mercredi, 30 juillet 2014

Rêves de garçons, de Laura Kasischke.

Rêves de garçons

L'ouvrage:
Cet été-là, Christie le passe dans un camp de pom-pom girls. Un jour, lasses du quotidien de la colonie, Desree, une autre Christie et elle s'en vont en douce pour l'après-midi. Leur idée est d'aller se baigner dans le lac des amants. Sur le trajet, elles croisent un vieux break à bord duquel se trouvent des garçons. Elles sont loin de soupçonner l'impact de cette rencontre.

Critique:
Là encore, Laura Kasischke s'y entend pour distiller une ambiance particulière. Ici, elle est à la fois tendue et insouciante. On retrouve un parfum de gothique: des choses effrayantes (inventées, rêvées ou non) se passent la nuit. Christie évoque certaines peurs d'enfance qui sont également nocturnes. Enfin, sa grand-mère craignait le peuple de l'ombre.
D'autre part, l'héroïne mêle, au récit de cet été-là, des anecdotes de son passé qui font que le lecteur apprend à la connaître ainsi que son amie Desree. La narratrice est vue par les autres comme quelqu'un de gentil. En effet, elle est souriante, elle ne supporte pas l'évocation même d'une dissection, semble serviable... Cependant, on découvre vite que sa peur morbide de tout ce qui a trait à la mort de vient pas d'une empathie quelconque. Elle ne supporte pas l'idée de devoir voir du sang ou autre chose de ce genre, mais n'a aucune compassion pour celui qui souffre. Quant à son sourire de petite fille parfaite, il est mécanique.
Si Desree est tout aussi détestable, si elle le cache bien par de l'hypocrisie, elle est tout de même plus facile à cerner pour ceux qui l'entourent.
C'est ainsi que Laura Kasischke s'applique à démonter les rouages de cette société d'adolescents. De manière implacable, usant d'exemples et de mots percutants, elle montre jusqu'où vont l'artifice, l'égoïsme, l'indifférence. Même lorsqu'il semble y avoir de l'amitié, les relations sont fausses. En effet, Christie et Desree sont très amies, mais cela ne transparaît pas vraiment. Elles n'ont pas souvent l'air amical l'une envers l'autre, sauf peut-être lors de l'épisode du short taché. Par ailleurs, elles n'aiment pas l'autre Christie, mais l'emmènent lors de leur excursion.
De plus, elles sont assez superficielles pour se monter la tête sans savoir. Elles appliquent à mauvais escient le conseil comme quoi il ne faut pas frayer avec des inconnus.

Là encore, je pense que les retours en arrière sont bien utilisés. Je n'aime pas cette structure, mais ici, elle donne de la force au roman. Cela donne, bien sûr, une impression de fouillis, mais cela renforce cette tension, créée par petites touches, par de petites phrases ou des épisodes qui, isolés, n'auraient peut-être pas l'air si terribles. De plus, Christie raconte tout cela d'une manière presque détachée. Bien entendu, lorsqu'elle évoque une chose peu reluisante qu'elle a faite, elle se trouve des excuses, des justifications qui sont parfaitement valables à ses yeux, et assure que tout le monde agirait comme elle.

En outre, agrémenter son histoire de souvenirs épars permet à Christie de retarder le récit des faits qui sont le point culminant de l'intrigue. Tout au long du roman, le lecteur est préparé par ce qu'il devine de la personnalité de la narratrice. Je n'ai donc pas été surprise de lire comment Christie et les autres avaient réagi lorsque leurs actes ont eu une portée bien plus grande que les mauvaises actions appartenant au passé de l'héroïne.

