jeudi, 30 juillet 2015

Outtakes from a marriage, d'Anne Leary.

Outtakes from a marriage

À ma connaissance, ce roman n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Un soir, par inadvertance, Julia Ferraro entend un message sulfureux sur le répondeur de Joe, son mari.

Critique:
Ce roman m'a globalement plu. À un moment, j'ai été déçue, mais je me suis aperçue que cela venait de moi. En effet, je m'attendais à autre chose. L'histoire se déroule dans un certain milieu, Joe étant acteur. De ce fait, Anne Leary s'attache à décrire ce milieu et les avantages ou inconvénients d'y évoluer. Par exemple, Julia se paie un coup de déprime. Tente-t-elle d'éclaircir la situation avec son marie? Non, elle se passe en boucle tous les messages sulfureux qu'elle peut intercepter sur le répondeur de Joe, et elle se fait gonfler les lèvres. Elle se remet quand même en question, et se rend compte qu'elle ne termine pas ce qu'elle entreprend. Elle a la chance de pouvoir ne pas travailler, et ne la saisit pas vraiment puisqu'elle commence des choses qu'elle ne finit pas, et ne s'occupe pas forcément bien de ses enfants.

Elle s'aperçoit également qu'elle n'aime pas les personnes que sa vie lui fait côtoyer. Par exemple, elle parle de l'école de Sammy, son fils. Elle évoque trois mères d'élèves qui sont persuadées de faire tout ce qu'il faut, et ne se privent pas de cracher sur les mères qui agissent comme ci ou comme ça. Julia explique qu'au départ, elle aussi était prompte à juger, mais qu'à la longue, elle a compris que c'était bête et méchant. Comme elle n'ose pas dire leur fait aux trois harpies, elle trouve un moyen (inconsciemment ou non) de s'en débarrasser.

Le livre est loin d'être dépourvu d'humour. Certaines façons de faire de Ruby, la fille de Joe et de Julia, sont assez drôles. Par exemple, lorsqu'elle explique à sa mère qu'elle va transformer Sammy en tueur en série à force de le laisser dormir dans la chambre parentale. Ruby semble avoir des opinions tranchées, mais elle aussi est déboussolée par le milieu à paillettes dans lequel évolue son père, et qui l'éclabousse fatalement.
La scène où Julia fait croire que son téléphone portable a été volé est très drôle. Non seulement parce que son mensonge est très vite éventé, mais aussi à cause de la sonnerie dudit téléphone, et des circonstances entourant toute l'histoire.

Le roman est intéressant, mais parfois, il traîne un peu. Par exemple, les quelques soirées auxquelles participe le couple sont trop longues. De plus, il y a des retours en arrière destinés à nous faire mieux connaître les personnages: j'en ai trouvé certains inutiles.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Cassandra Campbell pour les éditions Random house audio.

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lundi, 27 juillet 2015

Le doute, de SK Tremayne.

Le Doute

Note: L'auteur tient apparemment à garder l'anonymat. Cependant, lorsqu'on tape SK Tremayne dans un moteur de recherche, on trouve de qui il s'agit.

L'ouvrage:
Angleterre.
Voilà un an que Lydia Moorcroft, six ans, est morte. Ses parents (Angus et Sarah), et sa soeur jumelle (Kirstie) tentent de surmonter leur chagrin. Une manière d'y parvenir est d'aller habiter la maison qu'Angus a héritée de ses grands-parents, sur Torran Island, en Écosse.
Peu avant le déménagement, Kirstie dit à sa mère qu'elle n'est pas Kirstie, mais Lydia.

Critique:
L'auteur de ce roman a su mélanger habilement plusieurs choses afin de prendre le lecteur dans une toile inextricable. Il y a d'abord cette affirmation de la jumelle survivante. En bonne pragmatique, je me suis demandé pourquoi elle ne l'avait pas dit avant. Bien sûr, tout n'est pas si simple. L'auteur donne plusieurs raisons qui sont toutes plausibles.

