jeudi, 30 juin 2016

La dame de Saïgon, de Karine Lebert.

La dame de Saïgon

L'ouvrage:1906. La famille Frémont a tout perdu en Normandie. Le fils aîné (Étienne) souhaitant être prêtre et missionnaire aux colonies, le père (Denis) décide que tout le monde ira en Cochinchine. Les membres de la famille ont différentes réactions. Blandine (la mère) est dévastée à l'idée de quitter son pays. Quant aux enfants (outre Étienne, il y a Adèle, Marianne, Sylvain, et Jérôme), chacun en prend son parti comme il le peut.

Critique:
À travers faits et personnages, Karine Lebert retrace l'histoire du Vietnam à partir de 1906. Ce roman m'a plu pour plusieurs raisons. D'abord, je connais mal l'histoire de ce pays avant la guerre qui l'opposa aux États-Unis. J'en connaissais les très grandes lignes. En outre, le comportement des personnages créés par Karine Lebert représente assez bien (j'imagine) les courants qu'il devait y avoir. Par exemple, Adèle se jette à corps perdu dans les mondanités, et se rend vite compte que si elle était restée en Normandie, elle n'aurait eu aucune chance d'être admise dans cette société. Sylvain travaille beaucoup. Blandine passe par différentes phases, et ne s'acclimate qu'au moment où elle s'y attend le moins... Presque tous les Frémont trouve la colonisation normale et ne voient pas quel mal il y a à maltraiter les peuples assujettis. On comprend vite que cette attitude était monnaie courante. On se dédouane parce que tout le monde fait comme ça, parce que les «colonisés» ne méritent pas qu'on les traite autrement, parce qu'on est tout content d'avoir du pouvoir sur quelqu'un... bref, pour tout un tas de mauvaises raisons qui deviennent de parfaites justifications (certains y croient réellement) aux yeux de ceux qui les brandissent.

Marianne, quant à elle, est tout de suite plus nuancée quant au pays et à la colonisation. Peut-être est-ce parce qu'elle est plus jeune, et qu'elle sait observer ses semblables. C'est un personnage intéressant, car elle est déchirée de diverses façons. Elle comprend l'iniquité et la cruauté de la colonisation, elle souhaite même la combattre, mais certains paramètres lui rendent les choses difficiles.

Étienne est également nuancé. Il ne souhaite pas brimer les annamites, mais il veut les convertir. Il fait très souvent preuve de mansuétude et de générosité, mais j'ai toujours été dérangée car je me demandais s'il agissait par devoir. Je l'ai apprécié, mais j'ai toujours eu une petite réserve.

Je n'évoque pas tous les personnages afin de ne pas trop en dire. On apprend vite à les connaître, et à mesure qu'on avance dans le roman, leurs réactions ne surprennent pas. On s'attache à eux (à certains plus qu'à d'autres). Il est surtout intéressant de les voir se débattre dans l'Histoire, et dépendre entièrement d'elle. J'ai aimé que l'auteur créent des caractères et des vécus différents, et qu'elle les fasse réagir selon l'histoire du pays. De ce fait, on pourra peut-être reprocher certaines petites facilités. Par exemple, on sait très vite de qui Marianne sera amoureuse. Pour moi, cela n'a pas été très grave, car cela devient évident bien avant la fin du roman.

Je n'ai qu'un petit reproche à faire: j'ai trouvé la fin un peu bâclée. Il me semble qu'avant de prendre une décision si radicale, l'héroïne aurait dû en discuter avec l'intéressé. Il reste la possibilité qu'il la rejoigne, mais Karine Lebert ne l'évoque pas. J'aurais aimé une fin moins incertaine.

Éditeur: de Borée.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lysiane Ledent pour la Ligue Braille.

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19 lectures

lundi, 27 juin 2016

C'est pour mieux t'aimer mon enfant, de Chrystine Brouillet.

C'est pour mieux t'aimer mon enfant

L'ouvrage:
La police est confrontée au meurtre d'un enfant, meurtre dont il est évident qu'il a été commis par un pédophile.
Maurice a assisté au meurtre malgré lui. Il s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment. Cependant, il ne peut aider la police, car il est amnésique.

Critique:
Comme d'habitude avec les romans de la série mettant en scène Maud Graham, ce volume est davantage axé sur la psychologie que sur le macabre, le sanglant, le spectaculaire. C'est ce qui fait que j'apprécie ces romans. Bien sûr, ils se rapprochent du «polar classique» que j'aime moins, mais il y a ce petit plus qui n'appartient qu'à Chrystine Brouillet. Les thèmes qu'elle aborde sont d'actualité. D'autre part, on s'attache à Maud et à ceux qui l'entourent.

