Conduite en état Livresque

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Was I ever lovable? I'm not asking you if you love me, this I know. But was I ever lovable?
Samuel Beckett dans "Happy days".

lundi 28 avril 2008

lundi
28
avril 2008

Personne n'y échappera, de Romain Sardou.

L'ouvrage:
Condord, New Hampshire, hiver 2007.
Vingt-quatre cadavres sont retrouvés dans un chantier. Ils ont tous été tués d'une balle en plein coeur. Ils ne semblent pas s'être défendus. Le chef de la police, Stuart Sheridan, se voit déchargé de l'affaire au profit du FBI. Cela le pousse à continuer ses investigations. Il refuse d'abandonner. Etant destitué de l'affaire, il enquêtera de manière illicite pendant son temps libre.

Frank Franklin est professeur d'écriture créative. Il vient d'être nommé dans l'université de Durrisder, université qui jouxte le chantier où les corps ont été retrouvés. Pour lui, c'est une opportunité. Il est très bien accueilli par le doyen de l'université, Lewis Emerson. Il sent qu'il s'y plaira.

Critique:
Le livre est un thriller dont les trois quarts sont réussis. Il y a du suspense, et l'auteur nous aiguillonne habilement vers de fausses pistes. Personnellement, j'ai soupçonné un personnage qui n'avait rien fait, en me basant sur la ficelle éculée que ce personnage se fondait trop bien dans le décor et l'histoire. Je commençais déjà à pester après l'auteur en imaginant que ce personnage était impliqué dans les événements macabres racontés. Heureusement, Romain Sardou a su éviter cet écueil. Il s'en est peut-être même servi pour induire le lecteur chevronné de thrillers en erreur.

Les personnages ne sont pas très épais. On sent bien que Franck est instruit, que Ben O Boz est machiavélique, que Stuart est persévérant... mais après... L'histoire prend le pas sur la psychologie des personnages.
Bien sûr, Ben O Boz impressionne le lecteur, car ce qu'il fait montre quelque chose d'atroce. C'est d'autant plus effrayant qu'il est lucide. Il n'est pas sujets à des excès de folie qui le pousserait à agir ainsi. Il calcule ses actes, il n'est poussé par aucune névrose. Il est tout simplement fat, égoïste, et curieux. Il est poussé par son envie de célébrité.

Il est dommage que l'auteur ait situé son roman aux Etats-Unis. Pourquoi les auteurs français qui s'essaient aux thrillers les situent-ils toujours dans un pays anglophone, et le plus souvent, aux Etats-Unis? Bien sûr, de nombreux thrillers sont écrits par des américains, mais quand un auteur français s'y attaque, que ne garde-t-il son pays d'origine?

Je n'ai pas aimé la fin pour plusieurs raisons. D'abord, il y a des incohérences. Comment se fait-il que le FBI, étant au courant, et ayant préparé son coup, arrive trop tard? Qui a tué le personnage qui envoie des messages posthumes? S'est-il suicidé pour parfaire son plan? Soit. Mais c'est tout de même un peu gros. Pourquoi se passe-t-il exactement ce que tel personnage voulait qu'il se passe? Contrairement à la brillante démonstration qu'essaie de nous faire Romain sardou, le plan n'était pas une machine si bien huilée que ça. L'auteur a voulu faire une fin différente, afin de surprendre le lecteur. C'est une bonne initiative, mais cela fait partie de ce qui m'a déçue. Pourtant, j'aime quand un thriller me surprend. J'applaudis les auteurs qui se détournent des codes et des ficelles éculées. Mais ici, cela n'a pas pris. Je comprends l'initiative de l'auteur: vouloir faire du neuf, mais ça n'a pas pris. Les incohérences et cette fin trop noire ont fait que finalement, je ne recommande pas vraiment ce livre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Lavigne pour les éditions VDB. Là encore, je tiens à dire un petit mot sur sa prestation. Il fait partie, à mon avis, des bons lecteurs qui ne surjouent pas, et qui ont toujours un ton approprié. En outre, il ne force pas l'accent des noms anglophones. D'autre part, il fait un accent latino pour le lieutenant Amos Garcia, mais sa façon de faire ne m'a pas énervée. Je pense que c'est parce qu'il n'a pas exagéré l'accent latino qu'il a imité.

