jeudi, 19 janvier 2017

Meyer et la catastrophe, de Steven Boykey Sidley.

Meyer et la catastrophe

L'ouvrage:
Meyer est angoissé. Il a deux ex-femmes, un enfant avec chacune, une petite amie, il est informaticien pour une grande entreprise... Sa vie est banale. Cependant, selon les statistiques, tout peut basculer n'importe quand. Ceux qu'il aime peuvent être touchés par n'importe quelle catastrophe.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. D'abord parce que sans être aussi angoissée que Meyer, je suis un peu comme lui, à redouter les aléas de la vie. Je sais que les ennuis n'arrivent pas qu'aux autres, et qu'une catastrophe est très vite arrivée. Cet état d'esprit fait que je me suis identifiée au héros. Ensuite, Meyer exprime ses inquiétudes auprès de ses amis: Van et Farzad. La façon dont Meyer tourne les choses et les réponses de ses amis (Farzad est un psy atypique) sont assez alertes et spirituelles. Cela m'a donc fait rire.

Le roman met un peu de temps à démarrer, mais cela ne m'a pas du tout gênée parce que l'auteur a su m'intéresser avec le récit du quotidien du narrateur. En outre, le style est à la fois fluide et enlevé. Cette banalité entourée de cocasserie est sûrement ce qui fait qu'on a du mal à croire que les choses pourraient mal tourner. C'est sûrement voulu par l'auteur. En effet, même si certains d'entre nous ont peur d'une catastrophe, à l'instar de Meyer, rien ne nous y prépare vraiment. À partir du moment où certaines choses se corsent, le style devient plus grave. Là encore, c'est logique. Une personne foncièrement primesautière perdra sa bonne humeur si les choses vont mal. Bien sûr, tout ne devient pas absolument noir: ça n'aurait pas été crédible. D'autre part, si Meyer est éprouvé, il trouve la force d'agir de manière totalement puérile, mais jubilatoire. Je parle de ce qu'il fait dans le bureau de son patron. Là encore, c'est comme ça que va la vie: même lorsque certaines choses vont mal, on trouve la force d'accomplir des actes aussi stupidement drôles.
J'ai souri lorsque la situation de Meyer est comparée à celle de Job. Heureusement, l'auteur n'est pas allé dans les extrêmes. En effet, à la fin du roman, certaines choses ne sont pas réglées. Au début, j'en ai été frustrée, puis j'ai pensé que si tout avait été sûr, cela aurait été invraisemblable. En outre, on peut facilement imaginer ce qui se passerait si le livre se poursuivait.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par François Fruchard pour l'association Valentin Haüy.
J'ai apprécié le jeu du lecteur. Il a très bien su entrer dans le style de Steven Boykey Sidley. Je pense qu'il est facile de trop en faire en disant certaines répliques. Lorsque des situations deviennent graves (je pense notamment au récit que Meyer fait à Innocent d'un moment où il était accro à la drogue), le lecteur a su adopter un ton grave sans trop en faire. Là encore, je pense qu'il aurait été facile de trop en faire en voulant bien montrer le contraste avec la première partie du roman.
La plupart du temps, le lecteur prononce les noms anglophones comme je préfère. Il n'y a que Grace (et un autre, me semble-t-il) dont la prononciation ne m'a pas trop plu. Au départ, il le prononce totalement à la française, puis (Lui fit-on une remarque?) il le prononce totalement à l'anglophone, ce qui ne m'a pas plu. Il est vrai qu'il n'est pas facile de décider comment prononcer ce prénom en français... Certains prennent le parti de dire Greïce sans faire le «r» anglophone. Cela me va, mais on pourrait dire que ça fait bancal, que c'est un étrange entre-deux. À tout prendre, je préfère ça ou la prononciation totalement à la française.

Acheter « Meyer et la catastrophe » sur Amazon

Partage

31 lectures

mardi, 17 janvier 2017

*Parutions Audiolib, février 2017.

Et tu trouveras le trésor qui dort en toi Voici venir les rêveurs Laëtitia, ou la fin des hommes
Sans feu ni lieu La Chimiste Les Lois naturelles de l'enfant

Ces titres sont annoncés pour le 15 février 2017.

Et tu trouveras le trésor qui dort en toi, de Laurent Gounelle, lu par Ingrid Donnadieu, 6h46.
Tout commence le jour où Alice, une jeune femme dynamique et audacieuse, décide d’aider son ami d’enfance, Jérémie, un jeune prêtre de campagne accablé par le faible nombre de fidèles qui le suivent. Conseillère en communication, athée, Alice se met en tête d’utiliser ses outils marketing pour parvenir à remplir l’église de son ami. Amenée par la force des choses à se plonger dans le monde de la spiritualité, Alice va découvrir une vérité universelle particulièrement troublante. Une vérité concernant l’homme et la clé de son épanouissement, ignorée par les religieux, perdue au fil des siècles...