Ensuite, il y a les événements qui font qu'Angus et Sarah ont du mal à communiquer. L'auteur utilise cette ficelle un peu pénible qui consiste à montrer l'un des personnages (en l'occurrence Angus) en sachant plus que le lecteur, mais ne disant pas tout ce qu'il sait. Cette frustration est contrebalancée par la manière dont Sarah appréhende les choses. Elle en sait autant (ou presque) que le lecteur, et lorsqu'elle découvre quelque chose, le lecteur le découvre en même temps. À ce sujet, un lecteur pointilleux dira que le romancier a joué quelque peu sur les mots, la façon de dire certaines choses pour nous faire «interpréter» certaines paroles dans un sens donné. Certes, mais au final, les choses se tiennent. En outre, SK Tremayne nous rappelle qu'il est aisé d'interpréter une phrase, qu'il faut prendre ses précautions avant de tirer hâtivement une conclusion.

Le thème de la gémellité est évidemment abordé. J'ai trouvé que SK Tremayne le faisait mieux que d'autres auteurs. Il parle bien sûr d'une très grande complicité, et donc du désarroi de celle qui reste. Il évoque le thème sans trop en faire. À un moment, j'ai souri: Sarah se souvenait que Kirstie et Lydia se faisaient des bises alors qu'elles étaient dans son ventre. Cela m'a rappelé le roman de Jean-Christophe Grangé («Le passager», je crois) où l'un des jumeaux essaie de tuer l'autre in utero. Bref, il aborde le thème sans grandiloquence, à l'inverse d'autres.

SK Tremayne n'oublie pas l'ambiance. Certains faits prennent davantage de force parce qu'ils arrivent dans cette maison dont certains endroits sont insalubres, où on côtoie des rats, où le téléphone et la difficulté d'établir une communication évoquent des personnes en détresse ne pouvant se faire entendre. L'île joue également un rôle important dans la montée de l'angoisse. Battue par le vent (il y a d'ailleurs une tempête lors d'un moment crucial), abritant des sables mouvants (auxquels la famille aura affaire), ayant une réputation mystérieuse, l'île est presque personnifiée. Ceux qui sont convaincus qu'il existe des endroits «maléfiques» adhéreront à ce que laisse entrevoir la fin.

Quant aux personnages, il en est un qui, dès le départ, m'a semblé louche pour plusieurs raisons. Il s'est révélé que j'avais vu juste.

Il n'y a aucune lenteur, rien n'est bâclé. On plonge rapidement au coeur de l'intrigue, et il est difficile de lâcher le roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Presses de la cité dans le cadre de l'opération Masse Critique, organisée par Babelio.

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jeudi, 23 juillet 2015

Les femmes de ses fils, de Joanna Trollope.

Les femmes de ses fils

L'ouvrage:
Edward, Ralph, et Luke ont beau être mariés, il n'est pas si facile pour leur mère, Rachel, de cesser de régenter leur vie. Les tensions familiales se révéleront, déclenchées par une crise que traverse Ralph.

Critique:
Pour moi, l'intérêt de ce roman réside dans le fait qu'il analyse plusieurs perspectives. Personne n'a nécessairement raison, il n'y a pas toujours une façon de faire, une façon de penser. Ce que l'auteur veut faire passer, c'est: peu importe qui a raison, peu importe que cette façon soit meilleure. Ce qu'il faut, c'est laisser faire les gens. Les laisser se tromper, mais aussi, pourquoi pas, les laisser avoir raison, même si on aurait fait différemment. On peut conseiller, mais il ne faut rien imposer.
À travers ses personnages et les événements qu'ils doivent gérer, la romancière nous montre qu'il faut apprendre à grandir.

Au long du roman, le lecteur se forgera fatalement une opinion sur les uns et les autres. La manière dont Charlotte tente de bouleverser cette espèce d'«ordre familial» m'a amusée. J'ai apprécié qu'elle secoue les choses, qu'elle souhaite que sa vie ne soit pas régie par les opinions et désirs de Rachel. Bien sûr, Charlotte n'est pas parfaite. Elle tente de s'affirmer par rapport à Rachel, et parfois, cela fait un peu combats de coqs.