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jeudi 24 avril 2008

jeudi
24
avril 2008

*La comédienne retrouvée.

En 1992 ou 1993, les éditions VDB se lancèrent dans la publication de livres audio. La plupart des comédiens qui enregistrèrent les premiers livres audio me plurent. Cependant, l'une d'entre eux, Nicole Vautier, retint mon attention plus que les autres. Elle avait une voix douce et agréable, et, me sembla-t-il, un léger accent suisse que je trouvai fort sympathique. (Je peux me tromper quant à l'accent.) Sa lecture était juste et sensible. Soit, elle prenait parfois un accent pour certains noms anglophones, mais personne n'est parfait. ;-) Après avoir enregistré cinq livres, elle cessa de travailler pour les éditions VDB, à mon grand désespoir.

Parfois, je cherchais son nom sur le net... J'écrivis même à une compagnie théâtrale avec laquelle elle travaillait, semblait-il. Je n'obtins pas de réponse.

En mars 2008, j'ai vu son nom sur un ouvrage édité par les éditions Livrior: "La force qui nous manque", d'Eva Joly. Le livre est lu par Eva Joly et Nicole Vautier. J'ai commencé par attendre de pouvoir l'emprunter dans une bibliothèque. Hier, j'ai tout de même écrit aux éditions Livrior pour leur demander si cette comédienne travaillerait à nouveau pour eux. Après leur réponse positive, je suis allée écouter un extrait sur le site, histoire de vérifier que la comédienne était bien la même. ... C'est bien elle!
C'est une grande joie pour moi de la retrouver, et de savoir qu'elle enregistrera d'autres livres! Je souhaite qu'elle en enregistre beaucoup!

lundi 21 avril 2008

lundi
21
avril 2008

La forteresse, de Robert Hasz.

L'ouvrage:
Le lieutenant Livius Maxim est bien content: dans deux semaines, il sera démobilisé. Il va rentrer chez lui, retrouver sa promise...
Pourtant, un événement inattendu va bouleverser ses plans. On l'envoie rejoindre d'autres hommes dans une autre base, base qui semble isolée.
Il y rencontre certains hommes sympathiques, d'autres un peu moins. Il se rend compte qu'on perd vite la notion du temps, ici. D'autre part, on ne semble pas vraiment respecter les grades.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce livre. Je vous le conseille vivement. Il fait partie des livres dont je me souviendrai longtemps.

Le lecteur se rend bien compte très vite que quelque chose ne va pas dans cette base, mais il ne sait pas exactement quoi jusqu'à ce que l'auteur décide de lui donner la clé de l'énigme.
En outre, on a tout le loisir de découvrir comment les hommes vivant dans cette base s'expliquent les phénomènes qui s'y passent. Les uns parlent d'évènements divins, les autres évoquent les extra-terrestres... Livius n'étant pas là depuis longtemps, le lecteur se raccroche à sa rationalisation des choses. On comprend que les hommes, vivant en autarcie, cherchent des explications à ce qu'ils subissent. Cela montre justement leur humanité. Ils sont esseulés, ne comprennent pas tout ce qui leur arrive, alors, ils cherchent une explication. Parfois, l'explication n'est pas vraiment convaincante, mais elle les aide à ne pas sombrer dans la folie. Elle les aide à accepter leur sort.

En outre, quelque chose dans la base ayant un curieux effet sur ses habitants, les hommes passent des heures à s'immerger dans leurs souvenirs. Ainsi, nous apprenons le passé de Livius. J'avoue que cette histoire de famille m'a moins plu que le présent de Livius. Pourtant, elle est intéressante, et nous présente des personnages blessés qui agissent et réagissent parfois brusquement et follement, des personnages que la vie et ses secrets ont malmenés, et qui essaient de s'en tirer malgré tout. Le père de Livius n'a pas toujours fait ce qu'il aurait fallu. Le vieux Fabrio ne parle pas beaucoup, semble être relativement épargné, mais sait ce qui s'est passé et comment cela s'est passé. Il en souffre en silence, il en prend son parti... Cécilia se rebelle contre ses parents, contre ce qui lui arrive sans qu'elle le demande. Cécilia est victime du passé de sa mère, et se révolte, se sentant flouée, car elle n'a rien choisi de tout cela.