Voici venir les rêveurs, d'Imbolo Mbue, lu par Julien Chatelet, 11h57.
L'Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu'un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains. Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers. Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l'Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits. Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d'éclater. Jende l'ignore encore : en Amérique, il n'y a guère de place pour les rêveurs...

Laëtitia ou la fin des hommes, d'Ivan Jablonka, lu par Maia Baran, 11h12.
Dans la nuit du 18 au 19 janvier 2011, Laëtitia Perrais a été enlevée à 50 mètres de chez elle, avant d’être poignardée et étranglée. Il a fallu des semaines pour retrouver son corps. Elle avait 18 ans. Ce fait divers s’est transformé en affaire d’État : Nicolas Sarkozy, alors président de la République, a reproché aux juges de ne pas avoir assuré le suivi du «présumé coupable», précipitant 8 000 magistrats dans la rue. Ivan Jablonka a rencontré les proches de la jeune fille et les acteurs de l’enquête, avant d’assister au procès du meurtrier en 2015. Il a étudié le fait divers comme un objet d’histoire, et la vie de Laëtitia comme un fait social. Car, dès sa plus jeune enfance, Laëtitia a été maltraitée, accoutumée à vivre dans la peur, et ce parcours de violences éclaire à la fois sa fin tragique et notre société tout entière : un monde où les femmes se font harceler, frapper, violer, tuer.

Sans feu ni lieu, de Fred Vargas, lu par Philippe Allard, 7h46.
Pourquoi Louis Kehlweiler dit l’Allemand, Marc, Lucien et Mathias, les « Évangélistes » de Vandoosler le Vieux, tiennent-ils à sauver Clément Vauquer, vingt-neuf ans, traqué par toutes les polices de Nevers et de Paris, un détraqué accusé des assassinats effroyables d’au moins deux jeunes femmes ? Avec un humour et une légèreté virtuoses, Fred Vargas fait rebondir les situations, réinvente la manière de parler de ses personnages, cisèle leur portrait, et les rend si attachants.

La Chimiste, de Stephenie Meyer, lu par Pulchérie Gadmer, 17h18.
Dans l’une des agences les plus secrètes du gouvernement américain, Alex est appelée « La chimiste » pour sa capacité hors normes à savoir faire parler les criminels. Mais, détentrice d’informations trop confidentielles, l’agence va vouloir sa mort et vite… Son ancien responsable lui offre une échappatoire: une dernière mission… une dernière trahison ? Elle se prépare au combat le plus difficile de sa vie mais un homme que tout devrait éloigner d’elle va bouleverser logiques et certitudes… Comment alors survivre à une chasse à l’homme quand on n'est plus seule à devoir se protéger ?

Les lois naturelles de l'enfant, de Céline Alvarez, lu par l'auteur, 10h30.
L’enfant naît « câblé » pour apprendre et pour aimer. Pourtant, par manque d’information, nous lui imposons un système éducatif inadapté qui freine son apprentissage et n’encourage pas sa bienveillance innée. Plus de 40 % de nos enfants sortent du primaire avec des lacunes qui les empêcheront de poursuivre une scolarité normale. Céline Alvarez a mené une expérience dans une maternelle en zone d’éducation prioritaire à Gennevilliers. Elle a respecté les « lois naturelles de l’enfant » et les résultats ont été exceptionnels. A la fin de la deuxième année, tous les enfants de grande section et 90 % de moyenne section étaient lecteurs et affichaient d’excellentes compétences en arithmétique. Ils avaient par ailleurs développé de grandes qualités morales et sociales. Elle partage ici son expérience, les activités qui peuvent aider les enfants à développer leur potentiel, ainsi que la posture appropriée de l’adulte.

Partage

42 lectures

lundi, 16 janvier 2017

Sur la réserve, de Carole Mijeon.

Sur la réserve

L'ouvrage:
La France subit une pénurie de pétrole.
Ludovic, habitant d'un petit village, raconte un mois de sa vie sans essence.

