vendredi, 27 mars 2015

Meurtres pour rédemption, de Karine Giébel.

Meurtres pour rédemption

L'ouvrage:
Marianne de Gréville a vingt-et-un ans. Elle est en prison à perpétuité pour meurtres. Elle s'est forgé une carapace afin de survivre. Elle y réussit d'autant mieux qu'en tant que détenue dangereuse, elle est seule dans sa cellule, ne se promène pas en même temps que les autres, n'a pas le droit de travailler, etc. Cependant, les choses se compliquent de diverses façons.

Critique:
Comme dans «Purgatoire des innocents», Karine Giébel précipite ses personnages dans un chaos de sentiments exacerbés par les conditions, les circonstances dans lesquels ils se développent. Malgré son épaisseur, ce livre ne souffre d'aucun temps mort. La tension, le suspense, les sensations extrêmes sont au rendez-vous du début à la fin.

Comme dans tous ses romans, elle plante parfaitement le décor, analyse à merveille ses personnages, et déroule son intrigue sans anicroches.

Les personnages de Karine Giébel sont toujours profondément humains. Ils sont également meurtris, mais tentent d'avancer, même lorsqu'ils croient en être incapables.
Ici, comment ne pas se fondre dans le personnage complexe de Marianne qui a eu le malheur d'être élevée par les mauvaises personnes. Ce personnage charismatique semble presque double: d'un côté, elle peut être une machine impitoyable et incapable de contrôler ses pulsions; de l'autre, elle peut faire preuve d'abnégation, de générosité. Elle peut se mettre à nu, montrer ses faiblesse et ses défaillances, accorder sa confiance sans limites. L'auteur a su créer un personnage qui, au premier abord, paraît détestable, et qui, par la suite, donne envie de la connaître. D'ailleurs, ceux qui s'y hasardent se verront transformés.

Je ne peux pas parler de tous les personnages, mais aucun ne laissera le lecteur indifférent. J'avoue avoir eu du mal à m'attacher à Franck, alors que je pense que l'auteur voulait qu'on s'y attache.

Avec une méticulosité à glacer le sang, la romancière dépeint l'univers carcéral. Je ne sais pas jusqu'à quel point ce qu'elle décrit arrive, mais j'ai trouvé tout cela très réaliste: les matons sadiques, ceux qui font ce travail pour comprendre et aider, les amours au goût de désespoir, les clans, les «règles» qui ont cours entre détenus, la solidarité, l'humanité qui finit par lier d'amitié des duos improbables.

Parfois, alors qu'on ne s'y attend pas, un élément survient, et les choses prennent un tour totalement différent. D'autre part, certaines choses sont prévisibles, mais cela ne gêne en rien la lecture, car le suspense n'est qu'une infime composante de ce récit. J'ai d'ailleurs été surprise qu'un personnage comme Franck n'ait pas su une chose qui était évidente. C'est la preuve qu'il restait en lui une part d'humanité encore intacte... c'est le cas chez beaucoup de personnages de Karine Giébel.

Comme dans la plupart des romans de cette auteur, la fin est pessimiste. Je pense qu'il vaut mieux savoir que cette romancière est coutumière du fait, car ainsi, on tente de se prémunir, et de ne pas s'attacher aux personnages... Cela ne fonctionne pas toujours... Cependant, ici, une telle fin aurait difficilement pu être autre, tout au moins pour un ou deux personnages. Marianne finit d'ailleurs par être très lucide à ce sujet.

Un livre dur, renfermant certains personnages sordides, mais où parfois, quelques moments de répit se fraient un chemin. Un livre réaliste, coup de poing. Un roman dont mes mots sont impuissants à rendre la beauté, la sauvagerie, la justesse.

Remarque annexe:
Comme dans d'autres ouvrages de Karine Giébel, il y a des scènes où certains personnages sont très amochés (ils ont été frappés), et où ils parviennent à faire des choses dont on les croirait incapables. La palme revient, je pense, à Marianne.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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55 lectures

mercredi, 25 mars 2015

Le plus beau de tous les pays, de Grace McCleen.

