jeudi, 8 décembre 2016

La part des flammes, de Gaëlle Nohant.

La part des flammes

L'ouvrage:
Paris, 1897.
Violaine de Raezal souhaite oeuvrer pour les pauvres. C'est à cette occasion qu'elle rencontre la duchesse Sophie d'Alençon. Celle-ci la prend sous sa protection, et la fait travailler avec elle, au bazar de la charité. C'est là que Violaine rencontre Constance d'Estingel, jeune fille d'un abord réservée.
C'est alors que, le 4 mai, le bazar de la charité est la proie d'un incendie. Cet événement laissera une empreinte indélébile dans la vie de ces femmes et de leurs proches.

Critique:
À mon avis, la première qualité de ce roman est la minutie avec laquelle l'auteur décrit une époque, des personnages, les conséquences d'un événement qui bouleverse tout et tous. Dès les premières pages, le ton est donné. Nous frayons avec la noblesse parisienne, avec ses règles (non-écrites, mais auxquelles personne ne déroge), ses castes, ses conventions, ses artifices... Tout au long du roman, cette ambiance reste. On cancane à propos de telle personne, on veut à tout prix être dans les bonnes grâces de telle autre parce qu'elle est populaire. Après l'incendie, l'une de ces dames, avide de ragots et de relations superficielles (mais elle n'est pas la seule) devra remettre certaines choses en question, ayant été atteinte par les flammes, et donc n'étant plus aussi intéressante pour certains.
J'ai également beaucoup aimé l'épisode qui se passe au théâtre. Là encore, pour certains, le théâtre n'est qu'un prétexte pour se montrer et observer les autres. Les rares personnages du roman qui y vont pour regarder ce qui se déroule sur scène sont vite éconduits par les superficielles de la bande, Léonce d'Ambronay en tête. Léonce fait partie de ceux qui concentrent bêtise et égoïsme.

Je ne connaissais pas du tout Gaëlle Nohant. J'ai découvert une plume fluide, un vocabulaire recherché (ce qui me ravit), une narration et des dialogues vivants qui, outre l'ambiance, nous plongent au coeur de l'époque. De plus, ce roman ne souffre d'aucun temps mort.

Quant à l'intrigue, elle m'a également plu, mais elle n'aurait pas été si puissante sans les atouts dont je parle plus haut. Elle présente donc ces protagonistes, évoluant dans une société sans pitié dont ils connaissent les rouages, et ayant du mal à s'y habituer (du moins, en ce qui concerne les personnages principaux). Les conséquences de l'incendie creuseront le fossé entre eux et cette société du paraître et des convenances. J'ai aimé la manière dont certains sont amenés à se rencontrer.

Constance a éveillé à la fois ma compassion et mon exaspération. Je voulais qu'elle ait le courage d'être elle-même, de s'accepter. Pourtant, je reconnais qu'entre sa mère et la mère supérieure, la pauvre n'avait pas vraiment la possibilité de s'affirmer. Entre se révolter contre celle qui ne sait pas l'aimer et de qui elle est trop différente, et tout faire pour être digne de l'affection de la mère supérieure, Constance se débat dans des courants contraires. On comprend bien que son esprit soit tourmenté.

Amélie, sa mère, m'a interpellée. Embourbée dans son égoïsme, elle m'a d'abord paru méprisable. Puis je l'ai un peu appréciée, parce que s'il est évident qu'elle agit par intérêt, on perçoit aussi sa conviction que c'est pour le bien de Constance. Elle n'a aucun cas de conscience à ne faire que contrarier sa fille (et à accepter autre chose que je vous laisse découvrir) parce qu'elle est sûre qu'à terme, cela aidera la jeune fille. À l'inverse, la religieuse que révère Constance me semble uniquement poussée par l'aigreur et le besoin d'enfermer quelqu'un dans le même malheur qu'elle. Qu'elle ait compris ou pas que Constance souhaitait s'en remettre à Dieu pour de mauvaises raisons, elle sait que celle-ci est perdue, et fait tout pour l'enfoncer dans son marasme à coups d'ordres péremptoires et de jugements sans appel.

À l'instar de Violaine et de Lazlo de Nérac, je n'ai pas seulement vu en Armand un personnage fade. Pendant une grande partie du roman, on sait seulement qu'il n'aime pas sa belle-mère et le cache mal. Je ne sais pas pourquoi, mais je l'imaginais couard et sans saveur. Il est bien plus complexe. Lazlo et Violaine finissent par deviner qu'il n'est pas uniquement ce qu'il montre. J'ai aimé que l'auteur ne nous présente pas quelqu'un d'absolument détestable, et explique, par ses actes et son passé, qu'il a des côtés attachants.

D'autres personnages et d'autres thèmes seraient à évoquer, mais je ne veux pas trop en dévoiler.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Cadol.
J'aime beaucoup cette comédienne que je connais surtout pour ses doublages. Je l'apprécie énormément. Ici, elle n'a pas démérité. Elle est l'interprète parfaite pour ce roman! De sa voix claire et soignée, elle entre parfaitement dans la peau des personnages, et sert à merveille le style de Gaëlle Nohant. Elle ne s'embarrasse pas de cet artifice qui consiste à prendre «une grosse voix» pour les hommes, et dont certaines usent à mauvais escient.