Critique:
Carole Mijeon analyse avec pertinence les réactions de gens confrontés à quelque chose qui perturbe énormément leur quotidien. Ainsi, elle met en lumière la dépendance au pétrole, mais pas uniquement. Pas de pétrole signifie pas d'essence, donc pas de réapprovisionnement possible des supermarchés, par exemple. Nous savons, plus ou moins, que nous sommes trop dépendants de toutes les facilités créées par l'homme, souvent au détriment de l'environnement et du respect de la planète. Ludovic devait en être conscient sans trop se poser de questions, et il doit brutalement y faire face. Par exemple, n'ayant plus d'essence, il veut aller au supermarché à vélo. C'est alors qu'il se rend compte qu'il bouge si peu au quotidien, que l'expédition lui donne de très douloureuses courbatures. Je sais que beaucoup d'entre nous sont dans ce cas-là. Cet exemple peut faire sourire, même s'il est à prendre au sérieux, mais il ne représente que le moins grave de tout ce dont Ludovic va se rendre progressivement et pleinement compte.

Les réactions des gens sont assez déplaisantes, surtout parce qu'il est malheureusement sûr que l'auteur n'exagère pas. Entre ceux qui ne pensent qu'à eux, ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, ceux qui en profitent pour s'improviser orateurs et tentent de gagner une parcelle de pouvoir, ceux qui s'arrangent avec leur conscience, ceux qui se transforment en bandits de grands chemins, ceux qui ne sont solidaires que par intérêt, on a de quoi être dégoûté. Au milieu de ce vent de folie, Ludovic tente de conserver un peu d'intégrité. Tout au long de ma lecture, je me suis demandé comment je réagirais. J'aimerais être sûre que je serais comme Ludovic, mais malheureusement, je ne peux pas le savoir.

J'ai été un peu déçue qu'en dehors du narrateur, l'auteur ne montre que des gens négatifs. Par exemple, à un moment, un homme dit: «Ma femme ne me lâche pas pour que je trouve à manger!» C'est l'exemple qui me vient, mais d'une manière générale, on dirait qu'il n'y a qu'acrimonie partout. Personne ne pense aux autres. Élisa, par exemple, est vraiment écoeurante. Même Agathe n'est pas vraiment aimable. Elle ne se préoccupe de Ludovic que lorsqu'elle a besoin de lui... Je comprends qu'on pense à soi, mais j'aurais aimé voir des gens qui pensent au moins à ceux qu'ils aiment, et ne doivent pas vraiment aimer, à en croire leurs dires. Certains semblent penser à leurs enfants, mais cela n'est pas toujours crédible. Le maire pense au bien du village, mais c'est son devoir de maire.

À un moment, Dimitri dit qu'on peut se suffire à soi-même sans avoir besoin d'acheter. Il se dit même affligé que l'homme soit devenu ce qu'il est. Je trouve dommage qu'il n'ait pas expliqué comment il faisait. On peut imaginer une ferme avec beaucoup d'animaux et une terre fertile. Cette idée est intéressante, mais il faut quand même de l'argent. Les animaux doivent manger. Le jardin, il faut l'entretenir. Sans être complètement happé par les portables et autres engins «connectés», il ne faut pas forcément tout rejeter. Si Dimitri veut faire son pain, il faut bien qu'il achète de la levure et de la farine. Donc le raisonnement est intéressant, mais l'auteur aurait dû le confronter à la réalité au lieu de montrer Dimitri comme celui qui fait tout comme il le faut. Lorsque le personnage a une discussion houleuse avec Francis, on sent bien que Carole Mijeon fait s'affronter les deux courants de pensée qui ont cours en ce moment. Je serais tentée de penser comme Dimitri, car la façon de voir de Francis montre son égoïsme et le fait qu'il ne voie qu'à court terme. Mais Dimitri m'a agacée, par ailleurs, parce qu'il m'a semblé suffisant, et qu'il va un peu loin. En outre, il prône la solidarité, l'ouverture, la tolérance, mais on pourrait objecter qu'il a beau jeu de faire cela, puisqu'il ne meurt pas de faim. En fait, il n'y a que Ludovic qui soit réellement sympathique, car il tente de s'adapter sans perdre les autres de vue. Il tente de comprendre pourquoi le monde dans lequel il menait une vie insouciante s'écroule. Il tente de se remettre en question, de voir plus loin, même si cela lui est douloureux.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site [Audible.| http://www.audible.fr/ ]
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Olivier Chauvel.
Le comédien a su se glisser dans la peau de Ludovic. Il a toujours le ton approprié lorsqu'il s'agit de la narration et des répliques de Ludovic. Il entre bien dans le style de l'auteur. Cependant, je regrette beaucoup qu'il ait donné des voix si caractéristiques à certains personnages. J'ai eu mal pour lui quand j'ai entendu la voix qu'il prenait pour Francis. Elle est haut perchée, chuchotante et parfois cassée. On sent qu'il se force. D'une manière générale, je n'ai pas apprécié ces voix (Francis, le maire, Dimitri, Agathe) qui caricaturaient les personnages, les rendant invraisemblables. Pourquoi une vieille dame doit-elle toujours avoir une voix un peu précieuse et chevrotante? Je connais des personnes (elles sont lectrices bénévoles) qui ont plus de soixante-dix ans et dont la voix n'est pas du tout ainsi. Quand à l'accent du Midi du maire, j'ai senti que le comédien n'était pas toujours à l'aise avec. Parfois, il y a de petites nuances qui montrent qu'il ne le fait pas naturellement. De plus, il prend toujours un peu le même ton pour le maire. C'est un peu la même idée pour Dimitri. Ces voix exagérées m'ont gênée. c'est apparemment un choix du studio d'enregistrement qui a dû vouloir forcer le trait pour accentuer la caricature. Je pense, pour ma part, que j'aurais mieux profité du texte s'il avait été joué de manière moins grandiloquente. Il fallait qu'il soit joué, mais pas autant. J'ai été d'autant plus déçue que par ailleurs, le comédien est très bon.

