jeudi, 27 août 2015

American rigolos, de Bill Bryson.

American rigolos

L'ouvrage:
Bill Bryson est journaliste américain. Après vingt ans passés en Angleterre, il est revenu vivre aux États-Unis. Ce livre est un recueil de chroniques écrites pendant les premières années après son retour.

Critique:
En général, je ne suis pas adepte de chroniques, car j'ai toujours peur de m'ennuyer. J'ai essayé ce livre parce que le résumé disait qu'il était drôle, et parce que j'aime beaucoup la lectrice qui l'a enregistré. Je n'ai pas regretté d'avoir donné une chance à Bill Bryson. Le résumé ne fait pas de publicité mensongère: ce livre est vraiment drôle. Son auteur semble d'ailleurs prôner l'humour dans beaucoup de situations.

Ces chroniques sont le fruit de son observation. Ayant vécu loin de son pays pendant longtemps, c'est comme s'il le redécouvrait. Il pose un regard neuf et amusé sur la société américaine. Il y va peut-être parfois un peu fort, mais il faut reconnaître qu'il voit juste et analyse bien les comportements qu'il décrit. Par exemple, il explique (dans plusieurs chroniques) que les Américains sont des assistés. Ils n'ont plus d'efforts à faire pour se déplacer, on leur invente pléthore d'objets pour leur faciliter la vie (le tourniquet à cravates me laisse perplexe tant il est un appel à la fainéantise), on ne leur montre pas assez que les États-Unis n'est pas le seul pays au monde (d'où leur absence de culture), etc. Bien sûr, Bill Bryson ne pouvait pas passer son chemin concernant la malbouffe. Il s'emploie donc à expliquer l'immense choix de nourriture «chimique» que proposent les supermarchés. Tout cela est écrit de manière vivante, fluide, drôle. Bill Bryson manie très bien l'ironie, entre autres. Beaucoup d'aspects de la vie aux États-Unis sont exposés avec, selon moi, bon sens.

L'auteur n'hésite pas à être lui-même victime de son humour. Il évoque sans ambages sa maladresse chronique, son amour des expériences hasardeuses voire dangereuses. En outre, il passe pour quelqu'un qui râle beaucoup.

D'autre part, l'auteur parvient à faire rire ou réfléchir en évoquant des événements quotidiens. Par exemple, le récit d'une des journées de la famille à la mer est assez amusant, alors que la chose est banale. La chronique évoquant la journée des présidents m'a interpellée, car j'ai aimé que le journaliste passe en revue certains présidents, surtout ceux qui s'illustrèrent par leur inertie. Le passage sur Hoover m'a bien plu: je me dis que le chroniqueur n'a pas tort.

Il y a quand même certaines chroniques qui m'ont paru un peu exagérées. Par exemple, Bill explique que son coiffeur ne lui fait jamais la coupe qu'il demande. Pour l'illustrer, il raconte une séance. Même si le récit est caustique, j'avais envie de lui dire qu'à sa place, il y a longtemps que j'aurais changé de coiffeur. Certains écoutent leurs clients, et font ce qu'ils demandent. J'ai également tiqué lorsque Bill (avec son humour coutumier) râle après les ordinateurs. Même s'il n'a pas tout à fait tort, il y a un peu de mauvaise foi dans ses assertions. Il fait partie de la multitude de gens qui, malheureusement, n'a pas été formée comme il le fallait à l'informatique. En effet, si beaucoup de gens ne s'en sortent pas, c'est parce que l'utilisation de l'outil informatique nécessite une formation qu'ils n'ont pas eue. Je pense que Bill Bryson est assez futé pour le savoir.

Le récit de la location de voiture peut paraître exagéré: assurances pour ceci et cela, suppléments pour d'autres choses (dont la possibilité de savoir où se trouve la voiture), etc. Cependant, je pense que tout est vrai.

Éditeur: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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57 lectures

lundi, 24 août 2015

La fabrique du monde, de Sophie Van DeR Linden.

La fabrique du monde

L'ouvrage:
Mei est une jeune Chinoise. Elle aurait souhaité continuer ses études, mais c'est son frère qui va à l'université. Elle travaille dans une usine où elle coud des vêtements.
Ce mois-ci, n'ayant pas été payée à cause d'une petite insubordination, elle ne peut aller passer les quatre jours de vacances du nouvel an chez ses parents. Elle restera seule dans l'usine.