La fin m'a laissée avec plusieurs questions. Certaines perspectives sont assez effrayantes...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande.

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mercredi 16 avril 2008

mercredi
16
avril 2008

La porte des anges, t.1 : Le complot d'Ephèse, de Michael Dor

L'auteur : Sous le pseudo de Michael Dor se cache un prêtre de l'Eglise catholique actuelle. Dans sa jeunesse, il ne fut pas toujours aussi catholique que cela, et a même été longtemps sous l'emprise des esprits et des démons. A la suite d'une expérience personnelle très forte, et de sa rencontre avec un prêtre, il a abandonné (difficilement) ce milieu sataniste pour s'intéresser à d'autres vérités, mais n'a jamais pu oublier son adolescence "sous influence". Ces souvenirs lui ont été très utiles pour écrire le roman dont je vais vous parler maintenant, le premier tome d'une série qui commence à peine, mais qui promet déjà...

Jean-Baptiste, 15 ans, est collégien dans une petite ville française de banlieue, Tournon-sur-Vise. Il possède une caractéristique étrange : il a les yeux vairons ; pour le reste, c'est un garçon bien ordinaire. Une nuit d'orage, il entend des éclats de voix dans son jardin, et surprend deux individus singuliers en train de se disputer un jeune garçon. Son cri de surprise fait fuir les intrus, mais Jean-Baptiste retrouve à l'endroit de l'altercation un drôle d'objet, une sorte de clou qui a l'air très ancien, la preuve qu'il n'a pas rêvé...
Demandant conseil au parrain de sa meilleure amie Lucie, il rencontre un étrange moine qui lui ouvre une porte sur l'inconnu. Jean-Baptiste se retrouve embarqué dans une histoire fantastique qui fait basculer sa vie dans le cauchemar : il est l'instrument d'une lutte sans merci entre les ténèbres et la Lumière, entre le Très-Haut (et son armée angélique) et l'Adversaire, le bel ange déchu qui le prendra pour cible privilégiée...
La quête qu'il devra alors remplir l'emmènera en bien des endroits insolites, du 21ème siècle français au 1er siècle à Ephèse, sur les pas de Saint Paul, en passant par le Moyen-Age parisien et ses mages inquiétants... Cette mission est-elle compatible avec son histoire personnelle, et sa recherche d'un père qui a abandonné sa mère avant sa naissance ?

On passe un excellent moment à lire ce roman, que l'on a du mal à lâcher quand on l'a commencé !! (mes copies en souffrance le savent bien... (-.^)) Mêlant habilement Histoire réelle, personnages fictif, et une fertile imagination pleine d'humour, l'auteur nous entraîne à la suite de son jeune héros à travers les siècles, et nous permet d'élucider quelques énigmes bibliques qui passeraient inaperçues sans lui. La grande connaissance qu'a l'auteur des textes bibliques, mais aussi du monde démoniaque, lui a permis d'écrire un roman qui mêle étroitement humour et horreur, imaginaire et réalité, dans un style tout à fait agréable et distrayant. La peinture qu'il nous fait du monde angélique, les personnages caricaturaux qu'il y place (l'enquêtange 007 par exemple, qui vaut vraiment le détour !!), ou les démons qu'il nous peint, tout cela vaut le détour.
Bien entendu, tout n'est pas parfait dans ce roman, il y a des invraisemblances, des raccourcis, des ficelles un peu grosses, des évidences dont le héros ne tient pas compte (personne n'a deviné qui peut être le mystérieux M. Natas qui lui fait tant de promesses mirobolantes !), une jeune fille exaspérante tellement elle a l'air parfaite, des coïncidences étranges (le caïd recherché par toutes les polices et qui est justement originaire du "quartier" de Jean-Baptiste : beaucoup pour un simple garçon comme lui !!)... On trouve aussi beaucoup de similitudes avec d'autres romans actuels traitant pour le coup de véritable magie (par exemple, à chaque fois que Jean-Baptiste croise le regard de l'Adversaire, une très forte migraine le prend, à se cogner la tête contre les murs : cela ne vous rappelle personne ?). Le ton également, l'histoire, qui s'adressent plus à des ados de l'âge de Jean-Baptiste qu'à des adultes.
Il ressort de tout cela, néanmoins, l'idée d'une humanité blessée, pas toujours très nette, mais capable d'un revirement inattendu et inespéré, capable de se racheter par ses actes, bref, un ensemble profondément humain. La morale ouvertement revendiquée comme chrétienne (l'auteur est prêtre, ne l'oublions pas, et a écrit cette histoire pour contrebalancer le succès d'autres séries magiques actuelles !) de ce roman ne plaira pas à tout le monde, mais j'ai trouvé que pour un premier roman, l'auteur ne s'était pas mal débrouillé, et j'ai pris énormément de plaisir à lire sa prose.
J'ai d'ailleurs hâte d'aller chercher le second tome et de le commencer !!

