lundi, 27 mars 2017

Libérez votre cerveau - Traité de neurosagesse pour changer l'école et la société, d'Idriss Aberkane.

Libérez votre cerveau

L'ouvrage:
Idriss Aberkane décortique notre société, notre éducation, certaines façons de penser et d'agir. Il explique, en donnant des arguments et des exemples, pourquoi tout doit changer.

Critique:
Je sais que je me répète d'une chronique à l'autre lorsqu'il s'agit d'un documentaire, mais ce genre d'ouvrage sera lu par rapport à soi, à son vécu, à son expérience de la vie. Idriss Aberkane dit lui-même que tout ce qu'il nous expose est le fruit de son expérience de la vie, de ses observations.

Sans parler des qualités ou des défauts de cet ouvrage, j'ai d'abord été déçue parce que je pensais qu'il traitait majoritairement du fonctionnement du cerveau. Le sous-titre parle bien de changer l'école et la société, mais entre la quatrième de couverture et le mot «cerveau», j'ai imaginé autre chose. Je le signale, au cas où d'autres auraient la même idée que moi.

L'auteur de cet ouvrage met l'accent sur le fait qu'il faut absolument changer tout notre système scolaire. Il répète cela à la moindre occasion. Les chapitres 2 de la première partie et 3 de la deuxième sont tous deux des illustrations de cette assertion, puis c'est encore répété par allusion au long du livre. Je partage certains de ses avis, mais je serais plus nuancée que lui. Par exemple, il part du postulat que l'enfant est enthousiaste quant à l'école, et que si le système ne lui ôtait pas cet enthousiasme et lui apprenait les choses de manière ludique, il apprendrait sans efforts, puisqu'il serait motivé. Selon lui, nous avons chacun une passion, quelque chose que nous adorerons faire, et donc où on excellera. Pour que cela soit révélé plus facilement, il ne faut faire que du ludique à l'école, parce qu'on apprend mieux et plus facilement en jouant. J'ai déjà entendu cette théorie, et elle ne me convainc pas. Je pense qu'il faut essayer des méthodes, voire réformer le système, mais il me semble que s'il n'y a plus aucune contrainte, l'enfant ne saura pas gérer celles qui se présenteront fatalement à lui. Idriss Aberkane me rétorquera que si tout le système est réformé de A à Z (de la maternelle à l'emploi), comme il le préconise, rien ne sera vu comme une contrainte. Étant très pinailleuse, j'ai eu l'idée d'exemples concrets de contraintes qui ne peuvent être «ludifiées» (pour reprendre le terme employé par l'auteur). Je suis une boulimique de livres. De ce fait, je ne peux pas m'acheter tous ceux que j'aimerais lire. Je demande donc à certains éditeurs s'ils accepteraient de me faire parvenir des livres qui me tentent en service presse en échange d'une chronique sur mon blog. La plupart acceptent. Certaines de ces chroniques sont contraignantes à écrire, soit parce que le livre ne m'a pas plu, soit parce que je ne trouve pas quoi dire, soit parce que j'ai l'impression que mes mots desserviraient l'ouvrage. Pourtant, si je ne publiais pas ces chroniques, les éditeurs finiraient par refuser de m'accorder des services presse...
Autre exemple: je n'aime pas le sport, pourtant, je sais qu'il est bénéfique. Je m'astreins donc à faire au moins trois heures de sport par semaine. Je le fais soit en regardant un film ou une série, soit en écoutant un livre, soit en discutant sur Skype avec une amie. Cela rend la tâche poins pénible. Ces contraintes (et quelques autres) finissent par ne pas être insurmontables parce que je comprends leur utilité, et parce que j'ai appris, très jeune (notamment à l'école) que certaines choses sont obligatoires. Je me dis que s'il n'y a jamais aucune contrainte, les enfants finiront par penser que tout est contraignant. Se brosser les dents finira par être insurmontable! Bien sûr, certains patrons (quel que soit le corps de métier) imposent des contraintes inutiles, et donc contre-productives. C'est certainement cet abus de pouvoir qu'il faut changer, où qu'il se pratique.

De plus, je me souviens de moi en tant qu'élève. En bonne maniaque, il me fallait une leçon, avec la règle bien posée. Je l'aurais peut-être apprise avec une autre méthode, mais je me souviens que c'est celle qui me convenait le mieux. Ensuite, que faire si un élève, avec une méthode où il jouerait pour apprendre, allait plus volontiers vers certains enseignements que vers d'autres? Idriss Aberkane me dira que ce n'est pas grave, qu'il faut que l'élève aille vers ce qui le passionne. Mais que faire si rien ne le passionne? Idriss Aberkane dit également (et là, je le rejoins davantage) qu'il faut tester des choses. Il faut essayer des façons de faire et conserver ce qui fonctionne le mieux. Je sais d'expérience que la rigueur (sans être injuste et effrayante) fonctionne. Sans jouer tout le temps, et sans brimer et contraindre à outrance, il pourrait y avoir une demi-mesure.