Quant à Rachel, ce n'est pas la belle-mère autoritaire et acariâtre qui ne supporte pas que d'autres femmes qu'elle rendent ses fils heureux. Elle est envahissante, veut imposer sa façon de faire et de voir les choses, mais son but n'est pas de dominer les siens, ni d'éveiller haines et rancunes.

Petra est un peu difficile à cerner. Je ne sais pas si elle est si réussie... J'ai bien compris quelle était la véritable raison de sa révolte maladroite, mais à l'instar d'autres, j'ai trouvé qu'elle compliquait beaucoup les choses. Bien sûr, elle a du mal à communiquer, mais elle m'a semblé un peu capricieuse... Je sais qu'il ne faut pas la résumer à cela. Elle aussi se révoltait contre le fait qu'on trace sa voie à sa place...

Quant aux autres personnages, je ne les évoquerai pas tous, mais je les ai tous appréciés.

La fin est peut-être un peu trop optimiste. Cependant, Joanna Trollope a su la préparer, même si là encore, le brusque «réveil» de Petra paraît un peu étrange. La fin est optimiste, mais c'est le résultat d'événements qui ont forcé les uns et les autres à réfléchir, à se remettre en question, à écouter les besoins des autres. En outre, une fin optimiste, lorsqu'elle est préparée, peut être sympathique, surtout si le livre est lu à un moment où la vie n'est pas rose.

Il y a juste un point que j'ai trouvé un peu léger. De quoi Petra et Ralph vivront-ils? C'est quelque peu effleuré, mais trop peu à mon goût.

Éditeur: éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michèle Gautier pour le GIAA

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lundi, 20 juillet 2015

Plus haut que la mer, de Francesca Melandri.

Plus haut que la mer

L'ouvrage:
Tous les mardis, Luisa va voir son mari en prison. paolo, lui, va y voir son fils. Cette prison de haute sécurité se trouve sur une île. Un jour, Paolo et luisa font le trajet ensemble. Les circonstances les amèneront à se parler...

Critique:
Si Francesca Melandri développe des thèmes intéressants, et le fait parfois avec finesse, je n'ai pas vraiment accroché à ce roman. Pourtant, je comprends qu'on puisse le trouver très bon.

La romancière évoque bien sûr les détenus, mais aussi les gardiens. Elle fait cela à travers Pierfrancesco Nitti, un maton qui a du mal à concilier ce qu'il est, ce qu'il fait dans des moments extrêmes, et sa vie de famille. Il se renferme, ne pouvant parler à sa femme de choses dont il n'est pas fier, mais qu'il trouve «juste» de faire à un moment donné. Ce personnage est attachant, car loin d'être manichéen. En outre, il «ressent» les autres.

Je me suis également attachée à Paolo qui souffre, et pourtant, avance. Il veut se punir pour ce qu'a fait son fils. Il ne pense pas vraiment à l'aspect politique de l'affaire, mais plutôt à l'aspect humain. Son fils a tué des êtres humains. Par la faute de son fils, des êtres humains ont perdu quelqu'un de cher. Paolo méprise ses actes, et trouve pourtant la force d'aller le voir... c'est son enfant... Il est lucide quant à sa situation et appréhende tout cela comme il le peut.

Je n'ai pas apprécié Luisa. Le lecteur éprouvera forcément de la compassion pour cette femme qui a aimé, qui a été (en quelque sorte) dupée, et qui va voir celui que sa violence a fini par perdre. Luisa a des petites manies que certains trouveront attendrissantes, comme celle de tout compter. Cela l'aide à tromper l'ennui, mais aussi à ne pas être bernée par des commerçants. Eh bien, elle m'a davantage agacée qu'autre chose. On dirait une espèce de Sarah Crew («Princesse Sarah») moderne. Pourquoi s'inflige-t-elle ces visites?