Critique:
En général, je me méfie des livres courts. Ici, ma réticence était atténuée par le fait que le résumé m'a attirée. Je ne regrette absolument pas ma lecture. Sophie Van Der Linden ne s'embarrasse pas de fioritures. En un style à la fois délicat et percutant, elle décrit sans larmoiements le quotidien des ouvrières, traitées guère mieux que des machines. Malgré la monotonie des jours, les jeunes filles aspirent à une vie meilleure, et ne perdent pas espoir.

Le style change, devient à la fois poétique et tourmenté lorsque Mei rêve. À ce moment, les phrases sont plus courtes, les verbes sont à l'infinitif, les idées sont exprimées en peu de mots, mais le style ne perd rien de sa force. Cette manière de faire rend même le tout plus marquant. L'auteur privilégie les sensations, les décrivant de manière à la fois dépouillée et précise, les enchaînant à un rythme aussi effréné que dans la tête de Mei. Les images naissent tout de suite. Cela contraste avec les jours mornes pleins d'actions répétitives et épuisantes (tant nerveusement que physiquement) qui se profilent.

Sophie Van Der Linden use d'un vocabulaire riche, de tournures simples. J'ai été touchée (entre autres) par la façon dont Mei décrit la musique qu'elle entend (la cassette oubliée par un jeune couple).

L'héroïne tente de faire taire ses envies d'autre chose, sachant qu'elle ne peut pas y prétendre, et que rien ne sert de se faire mal. Pourtant, lors de ces quatre jours, un événement va se produire. Après cela, Mei ne pourra plus museler celle qui, en elle, souhaite vivre et non plus vivoter. C'est à cette transformation que le lecteur assiste. Il voit Mei marcher inexorablement vers son destin. On ne peut pas vraiment regretter ce qu'on n'a pas connu, mais comment continuer lorsqu'on entrevoit qu'il existe quelque chose de bien meilleur?
Avec justesse, la romancière met son héroïne à nu, et raconte simplement le cheminement d'une jeune fille modeste qui ne parvient pas à accepter d'être la victime de l'injustice qui règne partout dans notre monde.

Le titre est une très bonne trouvaille. Il évoque bien sûr cette usine où des ouvrières s'abîment la santé pour trois fois rien à coudre des vêtements qui, on le suppose, sont destinés aux pays comme le nôtre. Ce titre évoque également la vie qui s'applique à façonner la jeune narratrice, et à lui montrer qu'il existe autre chose... C'est ce qui arrive tous les jours à chacun d'entre nous: la vie, c'est la fabrique du monde.

Un roman que je ne suis pas près d'oublier. Un livre qui, malgré la simplicité qu'il décrit, restera comme une musique lancinante dans la tête du lecteur, et se rappellera à sa conscience.

Note: Certains «chapitres» (ceux où Mei dort et rêve), n'ont pas de numéros. Les chapitres suivants sont numérotés, mais les numéros qu'auraient pu porter les «chapitres» décrivant les rêves sont sautés. Je suppose que cela a une signification, tout comme le style plus «précipité» lors de ces passages. Peut-être l'auteur a-t-elle souhaité mettre l'accent sur ces rêves par ces «effets».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Huber pour les éditions Des oreilles pour lire.
Ce livre m'a été envoyé par Audible.

Pour moi, il est judicieux d'avoir choisi Élodie Huber pour interpréter ce roman. Sa voix douce ainsi que son jeu subtil et naturel sont en accord avec le style de l'auteur. La comédienne a parfaitement incarné Mei: douceur, égarement, rêves, révoltes... Élodie Huber fait passer toutes les émotions de la narratrice, trouvant sans difficultés apparentes le ton et la dose de jeu nécessaires. Il aurait été aisé de trop en faire, de rendre Mei larmoyante par un ton affecté.

J'aime beaucoup Élodie Huber qui, en plus d'être talentueuse, est très modeste. Elle parvient toujours à entrer dans la peau des personnages et à rendre fidèlement le style des auteurs qu'elle enregistre. J'espère l'entendre sur davantage de livres audio.

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96 lectures

jeudi, 20 août 2015

Travail soigné, de Pierre Lemaitre.

Travail soigné

L'ouvrage:
Avril 2003.
La brigade criminelle est confrontée à deux meurtres particulièrement sanglants dont la mise en scène est des plus macabre. Un lien est rapidement établi avec un crime antérieur.