Le plus beau de tous les pays

L'ouvrage:
Judith McPherson, dix ans, vit avec son père. Ils font partie d'une congrégation religieuse.
À l'école, Judith est régulièrement la cible d'un garçon de sa classe, Neil Lewis. Un vendredi soir, il lui promet de lui mettre la tête dans la cuvette des toilettes le lundi suivant.
Dans sa chambre, la fillette a fabriqué son monde avec ce qui lui est tombé sous la main. C'est dans ce monde qu'elle décide qu'il neigera. Le lundi suivant, il neige pour de bon. L'enfant est alors persuadée qu'elle peut faire des miracles.

Critique:
Voilà un livre juste. Grace McCleen prend le temps de décrire son héroïne, ses relations avec son père, avec les autres... Judith et son père croient en Dieu comme s'il était leur unique planche de salut, comme s'ils n'avaient que la religion à quoi se raccrocher. Les événements vont leur montrer que tout n'est pas si simple. Judith souffre de sa différence et de l'absence de réelle communication entre son père et elle. Quant à son père, on découvre petit à petit à quel point il est démuni moralement...

Le lecteur a le choix entre deux interprétations: soit Judith communique vraiment avec Dieu, soit elle a un ami imaginaire qui lui permet d'affûter son esprit critique. Quant aux «miracles», ils peuvent n'être que des coïncidences. Bien sûr, je privilégie la seconde solution. Quoi qu'il en soit, Grace McCleen exhorte son lecteur à rester ouvert. La romancière fait de même lorsque Judith se rend compte que son persécuteur n'a pas une vie toute rose.
Si la jeune héroïne prend des chemins tortueux pour exprimer son mal être, elle est très crédible. En outre, c'est une enfant très attachante. À travers ce qu'elle confie au lecteur, il comprend pourquoi les relations sont si compliquées entre son père et elle. Ces deux personnages ont beaucoup à dire.
Le lecteur appréciera madame Pierce qui est comme une bouffée d'oxygène dans la routine des enfants. Elle fait bouger les choses, regarde réellement les élèves dont elle a la charge. Ceux qui veulent garder un côté mystique diront qu'elle est le bon ange de Judith.

J'ai conscience que ma chronique est bien terne pour un livre si abouti, si réussi. Je pense que cela vient en partie du fait qu'il est très difficile de parler de ce roman sans en dévoiler des moments clés. J'espère quand même que je vous donne envie de le lire.

Éditeur français: Nil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Kate Harbour pour les éditions Random house audio.

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95 lectures

mardi, 24 mars 2015

*Parutions Audiolib, avril 2015.

Rebecca La Fille de papier Nous
Dans la ville en feu Le Marchand de sable Que ta volonté soit faite

Ces titres sont annoncés pour le 15 avril 2015.