L'un des personnages est américain. Il s'agit de Mary Holgart. Plusieurs fois, l'auteur précise qu'elle s'exprime avec un accent. Je suis ravie que la lectrice ne tente pas de faire cet accent. Je suppose que c'est d'un commun accord avec l'éditeur audio. J'ai trouvé cela judicieux, car pour moi, il est toujours laborieux d'entendre des lecteurs prendre un accent étranger. Je remercie donc la lectrice et l'éditeur pour cela. J'avoue que j'aurais même préféré que la comédienne prononce Mary sans faire le «r» anglophone.
D'autre part, je constate que l'éditeur sait s'adapter d'un livre à l'autre. En effet, dans «Le sourire des femmes», l'accent de Goldberg ajoute au comique de la situation, il était donc logique que le comédien le fasse. De plus, ce personnage ne s'exprime pas trop longtemps, donc cela s'arrête avant que l'agacement remplace le rire. Dans «La part des flammes», cela aurait été du surjeu, ôtant toute crédibilité au personnage, et dissipant la tension de certains moments. Bref, cela aurait été du gâchis, à mon avis.

Parfois, certains personnages lisent des vers. La lectrice les lit de manière fluide en tentant de respecter certaines règles de versifications sans que cela ait l'air prétentieux. Il me semble qu'à un moment, elle marque à peine une diérèse.

Pour information: la structure du livre est respectée.

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37 lectures

lundi, 5 décembre 2016

Ennemie intime, de Christine Drews.

Ennemie intime

L'ouvrage:
Kathrin et Thomas viennent d'emménager. Un jour, en emmenant Leo (leur fils de trois ans) au jardin d'enfants, Kathrin rencontre Tanja, la mère de Ben, grand ami de Leo. Les deux jeunes femmes sympathisent très vite. Kathrin ne sait pas que son cauchemar est sur le point de commencer.

Critique:
Si vous lisez la quatrième de couverture, vous risquez d'être un peu déroutés car ce qui y est décrit n'arrive qu'au chapitre 5. Christine Drews prend le temps de planter le décor, de présenter ses personnages. C'est une bonne chose, mais si on se fie à la quatrième de couverture, on s'attend à lire très vite ce qui y est décrit.

Ce qui démarque ce roman de beaucoup de ses congénères, c'est qu'il n'est pas manichéen. Bien sûr, il y a une personne dont le lecteur souhaite voir la méchanceté punie, mais lorsqu'on apprend son histoire, on éprouve forcément de la compassion. Cela ne veut en aucun cas dire qu'une personne qui souffre doit se mettre à faire le mal autour d'elle pour se venger. Christine Drews pointe du doigt les défaillances d'un système, nous en laisse entrevoir la dureté, le côté implacable.

D'autre part, l'auteur exploite le fait que beaucoup de gens ont une part d'ombre, ont des squelettes dans leurs placards... Cela a déjà été fait, mais ici, j'ai trouvé que c'était particulièrement bien traité, parce que j'ai ressenti la détresse de certains personnages, les limites d'autres, etc. Malheureusement, le fait de s'attarder sur certains d'entre eux engendre des lenteurs. Par exemple, l'histoire de Charlotte est intéressante, mais l'auteur traîne trop avant de révéler ce qui lui est exactement arrivé. Elle en dévoile un peu, puis encore un peu... C'est une ficelle assez utilisée dans ce genre de romans, et elle peut donner lieu à des scènes pleines de tension. Ici, par exemple, on a les cauchemars de Charlotte et la scène où son collègue et elle découvrent «quelqu'un» dans la maison abandonnée... Cependant, j'ai trouvé que c'était un peu trop lent... C'est un peu le même cas de figure s'agissant des atermoiements de Kathrin qui soupçonne son mari de ceci et de cela... Certes, je ne dois pas oublier que Kathrin est au paroxysme de la douleur et que, dans ce cas, on a du mal à réfléchir convenablement...

Quelques passages nous font partager les pensées du personnage «méchant». En général, je n'aime pas lorsque les auteurs font cela, car ils s'attardent trop sur ces passages. Ici, j'ai trouvé cela bien placé et pas trop long. Le prologue m'a quand même paru inutile, car l'auteur met une pensée dans la tête de son personnage afin de nous faire croire quelque chose, et je ne trouve pas cela très honnête... Je comprends dans quel sens le personnage a pensé cela, mais c'est une inexactitude que l'auteur a placée là à dessein. On me dira qu'encore une fois, je pinaille. Il est vrai que cela n'a pas gâché ma lecture.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe de Posson pour la Ligue Braille.
Le lecteur a mis le ton approprié, sans être trop sobre. En outre, sa voix est sympathique.