Critique:
C'est le premier roman de Pierre Lemaitre. Je pense que c'est le premier de cet auteur que j'aurais dû lire. Il y a deux raisons à cela. D'abord, ayant lu «Alex», je savais comment l'affaire se terminait pour Camille Verhoeven (que l'on revoit dans «Alex»). Ensuite, je dois avouer que «Travail soigné» est le roman de Pierre Lemaitre que j'ai le moins aimé. Pour moi, «Alex», «Robe de marié», «Cadres noirs» et «Au revoir là-haut» se distinguent tant par leur profonde humanité que par les cartes que Pierre Lemaitre tire habilement de sa manche. Je n'ai pas retrouvé cela ici.

Camille Verhoeven est un policier atypique par sa petite taille, par le fait qu'il est tourmenté, par ses méthodes, parce qu'il s'investit énormément dans les affaires qu'il traite. Certes, mais ce type de policier est un topos du genre. Bien sûr, je n'ai pas envie de voir un policier qui se fiche de son travail, mais à trop vouloir distinguer leurs personnages, les auteurs les font entrer dans un cliché.

Quant à l'intrigue, elle est un peu trop classique pour moi. L'équipe traque un tueur qui a toujours une longueur d'avance sur elle. Au long du roman, on découvre certaines choses propres à relancer l'intérêt du lecteur, comme par exemple, le modus operandi du tueur. Si c'est intéressant, cela ne m'a pas vraiment surprise, parce que j'attends depuis de nombreuses années de tomber sur un thriller dont le tueur agirait ainsi (je ne parle pas de la violence, mais du schéma suivi). De plus, il y a beaucoup trop de descriptions horribles (cadavres mutilés, etc) pour moi. Pierre Lemaitre s'explique d'ailleurs à ce sujet, dans l'entretien en fin d'ouvrage, car il semblerait que certains lui aient reproché cette violence. Ce qu'il dit se comprend. Enfin (et surtout), je me rends compte que je me lasse des thrillers que je considère comme trop classiques.

Par ailleurs, la solution de l'énigme ne m'a pas vraiment plu. Que le coupable soit Untel, pourquoi pas? C'est cohérent. C'est ce que découvre l'équipe de Camille en arrivant chez le coupable qui me dérange. Pourtant, on pourra me rétorquer que cette solution est préparée au long du roman... Certes, mais pour moi, elle donne lieu à des incohérences.

Afficher Attention, je dévoile la solution en expliquant les incohérences.Masquer Attention, je dévoile la solution en expliquant les incohérences.

L'histoire de l'enquête telle que nous l'avons découverte a été écrite par l'assassin. Celui-ci a donc dû imaginer certaines choses: il pouvait prévoir les grandes lignes, mais pas tout. En lisant l'histoire, Camille pense que sa rencontre avec Irène ne s'est pas du tout passée comme l'a imaginée l'assassin. Mais plus loin, l'un des équipiers de Camille dit que l'assassin ne pouvait pas imaginer que Camille ferait paraître des petites annonces à son intention. Cela signifie que ce pan de l'intrigue n'est pas dans le livre écrit par l'assassin. Pourtant, nous lecteur, l'avons lu. De ce fait, quelle histoire avons-nous lue? On peut également se demander à partir de quel moment on passe de l'histoire écrite par l'assassin à celle réellement vécue par l'équipe de la brigade. Serge Brussolo a fait ce genre de choses dans «L'homme aux yeux de napalm». Ce n'est pas une histoire de roman dans le roman, mais ça revient un peu au même. J'ai trouvé qu'il s'était mieux débrouillé pour faire passer l'idée.


En dehors des incohérences, j'ai trouvé cela un peu gros.

J'ai apprécié les caractéristiques que le romancier donne à certains de ses personnages. Par exemple, la pingrerie d'Armand est, apparemment, à la limite de la maladie.
J'ai retrouvé avec plaisir la façon d'écrire de Pierre Lemaitre: à la fois fluide et recherchée.

