Conduite en état Livresque

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La vie est comme un torrent: parfois, c'est le calme, parfois, c'est la chute.
Philippe Djian dans "Maudit manège".

jeudi 28 février 2008

jeudi
28
février 2008

*Arlette Bratschi.

Aujourd'hui, c'est Arlette Bratschi, lectrice bénévole, qui répond à mes questions.

La Livrophile: Comment en êtes-vous arrivé à enregistrer des livres?
Arlette Bratschi: J'en lisais (et j'en lis toujours) à mon mari qui est aveugle. J'ai pensé: pourquoi ne pas en faire profiter d'autres personnes? C'est comme ça que j'ai eu l'idée de me présenter à la BBR. Je pensais enregistrer des auteurs comme Mauriac ou Balzac, mais on m'a dit que les lecteurs réclamaient surtout des romans policiers.
L: A propos des romans policiers, vous en avez enregistrés beaucoup. Quel est celui que vous avez préféré?
A.B.: «Peur sur l'asile », de Jean-François Lemaire.

L: Depuis combien de temps enregistrez-vous?
A.B.: Depuis trente-et-un ans.

L: Quel âge avez-vous?
A.B.: Soixante-cinq ans.
L: -Vous avez une voix très jeune.
A.B.: Je suis restée jeune dans ma tête. C'est le corps qui ne suit pas.
(Rire.)

L: Pour vos lectures personnelles, avez-vous une préférence pour un genre de livres?
A.B.: J'aime beaucoup les livres qui parlent de la campagne, de la nature, de la vie des paysans.
L: Ah! Vous avez donc dû aimer enregistrer des livres comme «Au bonheur du matin», ou «C'était au milieu du siècle»,, d'Armand Maillard.
A.B.: Oui, bien sûr!

L: Comment choisissez-vous quels livres vous allez enregistrer? Je suppose que vous n'enregistrez pas uniquement ceux que vous aimeriez lire.
A.B.: Avant, je proposais beaucoup de livres. Je les lisais d'abord à mon mari, et quand ils nous plaisaient, je proposais de les enregistrer. Maintenant, cette possibilité est plus rare, car la bibliothèque enregistre ce que les lecteurs demandent en priorité. Donc, je choisis parmi les livres que la bibliothèque doit enregistrer, et parfois, je propose quelques livres. On me les accorde. Ca doit être le privilège de l'ancienneté.

L: Pouvez-vous donner des exemples de livres que vous avez proposés?
A.B.: Ceux de Pierre Salva, d'Hélène de Monaghan, de Georges Simenon.
L: C'est donc grâce à vous que j'ai découvert Pierre Salva (que j'aime beaucoup) et Hélène de Monaghan (que j'aime aussi, mais un peu moins). Reste-t-il des romans de Pierre Salva que vous pourriez enregistrer?
A.B.: Non. Ils ont tous été enregistrés.
L: Dommage!

L: Avant d'enregistrer un livre, le lisez-vous plusieurs fois? Lisez-vous un chapitre, puis l'enregistrez-vous? Découvrez-vous le livre au moment où vous l'enregistrez? Vous imaginez-vous facilement les personnages? Expliquez votre démarche, vos habitudes.
A.B.: Quand les livres sont imposés, je lis au moins les deux premiers chapitres pour savoir de quoi ça parle, et pour découvrir le style de l'auteur. Et quand je les propose, c'est parce que je les ai déjà lus.

L: Combien de temps dure une séance d'enregistrement?
A.B.: Une heure trois quarts.
L: Faites-vous plusieurs séances d'enregistrement par semaine?
A.B.: Non. J'en fais une par semaine depuis trente-et un ans, et c'est toujours le lundi.

L: Maintenant que vous enregistrez en numérique, supprimez-vous vous-même vos erreurs de lecture, ou bien est-ce un technicien?
A.B.: Je le fais moi-même. J'ai la possibilité de revenir en arrière, d'enlever un petit morceau, et de reprendre.

L: Avant, lorsque vous enregistriez sur cassette, comment faisiez-vous quand vous vous trompiez de ton, pour une réplique, par exemple?
A.B.: Là, j'appelais au secours, et le technicien venait, revenait en arrière, et me faisait reprendre là où je le souhaitais.

L: Qu'enregistrez-vous en ce moment?
A.B.: Un livre de Pierre Bellemare.
L: Chouette!

L: Faites-vous particulièrement attention à ne pas abîmer votre voix dans la vie de tous les jours?
A.B.: Oh non! Pas du tout!
(Rire.)

L: Fumez-vous?
A.B.: Oui... mais deux ou trois cigarettes par jour.

L: Comptez-vous continuer encore longtemps l'enregistrement de livres?
A.B.: Tant que je n'aurai pas de problèmes de voix, je continuerai.

L: Quels sont vos centres d'intérêt à part la lecture?
A.B.: La lecture me prend déjà beaucoup de temps. J'aime aussi écrire des contes de fées.
L: Ah! Vous avez été publiée?
A.B.: Non. Je fais uniquement lire mes écrits à ma famille.
L: C'est dommage.
A.B.: C'est aussi ce que me dit ma famille.

L: Avez-vous une devise dans la vie?
A.B.: Oui, c'est une phrase que mon père m'a dite quand j'étais très jeune: «N'envie jamais personne ». Et c'est vrai, parce qu'on ne sait pas toujours ce qu'il y a derrière les apparences.