  • Rebecca, de Daphné Du Maurier, lu par Virginie Méry, 15h54.
    Sur la Côte d’Azur, une jeune femme peu sûre d’elle, la narratrice, tombe amoureuse du très riche Maximilien de Winter, d’un rang social plus élevé qu’elle. Ils se marient et partent vivre à Manderley, célèbre et magnifique manoir en Cornouailles. Mais la « présence » invisible de Rebecca, la précédente épouse de Maximilien, est immédiatement perceptible, comme de son vivant, lorsqu'elle dominait le ménage et la maisonnée. Présence obsédante, renforcée par la sévère Mme Danvers, gouvernante du manoir. Rebecca s’est-elle noyée par accident comme tout le monde le pense ? Quand on retrouve un cadavre, l'enquête est rouverte et de Winter est accusé du meurtre : leur amour survivra-t-il ?
  • La fille de papier, de Guillaume Musso, lu par Marc Weiss, 10h.
    Quand la vie ne tient plus qu’à un livre !
    « Trempée jusqu’aux os et totalement nue, elle est apparue sur ma terrasse au beau milieu d’une nuit d’orage.
    - D’où sortez-vous ?
    - Je suis tombée.
    - Tombée d’où ?
    - Tombée de votre livre. Tombée de votre histoire, quoi ! »
    Tom Boyd, un écrivain célèbre en panne d’inspiration, voit surgir dans sa vie l’héroïne de ses romans. Elle est jolie, elle est désespérée, elle va mourir s’il s’arrête d’écrire. Impossible ? Et pourtant ! Ensemble, Tom et Billie vont vivre une aventure extraordinaire où la réalité et la fiction s’entremêlent et se bousculent dans un jeu séduisant et mortel…
  • Nous, de David Nicholls, lu par Patrick Donnay, 14h 12.
    Biochimiste de 54 ans, Douglas Petersen imagine déjà sa retraite auprès de Connie, sa femme artiste, dans leur maison londonienne. Mais celle-ci lui apprend brusquement qu’elle n’est plus certaine de l’aimer. Pathologiquement maladroit et réservé, Douglas va devoir déployer toute son énergie pour reconquérir sa femme et tenter de tisser des liens avec cet inconnu qu’est devenu son fils adolescent. Douglas entraîne alors sa famille sur les traces de leur passé, dans un tour très balisé de l’Europe. Qu’est ce qui pourrait mal tourner ?
  • Dans la ville en feu, de Michael Connelly, lu par Jacques Chaussepied, 11h27.
    Harry Bosch fait le lien entre la balle d'un crime récent et celle d'une affaire remontant à 1992 sur laquelle il avait enquêté. A l'époque, une jeune photographe avait été tuée durant les émeutes de Los Angeles et son crime était resté impuni. Vingt ans plus tard, la balistique démontre que sa mort n'était pas le fait du hasard. Comme un enquêteur devant expliquer un accident d'avion, Harry Bosch va rechercher la boîte noire, la pièce à conviction qui reliera les deux enquêtes.
  • Le marchand de sable, de Lars Kepler, lu par Thierry Janssen, 13h29.
    Une froide nuit d’hiver à Stockholm. Un jeune homme est retrouvé errant le long d’une voie ferrée. Il souffre d’hypothermie et à l’hôpital on découvre qu’il a également contracté la maladie du légionnaire. Il s’agit d’un garçon disparu depuis de nombreuses années. L’une des dernières victimes supposées du tueur en série Jurek Walter. Mais qu’en est-il de sa petite soeur, disparue en même temps que lui à l’époque ? Le temps presse. Quant à Joona Linna, le moment est venu pour lui de se confronter à l’homme qui a détruit sa vie…
  • Que ta volonté soit faite, de Maxime Chattam, lu par Antoine Tomé, 8h58.
    Maxime Chattam dresse le portrait d’une petite ville du Midwest américain des années 60 jusqu’au début des années 80, avec pour fil rouge l’évolution de Jon Petersen, un pervers psychopathe, de son enfance jusqu’au point culminant de sa sinistre carrière criminelle. Que ta volonté soit faite est un voyage dans ce qui constitue l’essence même du roman policier, la vérité et le crime. On songe bien sûr à Stephen King. Une réussite.

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101 lectures

lundi, 23 mars 2015

Tu me manques, d'Harlan Coben.

Tu me manques

L'ouvrage:
Kat Donovan est célibataire depuis dix-huit ans, depuis que son fiancé, Jeff, l'a quittée. Son amie, Stacy, tenant à ce qu'elle trouve quelqu'un, l'inscrit sur «Just my type», un site de rencontre. C'est alors que parmi les inscrits, Kat reconnaît Jeff.
D'un autre côté, l'homme ayant reconnu avoir assassiné le père de Kat, avoue, alors qu'il est sous médicament, qu'il ne l'a pas fait, mais qu'on lui a demandé de porter le chapeau, ce qui ne changeait rien pour lui, puisqu'il était déjà reconnu coupable de deux meurtres.

Critique:
Après la lecture du résumé, j'avais peur qu'Harlan Coben s'auto-plagie, comme le fait Jean-Paul Dubois. Or, il n'en est rien. L'auteur a utilisé certaines ficelles dont il est coutumier, et qui fonctionnent si elles sont maîtrisées: un vieux meurtre dont le coupable est peut-être innocent, une histoire d'amour qui n'a pas dit son dernier mot, un jeune garçon qui craint que sa mère ait disparu... et des «méchants» qui sont prêts à tout pour atteindre leur but.

Si je suis un peu réticente aux romans policiers que je trouve un peu faciles, je reste attachée à Harlan Coben (même si j'avais peur que «Six ans déjà» signe le début de son essoufflement), car il parvient à créer des personnages profondément humains... dans tous les sens du terme. En effet, les «méchants» aussi sont humains. Ils représentent les pires côtés de l'humanité. Quant aux personnages «normaux», on s'identifiera très facilement à eux.