Je ne pense pas que ce roman soit mauvais. Je pense qu'il arrive trop tard dans ma vie de lectrice... J'en suis désolée, ayant beaucoup aimé les autres romans de cet auteur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacques Frantz. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Dans l'entretien en fin d'ouvrage, Pierre Lemaitre dit que c'est lui qui a demandé à ce que Jacques Frantz enregistre ce roman, pensant (ce qui, dit-il, c'est confirmé) que sa voix et ses intonations seraient appropriées au roman, à son ambiance. Je suis tout à fait d'accord avec lui. Jacques Frantz est une des raisons pour lesquelles, malgré mes reproches, j'ai passé un bon moment avec ce roman. Je sais que je me répète, mais mieux vaut se répéter que se contredire: pour moi, Jacques Frantz fait partie de ces comédiens très talentueux qui savent parfaitement passer un texte (ses émotions, ses subtilités, ses richesses) de la manière la plus naturelle qui soit.

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146 lectures

lundi, 17 août 2015

Les frères Karamazov, de Fedor Dostoïevski.

Les frères Karamazov

L'ouvrage:
Fiodor Pavlovitch Karamazov eut trois fils (Dimitri, Ivan, et Alexeï) qu'il négligea, préférant passer son temps en orgies et libertinage. C'est en grandissant qu'ils se rapprocheront de leur père. Leurs relations ne seront pas de tout repos.

Critique:
Difficile de chroniquer un monument de la littérature, livre dans lequel il semble que Dostoïevski ait voulu aborder beaucoup de thèmes très différents. Par exemple, à travers le personnage d'Alexeï (dit Aliocha), la religion est abordée. Aliocha est croyant. C'est le moins emporté des Karamazov. Il semble toujours savoir ce qu'il convient de faire, comment réagir dans chaque situation. En outre, s'il est croyant, s'il se laisse guider par les hommes d'Église, il ne tente pas d'endoctriner les autres. Sa foi entraîne des questions philosophiques, religieuses, etc. Cela fait également que nous rencontrons son mentor, le starets Zosime. Dostoïevski fait, pour raconter la vie de ce personnage, une digression assez longue qu'il m'a été laborieux de lire.

Certains personnages représentent un pan de la société. Par exemple, madame Khorlakhov incarne toutes les commères qui donnent leur avis en toute occasion et se perdent en considérations sur des événements brûlants... surtout quand on ne le leur demande pas. Elle est à la fois exaspérante et amusante.
Sa fille, Lise, est assez déroutante. Elle souffre moralement, mais on ne comprend pas trop pourquoi. On dirait qu'elle s'ennuie et se paie le luxe de créer des problèmes où il n'y en a pas.

Nous sommes dans un grand roman russe. Les personnages sont donc tourmentés, en proie à des sentiments extrêmes que la vie se charge d'exacerber. Fiodor Pavlovitch fait tout pour que ses fils le détestent. Par exemple, non content d'avoir spolié Dimitri, il convoite la même femme que lui. D'autre part, Grouchenka et Katerine Ivanovna ont toutes deux de forts caractères: elles se retrouvent rivales... Les enfants n'y échappent pas: Ilioucha endurera des tourments bien trop lourds pour ses frêles épaules.

Malgré la gravité de ce roman, il n'est pas exempt d'humour. Par exemple, les discours de Fiodor Pavlovitch sont assez divertissants.
D'une manière générale, je donne peu d'exemples, car je pense que le livre a été explicité à maintes reprises, et le but est d'en donner une idée sans trop en dire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Vincent Violette.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audible FR, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.

Je connais (depuis très longtemps) Vincent Violette en tant que comédien de doublage. Il est la raison pour laquelle j'ai décidé de m'attaquer à ce grand classique: j'apprécie beaucoup son jeu. Je n'ai pas été déçue. Pour moi, il a réalisé un tour de force. En effet, il serait très facile de tomber dans la monotonie ou le surjeu: entre les digressions philosophiques, les emportements des personnages, les discours des uns et des autres... Vincent Violette n'est jamais monotone. Quant aux passages exaltés, il les joue sans les exagérer. Il modifie quelque peu sa voix pour certains personnages. D'habitude, je n'aime pas vraiment cela, mais ici, le comédien n'en fait pas trop. En outre, cela contribue à rendre sa lecture vivante.

Je sais que Vincent Violette a également enregistré «Crime et châtiment». Je ne sais pas encore si je le lirai. En tout cas, j'espère qu'il enregistrera d'autres livres, et pas uniquement des classiques.

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208 lectures

jeudi, 13 août 2015

Chère Laurette, tome 4: La fuite du temps, de Michel David.

Chère Laurette, tome 4: La fuite du temps

L'ouvrage:
1966.
Les enfants Morin ont grandi. Certains sont mariés. Jean-Louis, Gilles et Carole vivent encore chez leurs parents. Carole a un petit ami que ceux-ci n'apprécient pas vraiment...

