jeudi, 25 août 2016

Neverwhere, de Neil Gaiman.

Neverwhere

L'ouvrage:
Alors qu'il se rend à un dîner, Richard Mayhew est arrêté par une jeune fille qui le supplie de l'aider. Elle semble grièvement blessée, et refuse d'être conduite à l'hôpital. Richard l'emmène chez lui. C'est à partir de ce moment que d'étranges événements vont se produire dans la vie de notre héros.

Critique:
Comment écrire une chronique qui soit à la hauteur de ce roman? Il est assez épais et ne souffre d'aucune lenteur. J'ai d'ailleurs apprécié que l'auteur prenne le temps de planter le décor, d'expliquer ce qui arrive à Richard, de montrer ce que cela lui fait, etc. Ensuite, le lecteur est précipité d'une aventure à l'autre. Énigmes, épreuves, quêtes, rencontres de personnes dont on ne sait pas toujours si on peut s'y fier... Ce monde où on «parle aux rats», où un personnage excentrique raconte des blagues aux oiseaux (mais pas seulement), où on a affaire au marquis de Carabas... ce monde où fantastique et merveilleux se côtoient (selon qu'on se place du point de vue de Richard ou des autres), tout cela rappelle le conte. Mais un conte initiatique, parfois cruel, exempt d'amours mièvres, et traversé de pointes d'humour.
Quant à la fin, elle est conforme à ce que je souhaitais. Elle est peut-être un peu attendue, mais j'aurais été déçue qu'elle soit autre.

Le monde dans lequel notre héros est bien obligé de se rendre est décrit et exploré avec minutie. On y rencontre des personnalités captivantes, des peuples étranges, et une foule d'éléments propres à immerger le lecteur dans cette Londres d'en bas. Certains éléments peuvent être vus à plusieurs niveaux. Par exemple, la première fois que Richard se rend au marché flottant, j'ai été fascinée par la description de tout ce qu'il y voit. J'ai ri de certaines incongruités, comme le rayon des détritus. Bien sûr, nous sommes dans un monde étrange, mais il ne faut pas oublier que ceux qui s'y retrouvent sont ceux qui, pour une raison X ou Y, sont tombés dans des failles, des personnes qui souffrent, n'ont pas vraiment d'endroits où aller. On peut donc imaginer que celui qui vend des détritus n'a pas grand-chose pour subsister.
D'une manière générale, ce roman invite à l'ouverture d'esprit. En expliquant de manière «raisonnable» des situations qui paraissent parfois saugrenues.

Son parcours dans ce monde et les péripéties qu'il y vivra changeront Richard. Le lecteur s'identifiera facilement à lui. Parachuté dans un univers dont il ignore les codes (il aurait sûrement été châtié si les Parle-aux-rats l'avaient vu balancer sa télécommande sur l'un de ceux qu'ils admirent et respectent), il traverse des épreuves dont lui-même se serait cru incapable de triompher. Celle de la clé est sûrement la plus périlleuse. Là encore, on peut la voir comme une simple épreuve dont il faut triompher ou comme une invitation à améliorer (si on le peut) ce qui ne va pas dans la vie.

Les deux tueurs (monsieur Croup et monsieur Vandemar) ne laisseront pas le lecteur indifférent. Bien sûr, ce sont des «méchants», mais ils feront également sourire. Monsieur Vandemar, la grosse brute qui mangent des animaux crus voire vivants, qui ne comprend pas toujours le sens figuré, qui révèle des choses qui devaient rester cachées parce qu'il veut avoir son tour de parole... Nos deux compères se désolant que leur employeur ose, sans scrupules, leur demander de ne pas trop abîmer, voire de protéger des gens, alors que leur «métier» est de tuer... Tout cela prête à sourire, même si ces deux personnages sont synonymes de danger.

Je ne peux pas trop en dire pour ne pas trop en dévoiler. C'est assez frustrant, car ce roman est très riche, foisonnant, fouillé, abouti. Il y aurait encore énormément de choses à écrire...