La toute fin peut paraître spectaculaire. Pourtant, elle est préparée, surtout lorsque Christie raconte qu'elle a toujours été persuadée que la mort, c'était pour les autres. Si certains tentent de ressentir de l'empathie tout en sachant qu'ils ne pourront jamais totalement comprendre une douleur qu'ils n'ont pas vécue, Christie est trop confinée en elle-même pour en être capable. C'est là que la toute fin prend sens. Elle aurait été bien moins percutante si la narratrice n'avait pas eu cette personnalité.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Laurence Lévesque pour l'INCA

Acheter « Rêves de garçons » sur Amazon
26 lectures

lundi, 28 juillet 2014

Les gens du Balto, de Faïza Guène.

Les gens du Balto

L'ouvrage:
Joigny-les-deux-bouts, petite ville de banlieue.
Joël Morvier, patron du bar le Balto, est retrouvé tué de sept coups de couteau dans le ventre. La police enquête sur l'identité de son assassin.

Critique:
À travers l'enquête, Faïza Guène trouve l'occasion de faire intervenir différents personnages. Le lecteur bénéficie du point de vue de chacun à tour de rôle. Au départ, on a l'impression que l'auteur aligne les clichés: on rencontre l'adolescente populaire, imbue d'elle-même, qui en veut à tout le monde, et qui ne sait pas aligner trois mots sans dire «lol». Il y a aussi l'homme dont le seul horizon est la télévision, la femme mal mariée qui envoie tout le monde au diable avec force insultes, qui rend son mari responsable de ses mauvais choix... Et puis, on apprend à connaître tous ces personnages, et on les comprend mieux. Bien sûr, on ne finit pas par les apprécier tous, mais on entre dans leur univers. Quant aux clichés, je pense qu'on doit rencontrer ce genre de personnages. D'autre part, certains évoluent. Si certains sont englués dans leur mal être ou leur suffisance, et ne cherchent pas à en sortir, d'autres trouvent la force de se remettre en question.
Nadia et Ali m'ont un peu fait penser à la famille d'Ahlème. Chacun d'eux fait face au racisme et au rejet comme il le peut. Bien sûr, ils ne sont pas rejetés par tous, ce qui n'aurait pas été crédible.
Chacun a un point de vue très tranché sur les autres. C'est aussi ce qui m'a un peu gênée. Pourtant, nous sommes tous comme ça: nous avons tous notre avis sur untel, même lorsqu'on essaie de ne pas avoir de préjugés. Ce qui est sûr, c'est que personne n'aimait Joël, ce qui, évidemment, va compliquer l'enquête.

C'est un peu pareil pour le style. Entre Taniel et Magalie qui sont adolescents, Yéva qui s'exprime soit à coups d'insultes soit d'un style ampoulé, sans parler du fait que même ceux qui ont un langage correct emploient souvent des tournures familières... Tout cela m'a paru un peu lourd, au début. J'avais l'impression que l'auteur en faisait trop, et j'avais peur que cela gâche tout. Finalement, je m'y suis habituée. D'ailleurs, la première surprise passée, on découvre que Faïza Guène a adopté un style différent pour chacun. Sous des dehors crus et abruptes, elle livre un texte très travaillé.

Rien ne traîne. En peu de pages, chaque personnage exprime son ressenti, sa façon d'être, ses aspirations. Concernant l'énigme, l'auteur use peut-être d'une ficelle un peu grosse: presque tout le monde s'est trouvé en bisbille avec Joël, ce soir-là, donc on suspecte tout le monde. Ce n'est pas si grave, car c'est crédible.

J'aurais aimé que la fin soit aussi explicite pour les personnages que pour le lecteur. En effet, le lecteur finit par tout savoir quant à ce qui est arrivé à Joël, mais le fait que les personnages ne connaissent qu'une partie de la vérité aura une conséquence qui ne me plaît pas.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour les éditions Audiolib.
La distribution est la suivante:
Julie Basecqz: Magalie et Nadia.
Patrick Donnay: Joël, Jacques, le présentateur de divers journaux.
Cachou Kirsch: Yeznig.
Aurélien Ringelheim: Taniel et Ali.
Fabienne Loriaux: Yeva.
Marianne Lanfrancard (dont je n'arrive pas à trouver l'orthographe du nom): la présentatrice de France Bleu.