Lorsque l'auteur explique qu'il vaut mieux exercer un métier qu'on fera par passion, car seul l'amour fait qu'on sera capable d'en supporter la dureté, je suis d'accord (cela tombe sous le sens), mais là encore, je nuancerais. Que fait-il des gens qui ne pourraient pas vivre de leur passion, et qui exercent un métier qui ne les attirait pas au départ, mais dont ils ont vu certains bons côtés? Bien sûr, il est préférable de faire un métier qu'on a choisi, mais ceux qui ne le peuvent pas (même s'ils s'en sont donné les moyens) doivent forcément composer et faire quelques compromis.

Force nous est de constater que le monde va mal. Je suis donc d'accord avec l'auteur quant au fait que certaines choses doivent être changées en profondeur, mais pour des domaines que je connais, je prônerais la nuance. J'aurais d'autres choses à dire sur certaines remarques de l'auteur sur ce sujet, mais je m'arrêterai là.

Idriss Aberkane aborde d'autres thèmes: la subjectivité, l'effet de groupe, la violence engendrée par la trop grande frustration, le mal que des organismes firent sciemment, les technologies qui (si elles ont été créées dans une bonne intention) finissent par devenir un danger parce qu'elles sont perverties par l'homme... Il assortit cela d'exemples. J'en connaissais certains. Par exemple, l'histoire des lignes dont l'une est sans conteste plus courte, l'exemple des hôpitaux psychiatriques, ou celui des électrochocs... L'auteur de cet ouvrage prône la sagesse au lieu de la course au pouvoir... Tout cela montre de quoi l'homme incapable d'empathie et trop individualiste peut se rendre coupable. Certes, mais pour moi, ce n'est pas nouveau, et cela ne fait que me renvoyer à ma propre impuissance.

Au milieu de ces explications, Idriss Aberkane parle un peu de notre cerveau. Cela m'a intéressée (puisqu'au départ, c'était ce que je souhaitais lire), mais j'étais un peu déstabilisée, car j'ai trouvé le tout un peu brouillon. Cela vient peut-être de mon esprit maniaque, mais il me semble que j'aurais organisé le livre autrement, évitant certaines répétitions, regroupant certaines idées... Parmi les informations qu'il donne, il en est une qui m'a fascinée: l'éventualité de pouvoir «télécharger» des connaissances et des ressentis dans le cerveau humain.

À la fin, l'auteur propose des exercices mentaux qui consistent (en très gros) à s'analyser, à ouvrir sa pensée, à ce rendre compte qu'on peut se débarrasser de certaines chaînes acquises par besoin de conformisme ou par sous-estimation. D'une manière générale, il nous invite à avoir l'esprit critique, à faire travailler notre cerveau...

On me dira que j'ai davantage parlé d'un aspect du livre que du reste. C'est vrai, mais outre que cet aspect tient une grande place dans le propos d'Idriss Aberkane, j'ai parlé de ce que je connaissais le mieux.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Olivier Chauvel.
Olivier Chauvel est un comédien dont j'apprécie la lecture. Il parvient à lire des documentaires de manière à la fois vivante, mais sans surjouer. Cela ne doit pas être simple. Je me souviens avoir été un peu sévère avec lui quant à son interprétation de «Vivez mieux et plus longtemps», mais ce livre était peut-être encore plus délicat à interpréter que celui d'Idriss Aberkane.

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42 lectures

jeudi, 23 mars 2017

The children, d'Ann Leary.

The children

L'ouvrage:
Lake Side, maison de la famille Whitman, dans le Connecticut. Joan et sa fille, Charlotte, y habitent. Sally, fille aînée de Joan, y fait quelques séjours. Everett Haystings est leur voisin. Il vit sur la propriété des Whitman en échange de menus travaux. Lake Side appartenait à Witt Whitman, aujourd'hui décédé. Joan est sa seconde épouse. Perry et Spin sont les fils que Witt a eus d'un premier mariage.
C'est un tournant de l'histoire de ces gens que nous raconte Charlotte. Spin vient de rencontrer Laurel, et parle mariage. Il va la présenter à ses proches. C'est au cours de leur séjour à Lake Side que cette famille, en apparence unie, va connaître quelques secousses...

Critique:
Après avoir apprécié «Outtakes from a marriage», j'ai été contente d'avoir l'occasion de lire «The children», que j'ai d'ailleurs préféré.

Ann Leary joue avec son lecteur. Elle rappelle qu'il ne faut pas forcément croire tout ce qu'on nous dit et nous montre. L'exemple que je peux donner sans dévoiler l'intrigue est celui de Charlotte. Elle est attachante, équilibrée, lucide quant à elle-même et ses failles. Cependant, elle ment. Elle a créé un blog où elle s'invente une vie. Ses lecteurs la croient inconditionnellement. Pourtant, ils n'ont aucune preuve de ce qu'elle avance. C'est criant de vérité, mais rien n'est prouvé. C'est d'ailleurs faux.