Pour cette enquête, l'auteur a fait un pari un peu risqué: le lecteur sait rapidement qui est l'assassin. L'avantage est qu'au moins, la romancière ne se sent pas obligée de donner de faux indices qui nous amèneraient à soupçonner quelqu'un qui n'a rien fait. L'inconvénient est qu'on n'a pas l'effet de surprise. Finalement, savoir ne m'a pas gênée car je suivais les investigations de Maud et ses entrevues avec l'assassin en me demandant si elle parviendrait à voir que telle chose était suspecte, etc. Bien sûr, c'est plus facile de dire cela lorsqu'on sait qui il faut soupçonner.

Un autre avantage est que Chrystine Brouillet n'a pas besoin d'user d'artifices langagiers (pour ne pas dévoiler le nom) lors des passages où le pédophile pense à ce qu'il va faire et ourdit ses plans pour y parvenir. Tout en sachant que ces horreurs existent, j'ai été choquée par la manière de se dédouaner du pédophile et par la perversité avec laquelle il amène les enfants à faire ce qu'il veut...

Comme certaines pistes sont assez vite données (par exemple, le fait que Maurice soit soupçonné), j'ai eu peur que l'enquête se traîne. Heureusement, je ne me suis pas ennuyée. L'auteur ajoute des éléments, notamment sur la psychologie de Maurice, qui font qu'on ne trouve pas le temps long.

En outre, j'ai aimé que la vie privée de Maud occupe une grande place dans le roman. Son amitié avec Grégoire, son histoire d'amour naissante... Cela donne d'ailleurs lieu à quelque chose de comique concernant les dons culinaires de la détective.
Quant à sa manière de mener l'enquête, j'ai apprécié qu'elle ne se focalise pas exclusivement sur Maurice.

Éditeur: la Courte Échelle.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laëtitia Bélanger pour l'INCA

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44 lectures

jeudi, 23 juin 2016

J'aurais préféré vivre, de Thierry Cohen.

J'aurais préféré vivre

L'ouvrage:
Le 8 mai 2001, jour de ses vingt ans, Jérémie déclare son amour à Victoria. Celle-ci l'éconduit. Le jeune homme décide de se suicider. Herbe, whisky et médicaments seront ses armes.
Quelle n'est pas sa surprise lorsqu'il se réveille dans un appartement, Victoria à ses côtés. Nous sommes le 8 mai 2002. Jérémie ignore ce qui est arrivé pendant l'année écoulée.

Critique:
J'ai déjà essayé de lire un roman de cet auteur, «Si tu existes ailleurs», et je n'ai pas pu aller bien loin. C'est donc avec hésitation que j'ai tenté «J'aurais préféré vivre». Il m'a beaucoup plu.

D'abord, l'auteur a choisi une intrigue qui interpellera forcément. Ensuite, elle est sans temps morts. J'avais deviné la fin (d'ailleurs, au bout d'un moment, le lecteur finit par l'espérer), mais ce n'était pas si important, car on se demande surtout comment fera Jérémie pour mettre ses projets à exécution, malgré le peu de temps qu'il a. Les rebondissements (comme par exemple les décisions désespérées du personnage principal) sont assez bien trouvés. Pour ma part, je ne les avais pas envisagés.

Les personnages principaux sont attachants et intéressants. Thierry Cohen a su susciter l'émotion en les dépeignant. Comment ne pas éprouver tendresse et admiration pour Simon qui va au-delà des apparences, et ne se décourage jamais.

Outre l'intrigue réussie, le livre soulève certaines questions. Il invite le lecteur à ne pas forcément écouter ses impulsions, à se concentrer sur l'essentiel, à ne pas gaspiller, voire gâcher sa vie.
Certains seront peut-être gênés par l'omniprésence de la religion. En effet, elle joue un rôle important. Je n'ai pas été gênée, bien qu'athée, parce que j'ai pris les choses de manière plus générale. Là où l'auteur parle d'être humble envers Dieu, j'ai plutôt pensé que c'était envers ceux que nous aimons et qui nous aiment qu'il fallait être respectueux, bienveillant, etc. C'est d'ailleurs un prolongement des questions dont je parle plus haut. Il aurait d'ailleurs été mieux (à mon sens) que l'auteur ne parle pas de Dieu mais des êtres chers. En ramenant la chose à la religion, il y confine son lecteur, ce qui est dommage, surtout pour ceux qui, comme moi, la voient comme fermée. Le lecteur peut sans problèmes expliquer ce que l'auteur explique par Dieu d'une manière plus «plausible» s'il est athée. C'est ce qui sauve le livre à mes yeux.

