vendredi, 22 août 2014

Le sang des fleurs, de Johanna Sinisalo.

Le sang des fleurs

L'ouvrage:
Finlande, 2025.
Orvo dirige une entreprise de pompes funèbres, et est apiculteur amateur. Un jour, il découvre certaines de ses ruches désertées, les reines sont mortes. C'est alors qu'il découvre qu'existerait un passage qui permettrait d'accéder à un monde où les ravages de l'homme n'ont pas cours.
Parallèlement, nous découvrons le blog du fils d'Orvo.

Critique:
Ce roman mériterait presque l'appellation de documentaire. En effet, les passages où Orvo lit le blog de son fils sont un peu en forme de documentaire. L'auteur y reprend tous les arguments traitant de la nature, des animaux, des insectes, et de ce que leur fait subir l'homme. Au départ, j'ai aimé en apprendre davantage sur les abeilles (qui sont à l'honneur), et aussi sur la manière dont l'homme détruit et pervertit son environnement. Je savais certaines choses, mais pas tout. Ensuite, j'ai été un peu déçue de découvrir les commentaires que suscitaient les billets du blogueur. Je suis convaincue que c'est le genre d'arguments qu'on entend (j'en ai d'ailleurs entendu certains), mais j'aurais préféré qu'il y ait davantage de discussions posées et argumentées intelligemment comme dans «Sweetwater» et «Dans la lumière». Ici, le blogueur ne rencontre que calomnie et extrémisme. J'aurais aimé que quelqu'un d'autre que lui tente de temporiser.

Ensuite, on apprend l'histoire du fils d'Orvo, et ce qu'il pensait de certaines choses. J'ai trouvé un peu gros qu'il se veuille ardent défenseur de sa mère sans chercher à connaître les choses du point de vue d'Orvo. En outre, lui qui tente d'être posé quant à ce qu'il prône, est bien prompt à dire qu'on «lui a pris» sa mère. Il ne cherche pas à savoir s'il ne devrait pas nuancer ses propos. En effet, sa mère ne semblait pas vraiment maternelle, et elle abandonne bien facilement la bataille...

Si les scènes narrées par Orvo m'ont d'abord intéressée, cela n'a pas duré. J'ai trouvé que c'était trop lent. Il m'a aussi semblé que les personnages n'étaient pas tellement creusés. D'autre part, l'intérêt de sa découverte s'est également vite estompé pour moi. J'ai trouvé le tout trop simple...

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée pour le GIAA

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26 lectures

mercredi, 20 août 2014

Dans la lumière, de Barbara Kingsolver.

Dans la lumière

L'ouvrage:
Sud des Appalaches. Dellarobia Turnbow est la première à voir le phénomène: des milliers de papillons qui, normalement, ne devraient pas se trouver là. Cette apparition met le petit village en effervescence. Le monde s'y intéresse, des scientifiques viennent étudier cette venue incongrue... Quant à Dellarobia, les événements vont la forcer à se pencher davantage sur sa vie, et à se demander ce qu'elle veut vraiment.

Critique:
À l'instar d'«Un été prodigue», ce roman est au plus proche de la nature. Barbara Kingsolver explique comment un tel phénomène (la migration de papillons qui, habituellement, se rendent au Mexique), est possible. Si cela n'est jamais arrivé, le cadre existe,ce qui rend cette éventualité plausible. On en revient donc au fait que l'homme agit sans se préoccuper des conséquences. Il malmène la nature qui ne peut pas toujours s'adapter. Les explications données et le petit débat qui a lieu entre Tina (journaliste superficielle et presque caricaturale) et Ovide (le scientifique) m'ont fait penser à «Sweetwater», de Roxana Robinson, où l'auteur explique certaines choses et confronte deux opinions différentes.
J'ai apprécié apprendre des choses sur ces papillons jusqu'alors inconnus de moi, sur l'écosystème (même s'il y en a que je savais).

L'héroïne, Dellarobia, m'a souvent agacée. Pourtant, elle agit au mieux. D'abord, je l'ai trouvée méprisante envers sa condition, son mari (qui s'en satisfait), etc. Il me semblait qu'elle regardait tout le monde de haut, et humiliait son mari en connaissance de cause. Cependant, il ne faut pas perdre de vue qu'elle n'a pas fait les choix qu'elle aurait souhaité faire. Ses regrets à ce sujet la font agir ainsi. C'est aussi cela qui lui fait éprouver une attirance pour Ovide. Ce n'est pas une véritable attirance, c'est juste un symptôme de son mal être, comme toutes les attirances passées qu'elle a éprouvées. Elle en est consciente, et évolue tout au long du roman. Elle trouve le courage d'admettre ses erreurs. Après tout, pourquoi ne pas aspirer à autre chose? Ce n'est pas parce qu'on souhaite une autre vie qu'on n'est pas quelqu'un de bien. Je suis d'ailleurs la première à m'insurger lorsque les personnages de livres (et les gens en général) laissent perdurer une situation qu'ils savent mauvaise. C'est pour cela que je ne m'explique pas vraiment mon antipathie à l'égard de Dellarobia. Je pense qu'elle vient surtout du fait que son mari est «un gentil», et que j'ai toujours de la peine quand on fait du mal aux «gentils». Cependant, elle lui en aurait fait davantage, à terme, en agissant autrement. Certains lecteurs seront d'ailleurs davantage agacés par le mari de notre héroïne que par elle...
D'autre part, je n'ai pu m'empêcher de la fustiger lorsqu'elle se rend compte de ce que Tina a fait de ses déclarations. J'ai pensé: «Tu n'arrêtes pas de penser que tu es plus futée que les autres, et tu n'as pas imaginé qu'une journaliste ferait son possible pour déformer tes propos et tes postures afin de faire du sensationnel!» Le fait qu'elle ait fait aveuglément confiance à Tina qu'elle connaissait à peine, et qui, de surcroît, était journaliste, m'a fait penser qu'elle était bien naïve malgré la haute opinion qu'elle semble avoir d'elle-même.
Néanmoins, j'aurais sûrement pesté si elle avait été parfaite... ;-)
Tout ça pour dire que je sais mon reproche totalement inique.