D'autre part, comme dans certains de ces romans, Harlan Coben soulève certains problèmes d'actualité. Ici, les «méchants» pervertissent quelque chose qui, au départ, n'est pas nuisible, et qu'on rencontre de plus en plus. Ce qui se passe dans le roman m'a fait un peu penser à un élément de «Faute de preuves». Ces deux faits ont un petit côté prévention qui n'est pas pour me déplaire.
Ce qui arrive au père de Kat fera également réfléchir. Là encore, on pensera inévitablement aux préjugés, mais aussi au fait qu'un autre personnage aurait peut-être dû agir différemment...

Harlan Coben maîtrise son suspense et ses rebondissements. J'avais deviné certaines choses, mais l'auteur ne traîne pas trop, donc ce n'est pas si grave. En outre, les personnages étant attachants, j'ai pris plaisir à les suivre dans leurs péripéties, même si j'ai su certaines choses avant eux.

Au sujet des personnages, ma préférence va à Brandon et à stacy. Le premier pour son intuition, sa remise en question, son à propos. La seconde pour sa fraîcheur, sa manière de forcer Kat et le lecteur à bousculer leurs préjugés, sa causticité.

Remarque annexe:
J'aime bien ce qui arrive à Beau après les événements marquants du roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Maud Rudigoz. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Au tout début, il m'a semblé que la lectrice cherchait un peu son ton. Cependant, je l'ai vite trouvée à l'aise. En outre, elle a su adopter un timbre de voix différent pour les hommes et Brandon sans trop en faire.

À un moment, le mot «dégingandé» apparaît. Lorsque je l'ai entendue, mon mari était dans la même pièce que moi. J'ai dit: «Tiens, elle l'a mal prononcé.» Mon mari a affirmé que c'était moi qui avais tort. Après plusieurs vérifications dans divers dictionnaires (papier, en ligne) et forums, c'est bien moi qui ai raison. Le mot se prononce comme il s'écrit et non «déguingandé». Il semble que cette erreur soit très ancienne et que beaucoup la fasse. Ce que je ne parviens pas à comprendre, c'est la raison pour laquelle la faute de prononciation s'est installée, étant donné que l'orthographe du mot ne recèle aucun piège.

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154 lectures

vendredi, 20 mars 2015

Kiffe kiffe demain, de Faïza Guène.

Kiffe kiffe demain

L'ouvrage:
Doria, adolescente d'origine arabe, raconte son quartier. Elle vit avec sa mère. Des assistantes sociales viennent. Doria va chez une psychologue, fait du baby-sitting, est aidée dans les matières scientifiques par un garçon de son âge. Mais elle, c'est Hamoudi qu'elle préfère.

Critique:
C'est le premier roman de Faïza Guène. Au début, je l'ai trouvé un peu moins pertinent que les autres, mais très vite, j'ai retrouvé la Faïza Guène qui sait appuyer là où ça fera mouche. Doria a un avis sur tout et tous. Ses observations faites en un style vivant (parlé), fluide, enlevé, avec quelques piques, sont très intéressantes à lire. Par le biais de son héroïne, la romancière s'applique, comme à son habitude, à casser les clichés. Par exemple, Hamoudi a passé plusieurs années dans l'illégalité. Cela ne veut pas dire qu'il ne fera pas tout pour se ranger.
Autre exemple: la mère de Doria est illettrée et au départ, sans ressources. Cela ne fait pas d'elle un parasite de la société.

Notre héroïne se plaît également à critiquer les assistantes sociales. Pourtant, l'une d'elles fait vraiment son travail, et ne se contente pas de brasser du vent. Certes, elle est parfois un peu agaçante (surtout quand elle infantilise Doria), mais il ne faut pas oublier qu'elle est vue par les yeux d'une adolescente prompte à se faire une opinion. La jeune fille finit d'ailleurs par dire qu'elle est peut-être un peu rapide à juger les gens, alors qu'elle rejette les préjugés qu'on pourrait avoir sur sa mère et elle.

Ce roman est également celui d'une jeune fille qui se cherche, qui découvre les peines, mais aussi les joies de la vie. Elle vivra des moments décisifs dont elle ne saisira pas forcément tout de suite l'importance.
C'est un récit sympathique, plein de tendresse, d'entrain, de pertinence.

Éditeur: Hachette Littérature.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour Sésame.

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172 lectures

jeudi, 19 mars 2015

*État des lieux de l'audiodescription en France, partie 4.

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Voici la quatrième et dernière partie de mon article sur l'audiodescription en France. La première partie est ici, la deuxième partie est ici, et la troisième partie est ici.