Éditeur: Pocket.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 20 juin 2016

Là où elle repose, de Kimberly McCreight.

Là où elle repose

Ce roman sort le 18 août 2016 aux éditions Le Cherche Midi.

L'ouvrage:
Petite ville de Ridgedale, 2015.
Le corps d'un nouveau-né est découvert dans un sac, près d'une crique. Molly Sanderson, reporter au journal de la ville, couvre l'affaire. Cela fait resurgir un événement douloureux arrivé deux ans plus tôt: l'enfant que portait Molly est mort dans son ventre.

Sandy, dix-sept ans, est à la recherche de sa mère, Jenna, qu'elle n'a pas vue depuis deux jours. La jeune fille s'inquiète à cause de la vie chaotique de Jenna.

Critique:
Outre une énigme dont on ne devine pas forcément la solution (Qui a déposé ce bébé?), Kimberly McCreight s'attache à dépeindre les situations de chacun de la manière la plus détaillée possible. Louvoyant entre passé et présent, l'auteur expose la psychologie de femmes qui ont souffert, et en sont restées marquées. On comprend assez vite que la détresse de Jenna vient de son adolescence: entre ce que dit Sandy et les dates inscrites dans le journal intime que découvre le lecteur. Jenna éveillera forcément la compassion et l'admiration du lecteur, surtout lorsqu'elle trouvera la force d'accomplir un geste d'abnégation dont elle sait qu'il est nécessaire.

Quant à Molly, si j'ai compris sa psychologie et ses motivations, elle m'a agacée. À y bien réfléchir, je pense que cela vient de la lectrice qui lisait les passages narrés par Molly qui, pour moi, en faisait beaucoup trop. Molly a une attitude assez saine face à tout ce qu'elle vit. Même lorsqu'elle est ravagée par la tristesse ou la colère, son attitude reste logique. La preuve, c'est qu'elle-même s'effraie: elle sait donc où sont les limites.

On sait rapidement qu'il y a un problème avec Barbara. Fermée, engluée dans ses certitudes, incapable d'admettre qu'elle est un fléau pour ses proches, Barbara fait d'abord penser à ces personnes qu'on rencontre régulièrement au détour de la vie, et qui refusent d'admettre qu'elles ont besoin d'une sérieuse remise en question. À mesure du roman, on se rend compte que Barbara est peut-être plus atteinte que cela.

Kimberly McCreight démontre encore une fois qu'il ne faut pas se fier aux apparences. En effet, Jenna apparaît comme la droguée qui se donne à tous les hommes, alors que Barbara semble être la parfaite mère de famille.
D'autre part, à travers les commentaires postés après les articles de Molly, l'auteur montre la multiplicité des réactions: les avis peuvent être ouverts ou tranchés.

Bien sûr, la romancière tente de donner de faux indices afin que le lecteur soupçonne plutôt tel personnage de ceci ou cela. Cependant, ce n'est pas mal fait, et ce n'est pas insistant. En outre, il est également possible de soupçonner la bonne personne, ce que j'ai fait à un moment. Néanmoins, concernant cette personne, je pense que l'auteur en a trop fait. Il aurait peut-être fallu la montrer plus commune au long du roman.

Éditeur français: Le Cherche Midi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Harper Audio.
La distribution est la suivante:
Tavia Gilbert: Molly
Lauren Fortgang: Jenna
Rachel F. Hirsch: Sandy
Therese Plummer: Barbara

Comme je l'ai dit plus haut, je trouve que Tavia Gilbert en fait trop. Quand elle pleure, je ne ressens pas l'émotion du personnage, j'ai juste envie que ça s'arrête vite! Elle modifie trop sa voix pour les rôles masculins, c'est très désagréable, car cela ne fait pas naturel. D'une manière générale, je trouve sa lecture affectée. Je ne lirai pas les ouvrages qu'elle a enregistrés seule.

Les trois autres lectrices étaient, pour moi, dans le ton. Elles modifient aussi leurs voix pour les hommes, mais le font moins. Je pense qu'elles auraient peut-être pu le faire encore moins, mais cela m'a tout de même moins gênée que chez Tavia Gilbert.