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lundi 14 avril 2008

lundi
14
avril 2008

L'or des trembles, de Janet Dailey.

L'ouvrage:
Kit Masters a été élevée dans un ranch d'Aspen, dans le Colorado. Elle serait peut-être restée à Aspen toute sa vie si Tom Banon, son ami d'enfance avec qui elle avait une histoire d'amour sérieuse, ne lui avait pas brisé le coeur en épousant une autre femme, comme sur un coup de tête, sans lui donner la moindre explication.

Kit est actrice. Après des petits rôles, l'opportunité de tourner dans un film de John Travis, acteur et producteur, se présente à elle. C'est une chance inespérée qui fera de Kit une actrice célèbre.
Le film étant tourné à Aspen, Kit va revoir la maison de son enfance et de son adolescence... et Tom.

Critique:
Je ne connaissais pas du tout Janet Dailey. J'ai pris ce livre dans l'une de mes bibliothèques par curiosité, et aussi parce qu'il est lu par un lecteur que j'aime bien. C'est un livre facile, qu'on lit pour se détendre. On voit certaines choses venir. Le fait que Kit commence une idylle avec John Travis juste au moment où elle va revoir Tom est là pour compliquer les choses, mais cela ne les complique pas beaucoup.
Laura accepte Kit un peu vite. Cela fait plaisir, mais c'est un peu simpliste.
Le personnage de Sondra est un peu simple: elle est ambitieuse et habituée à obtenir ce qu'elle veut. Elle veut l'un des personnages, et ira jusqu'à commettre le pire. C'est la «vilaine méchante« du livre. On n'a pas vraiment envie de la plaindre, elle est trop manichéenne pour être vraisemblable.

Le personnage de Kit est un peu plus épais. Elle garde cette espèce de pureté de certains enfants. Cela se voit lorsqu'elle découvre les changements apportés au scénario du film dans lequel elle doit tourner. A l'instar de certains personnages, on se dit que Kit, dans le monde du show-business, sera brisée ou bien deviendra comme les autres.
Kit aime ses parents, et comprend les faiblesses de chacun. Elle se sent plus proche de son père, mais comprend sa mère.
Elle aime le ranch de son père, mais devra faire un choix cruel pour que sa mère puisse avoir une vie relativement agréable... Tout cela la rend plus humaine que Sondra.

S'il y a quelques topoi, il y a aussi l'histoire des parents de Kit qui s'aiment, mais ne peuvent plus vivre ensemble. Plus tard, Kit pensera que moins de fierté mal placée aurait peut-être arrangé les choses.

La fin est un peu rapide, à mon avis. Certaines choses ne sont pas expliquées. Bien sûr, on les suppose: on devine que l'un des personnages a senti que quelque chose n'allait pas après avoir discuté avec un autre personnage, mais cela n'explique pas pourquoi il est sur les lieux juste à temps pour sauver tout le monde.
D'autre part, dans ce genre de livres, le «gentil« sauve le «méchant« du danger, même si le «méchant« est très méchant. Ici, le personnage pense bien que... et ne fait rien. Il eût été facile de mettre la «méchante personne« hors d'état de nuire ensuite. Là, cela s'appelle non-assistance à personne en danger.
A la fin, tout est réglé, mais je l'ai tout de même trouvée bâclée.

C'est donc un livre à lire si on n'a pas envie de se prendre la tête. Il ne va pas me marquer très longtemps, mais j'ai passé un bon moment avec.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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