J'ai apprécié le personnage d'Esther. J'ai commencé par la voir avec les yeux de Dellarobia, et à me dire qu'elle était presque la caricature de la belle-mère. Malgré son exaspération, notre héroïne capte les signaux de détresse d'Esther et y répond. Cela fait que son opinion ainsi que celle du lecteur se nuancera. Ce qu'on finit par apprendre au sujet d'Esther expliquera pourquoi elle est si clairvoyante concernant sa belle-fille. Quant à son attitude générale, elle finit par s'assouplir quelque peu, surtout à partir du moment où elle tient tête à son mari.

Preston est un personnage très attachant. Il a un peu l'air d'un sage. Son attitude face au comportement de ses parents, mais aussi face à cette migration de papillons est responsable.

En un style fluide où la rudesse côtoie la poésie, la romancière évoque paysages et gens, décrivant très bien la vie de la nature et celle de ses protagonistes. Mettant en regard la souffrance des hommes et celle de la nature, elle invite son lecteur à réfléchir. Sont montrés des mondes en mouvement dont les rencontres provoquent l'étonnement des protagonistes. Par exemple, Esther, femme pratique, femme de terrain, ne comprend pas vraiment pourquoi des personnes comme Ovide sont payées pour faire de la recherche. Dans un tout autre registre, Dellarobia se rend compte de la raison pour laquelle sa fille ne traite pas son téléphone jouet comme un vrai téléphone, etc.
Le récit des différentes étapes qui constituèrent le Noël des Turnbow, cette année-là, cristallise ce mélange des mondes, à l'instar du repas qu'ils partagent, plus tard, avec Ovide et Juliette.

Éditeur: Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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58 lectures

lundi, 18 août 2014

La septième fille d'Adèle Kempf, de Julie Johnston.

La septième fille d'Adèle Kempf

L'ouvrage:
Juliette est la septième fille d'Adèle Kempf. Celle-ci est, elle-même, une septième fille. Lorsque Juliette se rend compte qu'elle peut voir l'avenir, cela l'effraie, et elle refuse ce don. D'un autre côté, Adèle fait son possible pour lui faire croire qu'elle n'a aucun don.

Critique:
Ce petit roman m'a plu. Il met d'abord en scène une jeune fille qui a hérité d'un don qui l'encombre, et qui l'empêche de rester totalement dans l'enfance. Sa révolte contre ce don peut paraître puérile, mais elle fait avec les moyens qu'elle pense avoir. En outre, sa mère ne l'aide pas vraiment. Cette révolte va la mener sur le chemin de la solitude, du mépris. Elle se rendra compte de la fermeture d'esprit des gens. Cependant, ni les huées, ni les humiliations, ni les coups, ni la bêtise qu'elle côtoie ne la feront renoncer. Sous son apparence fragile, Juliette a une volonté de fer. Je n'ai pu m'empêcher de sourire lorsqu'une chose à laquelle elle ne s'attendait pas est venue contrarier ses plans.

Je n'ai pas trop compris la réaction d'Adèle. Elle souhaite tenir sa fille à l'écart de ces choses magiques, mais il me semble qu'elle ne s'y prend pas comme il le faudrait. Ensuite, elle désapprouve la façon dont Juliette tente de contrecarrer le sort, alors qu'elle fait justement cela pour échapper au don. Adèle n'épaule pas sa fille. Bien sûr, ses actes partent d'une bonne intention...
Je ne parlerai pas des autres personnage, mais chacun est intéressant.

L'intrigue est fluide. les événements s'enchaînent aisément. L'auteur est parvenue à introduire la magie dans un monde à l'aspect très réaliste. La vie des kempf étant tout ce qu'il y a de plus banal, l'intrusion du don est surprenante, et au départ, le lecteur se posera des questions quant à sa réalité.
La fin est peut-être un peu abrupte, mais je pense que c'est voulu. Julie Johnston a souhaité montrer que la vie continue toujours, et qu'il ne sert à rien de tergiverser, de culpabiliser, et de se préoccuper. Bien sûr, cela n'est pas simple, mais la vie reprend toujours le dessus, et parfois, elle apporte des choses inattendues.