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jeudi, 16 juin 2016

Ma fille, de Jane Shemilt.

Ma fille

L'ouvrage:
2009.
Ce soir-là, Naomi, quinze ans, a la permission de 23h30. Seulement, à 2h, elle n'est toujours pas rentrée.

Critique:
Ce livre m'a globalement déçue. D'abord, j'ai trouvé beaucoup de lenteurs. Lorsque celles-ci permettent de bien comprendre les personnages et leur décor, elles me sont agréables. Ici, cela m'a semblé être du remplissage. Par exemple, la narratrice (qui est la mère de Naomi) entrecoupe son récit de petites incursions dans son présent. Au début, elle raconte ce qui se passe un an après. On découvre qu'elle en est presque au même point que lorsque Naomi a disparu. Ces passages ne m'ont pas paru utiles. Plus tard, on avance, mais au début, non. D'une manière générale, l'intrigue avance très lentement. On découvre certaines choses par ci par là, mais cela m'a paru trop dilué. Il n'y a qu'à la fin que cela s'emballe vraiment.

Les rebondissements ne m'ont pas vraiment touchée. J'avais l'impression de regarder cette famille s'agiter à distance, alors qu'en général, j'entre dans le livre et je m'implique. J'ai trouvé les histoires d'amour (si on peut dire) trop convenues.
Je ne me suis pas attachée aux personnages, sauf à Téo et Ed qui m'ont paru plus consistants que les autres. Mon intérêt a d'ailleurs été relancé lorsqu'ils étaient dans les parages. Pour moi, c'étaient les seuls qui ressentaient vraiment quelque chose. J'ai d'ailleurs été touchée par ce qui arrive à Ed.
Je n'ai pas vraiment compris l'attitude de Naomi. Certes, ses motivations sont expliquées, mais j'ai trouvé cela léger. Mon sentiment a été renforcé par la fin. Je ne l'ai pas aimée parce que je n'ai pas compris pourquoi l'un des personnages se montrait si cruel, si catégorique. C'est disproportionné par rapport à ce qu'on sait. Ce n'est pas vraiment préparé au long du livre, et cela rend le tout encore moins crédible. J'ai la sensation que Jane Shemilt a souhaité faire quelque chose de spectaculaire. Pour moi, elle en a trop fait, et l'effet de surprise qu'elle a voulu créer m'a plutôt semblé un beau gâchis.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions le Cherche Midi.

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lundi, 13 juin 2016

La frontière du loup, de Sarah Hall.

La frontière du loup

L'ouvrage:
Rachel Caine travaille dans une réserve de l'Idaho où elle étudie la biologie et le comportement des loups. Or, Thomas Pennington, un excentrique et richissime comte anglais, souhaite qu'elle travaille pour lui. Il souhaite réintroduire le loup gris dans son domaine, ne pouvant le faire dans l'ensemble du pays. Rachel est d'abord réticente: le domaine du comte se trouve dans la région où demeure sa mère et son frère. Ses relations étant épineuses avec ceux-ci, elle ne tient pas vraiment à se rapprocher d'eux. Cependant, une série d'événements fait qu'elle finit par accepter.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. À travers la vie de Rachel, Sarah Hall nous parle des comportements humains et de celui des loups. Bien sûr, ce sont les humains qui paraissent les plus compliqués. Rachel m'a parfois semblé absente, comme dépassée par sa propre vie. Si cela peut agacer à certains moments, cela la rend plus humaine. Elle n'a aucune certitude quant à ses choix, et tente de faire au mieux. En outre, elle n'hésite pas à se remettre en question, à reconnaître son impuissance... Elle évolue au fil des épreuves qu'elle affronte.
J'ai tout de suite apprécié Lawrence, le frère de l'héroïne. Pourtant, au début, il semble fuyant, indécis, pleurnichard... Il n'est pas forcément sympathique, mais j'ai ressenti de l'empathie pour lui. À vous de voir si je l'ai méjugé ou pas. ;-)

J'ai aimé en apprendre un peu sur le loup. Cependant, j'aurais aimé que la romancière en dise davantage. Peut-être a-t-elle eu peur que trop de détails rendent le tout indigeste. En outre, mon petit reproche vient sûrement de ce que dans «Lone wolf», de Jodi Picoult, on en apprend beaucoup plus, et je m'attendais à ce que Sarah Hall nous immerge comme l'a fait Jodi Picoult. Cependant, cela n'a rien gâché pour moi. J'ai d'ailleurs préféré ce livre à «Lone wolf» dans lequel beaucoup d'humains sont des têtes à claques.