Je n'ai pas eu le texte dans sa langue originale entre les mains. Je ne sais donc pas si certaines lourdeurs stylistiques sont dues à la traduction ou si elles sont du fait de Neil Gaiman. Par exemple, plusieurs fois, un prénom est répété, alors qu'il pourrait être remplacé par «il» ou «elle». Si c'est voulu par l'auteur, c'est ainsi. Si ce sont des maladresses de traduction, c'est vraiment dommage, car cela trahit le texte original.
D'autre part, Londres étant une ville, et «ville» étant du genre féminin, le traducteur a choisi de dire «la Londres d'en haut» et «la Londres d'en bas». Mais à un moment, il écrit «le Londres». Il aurait dû garder le genre choisi au départ. Ayant lu ce roman en audio, je n'exclus pas que le «le» soit une erreur de la lectrice.

L'édition que j'ai lue comporte une introduction où Neil Gaiman explique la genèse et l'évolution de «Neverwhere». Outre que c'est très intéressant, on y apprend que le roman a connu plusieurs versions, et que celle comportant l'introduction expliquant cela est la plus aboutie aux yeux de l'auteur. De ce fait, il vaut mieux lire cette version.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Miserez pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Outre une voix très agréable, Élodie Miserez a un jeu très naturel. Elle donne de subtiles nuances à sa voix pour interpréter les différents personnages. Je n'aime pas cela, en général, mais elle le fait très bien. Peut-être aurait-elle dû jouer un tout petit peu plus. Par exemple, lorsqu'elle dit une réplique sur un ton neutre, puis «hurla Chasseur», c'est un peu anachronique... Néanmoins, je pense qu'elle a dû tenter de jongler: il fallait jouer, mais pas trop... cela n'est pas toujours facile...
Quant à sa prononciation des noms anglophones (ce sur quoi je pinaille beaucoup), elle m'a plu. Elle n'est absolument pas affectée. Il y a bien certains noms que la lectrice prononce à l'anglophone (comme Mayhew), mais je ne sais pas trop de quelle autre manière elle aurait pu les prononcer. Là encore, elle n'avait pas la partie facile et s'en est bien sortie.

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51 lectures

lundi, 22 août 2016

Mémoire piégée, de Nicci French.

Mémoire piégée

L'ouvrage:
Jane Crane a quarante-et-un ans. Elle est architecte. Elle est en train de divorcer de Claude Martello. Les Crane et les Martello sont très proches depuis l'enfance de Jane. Lors d'un week-end les réunissant, alors que des travaux sont entrepris, on retrouve un corps dans le jardin de la demeure. C'est celui de Natalie Martello, meilleure amie de Jane, disparue en juillet 1969, à seize ans. Après sa disparition, la police avait cru à une fugue. L'enquête est donc rouverte. Jane, la narratrice, suit cela de près. Non seulement Natalie était son amie, mais elle a l'impression que quelque chose concernant cet été-là lui échappe.

Critique:
Ne lisez pas ce roman en cherchant un suspense haletant. Ne vous attendez pas à ce que le nom du coupable soit très difficile à trouver. Je ne sais pas si les auteurs le font exprès, mais ils donnent trop d'indices (notamment en orientant les soupçons vers d'autres) conduisant au meurtrier. De ce fait, on peut voir ce roman comme terriblement lent... C'est vrai, mais il est autre chose qu'une énigme donnée au premier chapitre dont on n'a la solution qu'au dernier. Les auteurs auraient peut-être pu placer l'arrestation d'un faux coupable plus tard. Cela leur aurait fait un rebondissement crédible. En effet, la seule chose qui rend ce suspect non coupable aux yeux du lecteur, c'est que son arrestation arrive trop tôt. Arrêté plus tard, ce suspect faisait un bourreau acceptable. De ce fait, découvrir ensuite qu'il n'avait pas commis le crime aurait été une vraie surprise.

J'ai apprécié que les auteurs prennent le temps de planter le décor. Ils nous présentent les nombreux membres de cette famille, expliquent un peu la vie de chacun, nous les rendent attachants. Ils présentent plus en détails Jane et ceux qui gravitent le plus autour d'elle. J'ai également aimé que la psychologie de l'héroïne soit décortiquée. Le lecteur comprend les sentiments par lesquels elle passe. Elle veut savoir qui a tué son amie. De plus, elle est assez perdue quant à sa propre vie. Elle a fait des choix qu'elle sait bons pour elle, mais ne parvient pas à se les expliquer clairement. Et bien sûr, il y a ce souvenir de l'été 69, ce souvenir qu'elle tente de saisir.