Pour information: la structure du livre est respectée.

Cliquez ici pour voir le livre audio et en écouter un extrait.

Acheter « Sur la réserve » en téléchargement audio sur Amazon
Acheter « Sur la réserve » sur Amazon

Partage

50 lectures

jeudi, 12 janvier 2017

La tristesse des éléphants, de Jodi Picoult.

La tristesse des éléphants

L'ouvrage:
2010. Voilà dix ans qu'Alice Metcalf a disparu. Elle se serait vraisemblablement enfuie. Sa fille, Jenna, aujourd'hui âgée de treize ans, ne supporte pas l'idée que sa mère l'ait abandonnée. Mais si Alice ne pouvait pas laisser sa fille, le fait qu'elle ne l'ait pas emmenée signifie qu'elle est morte. Or, l'adolescente n'est pas prête à accepter cela. Se débattant dans ses contradictions, elle décide d'engager Serenity Jones, une médium, ainsi que Virgile Stanhope, l'un des policiers qui enquêta sur la disparition d'Alice, afin de retrouver cette dernière.

Critique:
La force de ce roman est tout ce qu'il nous apprend sur les éléphants. Lorsque Jodi Picoult traite un thème (les loups, la maladie des os de verre...) elle se documente énormément, et cette méticulosité se sent dans ses écrits. Ici, au travers des éléphants que côtoient les personnages, et au travers d'anecdotes contées majoritairement par Alice, le lecteur en apprend beaucoup. Tous les passages concernant le comportement des éléphants sont intéressants. Apparemment, leur grande mémoire n'est pas une légende. Ils se souviennent de beaucoup de choses sur une longue période. L'auteur parle également de leur comportement lors de la perte d'un petit, etc. Alice est une scientifique, mais ses recherches lui font constater que l'éléphant ressent et comprend énormément de choses.

Quant à l'intrigue, des éléments m'ont dérangée. J'admire Jodi Picoult pour certains de ses livres que je trouvais bien pensés, et je suis déçue qu'elle ait usé de certaines ficelles. Par exemple, elle veut tellement créer un retournement de situation (c'est un peu sa marque de fabrique) qu'ici, elle a fait quelque chose qui, pour moi, n'est pas très honnête. En outre, cela a déjà été utilisé, et cette ficelle fait partie de celles dont il ne faut pas trop se servir... Pour moi, c'est trop spectaculaire. Cela crie trop: «Regardez! J'ai encore réussi à faire un retournement de situation! Je suis trop forte!»
D'autre part, il fallait bien qu'elle imagine une raison pour laquelle Alice devait disparaître. Alors, la voilà qui nous tisse une histoire d'amour née d'on ne sait vraiment où, une histoire qu'on trouverait dans un roman Harlequin. La femme n'est pas heureuse avec son mari, alors elle court dans les bras du premier garçon avec qui elle semble avoir des affinités. Il faut bien qu'elle résiste un peu à l'appel de la chair, car le monsieur est marié, lui aussi. Alors, elle résiste, mais pas très longtemps. Lui, on ne sait pas vraiment quels soucis il a avec sa femme, mais ce n'est pas grave. Une fois l'histoire d'adultère brossée à très grands traits, l'auteur avait son prétexte pour déclencher de terribles événements précurseurs du départ d'Alice. Outre que je n'aime pas du tout ces histoires d'amour qui me paraissent frelatées, je trouvais celle-là indigne du personnage féminin qui l'a vécue.