L'intrigue ne souffre pas de temps morts. À la fin, certaines choses ne sont pas réglées, mais ce n'est pas gênant. Si j'aurais eu envie de connaître la suite, de voir vivre ses personnages plus longtemps, cela ne signifie pas que la fin est bâclée, mais plutôt que Sarah Hall a réussi à m'intéresser assez pour que je souhaite en savoir plus. Ses protagonistes sont assez travaillés pour que je les aie imaginés poursuivre leur vie.

Je me rends compte que cette chronique est à la fois trop courte et trop fade pour rendre justice à ce roman. Malheureusement, il fait partie de ceux dont il ne faut pas trop en dire sous peine de gâcher le plaisir du lecteur.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 9 juin 2016

Trois jours et une vie, de Pierre Lemaitre.

Trois jours et une vie

L'ouvrage:
1999.
Antoine Courtin, douze ans, vit avec sa mère dans le village de Beauval.
Un jour, aveuglé par le chagrin et la colère, l'enfant commet un acte irréparable. Il devra vivre avec...

Critique:
Ce roman est un pari risqué. Je pense que beaucoup d'auteurs se seraient cassé les dents sur un tel scénario. Invraisemblances, larmoiements, niaiserie seraient au rendez-vous. Ici, il n'en est rien. Pierre Lemaitre maîtrise parfaitement son récit. D'abord, il plante le décor et nous présente ce garçonnet un peu esseulé, qui se raccroche à ce qu'il peut, et dont l'univers bascule rapidement et brutalement. Son désarroi est tout à fait compréhensible.

Après l'acte irréparable d'Antoine, le lecteur passe beaucoup de temps à décrire ce qui se passe dans la tête de l'enfant. Celui-ci tourne et retourne son problème, envisage les conséquences, cherche frénétiquement une solution... Cela aurait pu tourner à l'ennui. Mais non. J'ai partagé la détresse d'Antoine. Tout comme lui, lorsque les villageois cherchaient le disparu, je pensais qu'ils ne pourraient le trouver qu'en se lançant sur une piste donnée. Le fait d'en savoir davantage que les villageois n'est pas gênant. On suit l'enquête au rythme des pensées désespérées d'Antoine. Pierre Lemaitre en profite pour décrire, en filigrane, la vie de ce village. Entre a priori, idées reçues, certains ne peuvent se libérer de paramètres qu'ils croient immuables. Par exemple, parmi les enfants, le fils du maire a du poids, entre autre à cause de sa filiation. D'autre part, comme c'est souvent le cas, les habitants de Beauval sont soudés et solidaires. Ils aideront les leurs si ceux-ci souffrent, les soutiendront s'ils sont menacés. Ils préféreront, de manière tout à fait arbitraire, prendre leur parti plutôt que celui d'un étranger, justement parce qu'il est étranger, même s'il vit dans le village depuis longtemps.

La mère d'Antoine est un personnage intéressant. On peut la blâmer, ne pas la comprendre, mais on peut aussi se demander ce qu'on aurait fait à sa place. Si je n'ai pas compris certains de ses actes, j'ai compris ses motivations. Le petit village de Beauval, avec sa population prompte à juger, n'aurait sûrement pas accepté qu'elle se démarque. Pour moi, c'est un personnage particulièrement réussi. En effet, on l'imagine terne, confinée dans ses certitudes et sa routine, confite dans sa vie étriquée... or, une fois le livre refermé, on se rend compte que c'est plus complexe.
D'autres personnages sont intéressants, et méritent qu'on se penche sur eux une fois le livre terminé.
En un style vivant, sans fioritures, Pierre Lemaitre décrit très bien la vie de ces gens.

À la fin de la deuxième partie, j'ai un peu tiqué parce qu'il me semblait qu'Antoine avait le moyen d'agir autrement. Là encore, on m'objectera que le petit village et ses traditions ne l'auraient pas laissé faire, d'autant que ceux qui le «poursuivaient» n'auraient pas été simples à neutraliser. Je pardonne donc cette semi-incohérence à l'auteur. Cela rejoint d'ailleurs un peu ce que je pense de la mère d'Antoine à propos d'un certain fait. Peut-être aurait-elle pu faire autrement, mais le village l'aurait impitoyablement rejetée.