Liste des livres enregistrés par Arlette Bratschi:
Livre sans date:
Preuves et présomptions: Th.-J. Chaize

1977:
Chez les magiciens et les sorciers de l'Himalaya: Louis Mahuzier

1978:
La grosse Hannah: Ward Rutherford
La vie devant soi: Emile Ajar
Vent d'Est, vent d'Ouest: Pearl Buck
Le front dans les nuages: Henri Troyat
Une soupe aux herbes sauvages: Emilie Carles
La pelouse: Frédéric Dard
Le bon Dieu sans confession: Paul Vialar
Maigret et le fantôme: Georges Simenon

1979:
Rendez-vous chez un lâche: Frédéric Dard
Jusqu'à la folie: Floris Nogarède
Un, deux, trois...: Agatha Christie
Pourquoi pas, Evans: Agatha Christie
L'ami d'enfance de Maigret: Georges Simenon

1980:
Les oiseaux se cachent pour mourir: Colleen Maccullough
Les mariolles: Frédéric Dard
Les fillettes chantantes («Le roman d'Olivier», tome 5): Robert Sabatier
Dix petits nègres: Agatha Christie
La première enquête de Maigret: Georges Simenon
La nuit du Carrefour: Georges Simenon
Maigret se défend: Georges Simenon

1981:
Le guêpiot: Viviane Villamont
Le jour de congé: Inès Cagnati
Le bourreau pleure: Frédéric Dard
La disgrâce: Nicole Avril
Un étrange hold-up: Margaret Yorke
Safari dans la cinquième avenue: Thomas H. Cook
Huit jours en été: Patrick Cauvin

1982:
L'accident: Frédéric Dard
C'est toi le venin: Frédéric Dard
Le talion: Catherine Arley
Le jeu de la tentation («La chambre des dames», tome 2): Jeanne Bourin
Les demoiselles de Chantecigale: Floris Nogarède
Mes rubans de la Saint-Claude: Emilie Carles

1983:
La nuit du sérail: Michel de Grèce
Vivement dimanche: Charles Williams
Les dames du Creusot ("Douceurs provinciales», tome 2): Charles Exbrayat
Dors tranquille, Katherine: Charles Exbrayat

1984:
L'homme qui racontait des histoires: Patricia Highsmith
Retour à Malaveil: Claude Courchay
Cinq heures vingt-cinq: Agatha Christie
Maigret au Picratt's: Georges Simenon
Maigret a peur: Georges Simenon
Mon ami Maigret: Georges Simenon
Maigret en meublé: Georges Simenon
La pipe de Maigret: Georges Simenon
Maigret et la grande perche: Georges Simenon

1985:
La vérité qui tue: Helen MacCloy
La clinique du docteur H.: Mary Higgins Clark
Champignons vénéneux: June Thomson
Tu ne tueras point: William O'Farrell
Le fou de Bergerac: Georges Simenon
Le chien jaune: Georges Simenon

1986:
Raison perdue: C.-J. Arnaud
Mayrig: Henri Verneuil
Le châle chinois: Patricia Wentworth
Le rocher de la tête noire: Patricia Wentworth
Trois petits meurtres et puis s'en va: Pascal Lainé
Monsieur Gallet, décédé: Georges Simenon

1987:
Ouragan: Mignon G. Eberhart
Crimes à vendre: André-Stanislas Steeman
Le gant maudit: Ngaio Marsch
Au douzième coup de minuit: Patricia Wentworth
Témoin indésirable: Agatha Christie
Le couteau sur la nuque: Agatha Christie
Les quatre: Agatha Christie
Maigret chez le coroner: Georges Simenon

1988:
Histoires à faire dresser les cheveux sur la tête: Alfred Hitchcock
L'iglou: Paul-Emile Victor
Fête fatale: William Katz
Maigret à l'école: Georges Simenon
Maigret s'amuse: Georges Simenon
Maigret et le marchand de vin: Georges Simenon
Le revolver de Maigret

1989:
Le trou du diable: Pierre Salva
Chroniques de la haine ordinaire: Pierre Desproges
Esprit de suite: Hélène de Monaghan
Les écrits restent: Louis C. Thomas
Puzzle pour fous: Patrick Quentin
Barthélémy et sa colère: Charles Exbrayat
Maigret s'amuse: Georges Simenon
Les scrupules de Maigret: Georges Simenon
Maigret et les témoins récalcitrants: Georges Simenon
Maigret et son mort: Georges Simenon
Les mémoires de Maigret: Georges Simenon
Une confidence de Maigret: Georges Simenon

1990:
Tous les chiens de l'enfer: Pierre Salva
Quand le diable ricane: Pierre Salva
Le diable au paradis perdu: Pierre Salva
Plus mort que vif: Michel Lebrun
La danse de Salomé: Ruth Rendell
Le quintette de Bergame: Charles Exbrayat
Drame en trois actes: Agatha Christie
Dors, ma jolie: Mary Higgins Clark
Maigret tend un piège: Georges Simenon

1991:
Copie confuse: Pierre Salva
Sardines à la sauce diable: Pierre Salva
Meurtre au bout du monde: Eve Hunt
Rendez-vous en noir: William Irish
Le château des amours mortes: Charles Exbrayat
Contes: Rudyard Kipling
L'heure zéro: Agatha Christie
Un meurtre est-il facile?: Agatha Christie

1992:
Le hideux visage du diable: Pierre Salva
La tenaille: Pierre Boileau
Dénouement avant l'aube: Madeleine Coudray
Dame de vestiaire: Jeanne Blanc
Le neuvième netsuké: James Melville
Victime au choix: Ed Macbain
Les huit coups de l'horloge: Maurice Leblanc
Rendez-vous à Bagdad: Agatha Christie

1993:
Choc en retour: Martin Russell
Le bas blesse: Claude Marais
Le sourire du diable: Pierre Salva
Les vieilles dames vont en enfer: Pierre Salva
Le diable et son train... électrique: Pierre Salva
La danse avec le diable: Pierre Salva
Olivier et ses amis («Le roman d'Olivier», tome 6): Robert Sabatier
Deux hivers au Zanskar: Olivier Follmi
L'assassinat de Don Juan: Gilbert Tanugi
Le manoir de la douairière: E. C. R. Lorac

1994:
La mauvaise part: Hélène de Monaghan
Trois coeurs contrés: Claude Marais
Mes trois nuits infernales: Pierre Salva
Le battant et la cloche: Catherine Arley
La femme de César: Nancy Rutledge
L'oiseau s'est envolé: Paul Muller
Les mains de feu: Gilbert Tanugi
Maigret et le client du samedi: Georges Simenon

1995:
Etrange créature: Ruth Rendell
Le carcan: Bill Pronzini
Le déclic: Gilbert Pineau
Le serpent dans l'herbe: Anthony Gilbert
L'homme de la nuit: Allan Ullman
Les invités: Jacques Robert