Cela donne aux auteurs l'occasion de soulever des questions très intéressantes sur la mémoire. Nos souvenirs sont-ils toujours fiables? Jusqu'à quel point refoulons-nous ceux qui nous font trop mal pour être regardés en face? À un moment, Jane rencontre un groupe de femmes qui, grâce à une thérapie, ont retrouvé des souvenirs traumatisants enfouis au plus profond d'elles. Je sais que la mémoire n'est pas toujours fiable à 100%. Je pense aussi qu'il est possible d'occulter des souvenirs traumatisants. Mais est-ce possible au point décrit par Mélanie, par exemple? Peut-on occulter quelque chose qui s'est produit pendant longtemps? Ce genre de questions m'intéresse beaucoup, d'abord parce que c'est fascinant, mais aussi parce que parfois, des personnes ayant vécu le même événement le racontent différemment quelques temps après. Lorsque c'est quelqu'un et moi, je commence par penser que la personne déforme, qu'elle se souvient mal. C'est la première pensée que chacun aura: ah non, je ne m'en souviens pas comme ça, tu te trompes. Mais pourquoi l'autre personne n'aurait-elle pas raison?... Bref, l'intérêt de ce roman n'est pas tant dans la psychologie de l'assassin (même s'il est assez effrayant), mais dans toutes les questions ayant trait à la mémoire. Rien que pour cela, il vaut la peine d'être lu.

Éditeur: Pocket.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Annick Perruchoud pour la Bibliothèque Braille Romande.
La lectrice a une voix très claire. Je le souligne parce que certains lecteurs (je n'ai toujours pas compris pourquoi) lisent avec retenue, chuchotant presque, et cela m'agace. De plus, Annick Perruchoud a une lecture naturelle. Son intonation est toujours appropriée. Je regrette qu'elle ait lu beaucoup d'ouvrages qui ne me tentent pas, car j'aime beaucoup sa façon de lire. Je vais aller parcourir à nouveau la liste de ses lectures. Peut-être trouverai-je quelque chose.

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71 lectures

jeudi, 18 août 2016

Every secret thing, de Lila Shaara.

Every Secret Thing

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Gina Paletta, ancien mannequin, trente-trois ans, est devenue professeur à l'université. Veuve depuis quatre ans, elle élève seule ses jumeaux de sept ans, Toby et Stevie.
Un jour, la police lui apprend qu'un de ses étudiants a créé un site utilisant et détournant des photos faites lorsqu'elle était mannequin. Il semblerait qu'il s'intéresse un peu trop à elle. Cet étudiant est, par ailleurs, soupçonné de meurtre.

Critique:
Ce livre paraîtra peut-être lent à certains. Pour ma part, j'ai aimé que l'auteur s'attarde sur le quotidien de Gina, sur ses relations (plutôt tendues) avec sa famille, sur l'étrange amitié qui va lier l'héroïne (pour presque un an) à sa voisine, Jessie. J'ai aimé que le puzzle mette du temps à s'assembler, qu'on voie les personnages vivre, évoluer, qu'ils soient plongés dans des situations délicates, etc.

Entre l'étudiant obsédé par Gina, les étrangetés familiales révélées par des conversations anodines, les hommes qui tournent autour de l'héroïne, l'auteur sème des ébauches de fausses pistes. En effet, elle ne dit pas clairement: «Voilà, il faut penser ça.», elle laisse traîner des faits qu'on peut prendre pour des indices ou pas. C'est ainsi que je me suis demandé, à un moment, si l'étudiant fou (Tim) ne serait pas davantage innocent que ce que pensait la police... Finalement, tout est cohérent, tout s'imbrique bien. Les déboires de Gina ne s'arrêtent pas à Tim. Cette année (comme elle le dit elle-même) est une année charnière où elle découvrira des choses sur elle, sur son entourage...