D'autre part, le roman est très lent. Les personnages ne parlent pas beaucoup et il ne se passe pas grand-chose. On est beaucoup dans leur tête. Ce n'est pas grave en soi, mais ici, cela m'a pesé. En outre, les événements qui ont lieu ne sont pas très crédibles... pour la plupart. Je ne parle pas du fait que nos protagonistes ne peuvent quitter l'île, mais plutôt du reste. D'abord, ce qui fait que Paolo et Luisa finissent par se parler m'a agacée. Paolo tient à ce que Luisa s'assoie à sa place, car là où elle est, elle reçoit beaucoup de poussière. Il ne la connaît pas, et décide, comme ça, de lui céder sa place plus «confortable». Certes, on me dira que c'est un geste altruiste, et que cela cadre avec le caractère de Paolo. J'avoue avoir trouvé cela grandiloquent. Ce qui se passe ensuite m'a également paru très gros... Pour ne pas tout dévoiler, je ne donnerai qu'un autre exemple: les larmes cathartiques de Luisa. J'ai bien saisi que c'était une libération pour elle, qu'elle exprimait des années de douleur rentrée, mais là encore, j'ai trouvé cela mal amené.
J'ai l'impression que faits et dialogues sonnaient faux, excepté en ce qui concerne Pierfrancesco et sa femme.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Virginie Spaak pour la Ligue Braille.
Virginie Spaak a une voix très claire. Elle met le ton approprié. Elle a lu ce texte en dosant habilement chaleur et sobriété. Je lui ferai mon éternel reproche: je regrette qu'elle ait prononcé les noms propres italiens avec un accent. Cela m'a paru très affecté. J'avais même l'impression que cela lui coûtait.

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jeudi, 16 juillet 2015

À moi seul bien des personnages, de John Irving.

A moi seul bien des personnages

L'ouvrage:
À soixante-dix ans, Billy Abott décide de raconter sa vie, sa famille, son entourage. Il commence par des faits importants, qui marquèrent son existence: son béguin pour la bibliothécaire de la ville (miss Frost), et sa découverte du roman «Les grandes espérances», de Charles Dickens.

Critique:
Ce roman dit des choses essentielles, mais malheureusement, l'auteur en fait trop, ce qui gâche un peu le tout. Par de multiples moyens, John Irving prône la tolérance. Il fait surtout cela à travers Billy, le narrateur. Celui-ci explique que même parmi ceux qui sont brimés, il y a du rejet. Par exemple, certains homosexuels pensent que les bisexuels ne sont pas normaux. Billy, victime d'intolérance de la part de sa propre mère, ne s'en laissera pas conter. Il aura le courage de ne jamais renier ce qu'il est, et de toujours faire passer son message de tolérance. À un moment, un personnage lui dit qu'on est tous intolérant, qu'il y a bien au moins une chose qu'une personne dite tolérante rejettera. Il le prend pour exemple et lui dit qu'il ne tolère pas l'intolérance. Cela m'a fait rire, et j'ai pensé que dans ce cas, j'étais comme Billy.

Le narrateur nous parle d'une époque: il va des années 60 aux années 2010, et expose l'évolution des choses en montrant qu'elles n'évoluent pas vraiment...
Racontant les vies de sa famille, de ses amis, de ceux qui gravitent autour de lui, il montre un éventail de réactions, de sentiments. Certains passages m'ont donné le fou rire. Par exemple, lorsque Kittredge prend Billy dans ses bras et le promène, prenant à témoin un pauvre garçon qui voulait juste se brosser les dents, ou bien le moment où Tom arrive à dire «heure»... Même l'une des premières expériences sexuelles de Billy (celle ayant eu lieu avec Elaine) fera plutôt sourire. Ces passages sont pourtant graves. Ce sont des tournants décisifs dans la vie de certains personnages. John Irving exprime cette gravité, mais au lieu de le faire sur un ton larmoyant (ce qui aurait été désastreux), il met ces moments en scène, les assortit de situations ou de mots cocasses.
Ces passages sont loin d'être les seuls amusants du roman. En outre, les dialogues sont vivants. Et bien sûr, il y a ce «défaut de prononciation» dont souffre le héros. Défaut qui n'affecte que les mots sur lesquels il fait un blocage psychologique. C'est à la fois drôle et touchant.