1996:
Le cri du hibou: Patricia Highsmith
Incendie à bord: Velda Johnston
Souvenirs d'un gamin de Carouge: Paul Maerky
Nouveaux souvenirs d'un gamin de Carouge: Raymond Zanone
Noirs parfums: Hélène de Monaghan
Le timbre jaune: Marten Janson
La maison rouge: Alan-Alexander Milne
Un serpent dans la poche: Philippe Verteuil
Le petit saint: Georges Simenon

1997:
Suite provençale: Jean Contrucci
Beauté bleue: David Goodis
La fille du lac du diable: Pierre Salva
Le lit de la merveille: Robert Sabatier
L'épaule du diable: Dominic Devine
Un crime presque parfait: Margaret Saint George
Le veuf: Georges Simenon
Le voyageur de la Toussaint: Georges Simenon

1998:
Attention, chien gentil: Fredric Brown
Qui est le diable?: Pierre Salva
Le pasteur détective: Ruth Rendell
Un poison blond: Van Siller
Pas l'un de nous!: June Thomson
Allô, Lynn? C'est papa: Béatrice Parker
L'homme sans nom: Harry Carmichael
Dimanche: Georges Simenon
Crime impuni: Georges Simenon

1999:
Mister Mouse ou la métaphysique du terrier: Philippe Delerm
Le tombeau des danaïdes: Hélène de Monaghan
Douze ans de mensonge: Daniel Zufferey
La mort et les chères petites: Jonathan Stagge
Alain et le nègre: Robert Sabatier
Les voix du crépuscule: Célia Fremlin

2000:
Le diable dans la tête: Pierre Salva
Il n'y a pas d'innocents: Bill Pronzini
Harry Potter à l'école des sorciers («Harry Potter», tome 1): J. K. Rowling
Harry Potter et la chambre des secrets («Harry Potter», tome 2): J. K. Rowling
La malédiction de la momie: Robert LawrenceStine

2001:
Prions pour moi: Hélène de Monaghan
Harry Potter et la coupe de feu («Harry Potter», tome 4): J. K. Rowling

2002:
Peur sur l'asile: Jean-François Lemaire
Contes et récits de l'Egypte ancienne: Claire Lalouette (plusieurs lecteurs)
Petites embrouilles et pieux mensonges: Elizabeth Young
Chansonnette funèbre: Jonathan Stagge
Murmure de la source: Georges Haldas
Le mystérieux chevalier («La cabane magique», tome 2): Mary Pope Osborne
Antoine et Julie: Georges Simenon

2003:
C'était au milieu du siècle: Armand Maillard
Les amants de Saint-Pétersbourg: Jean Chapot
La muse dans le grenier: Didier Cornaille
Le manteau neuf d'Anita: Vera Caspary
Ouvrière: Franck Magloire
Et la radio créa la Suisse Romande: Jacques Donzel

2004:
Le prince des voleurs: Cornelia Funke
Au bonheur du matin: Marie-Paule Armand
Un horloger bien tranquille: Sylvie Anne
Les otages de la Dent Blanche: Alain le Bussy

2005:
Harry Potter et l'ordre du phénix («Harry Potter», tome 5): J. K. Rowling
Maigret et les petits cochons sans queue: Georges Simenon

2006:
Eragon («L'héritage», tome 1): Christopher Paolini
Pour le meilleur et pour la mort: Peter Lovesey
La terre du bourreau: Bill Pronzini
Maigret et l'inspecteur malgracieux: Georges Simenon

2007:
Morts croisées: Ruth Rendell
Les sabots d'Angèle («Les chemins de nos pères», tome 2): Georges Coulonges
L'habit rouge de Peter Pan: Geraldine Maccaughrean
Vacances éternelles: Hélène de Monaghan

2008:
Service compris: Hélène de Monaghan

lundi 25 février 2008

lundi
25
février 2008

*Tour d'horizon.

En ce moment, le livre audio bouge. Un nouvel éditeur est apparu, et sort majoritairement des romans. Cela oblige les éditeurs déjà existants à se diversifier. C'est une bonne chose.
Certains livres commencent même à être à des prix abordables. Cela obligera peut-être les autres éditeurs à s'aligner. Autre bonne chose.

L'une des bibliothèques bénévoles où je suis abonnée recrute pas mal de nouveaux lecteurs, qui, à mon avis, lisent bien. D'un autre côté, ceux qui lisaient avant et qui continuent de le faire sont toujours aussi bons dans leurs interprétations. Chacun a son style, chacun fait passer les émotions d'un livre à sa manière, et c'est réussi.

Et malgré toutes ces choses positives, je râle.
Je râle parce que si on sort du roman, du thriller, etc, le fantastique et la fantasy sont presque complètement laissés de côté, ce qui me frustre.
En outre, 50% des nouveautés de l'un des éditeurs de livres audio sont lus par une lectrice dont je n'apprécie pas le jeu. Bon, vous allez me dire qu'il me reste 50% des nouveautés de cet éditeur à lire. Oui, on peut le voir comme ça. Et si je voulais lire certains des livres faisant partie des 50% lus par cette personne? (Oui, je suis chiante, je sais.) Il ne me reste plus qu'à espérer qu'une bibliothèque bénévole les sortira.

Conclusion: que le livre audio continue à s'étendre, et surtout, à se diversifier, tant au niveau des genres que des voix.

Edit: Ce billet donne plus de détails que moi sur le nouvel éditeur de livres audio. Il complète donc ce que j'ai écrit, bien que je ne partage pas totalement l'avis de son auteur. En outre, certains commentaires du billet sus-lié prolongent mon billet. (C'est comme un cross-over. ;) )

lundi
25
février 2008

L'infirmière, d'Henry Denker.

L'ouvrage:
Les années 60.
Samuel Horrowitz a 68 ans. Il a deux grands enfants, Marvin et Mona. Sa femme, Anna, est morte, et elle lui manque beaucoup. Il a passé sa vie à travailler, il connaît la valeur des choses. Il doit son aisance actuelle à son acharnement à réussir.