D'un autre côté, Sally finit par avoir une certitude concernant tout autre chose. Sally étant d'humeur instable, ayant des tendances paranoïdes, et affirmant ce qu'elle pense avec force exagérations, il est difficile au lecteur et aux Whitman de la prendre au sérieux. Là encore, Ann Leary pose habilement la question des apparences. Pourquoi croire une personne davantage qu'une autre? Parfois, calme et pondération ne sont que façade, alors que hurlements et affirmations délirantes émanent d'une personne que son hypersensibilité empêche d'être posée.

La famille Whitman pensait mener une vie tranquille, mais le séjour de Spin et Laurel remettra tout en question. Certains ont un point de vue différent sur certains événements. Des faits n'ont pas été vécus de la même manière par tous. Si le lecteur se range forcément du côté de ceux qui ne veulent pas nuire, il comprend le point de vue de la personne manipulée. Elle n'a pas forcément réagi comme il fallait à l'époque, et c'est ce qui a construit le terreau que la personne manipulatrice a tout de suite su exploiter. Donc à la base, la famille n'était pas bâtie sur des fondations extrêmement solides. Davantage de communication aurait pu empêcher ce que Charlotte conte aujourd'hui. C'est rassurant parce que cela veut dire qu'aussi forte que soit la personne manipulatrice, elle n'aurait pas eu de prises si les fondations avaient été solides. La manipulation m'effraie, mais ses limites sont visibles: s'il n'y a pas de failles, le manipulateur se cassera les dents.
Je n'ai pas pu m'empêcher de comparer ce roman à «Ma meilleure ennemie». Pour moi, Ann Leary joue beaucoup plus finement que Paula Daly. Dans «The children», tout est réaliste, je n'ai rien à redire, alors que Paula Daly avait dû créer des invraisemblances pour faire passer certaines choses.

La façon de raconter de Charlotte peut être un peu déroutante, car au début, elle louvoie entre passé et présent. Plus tard, elle raconte un événement marquant, mais de manière un peu brouillonne. Après coup, je trouve que l'auteur a bien fait, car elle l'a raconté tel qu'il a été vécu, et non avec la «froideur» de celle qui l'a «digéré». Les émotions ressenties alors par les protagonistes (du moins par Charlotte) nous sont données de manière brute, ce qui est beaucoup plus fort et intéressant que si le récit avait été fait de façon chronologique et précise. D'une manière générale, tout est bien agencé, rien n'est tiré par les cheveux. La fin est en demi-teinte. J'aurais aimé que certaines choses se passent autrement, mais ce qu'a imaginé l'auteur est bien plus réaliste.

Le titre est très bien trouvé, non seulement parce que les enfants de Joan et Whitt sont au centre des faits, mais aussi à cause de la référence à «Have you checked the children?», phrase tirée du film «Terreur sur la ligne» («When a stranger calls»). J'ai souri, car c'est le deuxième roman que je lis évoquant ce film. Cela me donne envie de le regarder. Après recherche, j'ai constaté qu'il date de 1979, et qu'un remake en a été fait en 2006. Je compte regarder celui de 1979, l'original. Cependant, je pense que j'en ai entendu parler dans mes lectures grâce au remake qui, apparemment, a beaucoup plu aux États-Unis, davantage que l'original, si j'ai bien compris.

Remarque annexe:
Éluciderez-vous l'énigme de monsieur Propre? Quant à moi, je n'ai rien deviné avant que l'auteur ne le décide. La solution de cette énigme ne laissera pas le lecteur indifférent...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Gretchen Mol pour les éditions Macmillan.
J'ai découvert Gretchen Mol avec ce roman. Je l'ai tout de suite appréciée. Elle ne modifie pas sa voix à outrance pour les différents personnages, ce qui m'a ravie, surtout à l'heure où beaucoup le font. Son jeu est naturel. Je l'entendrai à nouveau avec grand plaisir!

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54 lectures

lundi, 20 mars 2017

Jeux de miroirs, d'Eugen Ovidiu Chirovici.

Jeux de miroirs

L'ouvrage:
Peter Katz, agent littéraire, reçoit les premières pages du manuscrit écrit par un certain Richard Flynn. Celui-ci y a joint une lettre expliquant que le reste du manuscrit est à la disposition de Peter. Le début raconte comment Richard Flynn rencontra Joseph Wieder, professeur d'université qui faisait des recherches sur le cerveau, la mémoire... Les pages reçues par Peter s'achèvent lorsque Richard évoque le meurtre de Wieder, en 1987. L'affaire ne fut jamais résolue...