La famille de Gina est particulière. Celle que j'ai le moins comprise est sûrement Maureen. Il est normal qu'elle ait des difficultés à concilier son besoin de ne pas rompre avec ses parents et son amour pour Ivy. Cependant, ses proches ne l'acceptant pas tous telle qu'elle est, je trouvais certains de ses choix curieux. Par la suite, son attitude m'a déçue, et je ne lui ai trouvé aucune excuse. Au départ, on a plutôt l'impression que Maureen est forte, ouverte, etc, alors que sa soeur, Lizie, semble être revêche et manquer d'empathie. À mesure du roman, on découvrira que les choses sont plus complexes. Il n'y a qu'à voir le comportement des parents de Maureen et Lizie, ainsi que celui de la mère de Gina, pour penser qu'il est normal que les filles aient des problèmes... Outre les diverses façons de se comporter des uns et des autres en général, une scène en particulier est assez marquante, ainsi que ses conséquences. C'est ce qui arrive lorsque Gina et ses enfants se rendent à un repas de famille. À ce moment-là, les réactions de chacun sont représentatives, et certaines sont effrayantes. Gina n'est pas championne quant à l'éducation de ses enfants, mais certains membres de sa famille font froid dans le dos!

J'aurais pu trouver ce livre très bon si l'histoire d'amour ne l'avait quelque peu affadi. Pour moi, elle est trop rapide. Gina prend des décisions extrêmes la concernant. De plus, l'élu de son coeur ne m'a pas vraiment plu. Il est trop parfait. D'une manière générale, dans ce roman, les hommes ne sont pas vraiment à l'honneur. Soit ils sont brutaux, pervers, et veulent coucher avec Gina (certains n'y mettent même pas les formes), soit ils sont («il est», devrais-je dire, car c'est presque le seul) parfait et extrêmement fade. Il m'a plutôt agacée. Je ne sais pas trop avec qui j'aurais vu notre héroïne (qui, elle aussi, m'a agacée concernant cette histoire d'amour), probablement avec aucun homme rencontré dans ce roman... Les seuls qui m'ont été sympathiques avaient des rôles secondaires: Dan, le constable, le «fils» (si on simplifie) de Jessie, Clark... J'aime bien les histoires d'amour, mais je n'aime pas qu'elles soient niaises et mal amenées. Ici, elle est la raison pour laquelle ce livre n'est pas un coup de coeur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.

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77 lectures

lundi, 15 août 2016

Le vide de nos coeurs, de Jasmine Warga.

Le vide de nos coeurs

L'ouvrage:
Aysel (la narratrice du roman) a seize ans. Elle est tout le temps triste à cause d'un événement arrivé il y a trois ans. Elle pense ne pas pouvoir échapper à une partie d'elle-même. Voilà pourquoi elle souhaite se suicider. Par le biais d'un site, elle rencontre Roman (dont le pseudonyme est Robot Gelé) qui sera son partenaire de suicide.

Critique:
Il faut prendre ce roman en étant bien conscient de ce qu'il est: une sympathique lecture d'été. Il faut aussi savoir que, très vite, on a une bonne idée de la manière dont tout va se terminer. Cela ne m'a pas dérangée, parce que je me doutais de certaines choses après avoir lu la quatrième de couverture, et j'ai lu le livre en m'attendant à ces choses. Cependant, l'aspect «convenu» pourra en gêner certains.

Malgré le thème délicat, le livre est assez drôle. En effet, Aysel a beau être cynique et manier l'ironie avec une certaine dextérité, elle est très loin d'être méchante ou amère. Malgré son désespoir, elle a souvent des répliques ou des remarques amusantes, pleines de dynamisme. De plus, elle tente toujours de se réconforter (avec de la musique classique, de la physique...). Quoiqu'elle en dise, elle se raccroche aux plaisirs de la vie. Cela fait douter le lecteur quant aux réelles intentions de l'héroïne, et c'est ce qui fait qu'on peut envisager la fin sans que cela ait l'air complètement hors de propos. L'auteur sait où elle va et le prépare. Je pense que c'est la raison pour laquelle la fin ne m'a pas gênée. Elle ne semble pas incongrue'