Un soir, il se fait agresser dans la rue par une bande de noirs. Alors qu'on lui donne les premiers soins, il est victime d'une crise cardiaque.
Il finit par se remettre, seulement, il garde des séquelles. Il a une cicatrice sur la joue, là où l'un de ses agresseur a tailladé au rasoir. En outre, son bras et sa jambes gauches sont presqu'impossibles à utiliser. Avec de la rééducation, il est possible qu'il retrouve le plein usage de ses membres.
Deux solutions s'offrent à lui: soit il quitte sa maison et sa ville pour aller vivre chez sa fille, soit il accepte une infirmière à domicile.

Critique:
Le personnage d'Horrowitz est intéressant, car complexe. Il attendrit le lecteur lorsqu'il essaie de cacher ses faiblesses et son sentimentalisme. Et puis, on comprend cet homme fier, qui n'aime rien demander à personne, qui se retrouve obligé de demander l'aide de son infirmière pour de petites choses, et doit utiliser des objets qui lui font ressentir son infirmité (infirmité qu'il vit mal): fourchette capitonnée, par exemple. (Il est toujours frustrant et gênant de devoir demander de l'aide aux autres pour les choses du quotidien.)
Horrowitz est également horripilant, car son racisme lui fait tenir des propos choquants. Bien sûr, il faut se remettre dans le contexte. Par ailleurs, son agression l'a traumatisé, et a renforcé l'opinion qu'il avait des noirs. On se doute très vite qu'Ariet Washington et lui deviendront amis, malgré la réticence et le mauvais caractère d'Horrowitz. Il y a quand même une scène qui traîne un peu, et où le lecteur avait déjà compris ce que les préjugés d'Horrowitz l'empêchent de comprendre. C'est lorsqu'il va à l'hôpital, voir Conrad.
Le lecteur compatit également: Horrowitz est seul, sa femme lui manque, il s'est fait agresser, il se replie donc un peu sur lui-même.

Le personnage de Mona est un peu caricatural. Elle est engluée dans ses certitudes et ses préjugés, dirigiste, et trouve à redire à tout. Par certains côtés, elle rappelle Horrowitz. Elle est très importante dans l'histoire, car ce sera elle qui, involontairement, poussera son père à vouloir faire des progrès, à vouloir se reprendre en main.

On admire beaucoup le personnage d'Ariet Washington, bien sûr. On se demande si on supporterait tout ce qu'elle endure aussi vaillamment qu'elle.

C'est un livre réussi, qui nous fait passer par toute une palette de sentiments: joie, émotion, rire... Il montre avec finesse que tout n'est pas aussi manichéen que le pense Horrowitz.

Je ne parle pas souvent des prestations des lecteurs, mais j'aimerais m'attarder sur celle de la lectrice qui a enregistré ce livre. Il s'agit d'Anne-Marie Scaramuzzi, qui a enregistré cet ouvrage pour la Bibliothèque Braille Romande. Cette lectrice est remarquable. Elle joue les livres qu'elle interprète, sans trop en faire. Ce qui me surprend toujours, lorsque je l'entends, c'est qu'elle sait pleurer. Il est très dur, à mon avis, de feindre les sanglots sans trop en faire, surtout pour un lecteur non professionnel. Eh bien, Anne-Marie Scaramuzzi arrive à faire cela, notamment dans «L'infirmière».

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lundi 18 février 2008

lundi
18
février 2008

Interface, de M. T. Anderson.

L'ouvrage:
L'interface, c'est vraiment très pratique. On vous l'implante dans le cerveau, lorsque vous êtes jeune, et un tas de possibilités s'ouvrent à vous. Vous pouvez communiquer avec une personne sans parler, juste par interfaces interposées. De plus, vous avez accès à toutes les publicités inhérentes à l'endroit où vous vous trouvez. Vous pouvez ainsi commander tout ce que vous voulez quand vous le voulez, encore et toujours par l'intermédiaire de votre interface.

Titus et ses amis décident, ce soir-là, de se rendre sur la Lune. Ils vont en boîte, et rencontrent une adolescente comme eux, Violet, venue sur la Lune pour la première fois. Ils sympathisent.
Soudain, un inconnu s'approche, et les touche tous en répétant la même phrase. Il pirate leurs interfaces, ce qui fait qu'ils se mettent tous à répéter cette phrase, comme une litanie. Les autorités sont obligées de les déconnecter.

Critique:
Au début, quand on lit l'histoire de ces adolescents qui vont sur la Lune, on se trouve dans une ambiance détendue. On s'amuse bien avec eux. On se dit même qu'on aimerait bien avoir une interface. Et puis, tout cela se fissure. Deux choses d'apparence insignifiante m'ont fait revenir sur mon extase à propos de l'interface. D'abord, Loga est la seule à ne pas être déconnectée, car elle n'a pas été touchée par l'homme qui a piraté les interfaces. Pendant qu'elle rend visite à ses amis privés de contact avec le reste du monde, elle communique avec d'autres amis, restés sur Terre, par interface. Elle a une attitude très égoïste et insouciante.
D'autre part, alors que les adolescents ne sont pas encore déconnectés, l'un d'eux se met à commander n'importe quoi, et affirme qu'il ne sait même pas lui-même pourquoi il commande cela, et qu'il ne s'en servira pas. L'interface permettant d'accéder à n'importe quoi n'importe quand, on commande comme ça, sans trop savoir pourquoi, on ne se rend plus compte de la valeur des choses.

Ce qui arrive par la suite est une terrible illustration de l'égoïsme, et de la superficialité des gens possédant une interface. Le père de Violet explique pourquoi il ne voulait pas que sa fille en ait une. Il a finalement cédé à la pression de la société. Il a tenté d'agir au mieux, afin d'éviter que sa fille soit une paria.