Un roman sympathique, des personnages attachants (surtout l'héroïne).

Éditeur: Bayard Jeunesse.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Céline Mollaert pour la Ligue Braille.

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57 lectures

vendredi, 15 août 2014

L'enfant du silence, d'Abigail Padgett.

L'enfant du silence

L'ouvrage:
Une vieille indienne trouve un enfant de quatre ans dans une cabane. Il est attaché sur un matelas.
Bo Bradley, assistante sociale, s'occupe de ce cas. Elle se prend très vite d'affection pour l'enfant. Celui-ci étant en danger, la jeune femme fera tout pour le protéger.

Critique:
J'ai trouvé ce roman inégal. Au début, j'ai aimé découvrir le personnage de Bo et l'intrigue à laquelle elle est mêlée. La trame est classique: l'affaire éveille en elle des souvenirs qu'elle n'a jamais digérés, ce qui fait qu'elle va se pencher sur son passé. L'auteur insère des scènes d'action étant donné que l'enfant est traqué. Au début, tout cela est bien amené parce qu'on ne sait pas d'où viennent les coups, et parce qu'Abigail Padgett entoure cela de suffisamment de mystère.
J'ai également apprécié le personnage d'Annie Garcia, l'indienne. Elle fait figure de sage.
Malgré cela, au bout d'un moment, j'ai trouvé que les choses s'essoufflaient.

Bo est atypique, certes, mais elle finit par devenir typique du genre. Elle aime son métier, le fait avec son coeur, pour elle, l'enfant n'est pas seulement un cas. L'auteur ajoute un élément à son personnage: elle est cyclothymique. Cela lui donne peut-être davantage d'épaisseur, mais sans la démarquer vraiment.

Ensuite, j'ai trouvé la solution assez fade. Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais, mais cela ne m'a pas vraiment plu. D'abord, il me semble qu'en pinaillant, on peut trouver une incohérence. Ensuite, pour moi, ce genre de «solution» fait un peu bâclée. L'auteur n'a pas vraiment développé la psychologie de certains personnages, et cette façon de tourner les choses a déjà été utilisée.

Un polar ayant certains aspect sympathiques, mais dont les côtés trop prévisibles gâchent un peu le tout.

Éditeur: Payot et Rivages.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jacqueline Duperret pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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63 lectures

mercredi, 13 août 2014

172 heures sur la Lune, de Johan Harstad.

172h sur la Lune

L'ouvrage:
La Nasa décide de programmer une nouvelle expédition sur la Lune. Cela sera très médiatisé. Afin de toucher toutes les tranches d'âge, il est décidé que trois adolescents, tirés au sort seront du voyage.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce livre. Au début, je l'ai beaucoup aimé. L'auteur présente ses personnages, on s'attache tout de suite à eux. J'ai surtout apprécié Mia qui ne s'en laisse pas conter, et qui ne supporte pas qu'on décide à sa place. En outre, elle est la seule à ne pas trouver que cette expédition est une aubaine. J'aurais réagi comme elle. Chacun y voit une occasion de se faire mousser, d'être vu à la télé, qu'on parle d'eux. Personne (sauf Mia) n'a envie de continuer tranquillement sa vie. Excepté elle, ces gens ne se satisfont pas de ce qu'ils ont.

Ensuite, j'ai mis longtemps à comprendre où l'auteur voulait aller. J'aime être surprise par une intrigue. En outre, celle-ci est exempte de temps morts.

Lorsque l'auteur dévoile ses batteries, j'ai d'abord apprécié l'idée. Outre que l'étau se resserre sur nos héros, et que le suspense est habilement distillé, des questions intéressantes sont soulevées, notamment les raisons qui poussent les humains à frayer avec quelque chose qu'ils savent dangereux. C'est expliqué, mais les humains n'ont que des théories. Donc pourquoi ne pas laisser le danger où il est?

C'est la fin qui m'a déplu. D'abord, je trouve qu'elle ressemble à la fin d'un mauvais film d'épouvante. Je l'avais prévue, à un certain moment, en espérant que l'auteur ne glisserait pas dans cette facilité. D'autre part, j'aurais aimé que l'auteur explique (même après coup) à quel moment la chose s'est faite.
Pour moi, cette fin a gâché le reste. Il est vrai qu'il n'y avait pas beaucoup de fins possibles, mais j'aurais préféré que l'auteur choisisse l'autre possibilité.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Suzanne Vanderperren pour la Ligue Braille.
Je suis toujours contente de retrouver cette lectrice dont la voix et l'interprétation me plaisent. J'ai quand même été un peu déçue qu'elle prononce les noms anglophones avec un accent. Bien sûr, j'ai apprécié qu'elle prononce les phrases entières en anglais avec l'accent approprié. C'est trouver quelques mots dits à l'anglaise dans un texte en français qui ne me semble pas naturel.

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