Certains penseront peut-être qu'Aysel et Roman se complaisent dans leur tristesse, dans leur envie de débarrasser le monde (et surtout leur entourage) de leur néfaste présence. Certes, mais qui n'a pas été à leur place ne peut pas dire comment il réagirait. Je connais quelqu'un qui n'est pas très loin de vivre une situation similaire à celle d'Aysel, mais cette personne n'a pas réagi comme notre héroïne. Sûrement parce que la communication n'a pas été aussi difficile pour elle que pour Aysel et sa famille, mais aussi parce que la personne fautive n'a aucun côté aimable, à l'inverse du père d'Aysel.
Quant à Roman, je pense qu'à sa place, je me blâmerais tout autant, et je n'accepterais pas les affirmations de mes parents selon lesquelles ce sont eux, les responsables. À seize ans, on sait ce qu'on fait, on sait quelles peuvent être les conséquences. Je pense que le but n'aurait pas dû être de tenter de faire croire à Roman qu'il n'était pas fautif (car ce n'est pas crédible), mais de lui apprendre à vivre avec sa faute.

Jasmine Warga montre quelques scènes entre l'héroïne et sa famille. On se rend bien compte que la communication n'est pas aisée, et que l'adolescente interprète mal certains signes. Elle est bien obligée de s'en apercevoir lors de la scène où Georgia lui montre qu'il neige, dehors. Bien sûr, à certains moments, le fait que la famille ne soit pas naturelle avec la narratrice conduit à des malentendus, le tout recouvert de non-dits... Et quand une situation s'installe, il est difficile de la changer.

Je n'ai pu m'empêcher d'éprouver de la compassion pour le père d'Aysel. Sûrement parce qu'il ne se résume pas à un trait de caractère. La jeune fille a vécu de très bons moments avec lui. Il a été un vrai père pour elle. L'auteur a donc créé une situation qu'elle a souhaitée complexe, loin des clichés. Je trouve cela bien, mais en même temps, cela me fait sourire, car la situation réelle que je compare à celle d'Aysel est sans nuances. Elle me paraîtrait peut-être totalement clichée dans un livre.

Il y a quelques longueurs, notamment quand l'héroïne traîne pour raconter ce que son père a fait. Dès le début, on connaît les grandes lignes de son acte, mais elle ne détaille le tout que dans le dernier quart du roman. Et là encore, elle traîne et traîne. Bien sûr, c'est expliqué par son traumatisme, mais c'est un peu pénible.

Ce roman m'a un peu rappelé «The last time we said goodbye», de Cynthia Hand. Les histoires ne se ressemblent pas, mais on retrouve une certaine ambiance, et des adolescents qui culpabilisent, et tentent de tout prendre sur eux.

Éditeur français: Hugo Roman.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Rebecca Lowman pour les éditions Harper Audio.

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117 lectures

jeudi, 11 août 2016

Écarlate, d'Hillary Jordan.

Écarlate

L'ouvrage:
États-Unis, dans le futur.
Hannah Payne est condamnée pour s'être fait avorter. En outre, elle a refusé de donner le nom de son amant. Pour cela, elle fera trente jours de prison, et sa couleur de peau sera génétiquement modifiée: elle sera rouge (la couleur du sang fraîchement versé) pendant seize ans.

Critique:
Ce roman m'a plu, mais je l'ai trouvé inégal. D'abord, j'ai aimé la manière dont Hillary Jordan utilise la science-fiction pour servir son propos. Ici, le rouge est la couleur de l'infamie. Il est impossible à un criminel de cacher ce qu'il est puisque sa couleur parle pour lui. En outre, il est très facile de savoir de quoi s'est rendue coupable telle ou telle personne.

Ensuite, j'ai beaucoup aimé la manière dont l'auteur montre les dangers du fanatisme. Hannah ne peut pas tout de suite rentrer chez elle, et va dans un centre où on fait culpabiliser les «pensionnaires», où on les tyrannise, tout cela au nom de Dieu. Tour à tour d'un doucereux sadisme et d'une implacable dureté, les dirigeants déploient des trésors d'énergie pour façonner leurs victimes. Jouant sur leur culpabilité, leur envie de bien faire, de trouver la paix et la rédemption, ils leur assènent des ordres qui sont autant de preuves de leur extrême fermeture d'esprit. Tout est finement analysé par l'auteur.