Ce livre est donc une critique assez percutante et acerbe de la société de consommation. Les gens deviennent dépendants de leur interface, ne pensent plus vraiment, ne réfléchissent plus, et la personne qu'on a voulu préserver se fait broyer par le système. Bien sûr, on me rétorquera que Violet aurait dû avoir une interface plus tôt, et rien ne lui serait arrivé. Pourtant, les quelques années où elle n'a pas eu d'interface ont fait d'elle quelqu'un qui réfléchit, qui s'intéresse à tout, qui cherche à comprendre, à apprendre. La petite révolte de son père la rejette, l'expulse du système. La façon dont l'auteur nous montre l'injustice, la primitivité de cette société est bouleversante. On est choqué, anéanti. Mais n'est-ce pas ce que l'auteur voulait? Il nous prévient, nous avertit: on ne doit pas devenir comme ces gens qui ne réfléchissent plus.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Nadine Wergi-Feuss pour la Ligue Braille.
(Note: Les noms des lecteurs de la Ligue Braille ne sont écrits nulle part. Je dois donc deviner leur orthographe. Je présente ici mes excuses à ceux dont j'estropie les noms.

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jeudi 14 février 2008

jeudi
14
février 2008

*Fabienne-Xavière Sturm.

Aujourd'hui, c'est Fabienne-Xavière Sturm, lectrice bénévole, qui répond à mes questions.

La Livrophile: Quel âge avez-vous?
Fabienne-Xavière Sturm: 62 ans.

L: Comment en êtes-vous arrivée à enregistrer des livres?
F.-X. S.: Lors d'un cocktail assez bohème chez un conservateur de musée - j'étais à l'époque assistante-conservateur au Musée d'art et d'histoire de Genève- j'ai bavardé avec une très belle femme assez mystérieuse qui m'a demandé d'où je venais. J'ai répondu que j'étais alsacienne et elle a remarqué que je n'avais pas l'accent alsacien! C'est elle qui m'a parlé du Bien des aveugles et de la lecture bénévole. Peu de temps après, j'ai proposé mes services qui furent acceptés, sans contrôle particulier. C'était géré par des dames de la bourgeoisie genevoise, assez "patronnesses", qui censuraient les passages scabreux - ce qui me scandalisait, ayant toujours estimé que les aveugles et mal-voyants étaient des personnes comme les autres- mais c'était une atmosphère sympatique, chaleureuse. On était assez libre de proposer des ouvrages.

L: Avez-vous suivi une formation de comédienne? (Je trouve que vous avez une voix très posée, très classe, et que vous parlez toujours très distinctement.)
F.-X. S.: Je n'ai suivi aucune formation de comédienne, mais fus éduquée chez les Ursulines à Mulhouse; nous avions des cours de diction et nous apprenions beaucoup de poèmes. Plus tard en faisant Sciences Po à Strasbourg, nous avions aussi des cours de diction pour apprendre à parler en public. Cela m'a beaucoup servi plus tard dans la pratique de mon métier de conservateur et combien de fois des Genevois sont-ils venus me féliciter après une conférence ou une visite commentée et me dire combien ils étaient sensibles à ma langue et à ma diction. La pratique de la lecture parlée a énormément entretenu cette diction.

L: Si j'ai bien compris, vous enregistrez des livres depuis 1978. Pouvez-vous m'expliquer comment se déroulaient les enregistrements avant que la BBR enregistre sur cassettes?
F.-X. S.: En 1978, le Bien des aveugles enregistrait déjà sur cassettes dans un studio tapissé de "cartons d'oeufs" très mal insonorisé. J'enregistrais toujours une cassette entière, soit deux fois 45 minutes. Je sais que certains lecteurs allaient ou vont encore à domicile. Cela je ne l'ai jamais encore jamais fait.
Aujourd'hui le Bien des aveugles s'est énormément professionnalisé, ce qui est bien. Plus n'importe quel lecteur n'est accepté; il y a des essais de voix et de lecture, des évaluations. Des séminaires de placement de voix, d'introduction à la ponctuation, avec des personnes compétentes, ont été organisés. Ce fut très enrichissant.

L: Maintenant que les enregistrements sont en numérique, j'ai constaté certains changements. Par exemple, les erreurs de lecture doivent être retirées. Est-ce fastidieux pour vous?
F.-X. S.: Rien n'est vraiment fastidieux pour moi et souvent ce sont d'autres qui se chargent de faire un toilettage. Parfois je me reprends dans la foulée de l'erreur en la laissant, c'est spontané, pas vraiment gênant si c'est fait avec naturel. L'aseptisation systématique au détriment d'une certaine "vie", ce n'est pas mon truc. Mais c'est vrai, il y a des liaisons fatales...

L: D'autre part, j'ai remarqué que pour certains livres (ceux ayant une table des matières et/ou un index), le lecteur bénévole devait paginer (annoncer «page tant« à chaque changement de page), afin que l'auditeur ait une présentation la plus proche possible de celle du livre papier. Je sais que vous avez dû paginer au moins un livre (assez gros, en plus). N'est-ce pas laborieux pour vous? Je vous avoue que j'ai été très fâchée de cette décision, car je ne possède pas de lecteur DAISY, je ne peux donc pas sauter les «page tant«. Tout ce que je demandais à mon lecteur MP3, c'était de reprendre là où j'ai arrêté la fois précédente. Pour être franche, je trouve que les lecteurs DAISY sont une arnaque (je l'ai d'ailleurs dit à Roberto Othenin-Girard), car ils sont beaucoup plus chers que des lecteurs «normaux«. Soit, ils offrent plus de possibilités, mais ces possibilités ne sont utilisées que rarement, du moins, par moi.
F.-X. S.: Je n'aime pas paginer, c'est lourd aussi pour le lecteur.

L: Sur chaque livre enregistré de la BBR, le lecteur bénévole annonce son nom. Pourquoi ne l'annoncez-vous pas de la même façon à chaque fois? Parfois, vous donnez votre prénom en entier, parfois non, parfois (me semble-t-il), vous dites «madame Sturm«...
F.-X. S.: Je ne sais pas, quand je dis "madame", franchement c'est stupide non?