Critique:
Ce roman m'a plu, malgré son aspect classique. En effet, il y a eu un meurtre, et il y a des suspects. Pour moi, plusieurs choses démarquent ce roman. J'ai surtout apprécié l'impossibilité pour le lecteur (et pour les enquêteurs) de dégager la vérité. Richard affirmait quelque chose, Laura disait autre chose, etc. Pourquoi croire l'un plutôt que l'autre? Comment vérifier la véracité des dires de chacun? D'ailleurs, la vérité n'oscille-t-elle pas entre tous ces points de vue? Si on décide d'être totalement objectif, on n'a aucune preuve quant au livre publié par Laura. On penche pour la version d'une personne à cause de ce qu'on apprend à propos de tel ou tel personnage, mais on n'a aucune preuve. Cela n'est pas gênant, c'est même très intéressant: les deux explications se tiennent. Bien sûr, on finit par savoir qui a tué, mais pour moi, ce n'est pas le plus important. Je l'avais plus ou moins deviné, et certains lecteurs le devineront sûrement. Ce qui compte vraiment, ce sont justement ces «jeux de miroirs» entre tous les témoignages recueillis tour à tour par Peter, John, et Roy.
J'ai également apprécié de constater qu'une personne dit la vérité tout en ne la disant pas. En effet, cette personne expose sa vérité, mais lorsqu'elle raconte son récit, «l'enquêteur» y apporte des précisions qui montrent que si l'histoire est vraie, la conclusion de la personne qui l'a vécue est erronée.

Le fait que trois personnes cherchent la vérité à tour de rôle est également un élément original. En tout cas, je ne me souviens pas l'avoir rencontré dans un autre roman. Au début, cela m'a un peu déroutée, et j'ai eu peur de décrocher. Je me suis rapidement aperçue que cela ne me gênait pas du tout. J'étais un peu détachée quant à la vie privée de John (le deuxième «enquêteur»). J'ai été davantage interpellée par celle du troisième, Roy. Sûrement parce qu'il s'implique davantage et nous en dit beaucoup sur lui-même.

Si on désire connaître l'identité de l'assassin, on veut surtout savoir pourquoi. D'ailleurs, l'auteur dit, dans une note finale, qu'il voulait surtout expliquer pourquoi. Ce mobile, mais surtout, ce qu'il révèle, fait réfléchir quant à un sujet qui revient régulièrement, sous différentes formes dans le roman, et qui passionne beaucoup de monde. L'auteur explique, dans sa note finale, que c'est quelque chose touchant à ce sujet qui l'a fait réfléchir et a été le point de départ de l'écriture de ce roman.

J'ai également apprécié que le romancier prenne le temps de planter un décor. Par exemple, lorsque Roy va voir Franck, on rencontre d'abord Matt qui semble avoir des idées assez tranchées quant à son métier. On voit peu ce personnage, mais il m'a intéressée parce qu'il semblait terriblement réaliste et profondément humain, malgré le fait qu'il avait souvent l'air de râler.

Le roman ne souffre pas de temps morts. Les rebondissements ne sont ni invraisemblables ni trop spectaculaires.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Vincent Schmitt.
C'est le premier livre enregistré par Vincent Schmitt que j'écoute. J'ai beaucoup apprécié ce comédien dont la lecture est naturelle. En outre, il n'a pas modifié sa voix pour les rôles féminins ni tenté de prendre un accent pour les noms anglophones. Il a quelque peu modifié son intonation pour le rôle de Franck, ce qui, pour moi, est une bonne chose. Cela a donné plus d'épaisseur au personnage, car cela va bien à ce qu'on imagine de lui. En outre, le comédien fait cela de manière subtile, il n'exagère pas son jeu. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

L'éditeur n'a pas respecté la structure du livre. En effet, comme c'est souvent le cas chez Audiolib, certains chapitres sont coupés en deux. Je trouve cela dommage, d'autant que je ne comprends pas ce qui les empêche de faire un fichier par chapitre, comme ils le font pour certains livres. La seule explication que j'ai trouvée est qu'ils pensent qu'au-delà d'un quart d'heure, un fichier est trop long. C'est étrange, c'est comme si, dans un livre papier, on trouvait qu'au bout de tant de pages, un chapitre est trop long.

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67 lectures

jeudi, 16 mars 2017

The Sparrow sisters, d'Ellen Herrick.

The Sparrow sisters

L'ouvrage:
Granite Point, petit village de Nouvelle Angleterre.
Lorsque le docteur Higgins prend sa retraite, c'est Henry Carlile, trente-trois ans, qui le remplace. Les choses commencent mal, car Nettie Sparrow va le consulter au lieu de s'adresser à sa propre soeur, Patience, la guérisseuse du village.

Critique:
Ce roman m'a plu. Il démarre lentement, mais pour moi, cela n'a pas du tout été ennuyeux. Ellen Herrick montre un petit village avec ses habitudes. Henry comprend vite qu'il devra faire ses preuves s'il veut s'intégrer. L'auteur s'attarde à nous le présenter, ainsi que les trois soeurs Sparrow. On se focalisera sur Patience. Charismatique, hypersensible, entière, la jeune femme semble difficile à cerner, au départ. Elle paraît fermée. Certaines de ses réactions sont dures... Le lecteur devra apprendre à creuser, comprendre que ses contradictions ne sont pas forcément mauvaises.