J'ai également apprécié le fait qu'Hannah voie très bien ce qui arrive à sa soeur et tente de la protéger, malgré tout, même si celle-ci n'a pas encore assez souffert pour admettre qu'il faudrait qu'elle prît ses jambes à son cou en faisant fi des conventions.
D'une manière générale, les épreuves font que notre héroïne se penche sur sa condition et les mentalités de ses semblables. Petit à petit, elle mûrit et comprend certaines choses. Bien sûr, c'était déjà en germe en elle puisqu'elle refusait d'accepter tout ce qu'on lui présentait comme vérités universelles.

C'est ensuite que j'ai trouvé le livre moins intéressant, à partir du moment où Hannah fraie avec ceux que j'appelle les «résistants». D'abord, je trouve ces résistants brossés à trop grands traits. Ils ne sont pas vraiment crédibles. Les simili histoires d'amour ne m'ont pas plu... pour moi, cela montre des personnages sans personnalités qui s'entichent des premiers venus. On me ressortira le vieux cliché qui veut que si la situation semble désespérée, on vit à cent à l'heure, quitte à se jeter dans les bras de tel ou telle. Justement, cela fait cliché. L'une de ces histoires est là pour qu'Hannah voie un personnage et une situation sous un autre angle, mais j'ai trouvé que c'était très mal amené, même si la leçon qu'en tire Hannah est bonne.
En outre, pourquoi sauver uniquement Hannah et certaines filles dans son cas? C'est expliqué, mais je n'ai pas été convaincue.
De plus, j'ai trouvé que les parties avec les résistants traînaient.

Enfin, Hannah m'a beaucoup agacée, à faire passer un personnage (qui n'a pas été vraiment bien dans l'histoire) avant un autre (qui, lui, a surtout pensé à elle). Je ne le lui pardonne pas, car elle est ainsi jusqu'au bout, et c'est, à mon avis, une chose assez importante.

Je suppose qu'une partie de ce roman est une allusion modernisée à «La lettre écarlate», de Nathaniel Hawthorn. Maintenant, cela me paraît évident, mais je n'y aurais pas pensé sans le titre français (j'ai lu ce livre en anglais), qui, je trouve, est bien choisi. Le titre original parle d'un aspect plus insidieux, et qui court tout au long du roman, alors que le titre français pointe un aspect plus flagrant.

Éditeur français: 10/18.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Heather Corrigan pour les éditions Highbridge Audio.

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158 lectures

lundi, 8 août 2016

Anatomie de la stupeur, d'Ann Patchett.

Anatomie de la stupeur

L'ouvrage:
Marina travaille pour un laboratoire pharmaceutique. Son patron lui apprend qu'Anders Eckman, l'un de ses collègues, est mort au fin fond de la forêt amazonienne. Il était allé au Brésil pour se rendre compte de l'avancée des travaux du docteur Annick Swenson, dont le laboratoire finance les recherches concernant un nouveau médicament. À son tour, Marina se rend au Brésil afin d'en savoir davantage sur les circonstances de la mort d'Anders, mais aussi de voir l'avancée des recherches du docteur Swenson qui donne de ses nouvelles avec parcimonie.

Critique:
Après n'avoir pas aimé «Belcanto», d'Ann Patchett, j'étais un peu réticente à lire d'autres livres d'elle. Cependant, le résumé m'a tentée, et j'aime beaucoup la lectrice.

Ce livre m'a globalement plu. Entre roman d'aventure et d'apprentissage, le lecteur découvre les dangers de la forêt amazonienne, un peuple fascinant, des arbres aux pouvoirs mystérieux... Tout cela donne une ambiance particulière, renforcée par les cauchemars que fait Marina lorsqu'elle prend du Larium. Au milieu de tout cela, évoluent des personnages intéressants, comme Annick Swenson. Elle est complexe, car elle semble pragmatique et froide, mais aussi pleine d'abnégation dans certaines circonstances. Elle semble comprendre le peuple qu'elle côtoie tout en ayant certaines idées arrêtées.
Nous rencontrons aussi Easter, enfant à la fois naïf, sage, énigmatique... Il garde une part de mystère, probablement parce qu'il communique difficilement à cause de sa surdité.