J'ai trouvé Virgile et Serenity attachants. Ce qu'explique Serenity quant aux dons médiumniques me semble assez juste: certains en ont, mais ils ne se commandent pas. Dans les romans, on voit toujours soit des charlatans, soit des personnes qui ont un don infaillible. Serenity explique que c'est aléatoire, qu'elle ne maîtrise rien, ne décide de rien... C'est un personnage sympathique. J'ai bien aimé la scène où Jenna et elle se rencontrent. C'est à la fois amusant et tendu. Serenity semble être une horrible femme aigrie, et bien sûr, on découvre assez rapidement qu'il n'en est rien.

Quant à Virgile, ses remords concernant l'affaire Metcalf, ainsi que ce qu'il fait après que Jenna l'a déniché, font de lui un personnage très humain.

Éditeur français: Actes Sud
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Penguin Random House Audio. La distribution est:
Rebecca Lowman: Alice Metcalf
Kathe Mazur: Serenity Jones
Mark Deakins: Virgile Stanhope
Abigail Revasch: Jenna Metcalf

Acheter « La tristesse des éléphants » sur Amazon

Partage

96 lectures

lundi, 9 janvier 2017

Lucky losers, de Laurent Malot.

Lucky losers

L'ouvrage:
Après un concours de circonstances ayant provoqué le divorce de ses parents, Sean Kinsley (dix-sept ans) quitte Londres avec son père. Ils s'établissent en Bretagne, à Douarnenez.
Un jour, des élèves d'un lycée huppé sont contraints d'aller, pour quelque temps, au lycée Saint-Hilaire, que fréquente Sean. Saint-Hilaire accueille des élèves plutôt modestes. La rencontre de différentes classes sociales n'ira pas sans heurts, et cela prendra une tournure inattendue.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. Laurent Malot nous présente des personnages crédibles et attachants. Il les entraîne dans des problèmes qui touchent tout le monde: la différence sociale, la manière des uns et des autres de la gérer, la peur du chômage... Il s'attache à montrer que rien n'est simple. Les chefs d'entreprises ne sont pas toujours et uniquement les «méchants». Eux aussi ont des comptes à rendre. Bien sûr, lorsque l'un d'eux explique ses problèmes, et dit qu'il est mortifié de ne pouvoir faire autrement que licencier certains de ses employés, on ne peut s'empêcher de penser, à l'instar de Sean, que ce monsieur semble sincère, mais que son fils va dans un lycée privé et prend des cours de sport. Quand on compare cela avec la vie de Kevin, d'Antoine ou même de Sean, on se dit que certains sont très loin de la réalité. Mais on côtoie également Éléonore d'Arincourt qui, malgré tout son luxe, semble ne pas perdre de vue qu'elle est une privilégiée. Quant à sa fille Camille, elle est un peu ambiguë, mais justement, cela la rend intéressante.

D'autre part, ce roman est une note d'espoir. Le défi que Sean propose sous le coup de la colère devient un symbole montrant qu'il ne faut pas partir vaincu d'avance. Rien n'est facile, dans la vie: certains peineront forcément davantage que d'autres. Mais si on se donne la peine de se battre, tout n'est pas perdu. Cela m'a un peu rappelé «Les petites reines», de Clémentine Beauvais, où trois lycéennes, au lieu de supporter une humiliation que tous considèrent acquise, décident d'accomplir quelque chose. Les blasés diront que dans la vie, on ne peut pas faire ce que font les personnages de Laurent Malot et et Clémentine Beauvais. Pourtant, il y a peut-être des circonstances où on peut essayer de se donner les moyens pour atteindre un objectif, pour tenter d'améliorer un peu les choses. Les quatre personnages de Laurent Malot (surtout Kevin) ont découvert et prouvé qu'ils étaient capables de se battre. Pour moi, la palme du courage revient à Kevin.

Comme nous sommes chez Laurent Malot, les événements ne vont pas sans humour. Pour moi, c'est une qualité. Outre certaines situations (dont la première expérience de Kevin à la piscine), des personnages sont cocasses. Je pense surtout aux trois étranges amis de Peter, le père de Sean. Ils refont le monde à coups de répliques et d'exemples souvent amusants.
La relation de Rémi et de son cheval est à la fois grave et drôle. Rémi se préoccupe vraiment de son animal, et même si son comportement prête parfois à sourire, c'est surtout touchant.
Ce n'est pas les seuls éléments comiques du roman, bien sûr. En tout cas, l'humour de l'auteur tombe toujours juste, il renforce la gravité de ses propos.