Les cinq comédiens jouent bien. Certains n'avaient pas la partie facile.
Cachou Kirsch jouait Yeznig, l'adolescent handicapé mental. Il fallait qu'elle montre ce handicap par son intonation, mais elle ne devait surtout pas en faire trop. Pour moi, elle a parfaitement réussi.
Patrick Donnay et Aurélien Ringelheim avaient plusieurs rôles. Je leur ai su gré de ne pas avoir tenté de modifier leurs voix. Je pense que cela aurait été raté, car les rôles n'appelaient pas cela. Il peut, bien sûr, paraître un peu incongru qu'Untel et Untel aient la même voix, mais le lecteur est assez intelligent pour comprendre que l'éditeur ne pouvait pas multiplier les comédiens, et savoir qui parle, surtout que le personnage est nommé à chaque fois. Je n'aurais peut-être pas donné deux grands rôles à la même comédienne, alors qu'une autre en avait un tout petit, mais il aurait peut-être été difficile pour Marianne Lanfrancard de jouer une adolescente. De plus, Julie Basecqz s'en sort très bien, prenant une voix plus basse pour Magalie et une un peu plus aiguë (sans être désagréable) pour Nadia.
Quant à Fabienne Loriaux, il lui aurait été très facile de trop en faire. Le style imagé de Yeva est un appel au cabotinage. La comédienne s'en tire très bien en n'accentuant pas les lourdeurs, et en donnant une certaine fluidité aux paroles du personnages.

Acheter « Les gens du Balto » en audio sur Amazon
Acheter « Les gens du Balto » sur Amazon
78 lectures

vendredi, 25 juillet 2014

Rebecca, de Daphné du Maurier.

Rebecca

L'ouvrage:
La jeune héroïne (dont le prénom n'est jamais écrit) est demoiselle de compagnie de la capricieuse miss Van Hopper. Alors qu'elles sont dans un hôtel de Montecarlo, elles rencontrent Max de Winter, veuf depuis un an. Après plusieurs rencontres, Max et la narratrice tombent amoureux...

Critique:
Voilà longtemps que je souhaitais lire ce roman, mais je n'en ai jamais trouvé de version audio qui me convienne. J'ai eu raison d'attendre, puisque celle qui existe depuis peu a été enregistrée par une lectrice que j'apprécie beaucoup.

Pour une fois, je suis d'accord avec l'avis général: pour moi, ce roman est réellement à la hauteur de ce qu'on en dit. Alliant énigme policière, ambiance gothique, personnages charismatiques, et style fluide, Daphné du Maurier conduit son lecteur d'un chapitre à l'autre, et on ne voit pas le temps passer. Tout est réussi. L'intrigue policière se dessine tardivement. Cependant, je ne me suis pas ennuyée, car on ne peut pas ramener ce roman à un simple polar. Il est bien plus que cela.

Ceux qui me connaissent trouveront étrange que je ne me récrie pas quant à la structure du roman. En effet, l'héroïne commence par expliquer que la période de crise est passée, mais que les événements ont laissé une trace indélébile sur son compagnon et elle. Puis elle raconte l'histoire qui l'a conduite à ce résultat. Cela m'a gênée, mais dans une moindre mesure parce que le roman m'a beaucoup plu. D'autre part, l'auteur profite de ce début pour évoquer Manderley, la célèbre demeure des de Winter. Cette habitation luxueuse semble avoir une personnalité. Elle envoûte ceux qui s'en approchent. À la fois attrayante et mystérieuse, élégante et raffinée, elle renferme des personnages inquiétants, comme Mrs Danvers, qui supervise les domestiques, et qui est l'ancienne femme de chambre de Rebecca (la première femme de Max). L'ombre de Rebecca est d'ailleurs omniprésente, son souvenir étant entretenu par sa femme de chambre. Une ambiance tour à tour oppressante et bienfaitrice règne. Lorsque l'héroïne décrit Manderley, le lecteur y est aussitôt transporté.