Le lecteur suit avec intérêt Marina dans ses pérégrinations. On apprend à la connaître, à la découvrir au travers de ses actes, de ses peurs, du récit d'événements passés de sa vie. L'auteur l'a créée quelconque. Pour moi, ce n'est pas péjoratif. Marina n'est pas une super héroïne. On s'identifiera facilement à elle. Si certaines de ses réactions m'ont déplu, je les ai comprises, tout comme ses actes... sauf un. En effet, l'auteur invite le lecteur à s'identifier à son héroïne, à la comprendre, puis elle la confronte à une épreuve à laquelle (à mes yeux) la jeune femme échoue. Elle aura beau donner toutes les excuses possibles pour se dédouaner, elle aura beau sembler regretter cet acte, elle ne trouve aucune grâce à mes yeux. Je suis peut-être dure. D'autres lecteurs trouveront peut-être qu'elle n'avait pas le choix. En outre, étant donné ce qu'elle apprend ensuite, on se rend compte qu'une zone d'ombre avait son importance. Je comprendrai ceux qui trouveront des excuses à Marina, mais je n'ai pas pu. Cela ne fait certainement pas de ce livre un mauvais roman. Ann Patchett a placé son héroïne devant un choix, et celle-ci a choisi une solution qui a déplu à la lectrice que je suis. La romancière montre par là que quelles que soient nos intentions, quelle que puisse être notre envie de bien faire, il arrive un moment où on peut se laisser dépasser par les événements, et se donner bonne conscience d'avoir mal agi. L'auteur fait cela très simplement. C'est d'ailleurs un instant de l'histoire assez rapide en comparaison du reste. Elle montre l'instant où quelque chose, dans la vie de Marina, a basculé. C'est après la fin que j'ai repensé aux petites choses qui, pendant ma lecture, m'avaient déplu chez Marina. Je me suis aperçue qu'il n'était pas vraiment étrange qu'elle ait agi de manière déplaisante, vers la fin. L'auteur la montre à la fois ouverte, égoïste, indécise, changeante... Soudain, elle décide de grandes choses, puis les rejette peu après. En tout cas, rien n'est incohérent, même si j'aurais souhaité que Marina choisisse une autre voie.

Éditeur: Jacqueline Chambon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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132 lectures

jeudi, 4 août 2016

Avant et après la chute, de Richard Bausch.

Avant et après la chute

L'ouvrage:
Natacha Barrett et Michael Faulk se rencontrent alors que chacun est à un tournant de sa vie. Ils font vite des projets. C'est alors que Natacha part retrouver (pour un bref séjour) son amie Constance en Jamaïque...

Critique:
Ce livre m'a beaucoup plu. Il commence presque de manière anodine. On rencontre ce couple qui se découvre. Chacun exprime ses failles, on les comprend, on s'identifie à eux. À ce moment, je me suis demandé où irait l'auteur, mais je ne ressentais aucune impatience. J'aimais découvrir la vie des personnages.

Le séjour à la Jamaïque est un tournant, une épreuve. C'est à cette occasion que la petite histoire se fondra dans la grande. L'héroïne utilisera d'ailleurs l'événement historique qui bouleversa le monde pour expliquer sa façon d'être après son retour. C'est alors que, paradoxalement, c'est l'histoire de Natacha qui devient la plus importante aux yeux du lecteur. La jeune femme s'enfonce dans le malentendu et le non-dit. Ils deviennent ses sables mouvants, ils creusent progressivement un abîme entre son entourage et elle. Elle inspirera à la fois compassion et agacement. Pourquoi ne parle-t-elle pas? Certes, c'est ce qu'on attendrait. Cependant, plus rien n'est normal, plus rien n'est attendu dans sa vie. Son attitude peut paraître incompréhensible, car ce comportement érode la jeune femme. Cependant, parler lui est impossible. En outre, malgré ce qu'elle tente de se faire croire, elle est lucide quant à son comportement passé et présent. Certains diront peut-être (comme elle le fait, à un moment) qu'elle a sa part de responsabilité. Je dirais qu'elle a un peu joué avec le feu, mais que si elle avait eu quelqu'un de normal en face, le reste ne serait pas arrivé.