Ellen Herrick oscille entre magie et science médicinale. Patience connaît les plantes, mais elle sait également écouter les gens, et son instinct lui dit quoi faire pour eux. Lorsqu'elle explique à Henry pourquoi Charlotte n'est pas enceinte, c'est surtout son intuition et son bon sens qui parlent. Est-elle un peu devineresse quant aux sentiments des gens? Son hypersensibilité fait-elle qu'elle ressent les gens? J'ai bien aimé cette façon de montrer les choses.

Pendant un moment, on ne sait pas trop où va aller l'auteur. J'aime beaucoup ne pas savoir où je vais tout en ne m'ennuyant pas. À un moment, je me croyais dans une ambiance à la Jane Austen (histoires d'amour contrariées pour les membres d'une sororité), teinté d'un parfum de sorcellerie.

Lorsqu'on entre dans le coeur du récit, chacun se trouve face à une épreuve. Chacun se révélera. Certains se remettent en question, certains agissent (pas forcément comme on s'y attendrait). J'ai aimé l'attitude d'Henry qui, même quand il doute, ne le cache pas. Connaissant celles à qui il a affaire, il aurait pu ne rien dire par peur, et ressasser. Son honnêteté est appréciable et le rend plus épais.
Charlotte m'a surprise. L'auteur a eu raison de faire ce qu'elle a fait, car le lecteur est forcé de ne pas réduire ce personnage au fait qu'elle empêche un couple d'exister, couple qui a été assez stupide pour ne pas se former quand il l'aurait pu.
C'est sûrement Rob qui aura le chemin le plus dur à parcourir. S'il se montre inconséquent avant le tournant de l'histoire, et injuste après, s'il est à blâmer pour cela, il ne faut pas oublier qu'il souffre. Rob inspirera divers sentiments contradictoires au lecteur.

La fin m'a semblé étrange. L'auteur fait exprès de laisser une question en suspens, comme si elle allait y répondre dans une suite. Je serais ravie de retrouver les personnages, mais j'ai du mal à imaginer comment il pourrait y avoir une suite, excepté concernant la question laissée en suspens, mais ça ne ferait pas un livre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Harper Audio.

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76 lectures

lundi, 13 mars 2017

La fin d'une imposture, de Kate O'Riordan.

La fin d'une imposture

L'ouvrage:
Rob, dix-neuf ans, s'est noyé accidentellement alors qu'il était en voyage en Thaïlande. Sa soeur cadette, Maddie, assure qu'elle est responsable de cette mort. Alors qu'elle s'enfonce dans un marasme qui semble sans fin, sa mère (Rosalie) et elle intègrent un groupe de parole où chacun peut exprimer sa douleur quant à la perte d'un être cher. Elles y rencontrent Jed Cousins, qui a le même âge que Rob. La fréquentation du jeune homme semble rééquilibrer Maddie. Tout devrait aller mieux...

Critique:
Après avoir adoré «Un garçon dans la lune», et n'avoir pas pu finir «Un autre amour», j'ai pris ce roman pensant que c'était à double-tranchant. Je n'ai pas pu le lâcher!
Le premier point positif, c'est que pendant assez longtemps, je n'ai pas su où irait l'auteur. Le livre commence par l'annonce de la mort de Rob, puis on passe à six mois plus tard. J'ai tout de suite été passionnée par le récit, j'étais toujours dans l'expectative.

Ensuite, Kate O'Riordan aborde un thème auquel d'autres se sont essayés avec plus ou moins de succès: la manipulation. À mon avis, elle a fait cela avec davantage de subtilité que certains autres. En effet, au départ, je ne savais pas trop quoi penser, certains faits pouvant sembler neutres, alors que chez d'autres, j'ai tout de suite vu où était le piège. Je pense surtout à «Ma meilleure ennemie», où le lecteur n'a aucun doute quant à la fausseté d'un personnage, et se demande même comment il se fait que le plus abusé de tous ne s'en rende pas compte. C'était un peu gros. Chez Kate O'Riordan, le lecteur ne voit les choses qu'au fur et à mesure. Il y a quand même un moment où le lecteur sait à quoi s'en tenir, ainsi, d'ailleurs que Rosalie, et où cette dernière est complètement apathique. Elle laisse les choses arriver, préférant se cacher derrière l'idée qu'elle ne peut rien contrôler. Pourtant, elle pourrait essayer. À ce moment, elle m'a agacée parce qu'elle est trouble, et ne fait pas grand-chose pour arrêter une situation qu'elle sait néfaste, et se trouve des excuses peu valables.

Pour moi, le roman ne traîne pas. Tout s'enchaîne de manière fluide, les découvertes sont bien placées. Certes, il y a un moment où la romancière tarde un peu à révéler une information, alors qu'un personnage la détient, mais cela ne m'a pas vraiment dérangée, car chaque partie du récit m'intéressait.
D'autre part, rien n'est bâclé, tout est cohérent. La fin pose une question assez dérangeante. Là encore, j'ai lu des romans où les personnages agissaient comme finissent par le faire Luke et Rosalie. Seulement, dans ces autres romans, on ne peut que condamner leur attitude. Je pense surtout à «La mer les emportera». Ici, l'auteur s'arrange pour que cette question mette le lecteur mal à l'aise. Qui est le plus à blâmer? Comment peut-on finir par approuver certaines choses?