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40 lectures

jeudi, 1 décembre 2016

Ally Hughes has sex sometimes, de Jules Moulin.

Ally Hughes has sex sometimes

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
À vingt-et-un ans, Ally Hughes s'est retrouvée enceinte sans l'avoir désiré. Elle élève seule sa fille, et mène presque une vie d'ascète.
Dix ans plus tard, la jeune femme, alors professeur à l'université, passe un week-end torride (ce qui n'était pas du tout programmé) avec l'un de ses étudiants.
Dix ans plus tard, elle retrouve le jeune homme, apparemment sortant avec Lizzy, sa fille.

Critique:
Entre légèreté, gravité, humour, amour fou et parties de sexe torrides, Jules Moulin fait évoluer ses personnages. Certaines situations sont assez drôles, par exemple les conversations entre Ally et Anna, sa meilleure amie, ou bien le fait qu'Ally se retrouve un peu comme un OVNI au milieu d'une soirée cocaïne. Certains thèmes sont abordés à la fois de manière drôle et grave. Par exemple, Ally a du mal à laisser sa fille faire ses propres choix, et cela donne lieu à des moments cocasses: Ally faisant le pied de grue devant chez lizzy, laissant des kilomètres de messages sur son répondeur, etc. L'auteur fait le parallèle avec Claire, la mère d'Ally, qui était trop rigide, et abreuvait sa fille de pensées erronées sans la laisser oser espérer autre chose. C'est en faisant elle-même ce parallèle qu'Ally se rend compte qu'elle doit laisser Lizzy faire ce qu'elle veut, même si elle pense qu'elle se fourvoie.

Ally est assez creusée. Elle comprend la justesse du raisonnement de sa mère et le fait sien. En outre, elle souhaite être une bonne mère, et préfère ne pas s'autoriser grand-chose. C'est une personne gentille, soucieuse de bien faire.
Lizzy m'a un peu agacée, mais au fond, elle est sympathique.

J'ai apprécié que l'histoire d'amour ne soit pas une cause perdue d'avance. Par exemple, on n'attend pas des heures avant que Lizzy sache ce qu'il y a eu entre Jake et sa mère. En outre, sa réaction est plutôt sympathique. Par ailleurs, la drôlerie de certaines situations empêche cette histoire de tomber dans la niaiserie. Cependant, j'ai trouvé que l'auteur en faisait trop sur certains points. Elle a voulu que le «coup de foudre» n'en soit pas vraiment un (peut-être à cause des personnes comme moi qui détestent ça), ou alors, elle a voulu trop l'expliquer, le légitimer. De ce fait, elle en a trop fait, notamment en insérant beaucoup de scènes de sexe. Je pense qu'elle a voulu montrer en détails le week-end des amants, mais il n'y avait peut-être pas besoin de détailler plusieurs scènes torrides, tout en insistant lourdement sur la beauté et la virilité de Jake, son infatigabilité sexuelle, et sa possibilité à faire jouir Ally plusieurs fois en peu de temps.
Ensuite, j'ai trouvé que les cadeaux de Jake étaient trop ostentatoires. Certes, cette façon d'agir est expliquée par des confidences et par ce qu'a remarqué Jake pendant ce fameux week-end...
Je n'ai pas aimé le jeu qui consiste à faire semblant qu'on est quelqu'un d'autre et qu'on se rencontre. Je n'ai pas vraiment vu l'intérêt.

La romancière alterne les chapitres racontant le présent et ceux racontant le déroulement du week-end torride. Cette structure engendre ce que j'appelle des lenteurs artificielles. En effet, on connaît très vite les grandes lignes du week-end grâce à ce qu'en disent certains dans le présent. Par conséquent, chaque fois qu'on aborde un chapitre du passé, on est fatalement frustré car on voudrait savoir ce qui arrive dans le présent. Le week-end est détaillé parce que l'auteur souhaitait que le lecteur ressente ce qu'ont éprouvé Ally et Jake, mais peut-être aurait-il dû y avoir deux parties distinctes plutôt que l'entrelacement des deux récits.

Remarque annexe:
À un moment, Anna dit à Ally qu'elle peut s'autoriser à être heureuse comme dans «Les pages de notre amour». Elle aurait pu dire «comme dans les livres de certains auteurs», mais elle a choisi de citer ce livre-là. Il se trouve que quand j'étais adolescente, j'adorais ce livre qui était, pour moi, une très belle histoire d'amour. Je suppose qu'aujourd'hui, je le trouverais un peu niais, mais je garde une certaine tendresse pour mon émerveillement d'adolescente. C'est sûrement à cause de cela que je me souviens des prénoms des personnages: Ally (comme notre héroïne), et Noah (comme Jake, vous verrez pourquoi). Je me souviens aussi de l'âge de Noah quand Ally l'a retrouvé: trente-et-un ans (comme Ally Hughes lors du week-end torride). Lorsque Noah et Ally se retrouvent, il me semble qu'ils passent deux jours ensemble (la durée du week-end torride de Jake et Ally) avant d'être ramenés à la réalité par l'arrivée de la mère d'Ally. L'arrivée de la mère d'Ally Hughes précipitera d'ailleurs la fin du week-end torride.
Il y a peut-être d'autres allusions...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ann Marie Lee pour les éditions Penguin Random House Audio.
J'aime beaucoup Ann Marie Lee. Ici, elle n'a pas eu la partie facile. Elle est parvenue à rendre les conversations entre Ally et Anna, entre Ally et Lizzy, etc sans en faire trop, mais en jouant quand même. En effet, ces conversations devaient être jouées sans cabotinage. Quant aux scènes de sexe, elle a tenté d'y mettre un peu de l'exaltation des amants. Personnellement, j'en aurais mis un peu moins, mais cela reste acceptable.