Richard Bausch montre les effets du mutisme de Natacha sur son entourage. Michael et Constance sont sûrement les plus touchés. Ils voudraient l'aider, mais ne la comprennent pas. Ils croient posséder la vérité, mais Constance n'a qu'une pièce du puzzle, et Michael bâtit ses spéculations sur ses peurs et sa frustration. Le plus ironique est que ce que chacun croit (surtout ce qu'imagine Constance) pourrait être plausible pour qui ne sait pas.
L'impossibilité de communiquer de Natacha a donc des conséquences dévastatrices, et c'est ces conséquences que l'auteur étudie méticuleusement.

La fin est appropriée. L'auteur ne pouvait pas s'avancer davantage à ce stade. Il nous laisse imaginer certaines choses tout en nous orientant à peine vers la direction que Natacha et Michael souhaiteraient prendre. Y parviendront-ils?

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Delphine Chartier pour l'association Valentin Haüy.

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137 lectures

lundi, 1 août 2016

Nous les menteurs, d'E Lockhart.

Nous les menteurs

L'ouvrage:
Il était une fois un homme (Harris Sinclair) qui avait trois filles: Penny, Bess, et Carrie. Quant à elles, elles avaient des enfants. Cadence était l'aînée des petits-enfants de Harris. En toutes circonstances, la famille gardait la tête haute, et arborait un sourire inaltérable.
La famille allait passer tous les étés sur une île lui appartenant. C'est au cours de l'été 15 (l'été des quinze ans des aînés des petits-enfants), que tout bascula.

Critique:
Voilà un livre très bien pensé. L'auteur prend le temps de nous montrer la famille Sinclair dont l'objectif est de ne jamais montrer ses failles. À partir de ce moment, le lecteur pensera que rien ne peut aller. Si on ne peut pas exprimer ses sentiments négatifs, les choses vont dérailler.

J'ai choisi de faire le résumé comme si c'était un conte parce que Cadence (la narratrice) écrit parfois des contes qu'elle fait partager au lecteur. Souvent, elle détourne le code du conte. C'est un peu ce qui arrive dans ce roman. La famille Sinclair semble idéale, mais ce refus de l'extériorisation d'un quelconque mal être cache, en plus d'une grande difficulté à communiquer, des choses peu reluisantes et peu glorieuses.
Les petits-enfants tentent d'inverser la tendance. Ils se débattent entre ce que veulent leurs mères, ce qu'il voudraient, ce qui leur semble juste...

Emily Lockhart alterne le passé (l'été 15) et le présent (l'été 17). Après avoir subi un choc dont elle ne peut se rappeler la cause, Cadence souffre d'un mal être permanent qui se manifeste par d'intenses migraines. Elle retourne sur l'île l'été de ses dix-sept ans, et avec l'aide parcimonieuse de ses cousins, tente de retrouver la mémoire. Le lecteur suit son parcours semé d'embûches, de découvertes sur elle-même et les membres de sa famille. Tout cela est bien écrit, bien amené. Je n'ai eu aucun mal à me plonger au coeur de cette histoire, de cette quête d'une vérité que Cadence sait néfaste, mais qu'elle traque, car elle comprend confusément que son mal sera pire si elle ne l'affronte pas. Avec brio, Emily Lockhart expose les méfaits de l'hypocrisie, du non-dit.

Quelqu'un de rationnel aura peut-être un peu de mal à accepter une chose, mais cette chose peut s'expliquer autrement. À y bien réfléchir, moi qui suis plutôt rationnelle, je trouve que cette chose va bien à l'ensemble du roman, à ce parfum de conte cruel qui en émane.
Après avoir fini ce récit, on aura peut-être envie de le relire en envisageant certains faits sous un angle qui n'est dévoilé qu'à la fin. Cela a été mon cas.

À lire!

Éditeur: Gallimard jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Sabine Veyrat pour l'association Valentin Haüy.

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