Critique:
Ce roman, qui clôture la saga «Chère Laurette», est, à mon sens, égal aux trois autres. J'apprécie que l'auteur ait écrit une saga dont tous les tomes sont dans le même esprit. J'ai lu beaucoup de séries qui n'étaient pas égales et qui, de ce fait, étaient décevantes.

J'ai été ravie de retrouver la famille Morin. La vie de la famille a quelque peu changé, puisque certains enfants sont mariés. Cependant, leurs relations sont peut-être plus étroites que lorsqu'ils vivaient sous le même toit. Par exemple, Laurette est beaucoup moins injuste envers Richard. La famille reste très soudée. Ses membres sontS toujours prêts à s'entraider, et surtout à rendre service à Gérard et Laurette.

Les personnages sont égaux à eux-mêmes. Je n'apprécie toujours pas Jean-Louis. Pourtant, avec le temps et les événements, ses défauts s'atténuent un peu.
Le lecteur éprouvera de la compassion pour Carole. Les choses ne sont pas simples pour elle. Je sais que ce qui arrive vers la fin est pour le mieux, mais je me dis que les personnages auraient peut-être pu faire preuve de davantage d'empathie vis-à-vis d'elle. Ils auraient pu être un peu plus souples. Laurette, par exemple, ne pense qu'à son bonheur d'obtenir finalement ce qu'elle veut, mais ne pense pas à Carole. Personne ne propose un arrangement... On me dira qu'à l'époque, cela ne se faisait pas. Certes, mais dans la famille Morin, on est en avance sur beaucoup de choses, alors pourquoi pas ici? Bien sûr, un autre arrangement aurait peut-être lésé d'autres personnages...
Pour moi, Denise est toujours un peu gourde. Cependant, elle acquiert un peu de personnalité.
Laurette est à la fois drôle et agaçante. Sa mauvaise foi est souvent pénible. En outre, elle est un peu trop sur le devant de la scène. Bien sûr, son fort caractère l'explique, mais c'est parfois un peu trop marqué. Par exemple, elle pense tout le temps qu'on va oublier son anniversaire, que Gérard va oublier leur anniversaire de mariage... et bien sûr, cela n'arrive pas. Elle reçoit toujours des cadeaux montrant l'attention des siens. Or, on ne voit jamais Gérard recevoir de cadeaux pour son anniversaire, ni les autres membres de la famille... À un moment, l'auteur rattrape un peu cela dans ce tome, d'ailleurs.

Il me semble que dans ce tome, l'humour est davantage présent. C'est surtout Laurette qui provoque le rire. J'ai d'ailleurs eu un fou rire lors de la soirée que le couple passe dans un restaurant huppé de la ville. D'abord, il y a un décalage entre eux et ce genre d'établissement. Ensuite, Laurette (toujours très naturelle, et faisant fi des conventions) se fait fatalement remarquer. Pour donner d'autres exemples, avec le temps, la messe change: elle n'est plus en latin, etc. Laurette commente tous ces changements avec son bagout habituel. Il y a encore beaucoup d'exemples de situations très drôles (le week-end dans le chalet, le mariage, etc).
L'auteur joue également sur le comique de répétition. En effet, lorsqu'il est question de Colombe, Laurette lui reproche toujours les mêmes choses. C'est amusant parce qu'à chaque fois, le lecteur assiste à ce qui fait qu'ensuite, Laurette grogne après sa belle-soeur. Cela renforce la complicité entre le lecteur et Laurette.

Éditeur: Hurtubise.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'ai été contente de retrouver cette lectrice sur le tome 4. Pour moi, elle entre bien dans la peau des personnages, notamment lorsqu'il s'agit des dialogues.

Pour les trois premier tomes, il y avait un fichier par chapitre. Ici, les chapitres ont été découpés. Je n'aime pas qu'un chapitre fasse plusieurs fichiers: comme je l'ai déjà dit, je trouve que ce n'est pas propre, et qu'en plus, cela ne respecte pas la structure du livre papier. Je n'ai pas compris le choix de découper les chapitres de ce roman... Peut-être certains auditeurs des tomes précédents ont-ils trouvé que les fichiers étaient trop gros, qu'un fichier de plus d'une heure, c'était trop long. Si c'est l'explication, je ne la comprends pas. En effet, je fais partie des personnes qui se passent très bien du format DAISY, mais si j'ai bien compris, le format DAISY permet justement de se repérer, et d'atteindre un point donné très facilement. Dans ce cas, pourquoi couper les chapitres en plusieurs fichiers?