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49 lectures

lundi, 28 novembre 2016

Le sourire des femmes, de Nicolas Barreau.

Le sourire des femmes

L'ouvrage:
Un peu par hasard, Aurélie Brodin achète le roman «Le sourire des femmes», de Robert Miller, publié par les éditions Opale. Quelle n'est pas sa surprise en découvrant que l'héroïne du roman, c'est elle! Elle lui ressemble (jusqu'à sa robe), et travaille dans le restaurant Le Temps des Cerises. Or, c'est justement le nom du restaurant d'Aurélie. Touchée par le livre et intriguée de s'y retrouver, la jeune cuisinière veut entrer en contact avec l'auteur. Elle commence par rencontrer son éditeur, André Chabanais, qui se montre fort désagréable.

Critique:
Je trouve dommage que la quatrième de couverture en dévoile trop. Elle dit quelque chose qu'on apprend au chapitre 4 (si mes souvenirs sont bons), et que j'aurais préféré découvrir.

Voici une comédie légère. Elle est fraîche, apporte quelques sourires, quelques rires, un peu d'émotion... Beaucoup de livres légers sont niais. Pour moi, «Le sourire des femmes» échappe à la niaiserie. Bien sûr, on peut penser qu'André est tombé un peu vite amoureux. C'est même pire que le coup de foudre que je déteste tant. Pourtant, cela ne m'a pas gênée. D'abord, parce qu'il n'a rien oublié alors que la rencontre date de plus d'un an. Ensuite, parce que l'auteur amène bien les choses. De plus, sachant que c'est une comédie, il faut accepter ce genre d'éléments.

L'intrigue est assez cocasse. Les gens avec qui travaille André ont tous un aspect amusant. Le pompon revient sûrement à monsieur Monsignac, de qui on rira volontiers, mais qui, dès le départ, a un côté attachant. Il le gardera jusqu'à la fin. La mère d'André est aussi un personnage haut en couleur.
Des scènes sont également drôles. Pour n'en citer que quelques-unes: l'apparition de Robert Miller, le moment où il parle à son public, la rencontre d'Aurélie et de Lizzie, certains dialogues entre André et Adam Goldberg, les colères de Monsignac...

Certains événements sont convenus, mais pour moi, ce n'est pas négatif. On attend qu'un livre de ce genre respecte certains codes. J'ai donc été ravie que celui-ci les respecte. Lorsque les choses ont commencé à prendre la direction souhaitée par l'un des personnages (et par le lecteur), je me suis demandé, avec un petit rire, comment Aurélie apprendrait la vérité. Je n'ai même pas imaginé que cela se passerait ainsi, pourtant, c'est simple et logique.
La fin m'a satisfaite. Elle ne pouvait être autre, sous peine de décevoir le lecteur. Il est intéressant de voir comment elle devient possible. Là encore, je ne m'attendais pas à cela, et pourtant, c'est logique. À y bien réfléchir, cela n'aurait pu arriver d'une autre manière.

J'ai bien aimé la façon dont l'auteur aborde le thème de l'écriture. Parfois, j'imagine que certains écrivains que j'aime sont comme Robert Miller (ceux qui ont lu le livre comprendront), et que le public le découvrira peut-être dans quelques années. Des choses de ce genre sont déjà arrivées. J'aimerais en dire davantage là-dessus, mais je dévoilerais certaines choses.

Un roman sympathique avec lequel on passe un bon moment.

Service presse des éditions Audible FR, dont vous trouverez le catalogue sur le site [Audible.| http://www.audible.fr/ ]
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Flora Brunier et Damien Ferrette.
D'autres éditeurs ont publié des romans lus par plusieurs comédiens. Ici, il y a une petite différence. En général, un comédien lit les chapitres racontés par un personnage, et un autre lit ceux racontés par un autre. Audible FR a introduit une subtilité qui m'a plu. Lorsqu'Aurélie parle alors qu'André raconte, c'est Flora Brunier qui lit les répliques d'Aurélie, et vice-versa. Les dialogues sont bien plus vivants et réalistes ainsi. Du reste, j'ai trouvé cela plus logique que ce qui est fait habituellement. On me dira peut-être que les éditions VDB faisaient ainsi. Ce n'est pas tout à fait vrai. Elles faisaient lire par plusieurs (généralement deux) comédiens des romans qui auraient pu être lus par un seul, il n'y avait pas forcément des points de vue différents selon les chapitres. La comédienne lisait tous les rôles féminins, et le comédien lisait tous les rôles masculins. J'ai conscience que cela n'est pas toujours facile à faire: certains livres se prêtant davantage que d'autres à cela, mais j'espère que les éditions Audible FR renouvelleront l'expérience, et que d'autres s'y essaieront.