L'écriture, les romans, le théâtre ont une grande importance dans la vie de nos personnages. C'est par des romans que l'un fera passer ses «messages», c'est en jouant du Shakespeare que d'autres parviendront à trouver un certain équilibre, c'est grâce à la lecture que le héros acquiert des points d'ancrage, c'est le souvenir d'une histoire qui le rapprochera un peu de son père...

Chaque personnage de ce roman a quelque chose à dire. Chacun est particulier et appréciable, sauf peut-être «les filles Winthrop», qui représentent l'intolérance la plus criante. Certains diront peut-être qu'elles sont caricaturales. Je ne le pense pas. Elles sont très «marquées», mais des personnes comme elles existent. Mary est certainement la plus blâmable, puisqu'elle n'a jamais voulu essayer de comprendre et d'accepter son propre fils. Bien sûr, il faut prendre son échec amoureux en compte, mais cela ne lui sert pas vraiment d'excuse.
J'ai remarqué que peu de femmes étaient vraiment sympathiques. À part Elaine et sa mère, celles qui le sont ne font qu'une brève incursion dans le roman: Sue Aatkins par exemple. Bien sûr, les transsexuels sont sympathiques. Cela compense. ;-)

Malheureusement, comme je le disais plus haut, John Irving en fait parfois trop. D'abord, on dirait que Billy n'est entouré que de transsexuels et d'homosexuels. Entre sa famille et son entourage, il y en a beaucoup. De plus, tous les transsexuels sont des garçons qui voudraient être des filles. J'ai trouvé que tout cela faisait un peu artificiel.
Ensuite, dans les derniers chapitres, il raconte une succession de morts. Ça fait un peu «catalogue», d'autant que c'est souvent des homosexuels ou des transsexuels qui meurent du SIDA.

Par ailleurs, il y a une incohérence. Billy apprend la transsexualité d'un personnage au bout de plusieurs années. Pendant tout ce temps, il fréquente ce personnage. Il est étrange qu'il n'ait pas remarqué que sa voix n'était pas féminine... L'auteur ne dit d'ailleurs rien quant à cette voix. Il esquive le problème...

Éditeur: éditions du Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Lejour pour l'association Valentin Haüy.
Encore une fois, cela a été une très grande joie pour moi d'entendre Philippe lejour. (Pour ceux qui sont intéressés, vous pouvez voir ce que je dis de lui dans ma chronique de «Un homme effacé», d'Alexandre Postel.) Je pense que ce roman n'est pas facile à lire à voix haute. Il alterne les passages «contemplatifs» avec d'autres très vivants. De plus, on y parle beaucoup de sexe. Philippe Lejour lit cela sans trop en faire. Son ton n'est jamais gêné ni affecté ni trop sobre ni emphatique. Sa lecture est toujours très bonne, mais je pense que pour un livre comme celui-ci, ce n'est pas simple.
Quant à la prononciation des noms propres étrangers, je trouve qu'il s'en sort bien. Il en fait un peu trop pour certains noms, mais la plupart du temps, ça me convient. En outre, même si sa prononciation d'Elaine ne m'a pas trop plu, je reconnais que c'est ce qui m'a permis de deviner l'orthographe du prénom.

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lundi, 13 juillet 2015

L'accident, de Marianne Brun.

L'accident

L'ouvrage:
Les rapports compliqués de Christine avec son mari, ses enfants, sa mère, son frère...

Critique:
En général, j'aime les romans où la psychologie des personnages est analysée. Ici, j'ai d'abord cru que c'était le cas en constatant que Marion (la fille de Christine) souffrait à cause de sa mère qui semblait la rejeter. Cependant, plus je lisais moins je comprenais Christine. C'est peut-être moi qui suis passée complètement à côté... ou bien Marianne Brun a voulu montrer une jeune femme avec qui la vie n'avait pas été particulièrement méchante, mais qui se conduit de manière déstabilisante. Bien sûr, Christine, elle, dit que la vie ne l'a pas gâtée. Si on comprend que sa mésentente avec sa mère l'ait blessée, cela ne lui donnait pas d'excuses pour agir comme elle le fait plus tard.