J'ai apprécié que le confident de Rosalie soit un pasteur. En effet, cela permet à l'auteur de montrer un homme d'église très ouvert. Entre ce qu'il voit au quotidien, ce qu'il vit, et son désir d'aider les autres, le père Tom n'est pas un de ces bigots qui met Dieu à toutes les sauces, et ne l'évoque que pour critiquer l'attitude d'untel ou unetelle. Le père Tom cherche réellement à faire le bien. Il se préoccupe vraiment des autres. Sa foi le pousse dans cette direction. C'est un personnage très attachant, car sans la juger, il tente de montrer à Rosalie ce qui est le mieux pour sa famille.

Un très bon thriller psychologique, avec des personnages profondément humains.

Éditeur: Joëlle Losfeld.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je suis toujours ravie de retrouver cette lectrice que j'apprécie beaucoup. Encore une fois, sa lecture fluide et naturelle m'a plu. Comme je pinaille, je dirai que j'ai été déçue qu'elle prononce «Maydie» pour Maddie. En anglais, Maddie ne se prononce pas ainsi. La prononciation la plus proche et la moins affectée est, à mon avis, la simple prononciation à la française. Je trouve dommage qu'à vouloir bien faire (je sais que les lecteurs sont toujours désireux de bien faire), elle se soit trompée.

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jeudi, 9 mars 2017

Those girls, de Chevy Stevens.

Those girls

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Petit village de Littlefield, juillet 1997.
Danny (bientôt dix-huit ans), Courtney (seize ans et demi), et Jess (bientôt quinze ans), vivent avec leur père. Celui-ci est alcoolique, et souvent violent. Ce soir-là, il rentre de plusieurs semaines de travail en dehors du village. Les trois adolescentes constatent très vite qu'il est d'humeur belliqueuse. Il ne tarde pas, en effet, à s'en prendre à Courtney...

Critique:
Après avoir été déçue par «Des yeux dans la nuit» et n'avoir pas été tentée par le scénario de «Cette nuit-là», j'avais peur que Chevy Stevens s'essouffle. Heureusement, avec «Those girls», elle a su se renouveler. Le scénario peut paraître convenu: les trois filles confrontées à un père violent, etc. Certes, mais l'auteur y a ajouté sa touche personnelle, ce qui fait que je ne me suis pas ennuyée. La première partie est sûrement celle où la tension est à son paroxysme. Les trois adolescentes entrent dans un cauchemar dont on n'imagine pas l'ampleur au départ. À plusieurs reprises, j'ai pensé que cela allait s'arrêter, qu'elles trouveraient une solution, que quelque chose arriverait... Chevy Stevens emmène ses héroïnes très loin dans l'horreur, et montre comment chacune y réagit. J'ai compris chacune des filles. Bien sûr, celle qui aura le plus de mal à faire avec est l'une de celles qui en a le plus supporté. De ce fait, elle fait certaines choses qui pourraient paraître incompréhensibles, mais sachant tout ce qu'elle a traversé, on ne peut pas vraiment lui en vouloir.
Jess m'a parfois agacée. Elle semblait ne pas toujours mesurer toute la souffrance de ses sœurs. Je pense que tout en comprenant les trois héroïnes, on peut parfois être agacé par l'une ou l'autre. C'est logique, cela les humanise.

J'ai un peu moins aimé les deux dernières parties. Il faut dire que malgré tout, la tension retombe. En outre, même si j'ai compris ce que voulait faire l'auteur, je trouvais que les choses étaient trop lentes parce qu'un personnage revient dans les pas de nos héroïnes. Ce personnage m'a d'ailleurs un peu agacée: ayant été élevée le mieux possible compte tenu des circonstances, cette jeune fille croit tout savoir, réclame davantage d'indépendance, et prend des risques insensés. J'ai pensé qu'il fallait qu'elle apprenne un peu de la vie, et lorsque cela arrive (voir sa rencontre avec l'autostoppeuse), je n'ai pu m'empêcher de me dire que ça lui mettrait un peu de plomb dans la tête. À noter quand même que ce personnage tente d'agir pour le bien de sa tante.

Dans l'ensemble, ce roman m'a plu. Les personnages sont bien décrits, bien analysés. Les situations sont crédibles. Les lenteurs ne sont pas si pénibles.