À mon avis, ce livre est davantage fait pour être écouté. Damien Ferrette et Flora Brunier jouent les dialogues, leur donnant le dynamisme voulu par l'auteur. Le comédien a pris le parti de faire une voix un peu zozotante à Monsignac, et de hausser le ton lorsqu'il s'emporte. C'est amusant sans être exagéré, et cela a fait que j'ai imaginé le personnage. Cette interprétation vivante m'a bien fait rire. Damien Ferrette modifie également sa voix pour la mère d'André. Cela va bien au personnage et au roman. D'autre part, certains protagonistes ont un accent anglais. En général, je n'aime pas que les lecteurs fassent les accents, ici, je trouve que cela a ajouté au comique de certaines situations notamment lorsqu'Adam Goldberg s'exprime. En outre, le comédien s'arrange pour ne pas exagérer.
Quant à Flora Brunier, son jeu a été une belle découverte pour moi. Elle aussi change un peu sa voix, notamment pour Lizzie et Bernadette. Là encore, cela va bien aux personnages et à l'ambiance.
Voilà pourquoi je pense que ce livre est plutôt à lire en audio: le jeu des comédiens renforce le rire provoqué par les répliques et les situations.

La structure est à peu près respectée. J'ai appris récemment que Audible FR tentait le plus possible de respecter la structure des livres (une piste est égale à un chapitre). Cependant, lorsque cela donne des pistes très longues ou très courtes, le système ne l'autorise pas. Je continuerai à signaler si la structure du livre est respectée ou pas, mais ce sera une information pour les lecteurs qui souhaiteraient le savoir. En espérant qu'Audible FR trouvera un moyen de le faire sur tous ses livres à terme.

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jeudi, 24 novembre 2016

Hortense, de jacques Expert

Hortense

L'ouvrage:
2015. Voilà vingt-deux ans qu'Hortense Delalande, deux ans et demi à l'époque, a été enlevée à sa mère, Sophie. Le ravisseur est le père de l'enfant: Sylvain Dufaillet. Sophie a tout fait pour retrouver Hortense. À présent, elle mène une vie terne et monotone. Un jour, dans la rue, une jeune femme la bouscule par inadvertance. Sophie est persuadée de reconnaître Hortense. Elle décide de suivre la jeune femme (qui, apprend-elle, s'appelle Emmanuelle) et de tenter de vérifier ses soupçons.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce roman parce que la fin m'a déçue. Jacques Expert a construit un livre qui m'a rappelé certains romans de Sebastian Fitzek. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose, mais je dis ça pour expliquer que pour moi, il a pris le même genre de risques que Fitzek.

Le roman est à plusieurs voix. Certains chapitres sont racontés par Sophie, d'autres par Emmanuelle. À cela s'ajoutent les dépositions de personnes qui furent concernées, de près ou de loin, par l'affaire. Cela m'a plu parce qu'on a différents points de vue. Chacun voit les choses avec ses paramètres, son vécu, sa connaissance des autres personnes impliquées, son interprétation des événements. C'est intéressant, bien construit, et chaque point de vue se défend. Je pense surtout aux témoignages de ceux qui côtoyèrent Sophie (amis, police, juges), pendant sa quête.

Pour moi, l'auteur parvient à faire douter son lecteur jusqu'à la fin sur l'identité de la jeune femme: c'est une bonne chose. On n'a que la certitude de Sophie, et outre le fait que ses propos laissent parfois transparaître une certaine instabilité bien compréhensible, on sait que celui qui veut voir quelque chose le verra forcément. Donc, on garde toujours à l'esprit que même si elle est de bonne foi, Sophie est partiale, souhaitant de toutes ses forces retrouver sa fille. Ensuite, les «coïncidences» que crée l'auteur peuvent paraître des preuves, mais lorsqu'on les examine de près, elles ne prouvent rien, car elles sont trop minces. Emmanuelle aime le poulet grillé: comme beaucoup de monde. Le prénom de l'amie de son père nous fera faire la même association que Sophie, mais c'est un prénom courant. Il y a aussi la réaction du père d'Emmanuelle quand il découvre que sa fille fréquente beaucoup Sophie... Ce ne sont pas les seuls éléments. Ces «coïncidences» sont habilement trouvées et placées. De plus, il est intéressant de les expliquer soit par le fait qu'Emmanuelle est Hortense, soit comme des hasards.
Je regrette que lorsque c'est Emmanuelle qui raconte, les chapitres soient intitulés «Hortense». Que la jeune femme soit Hortense ou non, l'auteur aurait dû nommer ces chapitres du prénom qu'elle se donne à ce moment-là, comme le fait Helen Klein Ross dans «What was mine». Ce qui compte, c'est ce que pense la jeune femme au moment où elle raconte. Était-ce une subtilité pour pousser l'inconscient du lecteur à pencher pour une solution plutôt qu'une autre?