J'ai apprécié le père de Sean. Sa vie se retrouve totalement bouleversée, et il encaisse comme il le peut. Il s'efface même sur certains points pour tenter de «récupérer» l'amour de sa fille. J'avais envie de lui dire de ne pas se préoccuper d'elle qui était assez stupide pour se cacher derrière l'intolérance et le paraître, mais là encore, tout n'est pas si simple...

Je remercie Laurent Malot qui a souhaité que les éditions Albin Michel jeunesse m'envoient un exemplaire de ce livre en service presse, et qui m'a accordé sa confiance.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Acheter « Lucky Losers » sur Amazon

Partage

107 lectures

jeudi, 5 janvier 2017

L'oiseau des tempêtes, de Serge Brussolo.

L'oiseau des tempêtes

L'ouvrage:
Le baron Artus de Bregannog et ses gens sont naufrageurs. Depuis qu'il a reçu une flèche empoisonnée, Artus a des crises de folie, et bien qu'il s'en défende, son esprit est en proie à la superstition. Ainsi se laisse-t-il convaincre par Chavral, son garde-chasse, que Marion (quinze ans, belle-fille du vétérinaire, Alexandre) est dangereuse et néfaste. Dès lors, la jeune fille est en danger.

Critique:
L'auteur n'est pas aussi inventif que dans des romans comme «Anges de fer, paradis d'acier», mais j'ai trouvé «L'oiseau des tempêtes» plus creusé et plus abouti que «Tambours de guerre». Ici, Serge Brussolo renoue avec les romans historiques. Il s'écarte du policier pour nous plonger dans un roman d'aventure. Les choses se mettent vite en place, et Marion est précipitée dans des dangers plus périlleux les uns que les autres. À peine se tire-t-elle d'un mauvais pas qu'un autre court à sa rencontre. À un moment, j'ai pensé que l'auteur créerait des invraisemblances pour la sortir de situations délicates. Heureusement, ses solutions sont toujours crédibles. L'intrigue ne souffre donc pas de temps morts.

Marion est une héroïne brussolienne. Elle est foncièrement gentille, et lucide quant à sa situation. Parfois, j'ai eu envie de la secouer, comme c'est souvent le cas avec les héros brussoliens. Cependant, elle n'a pas toujours la possibilité de faire quelque chose pour améliorer sa situation. Elle est un peu naïve quant à certains événements, mais cela se comprend. Comme elle le souligne elle-même, elle ne connaît pas grand-chose de la vie. Elle n'est pas préparée à être précipitée dans ce tourbillon de péripéties.

À la fin, Brussolo laisse la porte ouverte à une suite. Il peut s'arrêter là, mais il a la possibilité de poursuivre les aventures de Marion.

Service presse des éditions Fleuve éditions. La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par mon mari.

Acheter « L'oiseau des tempêtes » sur Amazon

Partage

101 lectures

lundi, 2 janvier 2017

*Parutions Audiolib, janvier 2017.

Ces livres sont annoncés pour le 18 janvier 2017.

Le dernier des nôtres, d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre, lu par Rémi Bichet, 11h44.
Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme. Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d'un petit garçon. Avec puissance et émotion, Adélaïde de Clermont Tonnerre nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes new-yorkaises, de la tragédie d’un monde finissant à l’énergie d’un monde naissant... Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de ce roman tendu comme une tragédie, haletant comme une saga. Vous ne dormirez plus avant de découvrir qui est vraiment « le dernier des nôtres ».

Tom, petit Tom, tout petit homme, Tom, de Barbara Constantine, lu par Benjamin Jungers, 4h3.
Tom a onze ans. Il vit dans un vieux mobile home avec Joss, sa mère (plutôt jeune : elle l'a eu à treize ans et demi). Comme Joss adore faire la fête et partir en week-end avec ses copains, Tom se retrouve souvent seul. Et il doit se débrouiller. Pour manger, il va chaparder dans les potagers voisins... Mais comme il a peur de se faire prendre et d'être envoyé à la Ddass (sa mère lui a dit que ça pouvait arriver et qu'elle ne pourrait rien faire pour le récupérer), il fait très attention. Un soir, en cherchant un nouveau jardin où faire ses courses, il tombe sur Madeleine (quatre-vingt-treize ans), allongée au milieu de ses choux, en larmes parce qu’elle n’arrive pas à se relever. Elle serait certainement morte, la pauvre vieille, si le petit Tom n'était pas passé par là...