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216 lectures

lundi, 10 août 2015

Chère Laurette, tome 3: Le retour, de Michel David.

Chère Laurette, tome 3: Le retour

L'ouvrage:
Printemps 1956. Laurette travaille depuis trois ans. Ses enfants l'aident: certains ont de petits boulots. Ceux qui continuent leurs études font quelques tâches ménagères.

Critique:
À l'instar du tome 2 de la saga, ce roman se déroule sur un an. Au rythme des saisons on retrouve le quotidien de la famille Morin avec plaisir: leurs joies, leurs peines, le tout saupoudré d'une bonne dose d'humour. Les enfants sont égaux à eux-mêmes. Je n'ai pas été surprise du comportement de Jean-Louis. Richard et Gilles restent mes personnages favoris. Richard se démarque. Outre son fort caractère, il a le don de se mettre dans des situations délicates: voir sa mésaventure avec la crèche, lors de la fête de Noël...
Denise est toujours aussi godiche.
Ce tome permet de découvrir Carole qui a grandi. Elle commence à s'affirmer. Je ne l'ai pas trouvée aussi gourde que sa grande soeur.

Quant à Laurette, si elle reste impétueuse, râleuse, et de mauvaise foi quand Jean-Louis est impliqué, elle semble moins bornée, comme si elle s'améliorait avec l'âge. D'ailleurs, les relations ne sont plus aussi houleuses entre elle et sa belle-famille. À ce sujet, dans les deux premiers tomes, la mère de Gérard s'appelle Lucie, et dans ce tome, c'est Lucille...

Il est intéressant de voir le contexte historique: certaines choses (la télévision, le supermarché) commencent à apparaître, ot on découvre les avis, parfois tranchés, des premiers à connaître ces nouveautés.

Les dialogues sont toujours aussi vivants. L'auteur a d'ailleurs pris soin de faire s'exprimer ses personnages selon leur «milieu» ou leur évolution. Par exemple, Carole, qui poursuit ses études, utilisera un peu moins la langue populaire que ses parents.

Au long du livre (tout comme dans les tomes précédents), j'ai trouvé des erreurs de syntaxe. C'est souvent des maladresses, comme s'il n'y avait pas eu relecture. Exemple: «Après le départ de sa fille, Laurette alluma une cigarette, après avoir déplacé légèrement sa chaise berçante pour ne pas bloquer le passage aux rares passants qui auraient eu besoin d'emprunter le trottoir sur lequel elle était installée.»

Éditeur: Hurtubise.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Nicollerat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'ai été déstabilisée par le changement de lectrice. En général, Jacqueline Duperret (qui semble adepte des romans québécois, et à qui les séries contenant plusieurs gros tomes ne font pas peur) lit tous les tomes d'une série. Je n'ai pas compris pourquoi elle n'avait pas enregistré «Le retour», d'autant qu'elle a lu le dernier tome de la saga.
Par ailleurs, Martine Nicollerat s'est attachée à préciser «italique» et «fin de l'italique» pour les mots en italique dans le roman. Idem pour les mots ou expressions entre guillemets. J'ai déjà remarqué que certains lecteurs bénévoles faisaient cela. Je ne sais pas si cette directive leur a été donnée ou s'ils ont pris l'initiative eux-mêmes pensant bien faire, et je ne sais pas ce qu'en pensent les autres auditeurs, mais pour ma part, je trouve cela extrêmement désagréable pour plusieurs raisons. Cela alourdit le texte et de ce fait, le rend moins «naturel». Imaginez un dialogue durant lequel la lectrice s'interrompt pour donner ces indications. D'autre part, j'ai eu l'impression d'être prise pour une andouille qui n'était pas capable de deviner qu'ici, il y avait un titre, que là, il y avait un mot anglais, là une citation... Normalement, le ton du lecteur laisse deviner ce qui pourrait être sujet à confusion. Par exemple, ici, Gérard lit «la Presse». D'après la manière dont le disait Jacqueline Duperret, j'avais bien compris que c'était le nom d'un journal et non la presse en général. D'ailleurs, si le lecteur veut lever la confusion, il peut faire une «note du lecteur» en début d'enregistrement, mais uniquement pour les rares cas où il peut y avoir confusion. Idem pour les cas où des personnes sont citées... par exemple, lorsque Laurette cite Colombe en la singeant et en minaudant, il sera beaucoup plus intéressant que le lecteur prenne une intonation appropriée plutôt que de préciser «guillemets ouverts» et «guillemets fermés». Enfin, en tant qu'auditrice, savoir que les mots ou expressions anglophones sont en italique ou entre guillemets ne m'apporte absolument rien.
Si cette lecture m'a été pénible à cause de ces indications superflues, j'imagine que cela a dû être extrêmement laborieux pour la pauvre Martine Nicollerat...
Malheureusement pour moi, elle prononce les mots anglophones en y mettant l'accent. Jacqueline Duperret le faisait un peu, pour «running shoes», par exemple, mais cela restait discret. Ici, j'ai trouvé que c'était exagéré.