Le romancier fait un peu la même chose concernant Sophie. Il nous montre un personnage tourmenté, emporté, aux idées tranchées... Certes, mais c'est son caractère. On peut la blâmer d'envoyer tout le monde au diable quand elle trouve que l'enquête n'avance pas, mais on peut aussi penser que c'est une mère, et sa réaction se comprend.

D'autre part, l'auteur emploie certaines ficelles un peu grosses, notamment dans la structure du récit. Il est normal, voire indispensable, que Sophie raconte ce qui lui est arrivé par le menu, mais pourquoi insérer des retours en arrière? Le récit commence alors que Sophie pense reconnaître Hortense, puis il y a des retours en arrière. La réponse est simple: il faut appâter le lecteur. Pour ma part, j'aurais préféré un récit chronologique, avec certains retours en arrière (par exemple, ceux à propos de la vie de Sophie et Hortense lorsqu'elles étaient ensemble), mais plus tard. Bien sûr, un début chronologique appâterait moins le lecteur, mais je pense que je l'aurais davantage apprécié, ignorant où l'auteur voulait aller. Ici, je voyais bien que c'était pour nous faire un peu mariner, même si les retours en arrière sont intéressants. D'ailleurs, à un moment, les choses semblent un peu figées, on n'avance pas, Sophie hésite, etc. Cela m'a un peu agacée.

Quant à la fin, elle est brutale et rapide. J'ai compris l'écrivain, il voulait donner une forte impression, et en dire le moins possible. Certes, mais cela fait qu'il laisse certaines questions sans réponses.

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Comment Sophie a-t-elle pu mettre l'enlèvement d'Hortense en scène? Comment se fait-il qu'on n'ait jamais retrouvé Sylvain? Cette question est en partie expliquée, mais je ne suis qu'à moitié convaincue. Pourquoi la police n'a-t-elle jamais trouvé le cadavre d'Hortense? Sans forcément enquêter sur Sophie, ils auraient dû entrer dans la chambre pour prendre des empreintes, etc. Même si Sophie cachait le cadavre pour les laisser opérer, il y aurait eu des traces... Pourquoi Sophie a-t-elle tué sa fille? Sûrement parce qu'elle a piqué une colère qui a mal tourné, mais j'aurais voulu en savoir plus. D'autre part, à un moment, j'ai envisagé ce qu'on découvre à la fin, surtout parce que Sophie insiste sur le fait qu'elle ne comprend pas son imprudence: elle a ouvert la porte, ce soir-là, alors qu'elle savait qu'elle n'aurait pas dû, puisqu'elle était menacée par Sylvain. Mais j'ai pensé que l'auteur n'avait pas pu faire cela, car c'était trop gros, et qu'il aurait trop d'explications à donner, puis j'ai pensé que s'il l'avait fait, il donnerait ces explications.

C'est toutes ces questions sans réponses qui, pour moi, rendent le tout bancal. En fait, la majorité du récit me paraît bonne, malgré les petites aspérités évoquées, mais j'ai la sensation que Jacques Expert a souhaité trop en faire, et s'est lancé un défi qu'il n'a pas tout à fait relevé. Il louvoyait dans des eaux troubles: il fallait que cela reste vraisemblable, qu'il y ait des indices trompeurs, mais qu'ils ne court-circuitent pas trop les choses, qu'il y ait aussi des indices orientant vers la vérité... J'ai la sensation que le tout ne tient pas très bien, que c'est un peu branlant. Je recommande tout de même ce roman pour les points de vue intéressants, et le doute qui subsiste jusqu'à la fin.

Remarque annexe:
Il y a une minuscule incohérence qui vient sûrement d'un manque de relecture. Emmanuelle dit que sa mère s'appelait Nathalie, puis plus tard, elle dit qu'elle s'appelait Pauline.

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La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Anouk Adrien.
Je connais très peu cette comédienne: je l'ai entendue une fois audiodécrire un film. Sa voix est agréable. Elle a pris le parti de la modifier un peu selon que Sophie ou Emmanuelle parlait. Elle change le timbre, mais en plus, sa voix est empreinte d'enjouement pour Emmanuelle, et d'austérité pour Sophie. J'ai apprécié cela. Parfois, elle en fait peut-être un peu trop, mais cela peut se défendre. Par exemple, lorsque Sophie évoque ses années de bonheur avec Hortense, elle est passionnée, il est donc normal que la lectrice le montre. Ici, j'ai trouvé cela un peu mièvre, mais c'était peut-être voulu, connaissant Sophie.
À un moment, Emmanuelle fredonne «Aujourd'hui peut-être», de Fernand Sardou. J'ai trouvé dommage que la comédienne chante un air inexact.

