lundi, 29 septembre 2014

Fais de beaux rêves, mon enfant, de Massimo Gramellini.

Fais de beaux rêves, mon enfant

L'ouvrage:
Lorsque Massimo avait neuf ans, sa mère est morte. Dans ce livre, il raconte comment il a vécu avec ce poids, puis comment il a appris certaines choses.

Critique:
Ce roman est autobiographique. L'auteur trouve très bien les mots pour exprimer son mal être. Il change même de style selon qu'il raconte son enfance et ce qu'il se passe lorsqu'il est adulte. Ce glissement se fait très subtilement. Le style n'est jamais pompeux, jamais niais. Il est fluide, vivant.

Ce qu'exprime Massimo Gramellini montre les ravages des non-dits, des malentendus, de choses à demi-exprimées. Bien sûr, chacun pensait agir dans l'intérêt de Massimo, et dans ce genre de situations, les choses sont si délicates qu'on ne peut pas vraiment juger la façon dont s'est comporté son père, par exemple. Son père m'a d'ailleurs beaucoup touchée. Tentant de faire taire sa propre souffrance, il a voulu amoindrir celle de son fils, et malheureusement, sa manière d'agir a fait que ces deux souffrances n'ont pas pu se rejoindre, se comprendre... L'enfant qu'était Massimo est longtemps resté avec ses questions, les contes qu'il s'inventait, et surtout son déni. Ces gens ont éveillé ma compassion: ils ne savent pas gérer cette douleur et les circonstances de l'événement.

Massimo raconte les étapes de son deuil forcé. On le sent particulièrement démuni lorsqu'il avoue avoir oublié la voix de sa mère, lorsqu'il se rend compte que le visage maternel est flou dans sa mémoire.

On me dira, au vu de ma chronique, que tout cela semble larmoyant. Or, il n'en est rien. L'auteur évoque des moments bouleversants, mais il ne tombe jamais dans le pathos.

J'aurais d'autres choses à dire notamment sur la mère de l'auteur, mais j'en dévoilerais trop.

Remarque annexe:
J'aime beaucoup Billie qui semble vouloir s'entourer d'amour et qui est un être qu'on ne peut s'empêcher d'aimer.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Ceux qui ont l'habitude de lire mes chroniques savent à quel point je suis tatillonne quant à l'accentuation des mots étrangers. Je trouve très vite que les lecteurs en font trop. Ici, la lectrice prononce certains mots italiens. Elle y met un peu d'accent, mais n'exagère pas. Sa prononciation est naturelle.

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20 lectures

vendredi, 26 septembre 2014

Le rire du lance-flammes, de Serge Brussolo.

Le rire du lance-flammes

L'ouvrage:
Sur Pyrania, le feu ne s'éteint jamais, ou cela prend plusieurs années. Cela a plusieurs conséquences sur la population. Par exemple, ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un costume de protection sont immanquablement touchés par la suie, ce qui modifie la couleur de leur peau.
Maud est policière. Un jour, elle entend parler d'un dragon dont les liquides vitaux éteindraient le feu. Ce serait une aubaine pour les habitants de Pyrania.

Critique:
Ici, Serge Brussolo a créé une société obligée de vivre avec un paramètre dont elle ne peut faire abstraction. Partant de là, il a imaginé les diverses réactions des habitants de Pyrania. Comme dans d'autres romans, il développe une foule d'idées qu'il prend plaisir à pousser très loin. Le lecteur se retrouve immergé dans cette société et dans ses pratiques. Certains en profitent pour créer des mouilleries. D'autres collectent les braises afin qu'elles n'enflamment pas la planète, d'autres inventent des huiles éclaircissantes...

Dans un second temps, il y a l'enquête de Maud. C'est grâce à cela que le lecteur, à l'instar de l'héroïne, découvrira ce qui se joue véritablement. L'auteur développe, par ce biais, d'autres thèmes qui lui sont chers: fanatisme, corruption, folie, égoïsme. Tout cela est exploité de manière terriblement réaliste.

Même si ce roman fourmille de très bonnes idées et est d'un réalisme qui glace le sang, il m'a moins plu que les romans de ce genre qu'écrit Serge Brussolo. Je ne me suis pas vraiment attachée à Maud. C'est elle la plus lucide, mais elle manquait de l'épaisseur qu'ont certains héros brussoliens.
Quant à David, il est sympathique, mais n'est pas tellement creusé. Il me semble que le romancier s'est attaché à l'intrigue davantage qu'à l'épaisseur de ses personnages principaux.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud.

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68 lectures

mercredi, 24 septembre 2014

Journal intime d'un chat acariâtre, de Frédéric Pouhier et Susie Joufa.