Davantage de diversité pour l'audiodescription:
Ce procédé m'ayant réconciliée avec les films (j'avais cessé d'en voir depuis de nombreuses années), je souhaite qu'il se généralise et devienne incontournable, et que la quantité n'empêche pas la qualité. Depuis peu, on avance dans le bon sens, car il existe de plus en plus de programmes audiodécrits. Il y en a encore trop peu à mon goût.Si je voudrais davantage de films, je rêve également de séries étrangères. Il y en a, mais vraiment très peu. Certes, les choses s'améliorent. Peut-être pourraient-elles s'améliorer davantage...

Une seule suffit:
Pourquoi réaliser une audiodescription lorsqu'il en existe déjà une, surtout si elle est de qualité? J'ai parlé de ce qui est arrivé pour «Les aventures de Rabbi Jacob», mais c'est loin d'être le seul exemple. Je pourrais également mentionner le film «Le petit Nicolas», de Laurent Tirard, qui a eu droit à trois audiodescriptions: une pour le cinéma, une pour le DVD, une pour la diffusion télévisée. Entre questions de droits, histoires de gros sous, et mauvaise volonté... Si j'ai bien compris, ce genre de choses tendrait à disparaître, du moins pour les programmes audiodécrits en amont.

Anciens programmes:
Apparemment, maintenant, on s'attache à audiodécrire beaucoup de nouveaux programmes. C'est une bonne chose. Oui, mais qu'en est-il d'anciens films et séries? Ne va-t-on plus audiodécrire que ce qui est nouveau? Avant, l'AVH audiodécrivait certains films plus anciens. Ils ont fait des Alfred Hitchcock, ou des films comme «Le péril jeune» (de Cédric Klapisch), «Cuisine et dépendances» (de Philippe Muyl), «Cinq jours ce printemps-là» (de Fred Zinnemann), et tant d'autres! Je trouvais très bien qu'ils fassent un peu de tout et touchent un peu à toutes les époques. Maintenant qu'on audiodécrit le plus de nouveautés possible, va-t-on se préoccuper de ce qui est moins récent? Certaines chaînes font audiodécrire d'anciens films en vue d'une diffusion télévisée, mais cela n'est pas systématique. Outre le fait qu'on n'a pas forcément envie de ne voir que les nouveaux programmes, on se retrouve avec certains anachronismes. Par exemple, le film «Casse-tête chinois», de Cédric Klapisch, a été audiodécrit, parce qu'il est sorti à une période où cela tendait à se généraliser. Certes, mais ce film est le troisième volet d'une série dont les deux premiers films n'existent pas, à ma connaissance, en audiodescription.
Par ailleurs, il y aurait le cas de figure où l'audiodescription existe, mais n'est pas utilisée... pour diverses raisons obscures. Je suppose qu'il y a des questions de droits... Je sais, par exemple, que «La liste de Schindler» (de Steven Spielberg) et «La folie des grandeurs» (de Gérard Oury) ont été audiodécrits, mais qu'apparemment, l'audiodescription ne peut être diffusée... Existerait-il beaucoup d'autres films dans ce cas?

Les cinémas:
Certains cinémas sont équipés pour diffuser des films en audiodescription. Seulement, la proposition n'est pas la même partout. Dans ma ville (métropole de plus de 750000 habitants), on ne trouve aucune information ayant trait à l'audiodescription sur le site du Gaumont. J'en déduis donc que le Gaumont ne passe pas de films en audiodescription. Le site du Méga CGR (le Français) indique que certaines séances sont en audiodescription, mais impossible de savoir lesquelles. Seul, l'UGC fait bien les choses: leur site indique quels sont les films en audiodescription, et elle est proposée à chaque séance.
Les cinémas équipés distribuent des casques à ceux qui souhaitent bénéficier de l'audiodescription. L'idée est logique: si certains veulent l'entendre, d'autres ne le souhaitent pas. Donc, on ne la diffuse pas dans toute la salle, mais uniquement dans les casques. Personnellement, je n'aime pas l'idée d'avoir un casque sur les oreilles au cinéma. Même s'il m'est facile d'entendre les bruits ambiants malgré un casque (il me serait donc aisé d'échanger avec la personne qui m'accompagnerait), je n'aime pas l'idée. Il n'y a pourtant pas d'autres solutions afin que tout le monde puisse voir le film dans la même salle.