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240 lectures

jeudi, 6 août 2015

Chère Laurette, tome 2: À l'écoute du temps, de Michel David.

Chère Laurette, tome 2: À l'écoute du temps

L'ouvrage:
1952. Suite de la vie de la famille Morin.

Critique:
Je pense avoir préféré ce tome à «Des rêves plein la tête», que j'ai beaucoup aimé. Je reprochais au tome 1 de trop s'étaler dans le temps. Le tome 2 est aussi épais et se déroule sur un an, ce que j'ai beaucoup apprécié. L'ambiance est toujours la même. Le roman est toujours porté par des dialogues savoureux et des situations souvent cocasses. L'auteur prend le temps de dépeindre les conditions de vie de ses personnages. La famille Morin est dans le même appartement depuis vingt ans, et n'a pas beaucoup d'argent. Cela fait que les personnages font de leur mieux. D'1n autre côté, la soeur de Gérard (Colombe) et son mari ont davantage d'argent, et pas d'enfants. Ils n'hésitent pas à étaler leurs richesses devant Gérard et Laurette. De ce fait, Laurette oscille entre honte de sa condition et envie de celle de sa belle-soeur. Cela se comprend.

Parfois, une situation engendrée par la pauvreté de la famille est source de rire. Par exemple, personne ne va chez le dentiste, car c'est bien trop cher. À un moment, Gilles doit se faire arracher plusieurs dents. Il est effaré de ces «trous» à la place de ses dents. C'est alors que Richard, goguenard, lui dit qu'il pourra toujours emprunter le dentier de Gérard pour séduire les filles.

Ce tome se déroule «tranquillement», et est rythmé par le quotidien de la famille (l'école, les premières amours, les disputes entre frères et soeurs). Cela m'a beaucoup plu, car c'est raconté d'une plume alerte et réaliste. En outre, l'intérêt est relancé par une facétie du destin: Gérard et Laurette vont devoir héberger Lucie (la mère de Gérard) pendant presque trois semaines. Cela n'ira pas sans heurts. Certaines scènes sont (comme je m'y attendais) amusantes, mais j'ai surtout retenu le fait que la famille fait beaucoup de concessions, et que si Lucie les voit et semble les prendre en compte, elle ne peut s'empêcher d'être blessante. Par exemple, elle affirme qu'une demoiselle doit savoir jouer du piano, alors qu'il est évident (même pour quelqu'un qui n'est pas très futé) qu'il serait impossible à Gérard et Laurette de faire ce genre de dépenses. En outre, l'auteur souligne que Lucie ne s'est jamais montrée très aimante et généreuse avec ses petits-enfants, à l'inverse des parents de Laurette.
Enfin, Lucie ne peut s'empêcher de faire enrager sa belle-fille. Elle a d'ailleurs raison sur certains points, mais elle prodigue ses conseils de telle manière que n'importe qui s'en offusquerait. L'un d'eux porte sur le poids de notre héroïne. Ce sujet suscitera tour à tour le rire et l'exaspération du lecteur.

Ce tome permet aussi de mieux connaître les cinq enfants de Gérard et Laurette. Personnellement, je n'aime pas Jean-Louis, dont le caractère égoïste a sûrement été accentué par la préférence marquée de sa mère à son égard... préférence qui est assez casse-pieds. J'aime beaucoup Gilles et Richard. On remarquera que si Richard est le plus pénible, il semble aussi être celui ayant le plus grand coeur.
Denise est parfois un peu godiche avec son maquillage et ses romans-photos.