Il semble que la jeune femme s'applique à détruire et à souiller tout ce qu'elle touche. Pour donner quelques exemples, elle se targue de remettre vertement à leur place ceux à qui elle a quelque chose à reprocher. Ses colères sont toujours spectaculaires, et elle ne se remet jamais en question. Elle ne fait que geindre après tout et tous.

Que dire de ses rapports avec ses enfants? Elle maltraite (physiquement et psychologiquement) Marion, ce pourquoi elle blâme l'enfant. Quant à Alexandre, vers qui va sa préférence, elle ne sait pas être tendre avec lui. Elle pousse la mauvaise foi jusqu'à accuser son mari de préférer Marion. Peut--être celui-ci tente-t-il de compenser, tout simplement. À force de lire les justifications sans fondement de Christine, on en vient à se demander si elle est tout à fait normale.

La structure du roman est la suivante: au début, l'histoire est racontée du point de vue de Marion. Puis, il y a l'accident. Puis les choses sont racontées du point de vue de Christine, ce qui permet des retours en arrière. C'est intéressant parce qu'on voit d'abord les conséquences du comportement de Christine, puis on rencontre le personnage.
La fin m'a laissée perplexe. J'aurais voulu savoir ce qui allait se passer. L'indignation des gendarmes fera peut-être bouger les choses, mais il faudrait qu'ils ne soient pas les seuls. En effet, j'ai eu l'impression qu'André, le mari de Christine, ne faisait pas grand-chose pour aider ses enfants...

Je n'ai pas parlé de Marion parce que tous ses actes s'expliquent par la manière dont sa mère la traite.

Remarque annexe:
Il semble y avoir une incohérence. Si j'ai bien compris, la première partie se passe en 1973. On y dit que Marion a six ans. L'accident se passe en 1980, et là, les gendarmes subodorent que la fillette a sept ans. Même s'ils se trompent, si elle avait treize ans (ce qui serait le cas si elle avait six ans en 1973), ils ne se tromperaient pas à ce point...

Éditeur: l'âge d'homme.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Martine Moinat pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 10 juillet 2015

Histoire d'un bonheur, de Geneviève Damas.

Histoire d'un bonheur

L'ouvrage:
Anita Beauthier appartient à une famille ayant un certain niveau de vie et une certaine position sociale. Un jour, son amie, Solange, lui demande de la remplacer et d'aller faire bénévolement de l'aide aux devoirs dans un quartier défavorisé.

Critique:
À la lecture du résumé, on peut s'attendre à quelque chose de cliché. Il y aura forcément des lieux communs, mais ils décrivent des situations qui existent. Au départ, Anita semble une sympathique dame pleine d'énergie et qui souhaite que les gens soient heureux. Ensuite, certaines de ses remarques montrent bien qu'elle n'est pas à l'aise dans son carcan familial, gangue qu'elle a en partie créée, et on comprendra pourquoi plus tard. À travers ses remarques, on découvre une Anita qui n'a pas encore conscience que son bonheur est artificiel, et qui se croit très ouverte, alors qu'en fait, il n'en est rien. Par exemple, elle ne cesse de montrer que les apparences sont très importantes à ses yeux: sa fille est trop grosse, elle apprécie Carla Bruni parce qu'elle est élégante... Elle a aussi des jugements à l'emporte-pièce: ses relations avec sa fille ne sont pas bonnes, elle en déduit que d'une manière générale, les relations entre une mère et sa fille sont compliquées. C'est ce personnage qui va se retrouver parachuté au milieu d'enfants défavorisés. Le choc sera brutal. Il engendrera certaines situations comiques et d'autres plus graves.

Geneviève Damas met en présence des personnages qui n'auraient pas dû se rencontrer, et qui finissent par le faire par l'intermédiaire involontaire d'Anita. Bien sûr, les choses ne vont pas brusquement s'arranger pour tout le monde. À un moment, j'ai eu peur que ce soit ainsi, mais non. L'auteur ouvre une porte. Elle montre que certains rapprochements entre des personnes abîmées par la vie pourraient peut-être se révéler bénéfiques, à condition que lesdites personnes y mettent un peu du leur. Elle les force donc à sortir de leur raisonnement habituel, les met face à des situations urgentes...