Quand on doit jouer aux devinettes:
Un autre problème vient du fait que les programmes en audiodescription diffusés à la télé ne sont pas toujours signalés. M'étant abonnée à Canal Plus uniquement pour les films en audiodescription, j'ai récemment constaté que certains films n'étaient pas signalés comme étant audiodécrits (que ce soit sur les programmes télé ou sur le magazine de Canal Plus), alors qu'ils l'étaient. C'est regrettable. En effet, on ne peut ni deviner ni s'amuser à regarder le début de tous les films qui nous intéressent pour savoir s'ils sont audiodécrits ou non.
Les programmes audiodécrits d'Arte ne sont pas non plus tous signalés sur les programmes télé. Cependant, ils le sont sur le site de la chaîne.

Problème inverse:
On rencontre malheureusement le cas où l'audiodescription est signalée, mais ne peut être entendue, soit parce que la chaîne ne la diffuse pas, soit parce que l'opérateur TV n'a pas fait en sorte qu'elle soit accessible. Cela a été le cas avec certaines chaînes de France Télévision sur Numéricable. Le problème a été réglé (du moins dans mon coin), mais il a fallu écrire entre autres au CSA...
Je ne sais pas si on rencontre le même problème sur Disney Ciné Magic ou si des programmes sont signalés, mais non-diffusés en audiodescription. En tout cas, les épisodes de la série animée «Aladdin» ainsi que le film d'animation sont déclarés diffusés en audiodescription, et il m'a été impossible de trouver la piste. Une personne voyante (habitant dans une autre ville, et n'ayant pas le même opérateur que moi) a essayé chez elle: elle n'a pas obtenu plus de résultats.

J'ai rencontré un problème similaire avec le DVD de «La folie des grandeurs». Il était précisé qu'il y avait une piste audiodescription, information qui m'avait été confirmée par la responsable marketting de l'éditeur. Or, cette piste est restée introuvable...

Diffusions chaotiques:
Il existe aussi le cas où l'audiodescription s'arrête en milieu de film, ou bien celui où elle commence sur un canal pour se poursuivre sur un autre... Cela est arrivé sur France 2 en décembre 2014.

Quand les logos s'emmêlent:
Certains programmes télé en ligne mettent les logos «audiodescription» (un oeil barré ou bien «ad)))») alors que le programme est uniquement sous-titré pour les sourds. J'ai écrit à deux d'entre eux afin de leur signaler l'erreur. Malgré une réponse positive de l'un d'entre-eux, rien n'a changé...
À noter que Télérama fait sérieusement les choses en utilisant toujours correctement le logo audiodescription.

Recenser les programmes audiodécrits:
Si certains groupes recensent les films qu'ils ont audiodécrits, ils sont peu nombreux. À ma connaissance, l'AVH (tant sur son site que sur celui de l'Association Française d'Audiodescription) et En aparté le font, mais leurs listes ne sont pas exhaustives. Il serait bon que tout soit centralisé, et qu'à chaque fois qu'un programme en audiodescription apparaît, il soit référencé ainsi que les audiodescripteurs qui s'en sont chargés. Je sais qu'une personne tente de faire cela sur le site Lumière de nuit, mais les informations dispensées sont des recoupements que cette personne fait, de manière bénévole, entre ce qu'elle trouve sur des sites de vente et ce que des particuliers lui disent. Donc, il n'y a pas les informations relatives à l'audiodescription, on sait juste que le film a été audiodécrit. D'autre part, cette personne pourrait en avoir assez d'accomplir un tel travail et s'arrêter du jour au lendemain. Il faudrait donc que cela soit fait par des professionnels à qui l'information est facilement et rapidement accessible, ou bien, que le webmaster du site Lumière de nuit bénéficie de l'aide de ce genre de personnes, comme c'est le cas pour le webmaster du site Doublage Séries Database. En effet, ce site recense les castings VF de toutes les séries étrangères. Le webmaster fait cela bénévolement, mais il est régulièrement renseigné par certains comédiens et directeurs de plateaux.