À la fin de l'ouvrage, il y a un entretien entre l'auteur et le lecteur. Je l'ai beaucoup apprécié, comme c'est souvent le cas. J'ai souri en entendant Pierre Lemaitre poser des questions à Philippe Torreton sur la manière dont il avait préparé l'enregistrement. J'ai pensé que lui aussi aurait pu dire comment il avait préparé l'enregistrement d'«Au revoir là-haut». Bien sûr, ce n'est pas la même chose, mais il aurait été intéressant de confronter les deux façons de faire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Torreton.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Le comédien s'est parfaitement glissé dans la peau des personnages. D'autre part, il a très bien rendu le style à la fois sobre et vivant du texte. Je pense que ce roman n'est pas facile à rendre à voix haute. Il est aisé de tomber dans le larmoiement ou le trop sobre. L'interprétation de Philippe Torreton est juste.

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lundi, 6 juin 2016

Dites aux loups que je suis chez moi, de Carol Rifka Brunt.

Dites aux loups que je suis chez moi

L'ouvrage:
1987, États-Unis.
June a quatorze ans. Entre ses parents et sa soeur aînée (Greta), elle cherche sa place. Celui avec qui elle s'entend vraiment bien, c'est son oncle Finn, qui est aussi son parrain. Mais Finn vient de mourir du SIDA.
C'est alors que son «ami particulier» (manière aseptisée de dire cela à June) prend contact avec elle. Il veut l'aider à surmonter son chagrin. June hésite, car sa mère et sa soeur l'ont mise en garde contre cet étranger qui, selon elles, est responsable de la mort de Finn.

Critique:
Roman juste, puissant, profond, abouti, exempt de niaiseries larmoyantes, «Dites aux loups que je suis chez moi» est de ceux que je ne suis pas près d'oublier. Les relations entre les personnages sont assez compliquées, car secrets, malentendus et non-dits les régissent. Il n'y a qu'avec Finn que June parvient véritablement à communiquer, même si ses sentiments rendent cette relation un peu trouble. Alors, lorsqu'il meurt, et que Greta continue de se montrer détestable envers sa soeur, que les parents s'absentent beaucoup parce qu'ils sont comptables et que c'est la saison des impôts, June finit par accepter de rencontrer Toby. Là encore, la relation sera étrange. L'adolescente aimerait bien (à l'instar de sa mère) tout faire endosser à Toby, car ce serait plus simple. Il y aurait quelqu'un à blâmer pour cette injustice. Mais la jeune fille ne peut s'empêcher de voir les choses avec lucidité. Elle ne prend pas ce qu'on lui dit pour argent comptant. Elle réfléchit, et doit bien admettre que tout n'est pas si simple. Cela lui est douloureux, et causera de sa part certaines réactions injustes. Mais June ne fuit pas ses responsabilités. Lorsqu'elle agit mal, elle le dit. Il est l'un de ses actes qu'elle ne se pardonnera d'ailleurs jamais, avec lequel elle devra vivre.

Contrairement à June, Greta et Danny (leur mère) ne parviennent pas à exprimer simplement ce qui ne va pas. Elles se cachent derrière d'autres choses, ce qui les fait souffrir. Même si j'ai compris qu'on puisse ainsi se voiler la face (chacun réagit comme il peut), j'ai eu du mal à leur trouver des excuses, surtout à Danny. Bien sûr, ses raisons d'agir ne sont pas glorieuses, elles sont donc difficiles à admettre, mais la façon dont tout cela a été géré a causé bien plus de dégâts.
Outre ce qui arrive au chapitre 65, les personnages finissent par se retrouver d'une bien curieuse façon, à la fois cocasse et insolite. Je parle de ce qui arrive au dernier portrait peint par Finn.

Carol Rifka Brunt rappelle que dans les années 80, le SIDA était très peu connu. On ne savait pas comment l'appréhender, on en avait donc peur. De plus, certains éprouvaient une curiosité malsaine quant à ceux qui en étaient atteints.

Certaines révélations sont faites simplement. Celui qui les fait tente de les minimiser. Il en est une dont le lecteur sait que June comprend ce qu'elle implique uniquement parce qu'elle fait une remarque sur l'environnement qu'elle ressent avec davantage d'acuité, qui l'agresse à ce moment-là.

Il y aurait encore énormément de choses à dire sur ce livre qui vous emportera, sur ces personnages qui vous interpelleront, à la place desquels vous vous mettrez sans efforts. Un roman dont vous ne sortirez pas, même après l'avoir terminé.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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