J'ai eu un peu de mal à apprécier l'excessive Nathalie. Bien sûr, je l'ai comprise, mais elle m'a agacée. Sûrement parce que je n'aurais pas eu la même réaction qu'elle à sa place à propos d'un élément donné. Je sais que ce n'est pas une raison pour ne pas l'apprécier...

Si le roman montre des personnages meurtris, il n'est pas exempt d'humour. Le plus drôle, à mon avis, est sûrement le quiproquo quant à la maladie d'Hervé. Il part du fait qu'une fois de plus, Anita ne veut pas accepter son fils tel qu'il est. Cela engendre des conversations à la fois cocasses et graves, car le lecteur, lui, sait bien de quoi il retourne, et éprouvera fatalement de la compassion pour Anita.
Il y a d'autres moments amusants, notamment la pensée d'au moins trois personnes sur le livre «Ruines».

Un roman attendrissant, avec lequel on ne s'ennuie pas, qui fait réfléchir sur les différentes formes de bonheur (et de malheur) que la vie distribue à chacun et sur la manière dont chacun les appréhende.

Éditeur: Arléa.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michelle Jodogne pour la Ligue Braille.
J'aime beaucoup cette lectrice qui donne vie à ce qu'elle lit sans trop en faire. Ici, elle est parfaitement entrée dans la peau des personnages et dans le style enlevé (et familier lorsque Nourredine s'exprime) de Geneviève Damas. Elle a adopté un ton particulièrement juste en lisant les chapitres où Anita et Nourredine prennent la parole.

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jeudi, 9 juillet 2015

*Parutions Audiolib, août 2015.

Le Crime du Comte Neville La Bibliothèque des coeurs cabossés
Travail soigné Mr Mercedes

  • Ces titres sont annoncés pour le 19 août.
  • La bibliothèque des coeurs cabossés, de Katarina Bivald, lu par Kelly Marot, 13h.
    Tout commence par les lettres que s’envoient deux femmes très différentes : Sara Lindqvist, vingt-huit ans, petit rat de bibliothèque vivant en Suède, et Amy Harris, soixante-cinq ans, dame cultivée et solitaire de l'Iowa. Après deux ans d’échanges à la fois sur la littérature et sur la vie, Sara décide de rendre visite à Amy. Mais, quand elle arrive chez elle, elle apprend avec stupeur qu’Amy est morte. Seule dans cette étrange petite ville américaine, Sara tisse alors des liens étroits avec les habitants attachants et loufoques de Broken Wheel, qui l'aident à monter une librairie.
  • Le crime du Comte Neville, d'Amélie Nothomb, lu par Françoise Gillard, 2h2.
    Après Barbe bleue, Amélie Nothomb se serait à nouveau prise au jeu du conte contemporain, pour notre plus grand plaisir!
  • Travail soigné, de Pierre Lemaitre, lu par Jacques Frantz, 12h33.
    Dès le premier meurtre, épouvantable et déroutant, Camille Verhoeven comprend que cette affaire ne ressemblera à aucune autre. Et il a raison. D’autres crimes se révèlent, horribles, gratuits... La presse, le juge, le préfet se déchaînent bientôt contre la « méthode Verhoeven ». Policier atypique, le commandant Verhoeven ne craint pas les affaires hors normes mais celle-ci va le placer totalement seul face à un assassin qui semble avoir tout prévu. Jusque dans le moindre détail. Jusqu’à la vie même de Camille...
  • Mr Mercedes, de Stephen King, lu par Antoine Tomé, 16h.
    Midwest 2009. Un salon de l'emploi. Dans l’aube glacée, des centaines de chômeurs en quête d’un job font la queue. Soudain, une Mercedes rugissante fonce sur la foule, laissant dans son sillage huit morts et quinze blessés. Le chauffard, lui, s’est évanoui dans la brume avec sa voiture, sans laisser de traces.
    Un an plus tard. Bill Hodges, un flic à la retraite, reste obsédé par le massacre. Une lettre du tueur à la Mercedes va le sortir de la dépression et de l’ennui qui le guettent, le précipitant dans un redoutable jeu du chat et de la souris.

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