L: Pour vos lectures personnelles, avez-vous une préférence pour un genre de livres? De même, y a-t-il un genre de livres que vous n'aimez absolument pas?
F.-X. S.: J'ai une préférence très particulière pour le roman anglo-saxon (et le genre des nouvelles dont ils sont les rois) que je trouve très remarquable: les Brontë, Jane Austen, Virginia Woolf, Katherine Mansdfield, Cowper Powis, Henry James, Wilde et pour les plus récents Anita Brookner, David Lodge, Paul Auster etc. Je suis une grande lectrice de romans policiers, de biographies, de journaux intimes, de correspondances, parfois de philosophie, en particulier François Jullien car le lien entre l'Orient et l'Occident m'a toujours intéressée, ou Simone Weil, ou Nietzsche. Les poètes aussi sont mes compagnons, surtout Verlaine ou Rilke, Char, Michaux. J'aime vagabonder dans ma collection de Pléiades, au hasard, comme une promenade ou une flânerie.
Je n'aime pas du tout la science-fiction. Et le roman français contemporain, mais je ne fais pas de grands efforts pour explorer je l'avoue!
L: Zut, vous non plus n'aimez pas la science-fiction... J'aimerais lire des romans de fantasy (un sous-genre du fantastique), mais les lecteurs bénévoles n'ont pas l'air fans. Et mes interviews me confirment ce que je pensais. En plus, les romans fantasy sont généralement des séries en plusieurs tomes.
F.-X. S.: Je suis prête à m'y mettre. Finalement, la curiosité est la plus forte!

L: Comment choisissez-vous quels livres vous allez enregistrer? Je suppose que vous n'enregistrez pas uniquement ceux que vous aimeriez lire. D'après mes déductions, vous prenez ce qu'on vous propose, car vous avez enregistré des documentaires, des romans policiers, des romans d'amour... A ce sujet, j'ai emprunté, dernièrement, un livre parce qu'il était lu par vous (J'emprunte en fonction du résumé, mais aussi en fonction du lecteur: je n'aime pas Danielle Steel, et j'ai pourtant emprunté certains livres d'elle parce qu'ils étaient lus par vous, ou par madame Laurence Gargantini. Je pense que je finirai par emprunter tous les Steel que vous avez enregistrés. J'aurai plus de mal pour les Cartland. Je l'aime encore moins.), et à l'écoute, je me suis aperçue que c'était un livre de la collection Harlequin. J'étais très déçue, mais je l'ai quand même lu, car il était lu par vous. Il était aussi creux que ce que j'avais imaginé lorsque j'ai entendu «Harlequin«. C'était «Une famille rêvée«, de Donna Clayton.
F.-X. S.: Je ne suis pas raciste même en littérature! Pourquoi pas la collection Harlequin? En plus c'était une demande de lectrice, personne ne voulait le lire, moi cela m'amuse énormément. Barbara Cartland est moins prétentieuse que Marc Lévy et pas si creuse que ça, moins creuse que Coehlo! On doit respecter tous les goûts et répondre aux demandes, c'est la moindre des choses. Se faire plaisir en lisant oui, mais d'abord faire plaisir à l'auditeur. Je prends ce qu'il y a sur le rayon, c'est souvent TRES décevant; tant de bons livres paraissent et parfois on me dit que je ne peux pas lire tel ou tel car il faut une voix d'homme. Cela ménerve... En tant qu'abonnée, n'hésitez pas à demander des livres, des bons livres. Quant à Danielle Steel, c'est la demande récurrente d'une abonnée. Là encore il y a peu d'amateurs parmi les lecteurs bénévoles, je me dévoue mais sans trop de peine. Steel est parfois très bonne, parfois très mauvaise, comme beaucoup d'auteurs non? Dès le moment où l'on sait dans quoi on s'embarque, il faut jouer le jeu jusqu'au bout. C'est un peu comme la musique, il y a un moment pour Schubert, un moment pour Lully, un moment pour Carla Bruni, un autre pour Messian ou Mouloudji etc.
L: Pour l'instant, tout les romans Harlequin que j'ai lus (je n'en n'ai lu que deux, en fait), m'ont paru trop clichés, trop téléphonés... Et donc, je n'ai pas été déçue par "Une famille rêvée», m'attendant à ça.
F.-X. S.: Harlequin c'est Harlequin. C'est un genre, c'est la littérature de ceux qui ne lisent pas mais qui sont respectables, c'est pour cela que je lis aussi des Harlequin: En plus cela m'amuse!

L: Parmi les livres que vous avez enregistrés, quels sont ceux que vous avez préférés?
F.-X. S.: J'en ai enregistré, selon la liste qui m'a été fournie, une bonne centaine! Je retiendrai la magistrale biographie de Yourcenar par Josiane Savigneau; la traduction magique de la Promenade au phare de Virginia Woolf par cette même Yourcenar (et là mon émotion à lire à haute voix fut mémorable...); j'ai adoré lire Vie et mort d'un étang de la belge Marie Gevers; Les dépouilles de Poynton d'Henri James; la biographie d'Anne Marie Schwarzenbach écrite avec une grande sensibilité par sa traductrice Dominique Laure Miermont, ou encore Laisse-moi de l'auteur suisse alémanique Markus Werner. Parmi les oeuvres faites à deux voix, formule que j'ai introduite, je me souviens des deux pièces de Jules Renard, Le plaisir de rompre et Le pain de ménage; Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée de Musset; Entre femmes, dialogue entre Jeanne Bourin et Régine Deforges; des extraits de Bérénice et d'Andromaque, de Jean Racine...
L: Je vais bientôt lire la biographie d'Anne Marie Schwarzenbach. Je vous dirai ce que j'en ai pensé.
F.-X. S.: Oui, je me réjouis de vous entendre à ce sujet. Le personnage est spécial, l'époque aussi, mais il y a beaucoup de charme un peu étrange.