Remarque annexe:
Un personnage explique que lorsqu'on prend une nouvelle identité, il vaut mieux garder ses initiales parce que c'est plus facile à retenir. Je trouve cet argument idiot. Dans tous les livres que j'ai lus où les personnages changent d'identité, ils gardent leurs initiales (sauf dans «Sauver sa peau» au bout de deux ou trois identités différentes). Je ne trouve pas ça judicieux parce que dans l'absolu, c'est un indice pour ceux qui recherchent la personne.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emily Woo Zeller (lorsque Jess est la narratrice), Jorjeana Marie (lorsque c'est Sky), et Nicol Zanzarella (lorsque c'est Danny) pour les éditions Blackstone audio

J'aime beaucoup Emily Woo Zeller. Ici, elle a su nuancer quelque peu sa voix selon les personnages. Lorsque certains pleuraient, elle a très bien rendu cela, faisant ressentir leur détresse. Elle a également très bien exprimé la tension et l'horreur dues à ce que vivaient les filles. Elle n'en a jamais trop fait, ce qui aurait tout gâché. Par contre, elle n'était pas à l'aise lorsqu'il fallait crier. À certains moments, l'une ou l'autre des filles, désespérée, crie, appelle ses soeurs ou exhorte les bourreaux à arrêter de les martyriser. J'ai trouvé que là, Emily Woo Zeller ne s'en sortait pas bien. Elle avait l'air d'interpréter (c'est ce qu'elle faisait, mais il fallait, justement, qu'elle n'en ait pas l'air) et de se retenir de crier... C'était assez étrange, sachant que sur tout le reste, elle était très bien.

J'ai eu beaucoup de mal avec Jorjeana Marie. Sa voix est de celles qui ne me plaisent pas: grave, enrouée (voire cassée), nasale. En général, quand la voix ne me plaît pas, si l'interprétation me semble bonne, cela me fait oublier que la voix n'est pas à mon goût. Ici, cela n'a pas été le cas. Je pense que cela a contribué à me faire moins apprécier Sky. En effet, j'ai imaginé une lectrice dont le jeu me plaît beaucoup (Andi Arndt, par exemple) lisant ces passages, et il m'a semblé que ce serait mieux passé.

Nicol Zanzarella a trop peu lu pour que j'aie pu me faire une opinion définitive. A priori, son jeu me plaît.

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lundi, 6 mars 2017

Sur tes pas, de Mark Edwards.

Sur tes pas

L'ouvrage:
Août 2013. Daniel et Laura sont en voyage en Roumanie. Alors qu'ils sont endormis dans un train, leurs passeports et leurs billets sont volés. Les douaniers les débarquent en pleine forêt. Quelque temps plus tard, ils rentreront dans leur pays (l'Angleterre), mais les événements vécus en Roumanie les hantent. Et si cela n'était pas fini?

Critique:
Comme le début de l'histoire se passe en Roumanie, certains pourraient croire que nos héros vont être mordus par des vampires, poursuivis par des loups garous... Il n'en est rien.

Ce roman ne traîne pas du tout. En outre, l'auteur a l'art de faire monter la tension. Dès les premiers chapitres, l'ambiance est étrange, et de plus en plus oppressante. Plus tard, des choses dont nous ne parvenons pas à comprendre la provenance s'amoncellent sur les protagonistes. Je pense, entre autres, à ce qui arrive avec l'ordinateur portable de Daniel. Ces éléments paraissent inexplicables, et pourtant, Mark Edwards les explique très bien, sans faire du spectaculaire (ce que j'abhorre) ou de l'invraisemblable (ce que je hais encore plus).

Puis voilà que tout se complique. On comprend certaines choses avant les personnages, mais ce n'est pas grave, car le romancier sort d'autres cartes de sa manche. Entre rebondissements à propos et révélations qu'on ne cherche pas, on n'a pas le temps de s'ennuyer.

L'auteur utilise une ficelle qu'habituellement, je n'aime pas: il parle d'un événement, en cache l'essentiel au lecteur pour ne le révéler que bien plus tard. C'est une façon artificielle de créer du suspense, mais cela ne m'a pas dérangée, parce que comme je l'ai dit, rien ne traîne. On n'attend pas désespérément que l'auteur en finisse, même si on n'a cette partie de l'histoire que plus tard.

La fin est bonne, mais pour moi, il y manque quelque chose. En fait, j'aurais voulu savoir la suite. L'écrivain a souhaité une fin «à chute» (si j'ose dire), afin de terminer sur quelque chose de marquant, mais de ce fait, c'est au lecteur de deviner ce que fera l'un des personnages. J'ai bien quelques idées, mais j'aurais aimé savoir quelle solution serait choisie...

Afficher Attention, élément clé!Masquer Attention, élément clé!

Je n'ai pas aimé Laura. Au départ, je la trouvais compliquée. Il me semblait qu'elle n'agissait pas comme il le fallait. Bien sûr, quand on a vécu un événement traumatisant, on ne peut pas toujours être rationnel. Puis, vient l'épilogue, où l'auteur dévoile sa dernière carte. Ce qui fait que j'ai encore moins aimé Laura, ce n'est certainement pas parce qu'elle a été paralysée par la peur au moment d'agir, ni parce qu'elle a voulu s'enfuir en laissant les femmes et les enfants à leur triste sort. À sa place, on ne peut pas savoir comment on réagirait. Ce qui est détestable chez elle, c'est qu'elle n'assume pas. Elle ne veut pas qu'on puisse savoir qu'elle n'a pas été héroïque, au point de commettre un meurtre! À ce compte-là, il aurait mieux valu qu'elle réussît son suicide!