J'ai été déçue de constater que la structure du livre n'était pas respectée. Il y a neuf pistes pour plus de cinquante chapitres.

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79 lectures

lundi, 21 novembre 2016

Satan était un ange, de Karine Giébel.

Satan était un ange

L'ouvrage:
François Pavin, quarante-sept ans, vient d'apprendre qu'il a une tumeur au cerveau. Ses jours sont comptés. Refusant de tenter un traitement qui ne ferait que prolonger sa vie de quelques mois, il fuit. Alors qu'il roule au hasard, il prend un jeune garçon, Paul, en stop.

Critique:
Malgré ma déception quant à «De force», j'ai voulu essayer le livre que l'auteur a écrit avant. J'ai retrouvé la magie de Karine Giébel. Ce roman n'est pas mon préféré, mais je l'ai beaucoup aimé.

Les personnages sont attachants. Chacun va connaître une sorte de parcours initiatique, et faire des choses dont il ne se serait pas cru capable. Chacun va découvrir, en lui-même, des ressources insoupçonnées. Chacun va parvenir à toucher l'autre. Ils se connaissent à peine, et la complicité qu'ils tissent pourrait paraître incongrue. Cependant, ici, cela ne l'est pas. Cette complicité ne va pas sans heurts. Les deux hommes se découvrent, et François doit s'adapter. Paul devient rapidement son ami, mais mieux connaître le jeune homme, c'est plonger dans des eaux troubles dont on ne ressort pas indemne.

L'auteur met en regard l'attitude de Paul et celle de François dans leur vie passée. Chacun a mal agi, les circonstances étaient différentes pour chacun. Le lecteur éprouvera divers sentiments contradictoires pour eux: compassion, répugnance...
On ne sait pas tout de suite quoi penser de Paul. On se doute bien que ce n'est pas quelqu'un au passé lisse. Dès le départ, il suscite un malaise diffus. À propos de ce personnage, on retrouve un thème déjà vu dans d'autres romans de Karine Giébel: l'idée qu'il y a toujours une possibilité de rédemption pour celui qui tente de s'en sortir. Mais bien sûr, il faut un minimum d'aide à cette personne. Voilà pourquoi je comprends ce qui est dit dans l'épilogue. Certains diront que c'était inévitable...

Karine Giébel s'y entend pour créer une ambiance oppressante, traversée d'instants de calme... avant une nouvelle tempête. Cette guerre des nerfs est très bien exposée, et le lecteur vivra au rythme des deux personnages principaux. Je suis contente, parce qu'à un moment, j'ai cru avoir trouvé quelque chose, mais je me suis trompée, ce qui m'a fait plaisir.

Service presse des éditions Audible FR, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Tavarès.
J'ai été ravie de retrouver ce comédien dont j'apprécie le jeu. Ici, il s'est glissé dans la peau des personnages sans difficultés apparentes. Il a modifié sa voix, ce que je n'aime pas, habituellement. François Tavarès fait partie des rares qui peuvent le faire sans que cela paraisse artificiel. Son jeu est naturel, son interprétation est vivante, sans surjeu.

Comme pour «Les aventures improbables de Julie Dumont», l'éditeur audio a respecté la structure du livre: une piste est égale à un chapitre. En plus, il me semble que dans ce roman, il y avait moins de blancs que dans certains autres. Cela m'a fait plaisir, car je déteste les blancs. ;-)

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jeudi, 17 novembre 2016

What strange creatures, d'Emily Arsenault.

What Strange Creatures

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Jeff Battle est accusé du meurtre de sa petite amie, Kim Graber. Theresa, la soeur de Jeff, va mener son enquête.

Critique:
J'aurais pu qualifier ce livre de «trop classique pour moi» et ne pas m'y arrêter. J'ai écouté mon instinct et le fait que j'aime beaucoup la lectrice. Il est vrai que l'intrigue est classique, mais le roman m'a plu parce qu'Emily Arsenault ajoute des éléments originaux. Par exemple, Jeff et Theresa sont attachants. Ils ont un jeu qui consiste à dire: «Je pense à...» en disant des choses complètement délirantes. Ils tentent même d'y jouer lorsqu'ils n'ont pas le moral. Theresa a toute ma sympathie, car elle aime les animaux. Bien sûr, ils lui permettent de combler un manque, mais elle leur rend bien leur affection, donc pourquoi pas?
Son attachement pour la femme sur qui elle prépare une thèse est assez agaçant, mais compréhensible. Notre héroïne est complètement dans son monde. Elle est encore moins au courant des événements politiques que moi!

C'est ces particularités, assorties à de petites pointes d'humour qui m'a fait apprécier l'intrigue. Elle est classique, mais elle révèle des choses importantes quant aux sentiments, à la psychologie des gens.
Kim, qu'on découvre au fil du roman, inspire la compassion, ainsi que l'agacement. Ce que l'enquête déterre nous rappelle comme il est facile, à un moment crucial, d'être mal influencé, de ne pas parvenir à exprimer ce qu'on souhaite, etc.
Pour mener cette enquête, Theresa côtoie des gens qui doivent vivre avec de grande blessures morales. D'autre part, elle marche sur des oeufs, devant sans cesse paraître en savoir davantage qu'en réalité. Ces contrastes et d'autres éléments du roman ont fait que je n'ai pas vraiment cherché à savoir qui avait tué Kim. Emily Arsenault a donc réussi son pari.