L: Est-il arrivé qu'un livre à enregistrer vous tente, puis qu'après avoir approfondi, vous le trouviez beaucoup moins à votre goût? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples? A l'inverse, un livre qui ne vous tentait pas s'est-il révélé bien plus plaisant que prévu? Pouvez-vous donner un ou plusieurs exemples?
F.-X. S.: Je n'ai pas un bon souvenir, curieusement, du livre de Daniel Boulanger, Les jeux du tour de ville; je n'ai pas aimé lire la saison 2 de Doggy bag de Philippe Djian et encore moins un méchant livre sur Ségolène Royal de Messieurs Mantoux et Aymeric...
A l'inverse, n'ayant pas une passion pour Modiano, j'ai aimé lire sa Dora Bruder...
L: Ah? Vous n'avez pas aimé la saison 2 de "Doggy bag»? Vous l'avez trouvée trop vulgaire?... (Philippe Djian peut être assez vulgaire...)
F.-X. S.: Cela m'a ennuyée parce que je n'avais pas lu le livre précédent, c'est une lecture partagée. Ce n'est pas la vulgarité qui me gêne, mais une écriture médiocre. Ce qui peut «marcher» à la télé, ne marche pas forcément en "littérature"... La confusion des genres, comme la confusion des valeurs, cela m'ennuie.

L: Combien de temps avez-vous pour vous approprier le livre avant de l'enregistrer? Le lisez-vous plusieurs fois? Lisez-vous un chapitre, puis l'enregistrez-vous? Découvrez-vous le livre au moment où vous l'enregistrez? Vous imaginez-vous facilement les personnages (lorsque c'est un roman)? Expliquez votre démarche, vos habitudes.
F.-X. S.: Nous avons tout le temps que nous voulons pour nous approprier un livre. Mais, seuls les livres que j'ai proposé à la lecture et qui furent acceptés, ont été lus avant. La plupart du temps je les découvre à la lecture, c'est une question de pratique. Quand il y a des noms russes, je les répète. Le reste du temps je fonce.

L: Vous est-il arrivé d'interrompre l'enregistrement d'un ouvrage parce que ce que vous lisiez vous choquait ou vous émouvait?
F.-X. S.: Je n'ai pas le souvenir d'avoir été "choquée". Mais émue, oui souvent, sans pourtant m'être arrêtée, mais en laissant couler l'émotion dans la suite du texte.

L: Si j'ai bien compris, vous enregistrez à domicile. Comment cela se passe-t-il? Empruntez-vous plusieurs livres que vous ramenez enregistrés tous en même temps? N'en n'empruntez-vous qu'un à la fois? ... Combien de temps enregistrez-vous à chaque fois? Enregistrez-vous tous les jours?...
F.-X. S.: J'ai commencé la lecture à domicile l'année dernière. Je suis assez irrégulière, moins disciplinée que le rituel imposé du rendez-vous hebdomadaire du lundi en studio où je lis une heure. A la maison je peux lire deux heures le matin, une heure l'après midi, le livre avance bien. Ma maison est dans la campagne à 20km de Genève, je n'y suis pas aussi souvent que j'aimerais. Mais je suis très bien installée, dans une pièce dite "la bibliothèque", car il y a une grande bibliothèque en acajou, très belle, qui prend deux murs et que je me suis achetée à tempérament avec mon premier salaire et qui m'a toujours suivie; c'est une pièce très claire et chaleureuse, agréable. Des conditions parfaites pour l'exercice. Mais il est fondamental que j'y sois seule pour avoir les bonnes conditions de concentration, de temps, de tranquililté. Il m'arrive d'avoir deux livres en même temps et je varie les plaisirs.

L: A quelle fréquence allez-vous à la BBR?
F.-X. S.: Tous les lundis de 11h15 à 12h30. Parfois nous lisons à deux, le jour et l'heure changent dès lors.

L: Lorsque vous enregistrez dans les cabines de la BBR, faites-vous plusieurs séances d'enregistrement par semaine?
F.-X. S.: Je n'ai toujours fait qu'une séance par semaine.

L: Qu'enregistrez-vous en ce moment?
F.-X. S.: Un livre sur la princesse de Lamballe...

L: Faites-vous particulièrement attention à ne pas abîmer votre voix dans la vie de tous les jours?
F.-X. S.: Non, pas particulièrement.

L: Fumez-vous?
F.-X. S.: Oui parfois, parfois pas. Parfois la cigarette, parfois le cigare (petit!).

L: Exercez-vous un métier en plus de cette activité de lectrice bénévole?
F.-X. S.: J'ai été conservateur de musée pendant plus de trente ans. J'ai eu une chance folle d'exercer cette profession passionnante. Aujourd'hui j'accepte des mandats divers et variés, du genre organiser et présider des colloques, diriger des projets, faire partie de conseils d'administration, publier...

L: Quels sont vos centres d'intérêt à part la lecture?
F.-X. S.: Le cinéma, le théâtre, les expositions, les amis, organiser des dîners, les siestes, le hamac, écrire... le farniente, voyager.

L: Avez-vous une devise dans la vie?
F.-X. S.: Depuis 2002, l'année où j'ai pris une retraite anticipée: pourquoi faire demain ce que j'aurais dû faire hier. Avant c'était du genre: Haut les coeurs!

L: Y a-t-il quelque chose que vous souhaiteriez ajouter?
F.-X. S.: Lire ce n'est pas réciter, ce n'est pas "jouer", ce n'est pas parler, c'est lire. Et lire, dans cette circonstance particulière de lecture bénévole pour les aveugles et mal-voyants, c'est donner sa voix à l'auteur pour donner un texte à l'auditeur. En fait, ce qu'il faut donner c'est la "voix" de l'auteur.
C'est un délice absolu quand l'auteur sait écrire, quand il a du ou un style, quand il sait utiliser sa langue, quand il a quelque chose à dire que l'on a du bonheur à transmettre, faire passer, restituer. C'est un délice absolu de lire un auteur que l'on aime. J'ai appris à lire moins vite, à trouver la respiration d'un texte.
Rien n'est plus désagréable, parfois même pénible, que de lire un livre mal écrit, mal construit, mal ponctué, mal rythmé...