Il y a de petites incohérences, pas vraiment importantes, mais que l'auteur aurait justement pu éviter très facilement.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julien Bocher.
Le jeu de Julien Bocher est naturel. Il ne prend pas d'horribles voix aiguës pour les rôles féminins, et se fond sans difficultés apparentes dans l'ambiance créée par l'auteur. D'autre part, il ne tente pas de prononcer les noms étrangers avec un accent, ce qui, pour moi, aurait été affecté. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.

Pour information: la structure du livre n'a pas pu être respectée.

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jeudi, 2 mars 2017

The memory box, d'Eva Lesko Natiello.

The memory boxThe memory box

L'ouvrage:
Caroline Thompson est mariée depuis six ans à Andy. Ils ont deux jumelles, Lily et Tessa. Ils habitent à Far Haven, petite ville où beaucoup se connaissent.
Septembre 2006. Gabrielle, une voisine, s'amuse à chercher ses concitoyens sur Google et à cancaner quant à ce qu'elle trouve. Caroline décide de chercher son nom pour voir ce que Gabrielle pourrait trouver. Elle est d'abord soulagée, mais lorsqu'elle cherche Caroline Spencer (son nom de jeune fille), les choses se corsent. Elle commence par trouver l'avis de décès de sa soeur. Or, elle est persuadée que celle-ci est vivante. Plus elle cherche, plus elle trouve des choses la concernant, choses dont elle n'a aucun souvenir...

Critique:
Eva Lesko Natiello prend un pari très risqué. Le lecteur mettra inévitablement le doigt sur ce qui ressemble à une énorme faille: comment ça, l'héroïne ne se souvient pas d'événements aussi graves?! Je m'attendais donc à une théorie faite de pièces assemblées tant bien que mal, montrant que Caroline a oublié ces événements parce qu'ils étaient trop traumatisants pour qu'elle les accepte. Certains l'ont déjà fait plus ou moins bien. Ici, la romancière a choisi un autre chemin. Certains le trouveront peut-être invraisemblable. Pour ma part, il me convient. Elle a fait en sorte que ça n'ait pas l'air trop gros. Le seul véritable reproche qu'on pourrait lui faire (à mon avis) concerne Smarty, le chien de la famille. Il aurait dû être hostile à un personnage bien plus tôt. En effet, on a beau cacher sa vraie nature, les animaux, eux, ne s'y trompent pas. Smarty semble se méfier alors qu'il est trop tard, et d'ailleurs, on ne sait pas pourquoi il change soudain et autant d'attitude vis-à-vis de ce personnage.

J'ai souri que l'auteur mette des reproches de lecteurs pointilleux dans la bouche d'Andrew. Cela montre bien qu'elle sait où sont les supposées failles sur lesquelles sauteront certains.

Caroline est un personnage à la fois captivant et effrayant. Entre instabilité et lucidité, elle louvoie dans des eaux troubles. Parfois, sa politique de l'évitement fait que certaines choses traînent. C'est un peu pénible, mais cela donne à l'auteur l'occasion d'explorer minutieusement la psychologie de son héroïne. Complètement centrée sur elle-même, elle n'hésite pas à faire des choses hors de propos, voire dangereuses, ce qui fait qu'elle se fait d'autant plus remarquer. L'auteur a même créé une espèce de repère qui montre que Caroline est dans une phase extrême d'instabilité: les moments où elle a besoin de «snowball» qui, je suppose (vu ce qu'elle en dit), sont des biscuits très sucrés. La romancière a créé une espèce de chaos organisé. En effet, pour combler la faille qu'on ne manque pas de remarquer, il était nécessaire qu'elle maîtrise son personnage. Pour moi, c'est réussi. L'héroïne est cohérente dans ses incohérences. ;-) On la suit avec intérêt, perplexité, et horreur. Pendant un moment, on ne sait pas trop à quoi s'en tenir quant à elle. Faut-il la plaindre? La blâmer? À mesure qu'elle se dévoile, on a une image de plus en plus précise d'elle, trouvant son chemin dans le désordre de ses errances mentales.

Caroline prend beaucoup de place, mais elle n'est pas la seule à nous réserver des surprises. L'auteur en garde une dans sa manche, et ne la révèle qu'à la fin. Je ne m'étais posé aucune question sur ce point, trop occupée à suivre le cheminement de la jeune femme. J'ai donc été surprise par ce rebondissement qui, lorsqu'on y réfléchit, est préparé. Certains lecteurs l'imagineront peut-être. En tout cas, c'est une bonne idée de la part de la romancière, car cela renforce la cohérence du récit, et cela a une autre conséquence que je vous laisse découvrir.

J'ai un doute quant aux limites du secret professionnel que doit garder un psychologue. N'y a-t-il pas prescription pour des cas comme celui décrit dans ce roman?

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Blackstone audio

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