La fin est un tournant. Laurette va devoir réorganiser sa façon de vivre. Sachant que malgré ses défauts (dont son très mauvais caractère), elle est courageuse, il était évident qu'elle ferait ce qu'il faudrait pour s'en sortir. Il sera intéressant de voir les conséquences de ce tournant dans le tome 3.

Remarque annexe:
Je n'ai lu aucune autre saga de Michel David, mais j'ai lu les résumés des tomes 1 de ses autres séries. Il semblerait que les Morin rencontrent les personnages d'au moins une autre série. J'aime bien que les écrivains fassent cela.

Éditeur: Hurtubise.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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443 lectures

lundi, 3 août 2015

Chère Laurette, tome 1: Des rêves plein la tête, de Michel David.

Chère Laurette, tome 1: Des rêves plein la tête

L'ouvrage:
Montréal, 1930.
Laurette Brûlé a dix-sept ans. Sa famille doit faire face à la crise qui sévit à cause du crac boursier de 1929 aux États-Unis. La jeune fille au caractère très affirmé aide ses parents du mieux qu'elle peut. C'est alors qu'elle rencontre Gérard Morin, magasinier.

Critique:
J'ai découvert la littérature québécoise à la faculté. Je l'ai très vite beaucoup appréciée. En lisant ce tome 1, j'ai été plongée dans une ambiance qui m'a un peu rappelé celle de «Les chroniques du plateau Mont Royal» de Michel Tremblay. Mêlant l'histoire de ses personnages à l'Histoire du Canada, Michel David évoque paysages, coutumes, événements importants... Outre la crise, les personnages seront confrontés à la seconde guerre mondiale. Elle aura d'ailleurs un effet revigorant sur l'emploi.

L'ambiance ne serait pas ce qu'elle est si les dialogues ne regorgeaient pas d'expressions québécoises, assortis à une syntaxe populaire. Ce n'est quand même pas du joual, mais cela s'en rapproche. Je trouve que cela contribue beaucoup au fait que le livre est vivant. D'ailleurs, l'auteur se contente de faire parler ses personnages normalement. J'aurais trouvé étrange que la langue parlée soit du «français standard».

Il m'a plu de suivre les péripéties de ces personnages. Laurette ressemble aux héroïnes des sagas. Elle n'hésite pas à faire valoir son opinion, même si elle doit aller contre l'avis de son mari. À l'époque, les femmes n'avaient pas autant de liberté que maintenant. Elle a bien sûr des côtés agaçants qui la rendent plus humaine. Par exemple, si on comprend ses emportements, ils font qu'elle n'est pas toujours diplomate. Elle peut aussi également être très entêtée. Sa préférence marquée pour l'un de ses enfants est sûrement ce qui m'a le plus agacée chez elle. J'ai apprécié la manière dont elle mène la petite guerre qui a cours entre sa belle-mère (Lucie) et elle. Il est vrai que Lucie est son opposée, et qu'en plus, elle non plus ne sait pas dire les choses avec diplomatie. Cela engendre de savoureuses joutes.

Les parents de Laurette sont des personnages très sympathiques, ainsi que ses frères. Annette, sa mère, entre douceur, fermeté, et sagesse, mène son petit monde comme il faut. Honoré (le père de Laurette), calme, avisé, généreux, est apprécié de tous. Puis viennent les enfants de Laurette. Chacun a ses particularités, surtout les garçons. En effet, pour l'instant, Denise ne s'affirme pas trop.

L'auteur raconte la vie de gens simples, qui connaissent la valeur de l'argent, et ne supportent pas le gaspillage. Laurette, obligée de faire vivre sa famille avec peu, se révèle une redoutable femme d'affaires. (Voir comment elle a eu un prix sur des vêtements neufs, puis plus tard, sur les lunettes destinées à Gérard.) Il ne faut pas oublier les scènes humoristiques dont l'auteur parsème son roman. Entre dialogues savoureux (très vivants) où les personnages n'hésitent pas à se taquiner, et situations cocasses (S'il ne fallait prendre qu'un exemple, je parlerais de l'anecdote du frère de Conrad lors du mariage de Laurette.), on sourira souvent.

J'ai trouvé que le tome 1 de cette saga s'étalait peut-être un peu trop dans le temps, mais ce n'est pas si gênant.

Éditeur: Hurtubise.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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