Journal intime d'un chat acariâtre

L'ouvrage:
Edgar est un chat de six mois. Il vient d'être adopté par une famille d'humains. Il décide d'écrire un journal intime.

Critique:
Ce petit livre est placé sous le signe de l'humour. Celui-ci est présent de diverses façons. Il y a d'abord la question du point de vue. Edgar pense qu'il est très créatif lorsqu'il «refait» la garde-robe de Séverine. Il se dit aussi qu'il effraiera les humains en leur faisant une démonstration de sa force, et qu'ainsi, il les tiendra en son pouvoir. Pour ce faire, il leur apporte une souris qu'il a chassée. Loin d'être effrayée, la famille voit en lui un bon chasseur. Les situations de ce genre sont très nombreuses, au grand plaisir du lecteur.

Il y a ensuite certaines piques plus acérées, plus grinçantes. Ma préférée est certainement celle que lance Edgar lorsqu'il nous livre un extrait du journal de Patapouf (le chien de la maison). Patapouf écrit qu'il aime ses maîtres toutes les deux phrases. Juste avant l'extrait, Edgar dit: «Vous allez voir que Marc Lévy a du souci à se faire.»
À titre de second exemple, lorsqu'on interdit à Edgar de manger le canari, il proteste que c'est comme demander à un homme politique de ne pas mentir.
Ces répliques, dont l'humour est plus grinçant, pimentent agréablement la lecture.

Les auteurs font également rire en exposant certaines habitudes des chats. Par exemple, Edgar se préoccupe beaucoup de nourriture, quand il se couche dans sa litière, c'est pour faire comme s'il était à la plage, etc.

Outre ces formes d'humour, on trouve des réflexions très drôles sur divers aspects de la vie. Edgar expose les dix commandements du chat auxquels les humains doivent scrupuleusement obéir. Il fait remarquer, que certaines expressions utilisant le mot «chat» sont détestables: «il n'y a pas de quoi fouetter un chat», par exemple. Il s'adresse au lecteur, l'accusant, entre autres, de sourire à ses dépens...

Ce récit, dynamique, vivant, écrit d'une plume alerte, ne s'encombrant ni de jargon ni de fioritures ni de mièvrerie, a été un véritable moment de rire et de détente pour moi. J'ai regretté que le livre ne soit pas plus long, mais je comprends qu'un ouvrage de ce genre de le soit pas. À un moment, Edgar émet l'idée d'écrire la suite de ses aventures. Pourvu qu'il mette sa menace à exécution!

Éditeur: First.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bertrand Baumann pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Le lecteur a interprété ce récit comme il le fallait. Il était hors de question de le lire de manière trop sobre, mais trop en faire aurait gâché l'écoute.

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70 lectures

lundi, 22 septembre 2014

Un oiseau blanc dans le blizzard, de Laura Kasischke.

Un oiseau blanc dans le blizzard

L'ouvrage:
Janvier 1986: Êve Connors, mère de famille disparaît. Puis, elle téléphone à son mari pour dire qu'elle ne reviendra jamais. Sa fille, Cat, raconte l'après.

Critique:
Ce roman ne fait pas partie de mes coups de coeur. Après avoir été enthousiasmée par trois autres écrits de Laura Kasischke, j'ai été déçue par «Un oiseau blanc dans le blizzard». Certes, on retrouve la façon de faire de l'auteur. Elle mêle passé et présent, au gré du récit et des souvenirs de la narratrice. Elle plante un décor, distille une ambiance. Cependant, j'ai trouvé les personnages inconsistants. Qu'aucun ne soit sympathique n'est pas un problème: ceux de «Rêves de garçons» ne l'étaient pas. Par contre, aucun n'a ce charisme, cette présence qui font que je ne suis pas trop dépaysée si aucun personnage ne me plaît.

Quant à l'ambiance, elle ne m'a pas autant fascinée que dans les autres romans d'elle que j'ai lus. Qu'elle soit détestable n'est pas un problème, étant donné qu'elle l'est dans au moins deux autres romans, et qu'ils m'ont plu. Pour moi, elle est exempte de cet envoûtement que j'ai trouvé par ailleurs chez cette romancière.
Il y a beaucoup d'images morbides, ce qui ne m'a pas gênée dans «Rêves de garçons». Ici, j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop. On comprend très bien pourquoi elle le fait, mais c'est exagéré.

La romancière installe certains éléments: les choses étaient ainsi, nous dit-elle. Entre ces faits, elle donne de petits indices qui peuvent être interprétés de multiples manières. Puis elle opère un glissement. Tout cela suit l'évolution de la narratrice. Là encore, on retrouve la patte de Laura Kasischke. Néanmoins, j'ai trouvé tout cela beaucoup trop lent.