La narratrice est timide et inexpérimentée. Elle porte un regard sans complaisance sur elle-même, se trouvant souvent gauche, se remettant en question. Cela lui ôte la mièvrerie qu'elle aurait pu avoir. Elle ne pense pas être à sa place, et agit fréquemment maladroitement, mais réfléchit, et ne se lamente pas indéfiniment sur son sort. Dépourvue d'artifices sans pour autant être parfaite, elle attirera la sympathie du lecteur.
On peut retrouver, dans le couple qu'elle forme avec Max, des échos de celui de Jane Eyre et d'Édouard Rochester. Deux jeunes filles timides et frêles qui finissent par révéler un caractère bien trempé, toutes deux éprises d'hommes plus âgés qu'elles, aux abords taciturnes, se révélant passionnés tout en gardant une part de mystère. Le tout abrité par une demeure qui laissera une empreinte dans l'esprit du lecteur. La scène finale de «Rebecca» est d'ailleurs un pendant d'une des scènes de «Jane Eyre».

Ce roman traverse le temps sans prendre une ride. Tous les ingrédients savamment mêlés par l'auteur en font un récit qui reste d'actualité.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.

Acheter « Rebecca » sur Amazon
100 lectures

mercredi, 23 juillet 2014

Paula T, une femme allemande, de Christoph Hein.

Paula T, une femme allemande

L'ouvrage:
Paula, née dans les années 50, ne souhaite qu'une chose: peindre. Pour cela, elle bravera des interdits, fera des choix difficiles.

Critique:
Christoph Hein brosse ici le portrait d'une femme très complexe qui fera naître plusieurs sentiments contradictoires chez le lecteur. La narratrice explique chaque choix qu'elle fait, donc même si on ne l'approuve pas, on n'a aucun doute sur ce qui la pousse à agir de telle ou telle manière. Inspirant à la fois admiration, répugnance, curiosité, cette femme ne laissera pas indifférent.

Sa relation avec ses enfants est sûrement ce qui perturbera le plus certains lecteurs. Pour ma part, je l'ai comprise, mais je pense que certains seront horrifiés, notamment de ce qui arrive avec sa fille. La comprendre ne veut pas dire que je l'ai totalement approuvée. Ce qui m'a surtout agacée, c'est que Paula était consciente de la portée et des conséquences de ses choix (dont certains étaient égoïstes), mais qu'elle souhaitait également que ceux qui en firent les frais les comprenne et les lui pardonne. J'ai trouvé qu'il était malvenu de sa part de se lamenter, alors qu'elle savait à quoi s'attendre.

On ne voit Hans (le mari de l'héroïne) qu'à travers les yeux de Paula. Comme il tente de s'opposer à ses études de peintre, et que par la suite, il lui cause d'autres torts, on aura tendance à ne pas vraiment l'apprécier. Cependant, la société de l'époque était encore assez fermée quant au rôle de la femme. En outre, les raisons pour lesquelles notre héroïne épouse Hans sont pour le moins discutables, tout comme les raisons pour lesquelles elle se met en ménage, par la suite. À ce sujet, c'est sûrement son attitude envers Heinrich qui m'a le plus choquée. Toute sa vie, Paula s'est insurgée et rebellée contre ceux qui la maltraitaient, et au moment où elle tombe sur quelqu'un de gentil, elle devient son bourreau. (Heinrich n'est pas le seul exemple de cela. Paula est particulièrement cruelle, et au fond, elle sait qu'elle pourrait ne pas l'être.) Je conçois qu'elle n'ait pas éprouvé de sentiments amoureux pour ces personnes, cela ne voulait pas dire qu'elle devait se montrer odieuse.