Petits secrets, grands mensonges, de Liane Moriarty, lu par Danièle Douet, 15h32.
Jane, mère célibataire, vient d’emménager à Sydney avec son petit garçon et un secret qui est le sien depuis cinq ans. Le jour de la rentrée scolaire, elle rencontre Madeline, un personnage haut en couleur avec lequel il faut compter – elle se souvient de tout et ne pardonne jamais – et Céleste, une femme à la beauté époustouflante mais qui semble toujours mal à l’aise. Elles prennent toutes deux Jane sous leur aile, en faisant attention à dissimuler leurs propres secrets... Cependant, suite à un simple incident à l’école que fréquentent les enfants des trois amies, les choses s’enveniment : les commérages vont bon train, les rumeurs empoisonnées se propagent, jusqu’au point où il n’est plus possible d’ignorer les révélations qui sont faites.

HHhH, de Laurent Binet, lu par Emmanuel Dekninck, 11h6.
Prague, 1942, opération « Anthropoïde » : deux parachutistes tchèques sont chargés par Londres d'assassiner Reinhard Heydrich, le chef de la Gestapo et des services secrets nazis, le planificateur de la Solution finale, le « bourreau de Prague ». Heydrich, le bras droit d'Himmler. Chez les SS, on dit de lui : « HHhH ». Himmlers Hirn heisst Heydrich – le cerveau d'Himmler s'appelle Heydrich. Dans ce livre, les faits relatés comme les personnages sont authentiques. Pourtant, une autre guerre se fait jour, celle que livre la fiction romanesque à la vérité historique. L'auteur doit résister à la tentation de romancer. Il faut bien, cependant, mener l'histoire à son terme…

Le Terrorisme expliqué à nos enfants, de Tahar Ben Jelloun, lu par Jean-Paul Solal et Astrid Roo, 3h6.
Les jeunes sont une proie privilégiée pour la peur qui s’est installée au coeur de l’Europe, et en France en particulier, depuis les derniers attentats djihadistes. Comment les aider à s’en libérer ? En mettant des mots sur la chose, en retraçant l’histoire du mot terrorisme et des réalités qu’il désigne, depuis certains des épisodes les plus sanglants de l’histoire jusqu’au déchaînement actuel du fondamentalisme islamiste, auquel l'essentiel du dialogue est consacré. À nouveau, c’est avec sa fille que Tahar Ben Jelloun s’explique ici.

L'effet papillon / La cinquième enquête du Département V, de Jussi Adler-Olsen, lu par Julien Chatelet, 16h52.
Si William Stark n’avait pas été intrigué par un SMS envoyé du Cameroun, René Ericksen, son boss au Bureau d’Aide au Développement, n’aurait pas été obligé de se débarrasser de lui. Si Marco, un jeune voleur gitan n’avait pas trouvé refuge là où le cadavre putréfié de Stark végète depuis trois ans, son oncle, chef d’un réseau mafieux, n’aurait pas lancé ses hommes à ses trousses à travers tout Copenhague pour l’empêcher de révéler à la police l’existence de ce corps qu’il a enterré de ses propres mains... Pour stopper cet engrenage de la violence, l’inspecteur Carl Mørck et l’équipe du Département V doivent retrouver Marco. Et remonter la piste d’une affaire dont les ramifications politiques et financières pourraient bien faire vaciller l’intégrité politique du Danemark.

Les Salauds devront payer, d'Emmanuel Grand, lu par Christophe Reymond, 10h15.
Wollaing. Une petite ville du Nord minée par le chômage. Ici, les gamins rêvent de devenir joueurs de foot ou stars de la chanson. Leurs parents ont vu les usines se transformer en friches et, en dehors des petits boulots et du trafic de drogue, l’unique moyen de boucler les fins de mois est de frapper à la porte de prêteurs véreux. À des taux qui tuent... Aussi, quand la jeune Pauline est retrouvée assassinée dans un terrain vague, tout accuse ces usuriers modernes et leurs méthodes musclées. Mais derrière ce meurtre, le commandant de police Erik Buchmeyer distingue d’autres rancoeurs. D’autres salauds. Et Buch sait d’expérience qu’il faut parfois écouter la petite idée tordue qui vous taraude, la suivre jusque dans les méandres obscurs des non-dits et du passé.

Partage

106 lectures

Terminus Elicius, de Karine Giébel.

Terminus Elicius

L'ouvrage:
Jeanne est secrétaire au commissariat de police de Marseille. Habitant à Istres, elle prend le train pour aller au travail et en revenir. Elle s'assoit toujours à la même place. Un jour, elle y trouve une lettre qui lui est adressée. Elle apprend rapidement que l'homme qui lui écrit est celui que la police recherche. Il en est à son deuxième meurtre.