Les voyants et l'audiodescription:
Quand j'ai commencé à regarder des films en audiodescription, j'ai pensé qu'il ne serait pas vraiment sympathique d'imposer cela à des personnes qui voient. Or, certains ont bien voulu tenter l'expérience, et à chaque fois, m'ont dit que l'audiodescription ne les gênait pas du tout. Mon mari m'a même dit qu'une ou deux fois, elle lui avait fait remarquer des choses qu'il n'aurait pas forcément enregistrées en les voyant.
D'autre part, j'ai lu le témoignage d'une personne qui, un jour, avait (sans le vouloir) activé l'audiodescription sur son téléviseur. Elle se demandait pourquoi les actions étaient décrites. Après avoir compris, puis désactivé l'audiodescription, elle s'est aperçue qu'elle avait préféré la première partie du film grâce à l'audiodescription.

Une formation:
En novembre 2014, l'INA, en partenariat avec Retour d'image, a proposé une formation à l'audiodescription. Je n'ai pu y assister, n'habitant pas Paris, mais quelqu'un m'en a parlé. Selon cette personne, c'était très instructif sur bien des points. Étant très intéressée par les rouages de l'audiodescription, je suis un peu frustrée de n'avoir pu bénéficier de cette formation. Apparemment, elle permettrait de faire de la relecture d'audiodescriptions, ce qui m'intéresserait énormément. Cependant, il semblerait que certains laboratoires ne voient pas l'intérêt de faire relire les audiodescriptions par un aveugle. Il est vrai qu'un aveugle ne pourra pas dire: «Ah, vous dites que la chemise est bleue, alors qu'elle est rouge.», mais il pourra signaler les ambiguïtés. Par exemple, lorsque l'audiodescription dit: «Elle s'avance.», et qu'il y a trois filles dans la pièce, si les dialogues ne nous permettent pas de savoir qui est celle qui s'avance, cela peut être gênant.
D'autre part, certains audiodescripteurs parlent de «la caméra». Or, je trouve cela plutôt parasite. Au lieu de dire «La caméra suit Machin qui marche dans une rue.», pourquoi ne pas dire «Machin marche dans une rue»? C'est ce genre de choses qu'une personne qui voit aura peut-être du mal à cerner, et qui serait sûrement détecté si un aveugle relisait l'audiodescription.

À suivre.
Depuis quelques semaines, je note plus précisément ce que j'appelle les «malfaçons»: le genre d'erreurs comme les ambiguïtés, les allusions à la caméra, les mots dits à la place d'autres, les erreurs de syntaxe... Dans quelques temps, je ferai un autre article en donnant quelques exemples.

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mercredi, 18 mars 2015

Alors voilà, de Baptiste Beaulieu.

Alors voilà

L'ouvrage:
Baptiste Beaulieu est interne en médecine. Il raconte une semaine de son travail d'urgentiste.
Il raconte des histoires. Au lecteur, certes, mais aussi à la patiente de la chambre 7. Cette patiente (qu'il surnomme la femme-oiseau-de-feu) est sur le point de mourir de son cancer. Seulement, elle veut attendre son fils, Thomas, dont le vol est coincé à cause de perturbations atmosphériques. Alors, Baptiste va tenter de l'aider à survivre jusqu'à l'arrivée de Thomas en lui racontant ce qu'il se passe aux urgences et ce que des collègues lui ont raconté.

Critique:
Si j'ai bien compris, ce livre a été écrit après que le blog de Baptiste Beaulieu a rencontré un vif succès. Je l'ai un peu visité, mais je n'ai lu que ce qui avait été écrit en 2015, donc je ne sais pas si ce qui est raconté dans le livre est également lisible sur le blog.

Le narrateur croque la vie à pleines dents, et tente d'en tirer le meilleur. Si son parcours lui montre une humanité parfois sordide, il retient aussi les expériences heureuses, et surtout, s'exhorte à ne pas avoir de préjugés sur les personnes qui ne sont pas agréables au premier abord.

Les histoires contées ici sont cocasses, tendres, parfois surprenantes, parfois tristes, parfois belles, parfois sordides... C'est la vie... Je ne me rendais pas compte qu'au service des urgences, on pouvait voir défiler une humanité disparate. Certains exemples donnés par l'auteur sont navrants, mais pas tellement surprenants, si on y réfléchit bien. L'histoire la plus absurde est (selon moi) celle de l'homme qui vient aux urgences parce que lorsqu'il fait un certain geste, cela lui fait mal au coude. Lorsque l'auteur décrit le geste, on comprend que n'importe qui aurait mal en le faisant... Je ne donne qu'un exemple, mais le livre regorge d'histoires de tous types.