J'ai aimé l'idée que Katie et Paula cherchaient une âme soeur, peu importe que cela ait été un homme ou une femme. Elles ont certaines idées arrêtées sur les hommes, mais c'est dû à leur vécu et à l'époque. Paula découvre la sensualité et la tendresse là où elle ne les attendait pas forcément. Là encore, l'auteur décrit très bien les sensations et les doutes de cette femme qui tente de concilier ce qu'elle croit être, ce qu'elle souhaite être, ce que la société attend d'elle...

Concernant la peinture, j'ai toujours approuvé les choix de l'héroïne. Elle a toujours fait ce en quoi elle croyait. L'épisode de l'accueil de sa toile blanche montre une confrontation avec des gens bornés pour qui tout ce qui n'entre pas dans ce qu'ils pensent être de l'art n'est pas admissible.

L'enfance de l'héroïne est (comme souvent) une part importante du récit, et expliquera certaines facettes de sa personnalité par la suite. Si le lecteur n'apprécie pas le père, comment trouver la moindre excuse à la mère? On me dira que l'époque et la situation du pays faisaient qu'elle n'avait pas beaucoup de latitude. Ce n'est pas une excuse. Elle aurait pu tenter quelque chose. On voit ce dont elle est capable lors d'un épisode précis où elle surprend tout le monde.
Les épisodes racontant l'enfance de Paula, écrits à la troisième personne, alternent avec ceux de sa vie d'adulte qu'elle raconte à la première personne.

Je n'ai pas aimé que le roman commence par la mort de l'héroïne. Certes, beaucoup le font, et non des moindres. Alexandre Dumas fils l'a fait dans «La dame aux camélias». Cependant, je n'aime pas ce procédé parce qu'on sait tout de suite certaines choses de sa vie à cause de ce que disent certains personnages. On sait aussi comment l'héroïne est morte. Et puis, comme on ne connaît pas bien les protagonistes, il est un peu moins intéressant de les découvrir à un moment critique.
D'autre part, j'aurais aimé connaître l'après. Que vont finir par faire Michaël et Sebastian? On s'en doute, mais j'ai trouvé le tout un peu abrupte.

Un texte profond, puissant, lancinant. Une femme dont l'auteur montre parfaitement la complexité et l'intimité.

Éditeur: Métailié.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Le livre se déroule en Allemagne. La lectrice a pris le parti de prononcer les noms propres avec un accent allemand. Cela ne m'a pas trop gênée. Je pense que c'est parce qu'elle ne l'a pas exagéré.

Acheter « Paula T, une femme allemande » sur Amazon
86 lectures

lundi, 21 juillet 2014

La liste, de Siobhan Vivian.

La liste

L'ouvrage:
Au lycée de Mount Washington, une tradition veut que chaque année, une liste soit créée. Cette liste indique qui est la plus jolie fille et qui est la fille la plus moche de chaque niveau. On ne sait pas qui établit la fameuse liste ni comment le flambeau se passe.
L'auteur raconte une semaine de la vie du lycée, un mois après le début des cours. Le récit commence le jour de la publication de la liste.

Critique:
Siobhan Vivian montre très bien le grand jeu des adolescents. Ce «jeu» est accentué par cette liste, mais elle ne fait que l'attiser. Au fond, chacun souhaite être reconnu, apprécié. Chacun réagit différemment après la publication de la liste. Les jolies sont bien sûr flattées. J'ai d'ailleurs trouvé dommage qu'aucune jolie ne souhaite s'affranchir de cette mascarade. Il aurait cependant été difficile de créer un personnage qui n'aurait pas eu la tête tournée par cet honneur.
Lauren est sûrement celle qui m'a le plus déçue. Certes, elle ne connaît pas la subtilité de ce que j'appelle le «jeu» (expression que j'ai empruntée à Philippe Labro dans «L'étudiant étranger»), mais il m'a paru étrange qu'elle soit assez naïve pour penser qu'être sur la liste lui attirait des amies sincères. Au moins, les trois autres savaient à quoi s'en tenir. Il est curieux que la mère de Lauren, qui tient à ce que sa fille ne participe pas à ce genre de choses, ne l'ait pas avertie. Elle ne pouvait pas lui parler de la liste, ne la connaissant pas, mais elle aurait pu la mettre en garde contre des amitiés trop faciles.