Critique:
Ce roman n'est pas mon préféré, mais il est dans l'esprit de Karine Giébel. Il m'a beaucoup plu. Au début, l'auteur présente Jeanne. On parvient facilement à l'imaginer. Enfermée dans sa timidité, se rassurant grâce à ses petites manies, s'effaçant au maximum... Dès la fin du premier chapitre, elle trouve la première lettre, et le lecteur partage ses tourments. On comprend très bien le dilemme de la jeune femme. Une part d'elle-même lui dit de dénoncer l'assassin, mais c'est le premier qui fait attention à elle, lui dit de gentilles choses, et il semble avoir souffert. Au long des lettres d'Elicius et des événements qui arrivent, on suit le cheminement de Jeanne. On entrevoit une blessure secrète qui n'a pu être digérée et qui fait encore des ravages. Ce personnage est très effacé, mais comme le lecteur est dans sa tête, il se rend compte de sa complexité, de sa sensibilité, et de sa lucidité, malgré tout.

J'ai très vite cru que la romancière ferait un retournement comme je les déteste, et qu'à la fin, nous découvririons que Jeanne est l'assassin, qu'elle souffre d'un dédoublement de personnalité. Karine Giébel s'arrange d'ailleurs pour qu'on le croie sans créer d'incohérences.

L'intrigue traîne un peu vers la moitié du roman, mais ce n'est pas très gênant parce que cela ne dure pas. Certaines découvertes sont bien placées. J'ai deviné une ou deux choses, mais rien ne m'a dérangée, car je n'aurais pas aimé que cela ne tourne pas ainsi. Il y a quand même un fait à propos duquel j'aurais aimé une explication. Le lecteur peut l'imaginer, mais j'aurais préféré qu'elle soit donnée par l'auteur. Sur ce point, la romancière a été un peu légère.

Comme souvent, l'auteur s'attache à montrer que le bourreau est plutôt une victime. Le pire est que sa démonstration est crédible. Au long du roman, on sent que l'assassin a souffert, et on ne parvient pas à lui en vouloir tant qu'on n'a pas toutes les données. Lorsque la solution est apportée, on se sent perdu et impuissant. Je sais que ce genre de choses (ce qui a fait que le meurtrier est une victime) est pratiqué, et malheureusement, je ne pense pas que Karine Giébel exagère beaucoup. Elle rend son histoire d'autant plus réaliste qu'elle puise dans des faits dont on sait qu'ils arrivent dans la vie de tous les jours.

Ce roman est le premier de Karine Giébel. Il ressort cette année aux éditions Belfond. Dans cette réédition, est ajoutée une nouvelle, apparemment écrite pour l'occasion: «Aurore». L'éditeur audio l'a incluse après le roman. Elle m'a également plu. Elle rejoint un peu le thème déclencheur des événements dans «Terminus Elicius». Là encore, cela met mal à l'aise, car nous savons tous que la situation d'Alban est assez répandue... Ce qui arrive à Aurore l'est également, mais dans l'absolu, elle est moins à plaindre qu'Alban.
Dans cette nouvelle, il y a un clin d'oeil à «Terminus Elicius». J'ai trouvé cela sympathique.

Service presse des éditions Audible Studios, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Micky Sebastian.
Micky Sebastian est une comédienne que je connais et apprécie depuis très longtemps pour ses doublages. Je trouve qu'elle a très bien interprété ce roman. À un moment, je me suis demandé pourquoi elle faisait cette voix à la fois grave, chuchotante et un peu cassée pour Elicius. Puis l'auteur explique que c'est ainsi que Jeanne se l'imagine. Cela m'a un peu surprise au début, mais ensuite, j'ai trouvé que cette voix plongeait davantage le lecteur dans cette ambiance sordide et collante.
Que Jeanne discute avec sa voix intérieure, qu'Esposito et Lepage parlent de l'enquête, la comédienne prend toujours une intonation appropriée, qui va bien à l'ambiance du roman.
Je me suis demandé pourquoi elle donnait un petit accent du Midi à Monique (j'ai aimé le fait qu'elle ne l'exagère pas), et j'ai compris en entendant Monique utiliser des mots comme «Peuchère». Outre que le roman se passe à Marseille, quelqu'un qui utilisera des mots «régionaux» le fera plutôt avec un accent.
La comédienne a su se fondre dans l'ambiance et la renforcer par son interprétation juste. J'espère qu'elle enregistrera d'autres livres qui me tenteront.

Pour information: la structure du livre est respectée.

Cliquez ici pour voir le livre audio et en écouter un extrait.

Acheter « Terminus Elicius » en téléchargement audio sur Amazon
Acheter « Terminus Elicius » sur Amazon

Partage

82 lectures

- page 1 de 337