Liste des livres enregistrés par Fabienne-Xavière Sturm:
1977:
Ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre («Un seul ennui: les jours raccourcissent», tome 2): Flora Groult

1980:
La nostalgie n'est plus ce qu'elle était: Simone Signoret
Le cygne de Fanny: Suzanne Prou

1981:
Gatsby le magnifique: Francis Scott Fitzgerald
Les dépouilles de Poyton: Henry James

1982:
Confidences: Marcel Pagnol
La liberté souffre violence: Elisabeth Miribel
Emma: Jane Austen

1983:
Pique-nique et autres charivaris: Gerald Durrell
Rosa Bonheur ou L'insolence : histoire d'une vie (1822-1899): Danielle Digne
Oeuvres, récits: Anton-Pavlovitch Tchekhov
Le couloir du dancing: Bertrand Poirot-Delpech
Vagabondages : évocations et réflexions: André Chedel

1984:
La mariée de Saint-Médard: Jeanne Cressanges
Fantasia chez les ploucs: Charles Williams
Le pain de ménage; Le plaisir de rompre: Jules Renard (avec monsieur Vaucher)
Les jeux du tour de ville: Daniel Boulanger

1985:
Le bal du gouverneur: Marie-France Pisier
L'héritage: Colette Audry
Les plaisirs et les jeux: mémoires du Cuib et du Tioup: Georges Duhamel
Adieu Volodia: Simone Signoret
La première habitude: Françoise Lefèvre

1986:
La petite fille à l'escarpolette: Charlotte Crozet
La volière: Diane de Margerie
Histoire de Marie Vallier: Michel Versant
Miséréré («Le royaume du nord», tome 3): Bernard Clavel
Un amour de chat: Frédéric Vitoux

1987:
Atteinte à la mémoire des morts: Dominique Schneidre
Le beau masque: Jean-Claude Pascal

1988:
La promenade au phare: Virginia Woolf
Mrs. Dalloway: Virginia Woolf

1989:
Une femme en exil: Madeleine Chapsal

1990:
La maison aux escaliers: Ruth Rendell
Il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée: Alfred de Musset (avec monsieur Pierre Ducommun)
Des filles bien élevées: Anne Wiazemsky
Loving: Danielle Steel

1991:
Bérénice; Andromaque: Jean Racine (avec monsieur Pierre Ducommun)

1994:
Marguerite Yourcenar, l'invention d'une vie: Josyane Savigneau
Le tableau du maître flamand: Arturo Perez-Reverte

1995:
Providence: Anita Brookner
La fille que j'ai abandonnée: Shûsaku Endô
Jusqu'au dernier penny: Francis Scott Fitzgerald
Ce que vivent les roses: Mary Higgins Clark

1996:
Lila dit ça: Chimo
L'eau de neige, le tiède et le frais: histoire et géographie des boissons fraîches: Xavier Planhol
Les fourmis de la gare de Berne: Bernard Comment
Péplum: Amélie Nothomb (avec monsieur Hervé Choisy)
Histoire et traditions de Cartigny: Jean Martin
Petit traité des grandes vertus: André Comte-Sponville

1997:
Dora Bruder: Patrick Modiano
Douleur apache: Patrick Mosconi
Le moine et le philosophe: le bouddhisme aujourd'hui: Jean-François Revel (avec monsieur Pierre Ducommun)
La castration mentale: Bernard Noël
Le prochain amour: Yves Simon

1998:
Mon galurin gris: petites géographies: Olivier Rolin
Mémoire, mon beau navire: les vacances d'un ethnologue: Luc de Heusch
La République expliquée à ma fille: Régis Debray

1999:
une mort obsédante: Ruth Rendell
La dame qui aimait les toilettes propres : chronique d'une des plus étranges histoires colportées dans les environs de New York: James Patrick Donleavy
La vie commune: Lydie Salvayre
La sagesse des modernes: dix questions pour notre temps: André Comte-Sponville

2000:
La griffe du sud: Patricia Cornwell
Entre femmes: Jeanne Bourin et Régine Deforges (avec madame Martine Tavelli)
Politique des sexes: Sylviane Agacinski

2001:
Roméo et Juliette: William Shakespeare (plusieurs lecteurs)
Dans ces bras-là: Camille Laurens
Ah, quel bonheur!: Albert Memmi
Maintenant et pour toujours: Danielle Steel
Forces irrésistibles: Danielle Steel

2002:
Vie et mort d'un étang: Marie Gevers
Marie-Antoinette, journal d'une reine: Evelyne Lever
Laisse-moi: Markus Werner
Ce soir je veillerai sur toi: Mary Higgins Clark

2003:
D'un bord à l'autre («Chroniques de San Francisco», tome 5): Armistead Maupin
Tant que nous existons: Maruja Torrès
Rainier de Monaco et les Grimaldi: Stéphane Bern
Le rapport omertà 2003: Sophie Coignard
expériences de philosophie quotidienne: Roger-Pol Droit (Plusieurs lecteurs)
Jacques Prévert en vérité: Yves Courrière (plusieurs lecteurs)
Le cadeau: Danielle Steel

2004:
L'adieu aux abeilles et autres nouvelles: Alexandre Voisard
Nous nous connaissons déjà: Anne-Marie Garat
Je voudrais être l'herbe sur cette prairie ("Je suis tout ce que je rencontre", tome 2): Corinne Desarzens
Les grands philosophes et leur philosophie : une histoire mouvementée et belliqueuse: François Dagognet

2005:
Annemarie Schwarzenbach ou Le mal d'Europe: Dominique Laure Miermont
Colette: une dame, trois rois et quelques cavaliers: Paul Argonne
La natte coupée: Françoise Xénakis

2006:
Nazis dans le métro (une aventure du Poulpe): Didier Daeninckx
Le ranch: Danielle Steel

2007:
Le cher ange («Scènes de la vie de famille», tome 3): Nancy Mitford
Rendez-vous: Danielle Steel
Signe suspect: Patricia Cornwell
Saison 2 («Doggy bag», tome 2): Philippe Djian
Les grandes maisons: une institutrice neuchâteloise chez les nobles de Bavière et du Royaume-Uni: Ida Blanchard
Une dame de l'ombre à la cour de Russie: Louis Beroud
Un nouveau bonheur: Barbara Cartland
Une rose pour Almira: Barbara Cartland
Une famille rêvée: Donna Clayton
Ségolène Royal: la dame aux deux visages: Mantoux et Aymeric
Carnet: phrases notées au hasard des lectures: Charles-Ferdinand Ramuz