J'aime bien les surnoms que l'auteur donne à certains médecins (ainsi, pas besoin de s'embêter à leur trouver des noms pour le livre): chef Gueulard est sûrement celui qui mérite le plus son surnom. Quant aux autres personnes évoquées, elles font toutes preuve d'humanité, même si certaines sont maladroites.

L'auteur possède un style bien à lui: imagé, fleuri. Le livre est plein de phrases percutantes, souvent caustiques, de petits conseils pour que la vie et les relations humaines se passent mieux. Baptiste Beaulieu sait raconter, sait dire ce qui fera réfléchir, sait faire rire. J'espère que son deuxième livre sortira également en audio.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Emmanuel Dekoninck fait partie des comédiens qui peuvent tout enregistrer: du policier (Vikas Swarup, Franck Thilliez), du fantastique / onirique / initiatique (Murakami), du classique (Fitzgerald)... Ici, il n'a pas démérité.

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lundi, 16 mars 2015

Te fous pas de moi, papa, de Jon Ferguson.

Te fous pas de moi, papa

L'ouvrage:
Laura a seize ans. Elle vit avec son père. Sa mère est morte quand elle avait huit ans. Le père et la fille sont américains mais habitent en Suisse. Laura décrit son quotidien et fait part de certaines de ses réflexions au lecteur.

Critique:
J'ai retrouvé avec plaisir le style vivant de Jon Ferguson. En outre, pour moi, il a su entrer dans la peau de cette adolescente. Les écrits de Laura sont à la fois pleins de certitudes et de questions. Par exemple, elle est persuadée de tenir la clé de la réforme du système scolaire qui fonctionnera à coup sûr. Pour elle, il est impensable d'enfermer une trentaine d'adolescents dans une salle toute la journée avec des professeurs qui se succèdent pour faire cours. Seulement, elle ne voit pas les failles de son raisonnement. Avec son idée, les élèves n'auraient que trois heures de cours par jour. En outre, joueraient-ils vraiment le jeu? Il est humain de se laisser aller à faire des choses qui tiennent du loisir lorsqu'on n'est pas cadré.
C'est la même chose avec la solution du professeur d'anglais qui laisse les élèves écouter de la musique (avec un casque) après qu'ils ont fini leur contrôle, ainsi les autres peuvent travailler dans le silence. Du coup, le professeur veut proposer un allègement du règlement intérieur: ceux qui ne veulent pas travailler pourront écouter de la musique, ainsi on pourra avancer avec les autres. Si quelque chose de ce genre arrivait, beaucoup finiraient par passer dans le camp de ceux qui ne veulent pas travailler parce que là encore, c'est humain de vouloir faire ce qui plaît en priorité. D'autant qu'il serait désagréable de voir un non-travailleur récompensé de son attitude par le droit de ne faire que des activités de loisir.
Je sais que je m'attarde beaucoup sur cet aspect, alors qu'il n'est pas la seule chose du livre, mais outre que j'en ai assez qu'on prône le laxisme concernant l'école, je suis déçue qu'un auteur fin comme Jon Ferguson n'ait pas poussé le raisonnement.

À un moment, Laura rencontre une femme aveugle. Cela fait qu'elle se pose beaucoup de questions sur les aveugles.
Elle a aussi deux oiseaux, et à partir de ce moment, elle se met à se demander ce qu'ils ressentent, etc. J'ai trouvé sympathique qu'elle fasse attention au monde qui l'entoure.

L'adolescente nous parle également de ses premières amours. Elle profite pleinement de ce qui lui arrive tout en se posant certaines questions et remettant certaines choses en cause.

J'aime beaucoup ce qu'elle montre de ses rapports avec son père. C'est une très belle relation. Elle est renforcée par le fait que la mère ne la jeune fille n'est plus là, mais à la base, c'est le genre de relations que, pour moi, tout parent devrait avoir avec son enfant.

À côté de cela, on trouve des réflexions intéressantes qui, à mon avis, viennent directement de l'humour particulier de Jon Ferguson. Par exemple, Laura se demande pourquoi il y a des chapitres dans un livre. Pour raconter son voyage à Marakech, elle écrit à... Marakech.

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Un livre sympathique qui évoque simplement la vie dans toute sa complexité.

Éditeur: Ozalide.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par André Cortessis pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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