Les choses étant vues par Cat, il est logique que le lecteur ait un point de vue restreint. On se doute qu'il faut garder un regard extérieur lorsque l'adolescente explique qu'à son travail, son père est perçu autrement que chez lui. D'autre part, Cat énonce certains clichés. Celui qui m'a le plus marquée et fait rire est sûrement celui sur la mère de Phil. Elle est aveugle, alors, forcément, elle ne sait pas faire ceci ou cela. Il doit être étrange de l'embrasser, le père de Phil a fait quelque chose de grand en l'épousant, etc. Cat n'est pas stupide, mais sa tête fourmille de clichés et de préjugés qui... l'aveuglent. Elle s'en rend d'ailleurs compte. La cécité de la mère de Phil fait partie de tous ces éléments que le lecteur devra, petit à petit, placer dans le puzzle qu'est le récit de Cat. C'est en cela que les romans de Laura Kasischke sont riches: elle donne des éléments qui sont à comprendre à plusieurs niveaux. C'est ce qui rattrape un peu ce roman à mes yeux. Il est également une critique féroce d'une certaine société, d'une façon de vivre, d'une manière étriquée de penser: Laura Kasischke ne cesse de la mettre en avant en en montrant l'absurdité par de multiples exemples bien choisis.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Philippe Lachaud pour le GIAA
Cette lectrice est la seule, parmi les lecteurs que j'ai entendus, qui prononce correctement le nom de l'écrivain. En outre, elle fait partie des rares lecteurs qui prennent bien le temps de lire le nom de l'éditeur: «Bourgois» ne contient pas de «e». Certains lecteurs prononcent «bourgeois».

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vendredi, 19 septembre 2014

Fakirs, d'Antonin Varenne.

Fakirs

L'ouvrage:
Alan, fakir junky, s'est suicidé. John Nicholls, son amant, pense qu'il a été assassiné.

Critique:
Après avoir beaucoup aimé «Trois mille chevaux-vapeur», j'ai été ravie de pouvoir lire un autre livre (d'un autre genre) de l'auteur. Malheureusement, j'ai été déçue.

Pour moi, l'intrigue est sans réelles surprises. Le suspense est prévisible. Par exemple, Guérin fouille illégalement un appartement, et trouve ce qu'il cherche au tout dernier moment, alors qu'il aurait dû renoncer de peur de voir arriver le propriétaire des lieux. (Je donne un exemple anodin pour ne rien dévoiler, mais le reste est du même acabit.) De plus, j'ai trouvé que le tout était lent. Parfois, je pardonne cela à l'auteur quand d'autres aspects du roman retiennent mon attention. Ici, cela n'a pas été le cas.
Antonin Varenne a profité du genre pour créer un policier marginal. Idée que je trouve éculée, voire clichée à force de la rencontrer dans des romans où les auteurs veulent démarquer leurs héros. De plus, pour moi, cette marginalité est trop accentuée, et donc peu crédible.

Ensuite, je ne me suis attachée à personne. Sauf à deux personnages... justement ceux pour qui les choses finissent mal. Je n'ai pas compris ce que John trouvait à Alan.
J'ai bien compris ce que l'auteur souhaitait faire concernant Alan. Il aurait dû me toucher. Entre ce qu'il a vécu et la manière dont il tente de faire au mieux, il est admirable. Pourtant, il n'a pas su me toucher. Peut-être est-ce parce que j'ai trouvé le thème (survivre avec un traumatisme dû à la perversion humaine) beaucoup mieux exploité dans «Trois mille chevaux vapeur» où je ressentais l'humanité des personnages. Pour moi, Alan n'est pas assez creusé.
%D'une manière générale, j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop en décrivant des personnages et des situations extrêmes (la scène où John se laisse distraire par la femme nue en est un autre exemple).

En fin d'ouvrage, il y a un entretien avec l'auteur. Comme d'habitude, je trouve cette initiative judicieuse. Je n'ai pas apprécié le livre, mais ai écouté l'entretien avec intérêt.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Michel Vovk.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Je me souviens n'avoir pas particulièrement aimé la lecture de ce comédien pour «Le tribunal des âmes». Je trouvais sa voix trop sourde. Ici, cela ne m'a pas gênée. J'ai trouvé sa voix claire, sa lecture fluide et exempte de surjeu.
À un moment, il n'a pas eu la partie facile. Au départ, l'auteur dit que John parle français presque sans accent. Puis, plus loin, il dit que lorsque John parle d'Alan et de son traumatisme, son accent américain se durcit. L'indication n'a pas été vraiment facile à suivre pour le comédien, à mon avis. Personnellement, je ne sais pas ce que j'aurais fait.

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