pas la société mangée par l'artifice, et réagissent en faisant le contraire de ce qu'attendent des gens appartenant à cette société.

Ensuite, je pense que l'auteur se moque subtilement des romans policiers et de science fiction. Il créé du suspense: le lecteur s'attend à tomber sur un malade, un fou, comme c'est le cas dans les romans policiers. C'est là que Boris Vian détruit le début d'angoisse qu'il a tissée autour du lecteur. Il nous présente un personnage inoffensif, un doux rêveur excentrique.

Quant à la science fiction, elle est gentiment parodiée lorsque le lecteur rencontre les personnages «fabriqués». On rencontre des personnages de ce style dans les romans de science fiction. Oui, mais dans ces romans, ils agissent, ils ont été créés pour accomplir quelque chose. Ici, outre les jeunes gens qui doivent mener à bien la mission du docteur, le personnage fabriqué que nous côtoyons le plus, est celui qui a été raté parce que chauffé trop longtemps.
D'autres scènes contribuent à nous faire rire en parodiant les deux types de romans: la scène où Rocky manque d'être broyé, celle où Mike et Rocky tournent Mary et Sally l'une vers l'autre, etc.

Bref, ce roman est une petite merveille, car il détend et divertit par plusieurs côtés, et donne un peu à réfléchir. En plus, il est intemporel! Il aurait pu être écrit en 2009.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Denis Podalydès pour les éditions Audiolib.
La façon sobre qu'a Denis Podalydès d'interpréter ce roman nous en fait encore mieux partager sa drôlerie. Il serait facile de trop en faire avec un roman de ce genre. Eh bien ce n'est pas le cas, le comédien l'interprète comme il se doit.

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