Quant à la structure, l'auteur fait quelque chose qu'habituellement, je n'aime pas. Le premier chapitre se passe après que Jeff a été accusé, puis l'auteur revient en arrière pour raconter les circonstances. Étrangement, cela ne m'a pas gênée. D'abord parce que dès le début du retour en arrière, l'auteur sait intéresser le lecteur par un style vivant et des héros atypiques. De plus, il n'y a pas de temps morts, et on arrive assez vite à l'accusation de meurtre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Andi Arndt pour les éditions Harper Audio.
J'aime beaucoup cette lectrice à la voix douce, à l'intonation juste. En outre, elle fait partie de ceux qui modifient leur voix pour certains personnages sans que cela soit agaçant. J'aime beaucoup son jeu lorsqu'il s'agit de la mère de Jeff et Theresa.

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lundi, 14 novembre 2016

Le huitième livre de Vésale, de Jordi Llobregat.

Le huitième livre de Vésale

L'ouvrage:
Barcelone, 1888, quelques jours avant l'inauguration de l'exposition universelle.
Voilà sept ans que Daniel Atman a fui sa famille et sa ville natale après une nuit cauchemardesque où un drame arriva. Il est établi à Oxford. C'est alors qu'il reçoit un télégramme: son père est mort. Réticent à retourner sur les lieux du traumatisme, le jeune homme se rend pourtant à l'enterrement. À cette occasion, il découvre que son père enquêtait sur d'étranges meurtres de jeunes filles des quartiers pauvres. Il en vient à penser que les découvertes de son père ont dérangé certaines personnes, et qu'il a été assassiné. Aidé d'un journaliste qui est déjà sur la piste et d'un étudiant en médecine, Daniel mène l'enquête.

Critique:
Pendant les trois quarts du roman, j'ai été conquise. C'est d'abord l'ambiance qui m'a entraînée. Mêlant aventures (Comment oublier, par exemple, l'odyssée de certains dans les égouts, ou les quartiers pauvres, lieux de tous les dangers et de toutes les rencontres?), énigmes, personnages complexes et attachants, rappelant sans cesse le contexte historique (ce qui rend le tout plus réaliste), Jordi Llobregat prend le lecteur dans les filets de son récit. À mesure qu'on avance, on découvre le développement d'une idée incroyable, mais qui ajoute à cette ambiance mystérieuse. On imagine bien Vésale faisant ses recherches, ses travaux, tels certains médecins et magnétiseurs de son époque. C'est une pincée de Hoffmann dans un thriller. Mêlé au reste, cela donne un roman où une intrigue d'allure classique le dispute à un atypisme dû à l'ambiance et aux différents genres auxquels il emprunte.

Les trois personnages principaux sont sympathiques. Le journaliste est parfois agaçant, notamment à cause de certains de ses choix ou remarques. Cependant, on se met à sa place. D'autre part, il a de la ressource, et réserve des surprises.
L'étudiant en médecine est «prisonnier du contexte historique» et s'en tire le mieux possible.

C'est dans le dernier quart que les choses se son un peu gâtées pour moi. D'abord, on voit bien les grosses ficelles utilisées pour retarder une ou deux choses. Ensuite, des éléments m'ont paru un peu gros, entre autres l'identité du coupable. C'est expliqué avec force détails, mais je ne parviens pas à trouver cela possible. Puis, j'ai eu l'impression que les personnages perdaient de leur charisme à cause de réactions qui ne collaient pas vraiment. Par exemple, à la fin, certains ne se revoient pas, alors qu'ils étaient devenus très amis, et que ça aurait été logique, considérant leur caractère et leur attitude. D'ailleurs, l'auteur n'explique pas vraiment cela. Enfin, je ne comprends pas trop pourquoi deux personnages ne vont pas vers de totales retrouvailles. Je ne comprends pas leur réserve, leurs hésitations... Ils ont le temps, ils peuvent s'en donner pour apprendre à se retrouver. Là, on ne sait pas vraiment, mais étant donné ce qui est dit, on penche fortement pour une séparation définitive. Si l'auteur ne voulait pas qu'ils se retrouvent, il aurait dû fermer la porte à cette hypothèse.

Éditeur: le Cherche-midi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Isabelle Chabanel pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime beaucoup cette lectrice qui, malheureusement pour moi, a enregistré peu d'ouvrages qui me tentent. Elle n'est jamais monotone, sait trouver la dose de jeu nécessaire, et parvient même (parfois) à modifier très légèrement sa voix pour certains personnages, apportant un plus à son jeu, alors que d'autres le gâchent totalement en faisant cela.

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