L'auteur décrit très bien la réaction de Bridget, et comment celle-ci entre dans une spirale infernale. En voilà une complètement avalée par le «jeu». En outre, elle en est consciente.
Margot m'a laissé un sentiment mitigé. Si on lui en veut de certains actes, on ne peut s'empêcher de penser qu'on aurait peut-être agi comme elle à sa place.
Quant à Abby, je lui ai reproché d'être à ce point superficielle, mais c'est la plus jeune, et elle était déjà un peu comme ça avant d'entrer au lycée. Il est normal que sa soudaine popularité lui ait fait perdre la tête.

Quant aux «moches», leurs réactions ne m'ont pas forcément satisfaite, mais là encore, elles sont représentatives de ce qui pourrait arriver en pareil cas.
Certaines d'entre elles ont fini par en sortir grandies. C'est sûrement Sarah qui suscitera le plus de réactions de la part du lecteur: elle se veut indifférente, mais ses actes font qu'à l'instar des autres, elle est totalement happée par le «jeu». Je n'ai pu m'empêcher de rire en lisant la manière dont elle choisit de se révolter... ;-)

Parmi les personnages qui ne sont pas cités sur la liste, j'ai apprécié Fern, qui sait où est son intérêt, et qui tente de le faire comprendre à sa soeur. Lisa m'a également plu: pétillante, sympathique, elle est la seule à remarquer la détresse de sa soeur, et à oser l'affronter.
La mère de Lauren mérite également qu'on s'attarde sur elle. Elle n'a pas toujours la bonne méthode, et la communication n'est pas son fort, mais dans le fond, elle a raison.

Certains diront peut-être que le roman est plein de clichés. Pourtant, moi qui côtoie des adolescents tous les jours (plus jeunes que ceux du roman, mais si peu), j'ai cru me retrouver avec eux lors de ma lecture. Jeux de pouvoir, de séduction, de popularité, artifices... Seule, la proviseur (madame Colby) m'a paru peu creusée. Elle a certaines réactions qui ne sont pas dignes d'une chef. Par exemple, lorsqu'elle dit à Sarah qu'elle n'est pas d'accord avec ce qu'il y a écrit sur son front. Ce n'est pas de cette façon qu'il aurait fallu prendre la chose. Sarah et le lecteur se fichent de l'avis de la proviseur. Elle aurait dû expliquer à quel point c'est dégradant (comme le fait Fern), avec des mots durs, cinglants, qui marquent. D'autre part, lorsque madame Colby tente de faire preuve d'autorité face aux élèves, cela tombe à plat. Avec un proviseur de ce genre, le lycée devrait partir en vrille. Elle a à peine plus de maturité que les adolescentes dont il est question.

J'ai également regretté que la fin ne soit pas davantage détaillée. Certaines questions restent. Bien sûr, chacune ne va pas soudain changer, il est d'ailleurs bien que la romancière ait à peine amorcé quelque chose pour certains, mais des questions précises demeurent quant à quelques protagonistes.

Il est quand même étrange que la personne responsable de la liste puisse la photocopier et la poser partout sans que personne ne la voie faire.
D'autre part, j'ai trouvé un peu curieux que chaque niveau ne semble comporter qu'une classe.

Éditeur: Nathan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anne-Laure Rochat pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une voix douce et agréable, une diction très soignée. D'autre part, elle a su interpréter ce livre en mettant le ton approprié, mais sans prendre une intonation niaise ou mièvre. Elle aurait pu tomber dans ce travers, et heureusement, ne l'a pas fait.

Acheter « La liste » sur Amazon
119 lectures

- page 1 de 267